‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 118 sur 331 · Méfnoire, p · texte numérisé non relu

Méfnoire, p

Maintenant que nous savons par qui et comment a été prise la décision du 27 décembre, examinons de plus près en quoi elle consiste. La forme inusitée, suivie pour sa publication, a soulevé jadis de vives et nombreuses critiques. Tout y semblait étrange, même le titre jusqu'alors inconnu de Résultat du conseil du roi tenu le J?7 décembre 1788, et dont Thistoire de l'ancien régime n'oflfre pas d'autre exemple. On s'étonnait surtout de voir un acte de la volonté royale, presque dissimulé dans quelques lignes de dispositif, sans considérants, sans préambule, alors que la pensée ministérielle se développait complaisamment dans un long rapport, devenu ainsi la partie principale de ce singulier document. A ce propos, on a reproché à Necker « sa vanité exubérante, son désir immodéré d'étaler à tous les yeux son mérite et ses services. » On a été jusqu'à dire que, sans souci de la considération due à l'autorité royale, il « prenait le rôle du roi par impuissance de remplir le personnage de ministre *. » Si du moins la valeur du fond eût été de nature à excuser le vice de la forme! Mais plus Necker cherche à sortir de ses attributions financières, de celles qui conviennent le mieux à ses aptitudes, et plus il laisse percer son insuffisance ; plus il montre, avec l'aveuglement de son esprit, l'étroitesse de ses vues.

Quelle est la base fondamentale de la combinaison qu'il propose? Il se figure qu'il est possible de trancher la question du doublement sans toucher à celle du vote par tête, et d'accorder l'un sans rien préjuger quant à Tautre. Dès le début de son rapport, il témoigne haute-

l. Droz. Hist, de Louis XVI, i. Il, p. 97.

ment qu'il ne saurait concevoir, entre ces deux difficultés connexes, le lien que tout le monde y voit. La question du doublement, dit-il, divise en ce moment le royaume. € L'intérêt * qu'on y attache est peut-être exagéré de part et d'autre; car, puisque l'ancienne constitution ou les anciens usages autorisent les trois ordres à délibérer et à voler séparéipent aux États généraux, le nombre des députés, dans chacun de ces ordres, ne paraît pas susceptible du degré de chaleur qu'elle excite. Il serait sans doute à désirer que les ordres se réunissent volontairement dans l'examen de toutes les affaires, où leur intérêt est absolument égal et commun; mais cette détermination même dépendant du vœu distinct des trois ordres, c'est de l'amour commun du bien de l'État qu'on doit l'attendre. » La même erreur inspire ses conclusions personnelles qui sont ainsi conçues : « Obligé maintenant, pour obéir à ses ordres, de donner, mon avis, avec les autres ministres de Sa Majesté, sur l'objet essentiel traité dans ce moment, je dirai donc qu'en mon âme et conscience, et en fidèle serviteur de Votre Majesté, je pense décidément qu'elle peut et qu'elle doit appeler aux États généraux un nombre de députés du tiers état, égal en nombre aux députés des deux ordres réunis, non pour forcer, comme on le paraît craindre, la délibération par tête, mais pour satisfaire le vœu général et raisonnable des communes de son royaume, dès que cela peut se faire sans nuire aux intérêts des deux autres ordres. » En vain, on lui objecte que le tiers ne réclame le doublement que pour arriver à la réunion des ordres. En vain, on lui signale, derrière le tiers état proprement dit, l'apparition du peuple et l'entrée en scène de la démocratie, avec ses prétentions radicales et le ferme dessein de les pousser jusqu'au bout. Fermant

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