‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 194 sur 331 · II · texte numérisé non relu

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celles que les praticiens ou officiers du siège, comme ils disent, ont fait prévaloir dans le sein de l'assemblée bailliagère, à la suite, je le suppose, de discussion et de vote. Ils s'insurgent contre l'influence dominante des villes, par cela seul que les villes refusent d'insérer toutes leurs élucubrations, à eux, dans le cahier commun.

Il est vrai que, de leur côté, les habitants des villes se plaignent non moins souvent de la supériorité assurée à l'élément rural par les dispositions réglementaires du 24 janvier. Le cahier de la ville "de Brest * fait observer que le régime adopté semble avoir eu pour objet spécial (et c'était un peu vrai), « d'accorder aux paroisses de campagnes sur les villes une prépondérance d'électeurs de soixante-dix à cent et même plus ». D'après ce même cahier, le nombre des électeurs devrait être fixé soit d'après le chiffre de la population, soit d'après la capacité des personnes. Or, ajoute-t-il : c d'un côté la plupart des villes égalent au moins, si elles ne surpassent pas, le nombre des habitants delà campagne composant l'arrondissement des sénéchaussées ; et, d'un autre côté, les habitants des villes, plus propres par leur éducation à faire un choix éclairé, sont en môme temps moins sujets à l'erreur ». En conséquence, on demande que, lors des convocations futures, le nombre des électeurs soit « désormais égal, pour le moins, dans les villes et les campagnes ». Mais ce sont là querelles de ménage, qui ne troublent pas l'harmonie de l'ensemble, et surtout, qui laissent subsister une unanimité presque absolue dans les vœux exprimés comme dans les plaintes proférées.

Seulement, il est incontestable que, s'il n'existe pas la moindre contradiction, entre les différents cahiers du tiers état, on distingue, à première vue, dans les cahiers de paroisses comparés à ceux de bailliages, une nuance

L Arch, parL, U II, p. 468.

parfaitement tranchée et qui frappe Tobservateur le moins attentif. Les uns, ceux de bailliagesi placent au premier rang de leurs préoccupations, Torganisation politique de l'ancien régime, le vice de ses institutions représentatives, et la nécessité de leur faire subir des réformes profondes. Les autres, ceux de paroisses, envisagent de préférence les abus sociaux du régime féodal : ils s'acharnent à dénoncer les misères, dont souffrent les paysans et dont ils prétendent être débarrassés au plus tôt. En d'autres termes, les uns tendent à provoquer la révolution du 14 juillet 1789, les autres réclament déjà celle du 4 août. Mais il n'en faudrait pas conclure que les électeurs de bailliage fussent hostiles à la révolution du 4 Août, pas plus que ceux de paroisse se montrassent contraires à la Révolution du 14 juillet. La différence de leur attitude n'accuse que le résultat nécessaire des différences de position, d'habitudes, de genre de vie, et aussi d'instruction et de connaissances respectives. C'était, il faut en convenir, une tâche fort au-dessus d'humbles campagnards, que celle d'émettre une opinion réfléchie sur les grandes questions politiques, qui s'agitaient autour d'eux. S'ils avaient l'occasion^de se procurer un modèle de cahier qui leur convint, ils ne se faisaient aucun scrupule de s'y référer, quant aux points qui excédaient leur compétence. S'ils ne trouvaient ni modèle ni guide, ils avaient le bon sens de comprendre, que, sur tous ces points, leur intérêt était exactement le même que celui des classes éclairées du tiers état, et ils s'en rapportaient à elles avec autant d'abandon que de confiance. Ecoutez à ce propos les sages réflexions d'une petite paroisse du bailliage de Nevers, celle d'Âsnan ^ Elle s'exprime ainsi dans un Mémoire qu'elle joint à son cahier officiel : « Les députés à l'assemblée de Neveirs

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