A LA MONTAGNE DE NYELLIM, LES CHARGES PRETES POUR LE DEPART
chefs, tous vêtus de blanc. Un turban de même couleur leur entourait la tête. Une cartouchière ceignait leurs reins. Brandissant leur fusil, les chefs semblaient haranguer leurs hommes et les encourager au combat.
Le branle-bas de combat est fait depuis longtemps sur le vapeur ; M. Perdrizet pointe le canon à tir rapide du Léon-Blot, de Mostuejouls celui du chaland; le second-maître Brugel a, en même temps que la surveillance de sa machine, la direction delà mousqueterie. Moi, je m'occupe de l'ensemble et de la manœuvre.
A neuf heures pre'cises, la flottille ouvre le feu avec ses deux canons, et presque au même instant l'artillerie de la colonne, qui a été mise en batterie à quinze cents mètres, sur une dune de sable, envoie ses premiers coups. L'ennemi, surpris par cette double attaque, ne tarde pas à répondre.
Une des deux bannières de Rabah, celle d'Othman Cheiko, et
une autre avec une pièce de canon, ripostent au feu du vapeur, pendant que les dix autres bannières et deux pièces de canon font face à l'attaque par terre. Le capitaine Robillot a placé ses
trois compagnies en échelon, la première en tête, la troisième en réserve.
Nos troupes s'avancent lentement; le terrain n'est malheureusement pas as sez découvert, de sorte qu'il devient difficile de trouver un emplacement pour mettre les pièces en batterie. L'ennemi, qui a placé des tireurs dans les arbres, nous tue pas mal de monde. On approche cependant peu à peu des cases que l'on distingue nettement. Kouno est plutôt un campement qu'une ville. Aucune fortification apparente n'existe.
Sur la gauche de nos troupes, dans une sorte de bas-fond, Rabah a placé des tirailleurs qui ripostent très bien au feu des nôtres. Derrière ces tirailleurs, se massent des groupes plus importants qui surgissent tout d'un coup. Une fusillade intense se fait entendre. Nos feux de salve y répondent vigoureusement. Mais cela ne peut durer longtemps ainsi, car nos troupes commencent à souffrir du feu de l'ennemi. De plus, son tir d'artillerie, bien réglé, a déjà couché par terre une demi-section de la troisième compagnie.
Le capitaine Robillot donne l'ordre de mettre baïonnette au <ianon et de se précipiter sur les masses ennemies. Celles-ci, dé pourvues d'armes blanches, ne peuvent soutenir le choc et se replient précipitamment dans la ville, serrées de près par les nôtres qui atteignent rapidement le premier groupe de cases,