DÉSORGANISATION DE L'ARMÉE
Chacun pouvait s'élever jusqu'aux plus hautes dignités de Ja hiérarchie militaire, et même jusqu'au maréchalat, en suivant une série de grades institués à cet effet. C'est cette faculté que le conseil de la guerre venait de supprimer, et comme s'il avait pris soin de rendre sa décision aussi étrange en la forme qu'au fond, il l'avait fondée sur ce principe que les grades supérieurs étaient Tapanage exclusif de la « première noblesse », ce qui équivalait à dire, de la noblesse de cour; tandis que la noblesse en général, et notamment la noblesse de province, n'était bonne qu'à remplir les grades inférieurs. On conçoit sans peine l'émotion que jeta, dans lea rangs de cette dernière, une mesure si contraire à ses droits et à ses intérêts. Quand on parcourt les Cahiers de 1789, on y trouve à chaque pas la trace de ses plaintes et l'écho de ses colères. Prenons quelques exemples au hasard. La noblesse du bailliage de Rouen € sollicite la réforme du dernier règlement militaire, en ce qu'il réserve quelques emplois à une classe de gentilshommes désignés sous le titre de première noblesse j cette expression tendant à diviser un ordre qui est de son essence indivisible et dont tous les membres sont égaux *. » La noblesse de Rouen demande « que tous les gentilshommes du royaume aient un droit égal aux grades militaires, et que l'on abolisse cette distinction, destructive de l'émulation et affligeante pour la noblesse de province, de n'accorder les premiers grades qu'aux militaires dont les parents sont à la cour *. » Une fois lancée dans la voie des récriminations, la noblesse de province ne s'arrête plus. Elle s'élève contre tous les abus qu'elle croit pouvoir imputer au conseil de la guerre^ même à ceux qui ne la touchent pas directement. Elle prend fait et cause pour les soldats, réclame la suppres-