PAYSAGES DES ENVIRONS DE MILTOU, OU RABAH A TRAVERSE LE FLEUVE
à les ramener à Zinder avec promesse de rentrer au Soudan.
A Zinder, une scission se produisit : deux cent soixante-dix tirailleurs, restés dociles, acceptaient de continuer la mission pendant un an, sous les ordres des lieutenants Joalland et Mejnier et d'un sous-officier, le sergent Bouthel. Les trois cents autres tirailleurs reprenaient la route du Soudan avec le lieutenant Pallier, le docteur Henric et deux sous-officiers.
La nouvelle mission cherche alors à pacifier Zinder. Le 15 septembre, le serki Amadou est tué dans une reconnaissance et les habitants de la ville se mettent à la disposition des Européens. Le lieutenant Joalland laisse alors à Zinder son sergent européen et cent tirailleurs et prend le 3 octobre la route du Tchad avec le lieutenant Meynier, cent soixante-dix tirailleurs et un canon de 80 millimètres.
Informé à ce moment de la présence de la mission Foureau- Lamy dans l'Aïr, Joalland s'empresse de lui expédier des cha-
LE CAPITAINE JOALLAND
meaux qu'elle réclame et dont elle a grand besoin, puis il continue sa route, reprenant ainsi pour son propre compte les instructions données au lieutenant-colonel Klobb dont un des passages était le suivant : « Jonction avec mission Foureau-Lamy, quoique étant très désirable, n'est point l'objectif principal. Nécessaire arriver le plus tôtpossible au Tchad pour conclure traité avec Kanem et rejoindre la mission du Chari. »
Ces instructions disaient aussi que, dans le cas de rencontre avec la mission Foureau-Lamy , le lieutenant-colonel Klobb prendrait la direction des deux
expéditions, à moins toutefois que Foureau ne tînt à revenir par la voie de Zinder et du Dahomey; et en ce cas son escorte resterait à sa disposition.
Dans cette circonstance, le lieutenant Joalland, qui avait été promu capitaine au mois de juillet, estimant qu'il importait avant tout de nous rejoindre, se mit en route. Je ne pus qu'approuver cette décision; il était en effet pour moi du plus haut intérêt d'être renseigné au plus tôt sur l'issue de l'affaire Voulet...
Le 23 octobre, Joalland était à Woudi; il suivit la route au Nord du Tchad, dans un pays désolé, par N'guigmi et Gor, et arriva le 22 novembre à Gouré, dans le Kanem. En passant à
LE CAPITAINE JOALLAND.
(PHOTOGRAPHIE DE E. PIROU.)
Debenenki, il nomma sultan du Kanem l'alifa Zeraff, descendant légitime des souverains, qui se déclara tout dévoué à notre cause pour être débarrassé de Rabah et du Ouadaï.
Enfin, il arriva à N'Gouri où il laissa un détachement, puis il se porta sur Goulfei.
Cette marche de Joalland s'effectua sans que nous puissions en être le moins du monde informés. En effet, pendant cette période nous avions eu affaire à toute l'armée de Rabah, laquelle, opérant ensuite sa retraite avait fait le vide sur son passage, de sorte qu'aucun Baguirmien n'avait pu venir nous apporter des nouvelles. Joalland de son côté, n'en ayant pas davantage, envoya le sergent Abdoul Sali, le 14 décembre, en courrier avec une pirogue de Goulfei. Ce sergent avait la consigne de s'assurer de l'endroit où nous nous trouvions et de me remettre une lettre de son capitaine.
Mais à peine était-il en route, qu'il se rencontra avec les quarante pirogues portant les blessés de Rabah et une forte escorte ; les pirogues redescendaient le fleuve à petites journées pour se maintenir à hauteur de la colonne principale des Rabistes, qui se repliait sur Logone par la rive gauche du Ghari.
Abdoul Sali ne pouvait songer à entrer en lutte contre des forces supérieures. Aussi revint-il vers son chef, le capitaine Joalland, qui se décida à envoyer vers nous le lieutenant Meynier. Ce jeune et brillant officier, à peine guéri de la blessure qu'il avait reçue aux côtés du colonel Klobb, fournit, le long du Bahr-Erguig, sur la rive droite du Ghari, qui venait d'être évacuée par les troupes de Rabah, un trajet de sept cents kilomètres en quatorze jours (du 28 décembre 1899 au 11 janvier 1900). C'est à Sada, non loin de Fort-Archamhault, qu'ayant accompli cette prouesse, il se rencontra avec le capitaine de Cointet et les forces du sultan Gaourang.
Gomme bien on pense, il y fut accueilli avec la joie la plus vive. Les récits qu'il fit, les nouvelles qu'il apporta nous arrachèrent enfin à ce long cauchemar qui hantait tout le monde : l'éventualité effroyable d'une lutte entre Français. Non seule-