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La chronophotographie

La Chronophotographie, c’est l’application de la Photographie instantanée à l’étude du mouvement; elle permet à l’œil humain d’en voir les phases qu’il ne pouvait percevoir directement; et elle conduit encore à opérer la reconstitution du mouvement qu’elle a d’abord décomposé. Je me propose d’exposer l’origine et les développements de cette méthode.

Dès 1873, mon confrère à l’Académie des Sciences, M. Cornu, avait suggéré la première idée d’une méthode de ce genre; il avait montré à l’Académie quatre images successives du Soleil prises sur une même plaque photographique. A peu près en même temps, pour reproduire par la Photographie le passage de la planète Vénus sur le disque du Soleil, M. Janssen avait imaginé le dispositif que voici :

Au foyer d’une lunette braquée sur le Soleil était un appareil photographique; au fond de la chambre noire, une plaque sensible de forme circulaire tournait par saccades autour de son centre, de manière à présenter toutes les 70 secondes un

( 1 ) Cette conférence a été recueillie par M. Adrien Legrand.

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point différent de son pourtour à l’objectif. On obtenait avec ce revolver astronomique une série d’images disposées en couronne et représentant les positions successives de la planète sur le Soleil. On la voyait pénétrant dans le disque, puis le traversant, puis en ressortant, et l’on pouvait mesurer la vitesse du phénomène.

En décrivant cette expérience, M. Janssen prédisait qu’un jour on pourrait photographier les variations d’un acte très rapide en une série nombreuse d’images très rapprochées, et qu’embrassant ainsi un cycle entier de mouvements relatifs à une meme fonction, on aurait le moyen de résoudre des questions intéressantes de Mécanique physiologique.

Mais ce n’était encore qu’une sorte de pressentiment et une vue hardie de l’esprit, car les plaques à impression instantanée n’étaient pas connues alors : on n’en était qu’au collodion humide. C’est seulement en 1878 que Muybridge, photographe de San-Franciseo, commença à prendre à intervalles très courts des instantanés très nombreux d’animaux en mouvement.

Je fus pour quelque chose dans l’idée qui présida à ces expériences. Depuis plusieurs années, j’étudiais par des procédés mécaniques les allures du cheval au trot et au galop, en inscrivant automatiquement le temps que dure l’appui pris sur le sol par chacun des pieds de l’animal. J’avais, pour cela, logé dans l’ajusture du fer une ampoule de caoutchouc reliée à un long tube aboutissant à un style mû par l’air comprimé. Pendant la pression produite par le contact du pied avec le sol, le style traçait un trait sur une bande de papier lixée sur un cylindre tournant que tenait en main le cavalier. La longueur et la simultanéité ou la succession de ces lignes donnaient le temps et les rapports réciproques des appuis et des levés de chaque membre. Je démontrais ainsi que le cheval au galop s’appuie sur un pied, puis sur trois, puis sur deux, puis sur un. La série inscrite par chaque style ressemblait un peu aux lignes inégales et successives tracées par le télégraphe Morse.

Le colonel Duhousset, qui joint à une grande expérience hippique un véritable talent de dessinateur, voulut bien m’établir des figures représentant les attitudes du cheval déduites

LA CHRONOPHOTOGRAPIIIE.

Allure du cheval dessinée d’après la Chronographie.

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de celte clirono graphie. Ces images parvinrent sous les yeux d’un riche Américain, M. Stanford, ancien gouverneur de la Californie, qui eut peine à croire à certains résultats, par exemple au fait de la station momentanée du quadrupède sur un seul pied d’avant.

Pour vérifier mon observation il demanda à Muybridge d’instituer photographiquement une contre-expérience.

Devant la piste où devait galoper un cheval, Muybridge disposa vingt-quatre objectifs, dont les obturateurs étaient maintenus fermés par autant d’électro-aimants. En travers de la piste, il tendit vingt-quatre fils électriques commandant chacun de ces électro-aimants.

L’animal, dans sa course, rompait successivement les fils, démasquait les plaques et provoquait lui-même la formation de vingt-quatre images représentant une série de ses attitudes.

Ces expériences, admirablement organisées, eurent des résultats parfaitement satisfaisants. En ce qui me concerne, la comparaison des clichés de Muybridge avec les dessins du colonel Duhousset donna, pour les mêmes moments de la course, des attitudes sensiblement identiques; la succession des irrécusables photographies instantanées confirmait ma chronographie. Muybridge continua ses expériences et, profitant des progrès réalisés dans la sensibilité des plaques, établit par le même système la représentation de toutes les altitudes du cheval et de celles d’autres animaux, chiens, porcs, bœufs, cerfs, etc. M. O. Anschiitz, de Lissa, à l’aide d’appareils dont le détail n’a pas été nettement dévoilé et qui, paraît-il, étaient logés dans une sorte de voilure, a obtenu aussi d’excellentes photographies sériées, représentant des mouvements humains ou animaux.

Stanford utilisa pour de très belles publications les données fournies par Muybridge, mais ne sut pas éviter, dans l 'ordre successif des clichés, des erreurs qui intervertissent les phases du mouvement et apportent dans les yeux et l’esprit de celui qui consulte ces belles planches une déplorable confusion.

Un appareil que construisit un peu plus tard M. Londe échappe à ces inconvénients. M. Londe établit devant une

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