‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 155 sur 351 · ESPRIT DV PARLEMENT EN 1787 Î · texte numérisé non relu

ESPRIT DV PARLEMENT EN 1787 Î

former et maintenir l'esprit d'une telle assemblée. Le chef que Ton venait de donner à la magistrature était loin d'avoir cet esprit de sagesse, cette prudence consommée qui eussent toujours dà distinguer un chancelier de France. Lamoignon était vain et superficiel, irréfléchi et emporté. » Non seulement, dans ses rapports avec les cours de justice, il ne conserva pas les anciennes traditions, mais il leur fit subir des modifications fâcheuses. < Jusqu'alors S avant de présenter les lois à Tenregistrement, on en confiait les projets au premier président, qui les soumettait à Texamen des présidents (à mortier) et des membres qu'il croyait devoir consulter. Si cet usage n'eût pas existé, il eût fallu le créer pour le moment présent. Lamoignon, au contraire, avait écouté les conseils astucieux de ceux qui lui dépeignaient cette communication comme prêtant des armes à l'intrigue. Il supprima cette précaution si prudente et dont l'expérience avait constamment démontré Tutilité. »

Une dernière faute vint compliquer les périls de la situation. Le roi fit témoigner aux pairs du royaume le désir qu'ils assistassent aux délibérations du parlement de Paris, quand les édits préparés seraient soumis à Tenregistrement. On se flattait que les princes, alors tous dévoués, y compris le duc d'Orléans, exerceraient une heureuse influence sur l'esprit des magistrats. On croyait que les autres pairs suivraient l'exemple des princes. C'était une profonde erreur. L'opinion des princes, ne paraissant pas libre, n'avait aucune autorité. Eux-mêmes, sentant leur rôle équivoque, laissaient per^ cer leur embarras. Quant aux autres pairs, un grand nombre avait rapporté, de rassemblée des Notables, des habitudes d'opposition dont ils ne comptaient pas se départir. Loin d'être utile, leur présence était plutôt

i. Annales françaises ^ p. 81-82.

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dangereuse. Elle avait surtout rénorme inconvénient de donner aux débats un caractère exceptionnel de gravité et de solennité qui en doublait le retentissement.

Tout annonçait le début d'un conllit redoutable, précurseur de crises plus redoutables encore.

Au milieu d'une agitation toujours croissante, le gouvernement n'avait pas une minute à perdre. Sa conduite devait être aussi prompte qu'énergique. Avait-il besoin d'exposer aux arguties du parlement de Paris une série de mesures, longuement discutées dans une assemblée solennelle, où siégeaient avec les princes et les pairs, avec les chefs de la noblesse et du clergé, ceux de tous les parlements de France? Jamais le roi n'eût été de plus excusable de réclamer impérieusement l'enregistrement pur et simple. Apres la clôture des Notables, il ne restait que deux choses à faire : modifier les édits préparés par Galonné, en tenant compte des justes observations quMls venaient de motiver; et les porter ensuite au Palais, tous ensemble, dans une séance royale, qui n'admettrait ni discussion ni retard. C'était le meilleur moyen d'engager la lutte, et peut-être le seul de la terminer d'un seul coup. L'opinion publique était préparée à ce dénouement. Chaque jour, on en attendait lannonce. Le parlement lui-même ne s'était pas encore enhardi jusqu'à braver en face les manifestations traditionnelles de la volonté suprême. Il n'avait arrêté aucun système de résistance. Pris à Timproviste, il eût essayé de vaines remontrances, qui seraient passées inaperçues, sans créer d'obstacles sérieux.

Si le résultat a trompé les prévisions générales, ce n'est pas, dit-on, la faute du garde des sceaux. Dans le

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