ASSEMBLÉE DE VIZILLE H
SOUS la bouche du canon; que, ne pouvant empêcher cette délibération, le seul service qu'il pût rendre était de la régulariser et de la modérer, en la permettant, en ne laissant arriver au lieu de la séance que le nombre strict des députés, en écartant d'eux tout rassemblement oisif, exalté, dangereux; et en se tenant prêt à réprimer les excès, si une force injuste provoquait la force légitime. »
Quelle fut la réponse du ministère? Nous Tignorons. Toujours est-il que le maréchal de Vaux agit comme si elle était absolument conforme à ses idées. Au lieu de s'opposer aux projets des Dauphinois, il se contenta d'exiger d'eux qu'ils se réunissent partout ailleurs qu'à Grenoble, dans un endroit plus calme, et où il lui serait plus facile de veiller sur la régularité des délibérations. Réduite à ces termes, la condition offrait plus d'avantages que d'inconvénients. Elle fut accueillie sans difficulté. Les Dauphinois en furent quittes pour changer le lieu du rendez-vous primitif. Ils choisirent le château de Vizille, ancienne résidence de leurs dauphins, qu'avait mis à leur disposition le propriétaire, M. Perrier, un des principaux industriels de la contrée. C'est là que, le 21 juillet, se rendirent les députés accourus de tous les coins de la province. En arrivant, ils trouvèrent toutes les avenues bordées d'un double rang de soldats. Mais ils n'avaient pas à s'effrayer d'un appareil militaire qu'ils savaient n'être déployé que dans un but d'ordre public et de bienveillante protection. Au contraire, ils avaient plutôt lieu de s'en réjouir. La présence des troupes royales, ainsi disposées, attestait l'approbation de l'autorité souveraine, et enlevait à l'assemblée
â:2 LA CHUTE DE L'aNCIEN RÉGIME
le caractère d411égalité qu'elle avait eu dans l'origine. L'empressement était si vif et si général que personne ne se fit attendre. Dès 8 heures du matin, la séance put s'ouvrir. 600 membres environ y assistaient, parmi lesquels 50 représentaient le clergé, 165 la noblesse, et près de 400 le tiers état, sans compter les procurations données et les adhésions transmises. Je ne sais pourquoi l'on n'y vit paraître aucun prélat, même l'archevêque de Vienne, malgré ses opinions libérales- En revanche, pas une des grandes familles du pays ne manquait à l'appel : ceux des gentilshommes qui n'avaient pu venir en personne avaient pris soin de confier leurs pouvoirs à des mandataires. Dans les rangs du tiers état, figuraient un grand nombre de curés, députés des populations rurales. Les villes, Grenoble en tête, avaient envoyé les chefs de leur bourgeoisie, et un simple village s'était honoré de choisir deux hommes sur lesquels se portaient tous les regards. Meunier et Barnave. On peut dire que c'était bien l'élite du Dauphiné qui allait prendre la parole en son nom. Le premier soin de l'assemblée fut de constituer son bureau. Elle décida que, pour cette fois, le président serait pris dans l'ordre de la noblesse et le secrétaire dans celui du tiers état. Aussitôt, et par acclamation, le comte de Morges fut nommé président, et Meunier secrétaire. Cette formalité remplie, on commença par lire le procès-verbal de la réunion du 14, et par résumer les diverses questions signalées par cet acte. Soumettre chacune d'elles à l'examen direct de membres si nombreux eût entraîné d'interminables lenteurs. Ils c eurent tous la sagesse de réduire le nombre des délibérants à cinquante, qui remplirent à peu près les mêmes fonctions qu'avaient les lords des articles dans les anciens parlements d'Ecosse *. »