‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 137 sur 331 · Page · texte numérisé non relu

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apparente bizarrerie, elle existe, elle n'est pas douteuse, puisque Sieyès la constate. A défaut de son témoignage, nous n'aurions qu'à citer au hasard les écrits du prince de Beauvau S du marquis de Gazaux, du marquis de Cormoran, du marquis de Condorcet, du comte d'Entraigues, du comte de Mirabeau, du comte de Kersaint, de Tancien avocat général Servan, de l'abbé Gouttes, de Tabbé Cerutti, écrits pour la plupart oubliés de nos jours, mais qui eurent tant de succès dans les derniers mois de Tannée 1788. Ainsi, les prétentions déjà connues du tiers état n'avaient pas détaché de sa cause, une foule de membres des deux premiers ordres, parmi lesquels les hommes les plus éminents de Tépoque. Il trouvait jusque dans les rangs des privilégiés des alliances utiles, des secours précieux. Décidément, il avait pour lui Fopinion générale.

Si maintenant on examine le petit nombre des brochures que j'appellerais les brochures réactionnaires, on s'aperçoit bientôt qu'elles ne diffèrent pas autant qu'on pourrait le croire des brochures les plus franchement libérales. Il y a un point sur lequel tout le monde était d'accord au début de la Révolution, et c'est là précisément ce qui la rendit possible. Personne en France ne voulait plus de la monarchie, telle qu'elle était alors constituée. Tout le monde en avait éprouvé les abus, les inconvénients, les misères : Texpérience semblait décisive. Ce n'est pas seulement parce qu'elle était absolue que la vieille royauté ne comptait plus de partisans, c'est surtout, parce qu'elle n'offrait, en échange de son absolutisme, aucune compensation, aucun dédommagement, ni la gloire, ni la paix, une paix honorable, ni la sécurité des personnes, ni la stabilité des choses, ni la prospérité

i. Voir Archives parUm.^ t I, p. 563 et saiv., chapitra intitulé : Notice de çueiquei-uns des écrits politiques les plus influents, gui onf précédé Pouveriure des Etats généraux.

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de Fagricullure, ni le développement du commerce et de rindustrie, rien de ce qui fait les nations heureuses, et qui les console pendant quelque temps de la perte de leur liberté. Depuis 1789, la France a subi de nouveau le poids du pouvoir absolu. Mais ce qu'elle a subi ne saurait en rien se comparer à l'ancien régime. En voulez-vous la preuve? Le premier et le second empire ne sont tombés que sous le coup de l'invasion étrangère, par les fautes de leur politique extérieure. Au contraire, Tancienne monarchie est tombée sous le coup de Thosti- IHé nationale. La noblesse et le clergé se sont tournés contre elle aussi bien que le tiers état, avant même le tiers état, c La plupart des brochures, publiées par des nobles, dit M. Droz ', et je ne parle pas de ceux qui se dévouaient à la cause populaire, demandaient qu'on fermât le trésor à la faveur, que les états généraux fussent périodiques, etc... Sur des points essentiels, les idées de liberté étaient aussi chères à la noblesse qu'au tiers étal, et, lorsqu'on observe ce fait, on s'étonne que tant de divisions aient éclaté. »

L'explication est pourtant bien simple et, dans maint autre passage, elle n'a pas échappé à la sagacité de M. Droz. A côté de la noblesse indépendante, qui réclamait la substitution de la monarchie constitutionnelle à la monarchie absolue, il y avait un petit groupe de courtisans, la noblesse de cour, qui poussait la royauté aux abtmes. Ceux-là aussi publiaient quelques brochures, et, sous prétexte qu'ils étaient les seuls vrais soutiens de la couronne, ils employaient, au service de sa cause, des moyens plus dangereux qu'utiles, c Beaulieu, écrivain très royaliste, après avoir dit dans ses Essais sur la Bévolutiorij qu'on affichait au coin des rues et jusque sous les galeries du Palais-Royal, que les rois de France ne

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