Droz, Ilist. de Louis XVI, t. II, p
Deux autres mannequins, baptisés des noms du baron deBreteuilet de la duchesse de Polignac, furent promenés au milieu des huées de la basoche. « Un personnage plus élevé, particulièrement en butte à la haine et aux calomnies des factieux, fut aussi insulté dans ces orgies populaires ^ » Il s'agit ici de la reine, dont l'effigie faillit être soumise à des traitements analogues. Pendant quelques jours , la chambre des vacations ferma les yeux sur ces excès et demeura impassible. Il fallut que le lieutenant de police mît les magistrats en demeure de remplir leur devoir. Deux arrêtés furent enfin rendus, et tout rentra dans l'ordre accoutumé.
Au tableau de ces faits, et pour en compléter la physionomie, il est curieux de joindre l'impression qu'ils produisirent sur des témoins comme Mirabeau et Lafayette, leur impression du moment, traduite aussitôt par eux dans les épanchements d'une intimité sincère. Mirabeau rentre à Paris presque en même temps que les magistrats exilés. A son arrivée, le 26 septembre, il écrit au major de Mauvillon : « Je suis rentré exténué, et je trouve pour confortatif toutes les horreurs de l'opprobre et de la démence, conspirant pour engloutir mon pays. Une nation, qui n'était pas malade il y a six mois, est perdue, avilie, déshonorée... Il est impossible, à un homme qui pense et qui sent, de ne pas être consterné, et il n'est pas donné à la sagesse humaine de savoir où s'arrêtera ceci. A peine est-il un remède à envisager que dans l'excès du mal. » Mirabeau voulait bien la transformation de l'ancienne royauté : mais il ne désirait pas sa ruine, et il s'affligeait, peut-être plus que les