‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 94 sur 101 · LA MORT DE DE BÉHAGLE · texte numérisé non relu

LA MORT DE DE BÉHAGLE

ses serviteurs lui sont enlevés et remplacés par d'autres.

De Béhagle, hors de lui, se met à invectiver Rabah, qu'il traite de « chien, fils de chien, esclave ».

Il se calme néanmoins peu à peu et sa nouvelle attitude, faite de calme et de dédain, inspire à tous un respect mélangé de crainte. Rabah, redoutant les conséquences d'un assassinat, n'ose pas le faire tuer. Il quitte Dikoa pour envahir le Baguirmi, laissant son prisonnier à la garde de son fils Fad-el-Allah.

Le combat de Togbao a lieu. Rabah, qui croit s'être débarrassé des Français pour toujours, envoie à Fad-el-Allah l'ordre de mettre de Béhagle à mort.

Ce dernier reçoit la nouvelle très froidement. Il se lève du lit où il est couché et dit : « Je dois mourir, c'est bien, les Français ne craignent pas la mort : je suis prêt; mais rappelle-toi que je serai vengé ».

Des esclaves viennent alors et le portent sur leurs épaules jusqu'au lieu du supplice, la place du marché, où une potence est dressée.

Pendant le funèbre trajet, notre compatriote, jusque-là silencieux, se retourne vers Fad-el-Allah et lui dit : « Je vais mourir et n'ai point peur. Quant à vous autres, rappelez-vous toutes mes paroles : dans quelques mois, vous serez ou morts ou fugitifs. »

Ces paroles prophétiques frappèrent tous les assistants de terreur, mais n'empêchèrent point le crime de s'accomplir. De Béhagle fut pendu à la potence où l'on exécutait les criminel?. Son corps fut ensuite jeté dans un puits où malgré toutes mes recherches, il me fut impossible de le découvrir.

Quelques mois après seulement, j'appris que la dépouille mortelle de M. de Béhagle avait été jetée dans le puits voisin de la maison de Djebarrah, où j'ai ordonné de faire pratiquer des fouilles.

Je quittai Dikoa le 15 juin pour reprendre la route de Fort- Lamy.

Quel changement s'est opéré en quinze jours! La pluie,

L'EMPIRE DE BABA IL

tombée en abondance, a fertilisé toutes ces plaines qui me semblaient auparavant si désolées. Partout on rencontre des plantations pleines de promesses. Décidément, la région du Tchad est riche et vaut la peine d'être conquise. Nous n'en avons malheureusement qu'une partie, mais notre lot est encore assez beau pour qu'on ne puisse pas regretter les sacrifices consentis en hommes et en argent.

De retour à Fort-Lamy, je me préoccupai tout de suite de l'organisation générale des pays nouvellement conquis. Ils furent divisés en deux régions : 1° les territoires s'étendant depuis l'Oubangui jusqu'au septième parallèle réservés à l'administration civile ; 2° ceux placés au Nord du septième parallèle confiés aux officiers qui venaient d'en faire la conquête, sous la direction du capitaine Robillot.

Étant donné ce que j'ai dit de la constitution des états musulmans du Tchad et de l'œuvre de Rabah, il ne me fut pas difficile d'établir l'impôt chez des gens habitués à le payer. Aussi bien le principe en fut-il accepté immédiatement par les tribus arabes qui passèrent sous notre administration directe.

Quant au Baguirmi, qui avait conclu avec nous un traité de protectorat en 1897, je lui ai laissé son autonomie presque complète, avec la charge néanmoins de participer aux dépenses militaires d'occupation. De plus, nous avons reçu du sultan Gaourang le droit d'administrer directement le delta du Tchad, habité par des Arabes pasteurs et agriculteurs.

Enfin, toutes les rives du Ghari sont aussi sous notre autorité directe. Gaourang a renoncé à son droit de razzia dans ces parages, ainsi que sur les populations païennes constituant une partie des groupes Sara, Nyellim, Kaba Mara, etc.

Nous sommes donc solidement installés dans les territoires de la région du Tchad. Actuellement, grâce aux renforts envoyés par la métropole, nous pouvons étendre notre action sur le Kanem qui réclame notre protection, et, dans un avenir prochain, nous serons en état de traiter définitivement la question du Ouadaï. Il n'est pas douteux qu'avant peu de temps

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