‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 175 sur 350 · Mémoires de Bésenval, t. III, p. 255 et suivantes · texte numérisé non relu

Mémoires de Bésenval, t. III, p. 255 et suivantes

l'arrêté DU ,13 AOUT 273

Cependant les parlementaires commençaient à se lasser du silence qu'ils s'étaient imposé à eux-mêmes, en remettant au 13 août leur prochaine délibération. Peutêtre aussi craignaient-ils que le règlement du 9, livrant à la publicité les économies réalisées dans les dépenses des maisons royales, ne nuisît à l'effet de leurs perpétuelles déclamations contre les désordres de la cour. Adrien Duport imagina de demander, pour le 10, une assemblée générale des chambres, afm d'y porter une dénonciation en règle contre Galonné. Elle lui fut accordée. Ce n'était là, en apparence, que l'exercice régulier du droit, dont tous les membres du parlement se prétendaient investis, sous prétexte de la « grande police », qui appartenait au corps tout entier. Mais la nature des circonstances donnait à ce cas inusité jusqu'alors une gravité hors ligne. En accueillant la dénonciation de Duport, le parlement ne se contentait pas de s'immiscer dans les détails les plus secrets de l'administration, il mettait en pratique le principe de la responsabilité ministérielle, à la façon des hautes cours de justice, spécialement organisées dans les pays libres. Seulement il réunissait entre ses mains le double rôle d'accusateur et de juge. Puis, en pays libre, on conçoit le jugement des ministres, dont la responsabilité couvre toujours la personne du roi, tandis qu'en pays de royauté absolue, accuser un ministre, n'est-ce pas accuser le roi lui-même, qui a été maître de choisir ce ministre, de lui imposer la marche à suivre, de réprimer ses écarts et de lui infliger la juste punition de ses fautes? Aucune de ces considérations n'avait arrêté Duport : elles n'arrêtèrent pas davantage la majorité de ses collègues. Un arrêté, rendu presque sans débat, ordonna

d'informer sur les dépréciations et malversations commises par l'ancien contrôleur général, « soit par des échanges et acquisitions, soit par des manœuvres dans la refonte des monnaies, soit dans les fonds du trésor royal, fournis clandestinement pour soutenir un agiotage funeste à l'État, soit par l'extension des emprunts, soit enfin par des abus d'autorité et autres en tous genres, commis dans l'administration des finances, circonstances et dépendances. »

Cet arrêté fut immédiatemient cassé par le roi, et l'affaire n'eut aucune suite. Mais, dès que Galonné se sentit exposé aux poursuites d'une juridiction toutepuissante, bien sûr que ses successeurs au ministère n'auraient ni la force ni la volonté de le défendre, il s'enfuit en Angleterre. Alors l'usurpation du parlement se trouva consacrée par le succès. Que lui importait la cassation de son arrêté, une mesure de forme *? En définitive. Galonné, l'ancien protégé de la cour, l'ennemi détesté des magistrats, n'en était pas m.oins banni. Encore une fois le parlement triomphait. Il obtint même un résultat qu'il ne cherchait pas, du moins nous l'espérons pour son honneur. Les accusations lancées contre Galonné rejaillirent sur la reine. On oublia qu'elle ne lui avait jamais témoigné la moindre bienveillance et qu'elle' venait de contribuer à son renvoi. On en fit la complice d'un homme pour lequel elle n'avait ni affection ni estime. Les pamphlets multiplièrent contre elle des calomnies virulentes. « Les clercs l'appelaient Mme Déficit et des écoliers l'insultèrent dans le parc de Saint-Gloud ^ » Sur l'avis du lieutenant de police, le baron de Breteuil pria le roi de veiller à ce

1. L'arrêt du Conseil du roi, en date du 14 août, n'était même que provisoire et suspensif {Requête au roi, p. 6).

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