M. A. Babeau, le Village, p
Ce n'est pas à dire pourtant que la réforme de 1787 se soit accomplie dans les villages sans quelques difficultés et sans quelque agitation. Il est absolument impossible de pourvoir d'un seul coup aux détails infinis d'une organisation si délicate, dans un grand pays comme la France, et surtout dans un pays si mal préparé que la France de cette époque. D'ailleurs, quelle est la loi dans laquelle l'épreuve de la pratique ne révèle pas des erreurs et des lacunes ? Le ministère de Brienne eut au moins le mérite de n'épargner aucun effort pour rectifier et compléter son œuvre. On peut s'en convaincre en dépouillant la correspondance échangée entre le contrôleur général, les intendants, les assemblées de province ou de district et leurs bureaux intermédiaires. Comme d'habitude, je citerai quelques exemples à l'appui de mon assertion. Dès le l^*" septembre 1787, l'intendant d'Alençon se plaint de ce que les conditions de cens requises pour être élu membre des assemblées municipales paraissent trop élevées dans les villages pauvres, et, en même temps, il indique le moyen de corriger cet excès. « On me fait remarquer, monsieur, écrit-il au contrôleur général S que si ces conditions sont essentielles pour être de l'assemblée municipale, il est plusieurs paroisses où il sera difficile de trouver des sujets payant trente livres d'impositions, ou au moins un assez grand nombre pour fournir trois sujets, indépendamment du syndic. La médiocrité de la fortune des habitants de ces paroisses ne devant pas, selon moi, les priver de l'avantage d'une municipalité, j'ai pensé, monsieur, qu'en interprétant l'article II du règlement il pourrait y être ajouté que, au défaut d'habitants payant trente livres d'imposition, on pourrait choisir entre ceux dont l'imposition approche le plus de celle indi-