‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 42 sur 101 · EL HADJ TEKOUR, ENVOYÉ DE SENOUSSI, VENUS EN FRANCE AVEC M. GENTIL · texte numérisé non relu

EL HADJ TEKOUR, ENVOYÉ DE SENOUSSI, VENUS EN FRANCE AVEC M. GENTIL

M. DE BEIIAGLE.

je lui enverrais un agent qui resterait à demeure à N'Dellé, sa capitale, mais pour l'instant j'allais retourner en France avec ses envoyés et ceux du Baguirmi. Ma tâche était donc accomplie. Aucun péril ne semblait imminent. Aussi, après avoir renvoyé au Baguirmi M. Prins, avec une douzaine de Sénégalais et une cinquantaine de fusils pour Gaourang, décidaije de rentrer en France, pour exposer au Gouvernement un programme d'action plus complet.

Je laissai la direction des affaires à mon excellent collaborateur Huntzbuchler, alors en parfaite santé; il était convenu que je le ferais remplacer dès mon arrivée à Libreville. Hélas, nous ne devions plus nous revoir. La mort impitoyable le frappa au moment où il rentrait à son tour en France. Quelques mois après m'avoir quitté, il s'éteignit à Brazzaville, atteint de pneumonie, mais en réalité victime du surmenage effrayant auquel il avait été soumis pendant cette rude campagne. Je perdis en lui un excellent ami, et le pays un serviteur précieux.

Sur la route de France, en arrivant au fleuve Oubacgui, je me rencontrai avec M. de Béhagle, ancien compagnon de Maistre, envoyé en mission commerciale dans le bassin du Tchad par un syndicat français. Maigre, de taille moyenne, les os de la figure saillants, les yeux creux, il offrait l'aspect d'un homme énergique. Ses traits durs, se contractant parfois, semblaient avoir reçu l'empreinte d'un chagrin profond. Constamment coiffé d'une chéchia rouge, recouverte d'une coiffe bleue, il allait narguant le soleil. Nous nous vîmes avec le plus grand plaisir. Il me confia ses projets et me demanda de l'aider.

J'y consentis bien volontiers, à condition qu'il me promît de s'abstenir de toute ingérence dans la politique et de se conformer strictement à son programme.

Il me déclara qu'il suivrait exactement mes indications, si bien ■que j'ordonnai à Huntzbuchler de mettre à sa disposition le Léon- Blot, dès les prochaines hautes eaux, pour effectuer deux voyages au Baguirmi, où il devait créer des établissements. Nous avions ■convenu également entre nous, que si l'occasion s'offrait pour

L'EMPIRE DE BABA H

lui de revenir par le Nord, il prendrait la route du Kanem et s'abstiendrait de négocier avec le Bornou ou avec le Ouadaï. Après quoi, nous nous séparâmes et je revins en France; de Mostuejouls et Ahmed ben Medjkane m'accompagnaient. Mon absence avait duré trente-neuf mois.

Je ne m'étendrai pas longtemps sur l'accueil qui nous attendait à Paris. Qu'il me suffise de dire qu'il fut tellement chaleureux et bienveillant que j'en fus, pour ma part, tout confus. Tous mes compagnons recevaient des récompenses bien méritées. Moi-même, je fus comblé ; mais ce qui me fit plus de plaisir que les avancements et les honneurs fut l'assurance donnée par le ministre que l'on continuerait notre oeuvre et que l'on allait procéder à l'occupation des territoires que nous venions d'explorer.

En attendant que l'on pût étudier complètement le nouveau programme que je soumettais, mon camarade d'école, le lieutenant de vaisseau Bretonnet, était, sur ma demande, désigné pour prendre la direction des affaires pendant mon congé. Il partait de France le 10 octobre 1898, emmenant avec lui lesBaguirmiens et les gens de Senoussi qui avaient passé deux mois dans notre pays et qui rentraient chez eux, emportant le souvenir de tout ce qu'ils avaient vu, et l'impression de notre puissance militaire qu'ils avaient pu vérifier lors de la revue de Moulins, passée par le Président de la République.

Bretonnet était à peine en route que les plus mauvaises nouvelles nous parvenaient. Rabah, pour punir les populations du Chari qui nous avaient bien accueillis, les avait impitoyablement razziées et avait ensuite envahi le Baguirmi. Le sultan Gaourang, incapable de soutenir la lutte, avait brûlé sa capitale Massénia, et s'était replié sur le fleuve, dans les environs du dixième degré de latitude.

Il importait de prendre tout de suite des mesures telles que notre puissance s'affirmât définitivement. M. Guillain, alors ministre des Colonies, était un véritable homme d'Etat, à la fois pensant et agissant, ne perdant pas en vaines paroles un temps

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