‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 7 sur 101 · MARCHE DE BRAZZAVILLE · texte numérisé non relu

MARCHE DE BRAZZAVILLE

l'intérieur à Loango et à la dévouée collaboration de mes compagnons, toutes les pièces du vapeur étaient expédiées rapidement. Je me mis en route, fin juillet, en donnant l'ordre à Himtzbûchler de continuer les expéditions, et de se charger luimême d'accompagner les grosses pièces. Le 23 octobre, nous étions tous réunis à Brazzaville, à l'exception du jeune Vival, cet enfant de vingt ans, qui, de retour, depuis six mois, du voyage qu'il avait fait avec Glozel, repartait avec nous. A peine avait-il quitté Loango qu'il tombait, atteint d'une fièvre bilieuse hématurique, qui l'enlevait, trois jours plus tard, à notre affection et à celle des siens. C'était une victime de plus à ajouter à la liste déjà nombreuse de ceux qui avaient payé de leur vie la poursuite du même programme. Mais, si la mort d'un soldat attriste ses camarades, elle ne les décourage pas. La place de l'absent fut de suite prise par un jeune homme nommé Prins, qui, en fait dépassé colonial, n'avait guère qu'une connaissance approfondie du Paris joyeux, mais qui, grâce à sa ténacité et à

son énergie, ne devait pas tarder à devenir un Africain. Du reste je n'avais pas le choix, car je l'avoue sans fausse honte, nous étions tenus en très piètre estime. Nous étions, au dire du Tout-Brazzaville, destinés à être rappelés, ou bien, si par malheur nous partions, voués à un irrémédiable échec. Aussi, j'aurais pu chercher un collaborateur parmi les agents en service dans la deuxième capitale du Congo, je ne l'aurais pas trouvé. Je ne le cherchai pas d'ailleurs, je gardai M. Prins et j'eus tout lieu de m'en féliciter.

Mon séjour à Brazzaville fut tout entier consacré à la reconfection de nos colis qui avaient été bien avariés et dont beaucoup nous manquaient, principalement ceux de vivres ; mais fort heureusement le vapeur était au complet.

C'était le point important.

Nous étions donc à Brazzaville. Mais il fallait en partir et ce n'était pas commode. Nous avions en effet pour atteindre Bangui à parcourir, sur le fleuve Congo et son affluent l'Oubangui, environ 1 200 kilomètres, et, comme la flottille du Congo français se composait juste de quatre petits vapeurs, YOubangui, leDjoué, YAlima, le Faidherbe, destinés à ravitailler nos postes extrêmes de la Sanga et du Haut Oubangui, dirigés par mon ami Liotard, il était probable que notre séjour serait de quelque durée. Heureusement pour nous, se trouvait à Brazzaville un administrateur de haut mérite doublé d'un excellent homme, M. Chauvot.

Il n'hésita pas un instant à mettre à ma disposition trois de ses vapeurs. Comme on le voit, il ne pouvait faire davantage.

Ma reconnaissance pour lui durera toujours, car ce fut cette généreuse initiative de sa part qui fut cause que nous réussîmes dans notre entreprise.

N'ayant pas reçu de réponse à ma demande d'instructions, je pris le parti de me mettre en route, en laissant Huntzbûchler et Prins, avec la mission de rassembler le plus possible de nos colis et de me rejoindre par la suite. J'emmenai avec moi le vapeur, me disant qu'après tout si l'on me désapprouvait en

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