llist, de la Rév. fr., t. I, p
Digiti
LA SÉANCE d'enregistrement 843
Venons maintenant à la journée décisive. Dès le matin du 10 mai, le parlement de Bretagne siège au palais de justice, dont la foule encombre les abords. Quand les commissaires du roi s'y présentent, ils sont poursuivis de clameurs injurieuses et n'échappent à de premières violences que par la brusque intervention d'un régiment caché dans un lieu voisin. Inutile de raconter l'accueil qu'ils reçoivent à l'intérieur. En pareille occurrence, les mêmes scènes se renouvellent partout. On les arrête à chaque pas. On leur oppose difficultés sur difficultés, chicanes sur chicanes. On les accable d'avanies. Cependant la séance se passe sans incident extraordinaire. Deux détails méritent seuls une mention spéciale. Avant de procéder aux formalités prescrites \ le comte de Thiard donne lecture d'un discours dans lequel il s'excuse de remplir une mission si pénible et invite les magistrats à suivre l'exemple qu'il leur donne, celui « d'une parfaite soumission à la volonté du roi ». Bertrand de MoUeville prend à son tour la parole et témoigne « ses vifs regrets des ordres réitérés qui l'avaient obligé de se trouver à la séance ». Chacun d'eux tient à dégager hautement sa responsabilité personnelle. Une autre préoccupation les tourmente. Ils savent que la foule, en s'éloignant, s'est donné rendez-vous pour guetter leur sortie. Comment échapper aux violences dont ce projet les menace? Parmi les fauteurs de désordre, la conviction générale est que la publication des édits entraîne des longueurs infinies, et le courrier qui arrive de Nantes annonce qu'à la Cour des comptes elle a duré près de trente heures. Sur la