‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 5)Chapitre 278 sur 331 · Archives parLy 1. 1, p · texte numérisé non relu

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rapprochait de si près que la différence ne vaut la peine ni d'un reproche, ni même d'une simple observation.

Quelles que fussent les précautions qu'un désir sincère de paix et de concorde eût inspirées au gouvernement de Louis XVI, il pouvait être certain d'avance que l'aristocratie, habituée à ne souffrir aucune résistance, ne se tiendrait pas pour satisfaite, et continuerait jusqu'au bout de lutter contre l'application des nouveaux règlements. En effet, dans plusieurs provinces, on l'entendit annoncer à haute voix, qu'elle préférait s'abstenir de prendre part aux élections, plutôt que d'autoriser, par son obéissance, une innovation contraire aux usages de l'ancienne monarchie. La noblesse surtout s'agitait. Elle se réservait, après s'être abstenue, de protester contre les résultats du scrutin, et d'entraver ainsi, dès les premiers pas, la marche de l'assemblée future. Elle ne pouvait se persuader, qu'une fois cette assemblée réunie, l'opposition d'une petite poignée de Français ne servirait qu*à déchaîner contre eux l'irritation générale. C'est ainsi qu'en Artois, tous les membres des Etats et leurs partisans, nobles, dignitaires de Téglise ou privilégiés du tiers état, refusèrent de répondre à l'appel des lettres de convocation. Leur conduite impolitique « livra le terrain électoral aux gentilshommes, qui demandaient la réforme des États, parce qu'ils en étaient exclus, au bas clergé, qui était dans la même situation, et au tiers état des campagnes. De là, l'élection de Charles de Lameth et celle de Robespierre * ». Le même résultat se produisit en Franche-Comté. « Le

i. Layergn6| Ass. prov,, p. 412,

haut clergé s'abstint généralement, les curés de campagne firent tout ce qu'ils voulurent... La noblesse avait d'abord déclaré qu'elle ne se rendrait pas aux élections, mais elle se ravisa. Elle avait surtout pour but d'écarter le prince de Saint-Mauris, qui succomba à Besançon, devant M. de Grosbois, premier président du Parlement. Cette petite victoire fut la seule qu'obtint le parti de la résistance*. » Tout le reste de la députation Franc-Comtoise peut être comptée parmi les plus dévouées aux idées nouvelles.

En Provence, le tiers état lui-même hésita quelque temps à accepter le Règlement du 12 mars. Il réclamait en faveur des assemblées communales de Lambesc le droit de députation, que l'aristocratie prétendait faire attribuer aux États particuliers. Nouvellement revenu de Paris, Mirabeau s'effraya de cette tendance, et ne crut pas inutile de la combattre. Le 13 mars 1789, il fit paraître à Aix une brochure intitulée : Opinion du comte de Mirabeau sur le règlement donné par le roi^ pour V exécution de ses lettres de convocation aux prochains États généraux^ dans le comté de Provence *. Que Mirabeau fût hostile au vieux système, qui livrait les élections à ces mêmes états, dont il venait d'être exclu : rien de plus naturel. Il était sûr de n'être jamais nommé par eux, et il comptait bien Têtre par le suffrage direct. Mais, à part cette question d'intérêt personnel, il est curieux de voir comment il développe son avis et sur quels arguments il s'appuie. D'abord, il approuve sans réserve le préambule du règlement, dans lequel il retrouve les doctrines, qu'il a soutenues le premier devant les Etats, et qui ont soulevé contre lui l'animadversion de la noblesse. « Les voilà donc, s'écrie-t-il, ces principes que les ordres privilégiés dénonçaient

!. Eodem, p. 349.

2. Collection complète des travcuix de Mirabeau rainé, 1. 1, p. 127 et suiv.

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comme un attentat, comme incendiaires, comme le renversement de notre constitution! Ils sont reconnus par le monarque, adoptés dans ses bontés, émanés de sa justice... Nos réclamations, portées au pied du trône, reviennent à nous avec le caractère de loi. »

Mirabeau se montre moins satisfait du règlement que du préambule. Peut-être aurait-il préféré qu'une assemblée générale des trois ordres, réunis et confondus, dans de justes proportions, eût été chargée, comme l'Assemblée de Romans, du soin de choisir les députés de la Provence. Il signale encore, dans la décision royale, quelques détails susceptibles de critique, et qu'il espère voir corrigés un jour. Puis, il observe que le roi luimême ne se flatte pas d'avoir atteint, dès la première épreuve, une perfection absolue, et réserve aux Provençaux le droit de réclamer une représentation mieux combinée, pour les États généraux qui suivront ceux de 1789. Mirabeau reconnaît la prudence et la sagesse de cette conduite. En dernière analyse, il conseille l'obéissance, parce que le roi use d'un droit incontestable, celui de « législateur provisoire de la nation. — Et certes, ajoute-t-il, ce droit, contesté par une portion des deux ordres privilégiés, doit nous être bien précieux, puisque nous lui devons l'égalité de représentation ' accordée au troisième ordre; et que, sans cette égalité, la tenue même des États généraux ne serait qu'un objet d'efl'roi pour les bons citoyens, loin d'être le but commun de leurs espérances. » Mirabeau conseille encore d'obéir parce que les avantages du système ministériel sont de beaucoup supérieurs à ses inconvénients; parce qu'il importe d'enlever le moindre prétexte à ceux dont « le vœu secret... est d'éluder les États généraux >; pvce que le temps presse, parce, que tout délai serait funeste. « Obéissons enfin, s'écrie-t-il, par respect pour la loi, par reconnaissance pour les intentions du mo-

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