DISCUSSIONS SUR L'ÉDIT DU TIMBRE
roi a levé et lancé sur lui un regard foudroyant * », si tant est que Louis XVI ait jamais foudroyé personne du regard. Quoi qu'il en soit de ce précédent déjà lointain, durant l'assemblée des notables, les plus graves personnages, les dignitaires de la magistrature, avaient repris la thèse si longtemps oubliée. Puisque le programme actuel du parlement consistait à suivre de tous points les traces de la dernière Assemblée, il se trouvait disposé d'avance à entendre et à recueillir le mot de l'abbé Sabathier. Ce ne fut pour lui que l'étincelle qui détermine l'explosion préparée.
La discussion s'engagea immédiatement dans la voie qui s'ouvrait devant elle. Personne ne protesta, et plusieurs orateurs se prononcèrent, sans hésiter, dans le même sens que Sabathier de Cabre. Un membre vint ensuite réciter un discours écrit, travaillé pour l'impression *, et concluant, en termes exprès, à la nécessité de convoquer les Etats généraux. Celui-là, le croirait-on? n'était autre que M. de Sémonville, connu pour avoir occupé, sous la Restauration, le poste éminent de grand référendaire auprès de la Chambre des pairs. Il était alors jeune, ardent, ambitieux, mêlé à tous les conciliabules de l'opposition parlementaire, comme il fut bientôt mêlé à toutes les intrigues de la Révolution naissante. Si l'on persiste à dénoncer l'influence des factieux dans la séance du 16 juillet, c'est plutôt M. de Sémonville que l'abbé Sabathier [qu'il faudrait accuser de leur
1. Voyez la dépêche par laquelle le comte de Creulz, ambassadeur de Suède en France, raconle à Gustave III le fameux lit de justice du 2 novembre 1774. (Gustave III et la cour de France y par M. Geffroy, i. I, p. 304. Dans l'édition officielle du discours de Tavocat général Louis-Antoine Ségnier {Loit anciennes, t. 23, p. 81-85), le passage, auquel fait allusion le comte de Creutz, a disparu.
2. Sallier, Annales françaises^ p. 90. Comparez : De la nécessité d'asêembler les Etats généraux dans les circonstances actuelles,,. Fragment du discours de M, de Sémonville, conseiller au parlement de Paris, dans la iéance du seize. Bibliothèque nationale, Lbw, n* 377.
Digiti
avoir servi d'organe. Il serait encore plus juste de n'imputer, à aucune excitation particulière Teffet de Tentraînement général. Sallier lui-même, qui voit partout la main pernicieuse du duc d'Orléans ou de ses amis, ne manque pourtant pas d'expliquer par suite de quelles illusions la majorité de ses collègues, et lui comme eux, ils ont spontanément commis la faute qui devait leur causer des regrets si amers.
Gomment mettre un terme à tant d'abus et de désordres? Le roi n'avait-il pas réclamé l'intervention des notables, qui venaient de proclamer leur impuissance? Pourquoi le parlement, convaincu de la sienne, n'auraitil pas, à son tour, réclamé les États généraux? Leur convocation semblait n'offrir aucun danger sérieux et réunissait des avantages inappréciables « J'en appelle, ajoute Sallier *, au souvenir de tous ceux qui ont pu juger l'état des choses à cette époque : tous les ordres n'avaient alors qu'un seul esprit, et tous voulaient sincèrement le bien public. Il fut donc permis au parlement d'être trompé par ces apparences, de croire l'autorité royale bien éloignée d'être jamais en péril, ou de se persuader, dans ce moment de crise, qu'il était de son devoir de prévenir les troubles, en s'emparant de l'esprit public pour le diriger avec sagesse et avec les formes constitutionnelles *. » Ce ne sont pas là des inspirations de factieux, mais les raisonnements loyaux de citoyens honnêtes, auxquels on ne peut reprocher que leur ignorance de la véritable situation et leur inexpérience des affaires politiques. Il y a encore un aveu