‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 34 sur 351 · INTRODUCTION XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLI

parler librement, je n'ai pas craint de .surmonter une profonde répugnance. Tout homme de cœur éprouve un douloureux embarras, lorsqu'il s'agit de juger ave c franchise la conduite de Louis XVI et de Marie- Antoinette. La pensée de leur horrible supplice domine la sévérité des reproches les mieux fondés. On hésite à relever les fautes d'un roi et d'une reine, qui ont conquis l'un et l'autre, et noblement conquis l'auréole du martyre. En insistant, on craint de fournir, malgré soi, des arguments ou des prétextes à ceux qui ne craignent pas d'excuser les verdicts inexcusables de la Convention et du tribunal révolutionnaire. Mais la vérité historique a des droits que la pitié ne saurait amoindrir. On ne doit pas non plus oublier que le jugement à porter sur la conduite de Louis XYI et de Marie- Antoinette, se rattache à une question plus haute^ celle de savoir si la Révolution de 1789, la vraie, la seule révolution française, fut une révolution nécessaire et légitime. La France moderne, notre France à nous, est tout entière intéressée dans ce débat. Pour son honneur et pour son repos, il est indispensable de l'examiner sans faiblesse, « avec l'impartialité et la fermeté qui conviennent à un homme probe et libre ».

Quant à moi, je l'avoue^ lorsque, il y a bien longtemps, j'ai commencé les recherches dont je publie aujourd'hui le résultat et la conclusion, je me sentais disposé à l'indulgence pour cet ancien régime, objet d'attaques si ardentes, de critiques si passionnées. Conservateur résolu, j'aurais été heureux d'établir, qu'au lieu de se lancer dans les terribles épreuves de la

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XLH INTRODUCTION

Révolution, par le seul progrès des idées, par la seule force des choses, légalement et pacifiquement, nos pères auraient pu fonder la France nouvelle, sans amonceler autour de son berceau les débris de Tancienne France. Plus j'ai pénétré profondément dans les détails de la réalité, et plus la conviction contraire s'est imposée à mon esprit. Maintenant, j'en suis arrivé à crier aux conservateurs de mon temps : Pour Dieu ! ne contestez ni la nécessité, ni la légitinuté de la Révolution, qui nous a faits ce que nous sommes, et sans laquelle nous n'aurions jamais atteint, ni même entrevu le port. N'excitez pas contre vous, contre nous tous, de redoutables défiances, en préconisant, sur les origines de la France moderne, un système que rien ne justifie. Surtout, ne semblez pas suspects de sympathies pour un régime que poursuit, dans le souvenir des masses populaires, une réprobation méritée. Ce n'est pas du côté du passé que doivent se tourner nos regards. 11 importe que chacun d'entre nous répète, et répète franchement le mot de Mirabeau : Je suis conservateur de l'ordre de choses établi par la Révolution française, je ne suis pas conservateur de Tordre ancien, qu'elle ajustement détruit.

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