Bésenval, t. IH, p
5. Mémoires de Mallet du Pan, publiés par M. Bayous, t. I, p. 145-147.
liage a été mandé à Versailles et obligé d'afficher au Palais une ordonnance contre les attroupements... Tout ce feu de paille n'était rien, la cour a bien fait de lui laisser essor quelques jours... Depuis que les clubs sont fermés, leurs habitués, grands clabaudeurs ci-devant, trouvent que le parlement a été trop loin, et, si Ton rouvre leurs clubs, ils seront fort contents des nouveaux impôts. »
Néanmoins quel changement dans les habitudes de Tancien régime ! Paris ordinairement* si tranquille , Paris accoutumé à trembler devant une compagnie du guet, pour la première fois Paris vient de voir ses boutiques fermées, ses rues sillonnées par des soldats en armes. Ce n'est encore là qu'un bien faible symptôme. Quoi qu'en dise Mallet du Pan, c'est déjà un symptôme, qui a vivement ému les contemporains et que Thistoire ne saurait négliger.
Dans un autre ordre d'idées, on peut dire que le temps a marché avec une rapidité foudroyante. Six mois à peine se sont écoulés depuis l'ouverture de l'assemblée des Notables, et les choses en sont arrivées à ce point, que le parlement de Paris, la Cour des comptes et la Cour des aides, les trois premières cours du royaume, réunies dans une même manifestation, ont déclaré le roi de France déchu du droit immémorial d'établir des impôts par de simples édits. Afin de lui mieux ravir la trop facile ressource de l'enregistrement forcé, elles ont elles-mêmes abdiqué le droit d'enregistrement volontaire. Elles ne laissent à la royauté, pour sortir d'embarras, qu'un moyen désespéré, un seul, celui de convoquer les États généraux, et les États généraux, investis de pouvoirs qu'ils n'avaient jamais eus jusqu'alors.
Ceci annonce un changement capital dans les anciennes institutions. Qu'elles subsistent en fait, elles n*eû sont pas moins condamnées en droit par les représentants les plus autorisés de la justice française. Elles ont
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l'échaufpouréb parisienne 291
reçu lexoup, qui tôt ou tard entraînera leur chute. Il y a là quelque chose de plus qu'un symptôme révolutionnaire. J'y vois le premier acte de la révolution qui commence. A la vérité, les principaux acteurs ^e comprennent ni la portée ni les conséquences du rôle qu'ils jouent avec tant d'ardeur. Leur aveuglement rappelle les paroles que le cardinal de Retz appliquait à leurs devanciers dans des circonstances analogues : « Il parait un peu de sentiment, une lueur, ou plutôt une étincelle de vie. Ce signe de vie... il se donne par le parlement, qui, jusqu'à notre siècle, n'avait jamais commencé de révolution, et certainement aurait condamné, par des arrêts sanglants, celle qu'il faisait lui-même, si tout autre que lui l'eût commencée. » Mais qu'importe? En 1787, l'œuvre des magistrats est une de celles qui, une fois entreprises, ne s'arrêtent plus avant la fin. S'ils reculent et l'abandonnent, elle continuera sans eux, au besoin malgré eux. La révolution peut déjà dire comme Mirabeau, écrivant à un de ses amis : « Soyez sûr que mon jour vient * ! » Voyez d'ailleurs quel concours de circonstances se précipitent au même but! Pendant que les parlementaires réclament la convocation des États généraux et donnent le branle à la révolution politique, est-ce que la royauté elle-même ne pose pas les premiers fondements de la révolution sociale? Un de ses ministres. Galonné, a déjà proclamé le grand principe moderne de l'égalité devant l'impôt. Un autre ministre, Brienne, déclare que le privilège de voter par ordre a fait son temps et que le jour est venu de voter par tête. Les penseurs aiment à soutenir que les révolutions durables ne viennent jamais d'en bas. Ils trouvent ici de quoi les satisfaire. En 1787, c'est bien d'en hautqu'arrive la révolution !
1. Lellre du 2 septembre 1787 aa major de Mauvillon , déjà citée an peu plus haut. « Quant aux affaires de France, soyez sûr que mon Jour vient. •
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