‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 50 sur 101 · UNE HECATOMBE D HIPPOPOTAMES DONT LA COLONNE FIT BOUCANER LA VIANDE · texte numérisé non relu

UNE HECATOMBE D HIPPOPOTAMES DONT LA COLONNE FIT BOUCANER LA VIANDE

Bretonnet avait vaincu, le bruit s'en serait répandu au loin, et l'attitude des indigènes eût été tout autre. Sombre et envahi d'une profonde tristesse, j'avais bâte d'arriver au but. Enfin, dans le lointain, on aperçoit le village de Gaoura, les berges hautes sont couvertes de monde. Au fur et à mesure qu'on approche, on voit des gens habillés d'un boubou ; il y en a beaucoup. Ce sont des Baguirmiens, me dit un guide. Un moment l'espérance renaît; des Baguirmiens ! Les nôtres sont donc encore en vie ! Enfin, nous approchons davantage, on peut distinguer les physionomies. Mes regards se portent sur un homme, un seul; je le reconnais: c'est le sergent Samba Sali. Il est là, debout, à moitié nu, à peine couvert d'un lambeau d'étoffe. (( C'est toi, Samba Sali? — Oui, mon commissaire. — Et Monsieur Bretonnet? — Ah! tous sont morts !... »

C'est par cette phrase que nous fûmes accueillis. Le bateau accoste; je fais monter le malheureux à bord. Il se tient à peine

L'EMPIRE DE RABAIl.

■debout ; je le fais asseoir et je m'aperçois que son bras gauche pend lamentablement. Une balle lui a cassé l'os. Il a faim, on lui donne à manger et avidement nous l'interrogeons. Le pauvre homme, encore sous le coup des émotions terribles qu'il a supportées et des fatigues qu'il a endurées, a peine à se remettre. Il parle enfin, et nous fait le récit du malheureux drame auquel il vient d'assister.

Bretonnet, ainsi qu'il l'annonçait, avait fait évacuer Kouno, pour occuper les collines de Togbao. Ces collines, hautes au maximum de 100 à 150 mètres au-dessus du fleuve, sont assez difficilement accessibles. Elles se composent de deux sommets principaux, séparés par un étroit défilé et de deux autres petites collines voisines commandées par les deux points culminants A et B (1). Un tata en palanques est occupé parles Baguirmiens et le lieutenant Durand- Autier, avec dix hommes et une pièce de 4. Le défilé entre A et B est défendu par les gens du « M'baroma » , <îhef baguirmien. Bretonnet avec trente hommes, deux pièces de canon, le lieutenant Braun et le maréchal des logis Martin, sont installés sur les sommets G et D.

L'ennemi est signalé le 1? juillet vers 8 heures du matin. Rabah en personne dirige l'action. Il compte sous ses ordres treize bannières, soit un effectif de deux mille sept cents fusils et •environ dix mille auxiliaires arabes ou bornouans, armés de lances et de flèches. Il esquisse une première attaque de front qui -est repoussée vigoureusement.

Il réunit son monde, fait mettre pied à terre à ses cavaliers et lance de nouveau la moitié de ses soldats à l'assaut des positions occupées par les nôtres. Pendant ce temps, un autre groupe tournait la position pour s'emparer du défilé.

A la première attaque, le lieutenant Braun avait été tué raide ; le maréchal des logis Martin le remplaça. Bretonnet reçut alors une balle en pleine poitrine. On le coucha le dos appuyé contre une mallette en fer et il continua à diriger la défense. Sentant ses forces s'en aller, il demanda alors du papier et un crayon.

(1) Voir le plan aux Notes et éclaircissements. (Note 6 bis).

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