IV AVERTISSEMENT
de la vie , comparées à une semblable entreprise; aussi je ne prétends rien achever. Quelques pas chancelants et souvent distraits dans une route sans terme , c'est le lot de tout philosophe et de tout artiste. Lns forces, les années, les loisirs manquent. Les jours de poëte sont courts même dans les plus longues vies d'homme. La poésie n'est que ce qui déborde du calice humain. On ne vit pas d'ivresse et d'extase, et ceux qui commandent à un poëte d'être toujours poëte ressemblent à ce Calife qui commanda à ses esclaves de le faire vivre de musique et de parfums : il mourut de volupté et d'inanition.
Je sais qu'on me reproche avec une bienveillante colère de ne pas consacrer ma vie entière à écrire , et surtout à polir des vers , dont je n'ai jamais fait ni prétendu faire qu'une consolation rare et accidentelle de ma pensée. Je n'ai rien à répondre, si ce n'est que chacun a reçu sa mission de sa nature. Je porte envie à ces natures contemplatives à qui Dieu n'a donné que des ailes , et qui peuvent planer toujours dans des régions éthérées , portées sur leurs rêves im-