BRIENNE MINISTRE PRINCIPAL
tionde la reine, cette intervention qu'on lui a tant reprochée, se réduisit à faciliter un remaniement que Tîntérét général rendait indispensable. Il fallait avant tout donner un chef au ministère. Elle recommanda l'archevêque de Toulouse comme le seul capable d'un tel rôle, et parvint à vaincre les répugnances que Louis XVI conservait à l'égard de ce prélat. Voilà tout ce qu'elle fit. Restait un dernier obstacle. Toujours jaloux des apparences de l'autorité, le roi avait souvent déclaré qu'il n'aurait jamais de premier ministre. On flatta sa chimère; on lui suggéra Tidée de n'attribuer à Brienneque les fonctions de ministre principal. C'était le même pouvoir sous un titre un peu moins éclatant. Le roi consen-^ til avec la persuasion qu'il ne cédait rien de sa volonté primitive *. Il écrivit alors à chacun de ses ministres que, avant de lui soumettre les affaires importantes de leurs départements respectifs, ils eussent d'abord à se concerter avec Brienne. Aucun d'eux n'osa contester en principe les avantages d'une modification si utile. Seulement le maréchal de Ségur, ministre de la guerre, crut devoir à sa dignité personnelle de ne point accepter une situation amoindrie. Il donna sa démission, ea ayant soin de s'en faire indemniser largement. Le maréchal de Castries, ministre de la marine, imita son exemple, et leur retraite laissa vacants deux des principaux portefeuilles *.
La raison conseillait à Brienne de les confier à des successeurs dont le dévouement ne lui laissât point de doute, mais dont aussi la capacité reconnue lui garan-
i. Je De fais que reproduire ici Topinion et presque les paroles de Sallier, qui pourtant se pique d'être un royaliste fidèle et respectueux. AnnaUi françaises ^ p. 102.
2. U est curieux de lire dans les Mémoires de Bésenval^ t. III, p. 276 et suivantes, les détails de cette double démission, des récompenses accordées aux ministres démissionnaires, et de l'impression produite à la cour par cet incident, qui donne une assez triste idée de mœurs officielles de l'époque.
Digiti
tît un concours actif et profitable. Il eut le tort crécouter les intérêts de famille plus que la raison d'Etat, et de placer son frère à la tête du département de la guerre. Le comte de Brienne passait plutôt pour un honnête homme que pour un officier de mérite *. On lui fit un instant l'honneur de croire qu'il refuserait une tâche de beaucoup au-dessus de ses forces, et qu'il se contenterait du commandement qu'il exerçait tant bien que mal en Guyenne. Sa modestie se réduisit à témoigner peu d'empressement pour prendre possession de son portefeuille; il n'arriva à Versailles que trois semaines après sa nomination. Le choix du ministre de la marine ne causa pas moins de surprise. Il se porta sur M. de La Luzerne, qui commandait à Saint-Domingue et qui avait besoin, (( étant parfaitement secondé par les vents, de deux ou trois mois, pour se rendre à Versailles dans son cabinet *. » Si les nouveaux ministres étaient incapables de contrarier les desseins de Brienne, ils l'étaient encore plus de l'aider et de le soutenir.
Diverses autres circonstances contribuèrent à jeter le discrédit sur son administration. En*rayé de la pénurie toujours croissante des ressources, Villedeuil trouva moyen de se décharger des pénibles fonctions de contrôleur général, en les échangeant contre la charge moins brillante et moins lourde d'intendant d-es finances. Or, celui qui consentit à cet échange onéreux, Lambert, était un ancien membre du conseil du roi, « consommé dans le détail du contentieux, mais dénué de connaissances et même ignorant, comme il en convenait luimême, pour tout ce qui a rapport à la manutention et au mouvement d'argent ^ » Quelle confiance pouvaient inspirer à l'opinion publique des mutations aussi peu justi-