‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 6 sur 350 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

catégorie do citoyens, c'en est fait de l'ancien régime. La France nouvelle est maîtresse du terrain. Elle n'a plus qu'à recueillir les fruits d'une victoire, que désormais personne n'est en état de lui disputer. Aussi notre livre commence plus tôt et finit plus tard que celui de Montjoye. Partant de la convocation des Notables, il aboutit à la suppression des ordres. Dans ces limites, il nous paraît embrasser tout ce qui constitue historiquement la chute de Vancieii régime^ et forme, au milieu de nos annales, un épisode distinct, méritant de faire l'objet d'une étude spéciale.

Avant de chercher comment tomba l'ancien régime, qiiomodo cecidit potens, commençons par le définir nettement. On a pris l'habitude de désigner sous ce titre l'état politique et social de la France aux approches de 1789. La formule est d'usage commode, et je n'entends pas la rejeter, à une condition pourtant, que son emploi n'autorise aucune confusion regrettable» Entendu dans le sens restreint, qu'on lui donne aujourd'hui, l'ancien régime n'est ancien que par opposition au régime nouveau, qui lui a succédé. Quiconque l'étudié en détail, ne tarde pas à reconnaître que les institutions, dont il est formé, bien que d'origine reculée, quelques-unes même d'origine très lointaine, ont subi, en vieilHssant, des transformations si profondes, que la plupart n'ont presque rien conservé de leur

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caractère primitif. Elles ne ressemblent plus, que par une vaine et trompeuse apparence, à celles qui jadis, sous des formes ou des noms analogues, avaient fait la force et la grandeur de notre pays. Au point de décadence où elles sont tombées, elles ne peuvent plus être pour lui qu'une cause de faiblesse, une source de malaise intolérable. Ce n'est donc pas répudier l'héritage de l'ancienne France que de dénoncer les vices inhérents à l'ancien régime. Un homme a été jeune, intelligent et actif. Son âge mûr a réahsé les heureuses promesses de ses débuts. Puis la veilliesse est venue, et avec elle, les infirmités du corps et de l'esprit, qui trop souvent affligent la fin des longues vies. Songerezvous à juger la carrière de cet homme d'après les misères de ses derniers jours? Il ne serait pas moins inique de juger la France d'autrefois sur la période de sénilité qui l'a conduite , et qui devait forcément la conduire à l'agonie suprême. Voilà ce qu'il ne faut jamais oubher, quand il est, comme ici, question de l'ancien régime. Voilà ce qui permet d'être justement sévère à son égard, sans manquer de reconnaissance pour les bienfaits, ni de respect pour les gloires des régimes antérieurs.

La distinction est d'autant plus nécessaire qu'elle est trop souvent méconnue. Récemment encore, les journaux se plaisaient à reproduire une lettre adressée par M. le comte de Ghambord à M. le baron de Galonné, au sujet d'un ouvrage de celui-ci, intitulé : Etude sur la vie municipale au xy" siècle dans le nord de la France. Cette lettre contient entre autres les passages

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