‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 90 sur 101 · UNE DES COURS DU PALAIS DE RABAH APRES L EXPLOSION DE LA POUDRIERE · texte numérisé non relu

UNE DES COURS DU PALAIS DE RABAH APRES L EXPLOSION DE LA POUDRIERE

avant qu'on atteigne les appartements de Rabah, qui sont situés dans une vaste maison aux murs très épais, avec un premier étage. Au rez-de-chaussée, il y a trois grandes salles ; celle du milieu était la salle d'audience. Gomme il n'y a pas de bois de très grandes dimensions dans le pays, on a jumelé ensemble une dizaine de madriers légers, qui ont permis de faire des piliers de soutènement. Le tout a été recouvert d'un crépissage en torchis fort bien fait. Avec les tapis recouvrant le parquet, les sièges, les coussins et le lit de repos où s'accumulaient des étoffes épaisses, l'appartement, tel qu'il était quand Rabah l'occupait, devait avoir très grand air. J'avais la sensation de me trouver dans quelque vieux manoir du moyen-âge Non loin des appartements de Rabah, et communiquant avec eux, était une cour principale où s'élevaient les habitations de ses femmes, habitations plus ou moins élégantes, suivant le rang

L'EMPIRE DE BABAH.

de celles qui les occupaient. On me dit que le nombre de ces femmes, épouses, concubines ou esclaves, s'élevait environ à un millier. Enfin, il y avait encore dans ce palais deux grandes cours où se trouvaient la poudrière et les magasins. Cette dernière partie, ayant sauté à la suite de l'explosion de la poudrière, n'offrait plus guère que des ruines.

Les habitations de Fad-el-Allah et de Niébé ressemblaient à celle de leur père. Elles étaient naturellement plus petites. Celle de Niébé offrait cependant quelques ornements et quelques sculptures assez primitives sur sa façade principale.

Entre les divers palais s'étendaient de vastes espaces, formant des places d'une régularité presque géométrique. Et ce qui frappa surtout nos troupes lorsqu'elles pénétrèrent dans la ville, c'était l'état de propreté véritablement extraordinaire qui régnait dans cette ville et même en dehors.

Lorsque j'y arrivai, cela avait déjà changé. On voyait que le maître avait disparu et que les Bornouans l'avaient remplacé. Quoi qu'il en soit, je rapportai de mon séjour à Dikoa l'impression de quelque chose de grand, d'une vie intense et d'un mouvement de population comme je n'en avais pas encore vu en Afrique.

Il était vraiment dommage que ce joyau de l'Afrique nous échappât, puisqu'il appartient aux territoires reconnus par les traités à l'Allemagne, et j'avais le cœur bien gros en pensant que si nous avions servi nos intérêts, nous avions par la même occasion beaucoup travaillé... pour le roi de Prusse.

Dikoa, ville de construction toute récente, a remplacé Kouka comme capitale du Bornou. Kouka, à l'heure qu'il est, n'est plus qu'un amas de ruines et est presque complètement désertée. Rabah, qui Ta détruite de fond en comble, s'était installé à Dikoa et, par la force des choses, la nouvelle cité était devenue un centre commercial d'une très grande importance.

On peut voir à Dikoa toutes les populations du centre de l'Afrique, depuis le noir le plus foncé jusqu'au blanc le plus clair. Le Tripolitain, le Fezzanais, ce courtier de l'Afrique, y

DIKOA .

coudoient le Haoussa et le Djellaba des bords du Nil. Le Bornouan, le Foulbé, le Baguirmien s'y promènent côte à côte. C'est un mélange de races, de costumes bizarres. Les esclaves bandas, kreichs, saras,mousgous, gamergous y circulent en foule.

Les jours de marchés importants surtout, la grande place offre une extrême animation. On y trouve tout ce que l'on veut, étoffes du pays, bandes de coton, soieries de Lyon , tissus de soie et coton , étoffes anglaises , sucre, café, thé, quincaillerie, bijoux de corail et d'or. On peut s'y approvisionner très facilement.

Il n'est d'ailleurs pas étonnant qu'il en soit ainsi. De tout temps, le Bornou a été réputé pour l'importance de ses transactions. Les descriptions qu'en ont faites Barth et Monteil en témoignent suffisamment. Cette prospérité du Bornou a été la cause de sa perte. Ayant la vie trop facile, les Bornouans se sont amollis et, plongés dans le vice et la débauche, ils ont été une proie facile pour les bandes de Rabah. Celles-ci, disciplinées, menées très durement, habituées à une vie frugale, n'ont pas eu de peine à vaincre leurs adversaires. Mais peu à peu, les vainqueurs s'accoutumèrentàlavielarge qu'ils s'étaient procurée. Ils devinrent des raffinés et commencèrent, eux aussi, à perdre quelque peu de leurs qualités guerrières. L'existence était trop agréable à Dikoa, la débauche y régnait en maîtresse.

Les femmes libres, les concubines ou les esclaves, originaires de tous les coins de l'Afrique, se livraient aux pires excès.

Page 1