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le triomphe de la liberté. Son ardeur n'était pas moins grande, quand il s'agissait de combattre l'égalité : et si un gentilhomme aussi intelligent que lui ne voyait dans une telle conduite aucune contradiction fâcheuse, combien d'autres, à cette époque, étaient frappés du môme aveuglement, sans être retenus par le moindre scrupule?
En même temps que la noblesse entraînée malgré elle à des renonciations, qui coûtaient autant à son orgueîl qu'à sa bourse, tentait de les subordonner à des conditions impossibles, elle essayait encore d'échapper au principe d'égalité par une foule d'autres moyens. Elle demandait que les gentilshommes cultivateurs, les gentilshommes pauvres, tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là, fussent en tous cas exempts de l'impôt devenu commun ou ne le supportassent qu'en partie. De là, ce que Sieyès*, avec sa mordante ironie, appelait le « couplet du mendiant ». Il parait que, depuis plusieurs années, les privilégiés avaient fait un large usage de ce système de dégrèvement soi-disant humanitaire. Sieyès espérait en vain, qu'eu égard à la gravité des circonstances, ils cesseraient d'y avoir recours. Necker, qui ne savait comment les dédommager du sacrifice qu'il attendait de leur bon vouloir, pour équilibrer son budget, les avait lui-même encouragés à suivre leurs anciens errements. Dans son rapport au conseil ", il n'avait pas craint de leur donner l'assurance que le roi désirait « que, dans l'examen des droits et des faveurs, dont jouissent les ordres privilégiés, on montre des égards pour cette partie de la noblesse, qui cultive elle-même ses champs, et qui souvent, après avoir supporté les fatigues de la guerre, après avoir servi le roi dans ses armées, vient encore
1. Essai sur les privilèges ^ dans Tédilion de la brochure Qu'est-ce que le tiers état? publiée avec les notes de Tabbé Morellet, p. 46.