Hist. de la Rév. fr,, t. I, p. 347 et suiv
3. « Du 20 octobre 1788. Charges données à MM. les députés de la
de la province la faculté d'y délibérer sur les demandes du roi et sur aucune affaire quelconque, avant que Tordre du tiers ait obtenu justice des deux autres ordres sur l'affaire des fouages extraordinaires, qui avait été engagée aux états précédents, et qui avait occasionné les débats les plus orageux... Plus les réclamations de Tordre du tiers étaient justes, moins la municipalité de Rennes était excusable de vouloir employer, pour la soutenir, des formes aussi irrégulières et aussi impératives... » A ce moment, Bertrand de Molleville remplissait encore les fonctions d'intendant de Bretagne, bien qu'il résidât exclusivement à Paris ou à Versailles. Il prit sur lui de dénoncer à Necker l'arrêté du 20 octobre, comme méritant une leçon sévère. Sa voix ne fut pas écoutée. Necker alors comptait sur les principales municipalités de France, afin de provoquer un grand courant d'opinion contre Tarrêt du parlement, relatif à l'organisation des États généraux sur le modèle de ceux de 1614. Il hésita à sévir contre celle de Rennes ; et toutes les villes du voisinage, encouragées par cette impunité, prirent chacune à leur tour des délibérations analogues, sinon encore plus accentuées.
A côté de la question des fouages, s'agitaient deux questions non moins brûlantes, celle de la constitution des États généraux, à laquelle nous venons de faire allusion, et, par une conséquence inévitable, celle des réformes à introduire dans les états provinciaux. Inutile de chercher comment ni pourquoi Tune et l'autre s'étaient posées en même temps. Dans toute la France, elles faisaient l'objet des préoccupations publiques, et l'exemple, donné par les Dauphinois, contribuait à diriger sur elles l'attention de quiconque s'intéressait aux
ville et communauté de Rennes, par rassemblée municipale de ladite ville, arrêtées en la chambre du conseil de l'hôtel de ville, ledit jour 20 octobre 1788. » Bibl. nat., Lb", n* 659.
destinées futures de son pays. Evidemment la Bretagne ne pouvait demeurer étrangère à ce mouvement universel, quand elle avait des motifs spéciaux de plaintes et des sujets exceptionnels de réclamations, c On vit bientôt, dit Sallîer S dans toutes les villes de la province, des assemblées municipales former des pétitions pour le doublement du troisième ordre aux États généraux, et, pour donner plus d'activité aux troubles, on joignait à cette demande celle d'un changement pareil dans la constitution des états de Bretagne pu, plutôt, on ne demandait pas. Chaque corps municipal, chaque réunion de bourgeois, chaque corporation de marchands ou d'artisans, les bouchers, les boulangers, les tanneurs, etc., prononçaient sur cette question de droit public et prescrivaient impérieusement cette réforme pour la prochaine tenue des états provinciaux. » Sallier oublie de rappeler que le désordre, dont il se plaint, était d'autant plus contagieux dans le pays qu'il n'y était pas nouveau. Ce que le tiers état tentait dans l'intérêt de sa cause, il y avait longtemps que l'aristocratie bretonne s'était permis de le faire, avant lui, dans l'intérêt de la sienne. Bourgeois, marchands et artisans, ils se bornaient tous à suivre la marche que la magistrature, la noblesse et le clergé avaient pris à tâche de leur tracer. Ils se servaient des armes dont on avait eu l'imprudence de leur montrer l'emploi.
Ici le signal fut donné par une délibération de la ville de Nantes *, qui est restée célèbre parmi les actes précurseurs de la Révolution. C'est elle qui la première réclama hautement les droits de la nation. C'est elle qui servit de modèle à toutes les autres municipalités, empressées de suivre cet exemple. Elle n'était pas seulement remarquable par son énergie, mais aussi par sa