‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 52 sur 101 · MM. ROUSSET ET PRINS · texte numérisé non relu

MM. ROUSSET ET PRINS

l'avenir avec confiance. Les trois survivants Sénégalais furent immédiatement conduits devant Rabah. Son premier soin fut de leur demander où étaient leurs compagnons. « Tous ceux qui t'ont combattu, lui répondit Samba Sali, sont sur la colline; pas un de nous n'a fui, il ne reste que nous trois qui sommes blessés. — Combien étiez-vous donc en tout ? — Cinq blancs, deux Arabes et quarante-quatre Sénégalais. — Ce n'est pas vrai, tu mens, il n'est pas possible que vous ayez osé me combattre avec si peu de monde, tu mens, tu mens. » Et en disant ces mots, Rabah était ivre de fureur. Sa colère était compréhensible, car de son côté il avait plus d'un millier d'hommes hors' de combat; son fils Niébé avait la jambe cassée par une balle. Il répugnait à son orgueil de penser qu'un si petit nombre d'hommes lui avait infligé de telles pertes.

Il finit cependant par se calmer peu à peu, et ne pouvant se défendre d'un sentiment d'admiration pour ses vaillants adver-

SAMBA SALL

LE POSTE DE FORT-ARCHA.MBAULT, CONSTRUIT HÂTIVEMENT PAR LE CAPITAINE JULLIEN EN PRÉVISION D'UNE ATTAQUE DE RABAH.

saires, il proposa aux trois survivants d'entrer à son service. Celui qui servait d'interprète entre Rabah et Samba Sali était un des Sénégalais de Crampel. Il conseilla à Samba Sali de faire une réponse dilatoire. C'est ce qui le sauva. Rabah donna l'ordre de le garder à vue, lui et ses deux compagnons et il fit procéder à l'inhumation des morts. Les esclaves n'ayant pas droit à la sépulture, Rabah mit trois jours pour enterrer les hommes libres, après quoi il regagna Kouno.

Samba Sali, malgré son bras cassé, n'avait qu'une idée, la faite. Il fit part de son dessein à ses deux compagnons, qui, trop malades, lui répondirent qu'ils ne pouvaient le suivre. Étroitement surveillé par une sentinelle attachée à sa personne, il prétexta un jour un besoin naturel pour s'isoler et se sauver. Sa blessure le faisait cruellement souffrir. Pendant près d'un mois, il erra dans la brousse, sans vivres, sans vêtements; il réussit enfin, après des péripéties sans nombre, à atteindre

le village de Gaoura où nous le rencontrâmes. Voilà ce que peuvent faire et ce que font tous les jours ces Sénégalais, à qui nous devons la conquête d'une partie de notre empire Africain. On conviendra aisément que la croix d'honneur, qui fut donnée par la suite au sergent Samba Sali, était largement gagnée.

Ainsi donc, c'était fini : le drame s'était accompli. Nous ne reverrions plus aucun des nôtres. Que faire? Avant tout, éviter l'emballement qui est le pire des conseillers, et examiner froidement la situation.

Rabah était à Kouno, à une centaine de kilomètres de nous. Grisé par sa facile victoire qui avait produit une impression considérable sur les indigènes, il était à craindre qu'il ne tentât un nouvel effort contre nous et ne vînt nous attaquer avant l'arrivée de nouveaux renforts.

Il fallait se tenir en garde contre une surprise. En mettant les choses au pire, on avait au moins six jours devant soi pour se fortifier solidement. Je choisis en conséquence l'emplacement d'un poste et je donnai l'ordre au capitaine Robillot, commandant les troupes, de faire débarquer la compagnie Jullien, les deux pièces de 65 millimètres et les artilleurs, soit en tout cent vingt-huit fusils, et de commencer de suite la construction d'un blockhaus et d'un camp palissade qui reçut le nom de Fort- Archambault, en souvenir d'un jeune officier de la compagnie Jullien, mort dans le Haut Oubangui.

Il était urgent d'amener de suite de nouveaux renforts au point occupé par Robillot; d'autre part il ne fallait pas trop dégarnir la région civile commandée par M. Bruel, car on pouvait appréhender très bien une attaque de Sénoussi sur le poste de Gribingui.

Il y avait lieu dans tous les cas d'opérer très vite. C'est pourquoi, je rembarquai sur le vapeur, le 19 août au soir, avec de Mostuejouls; veillant à tour de rôle, nous pouvions effectuer notre montée jusqu'à Gribingui en cent soixante heures, dont cent trente de marche réelle; les trente autres heures furent

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