CHEFS BANDA
porteurs dont nous avons besoin. Grands producteurs de vivres, on peut trouver chez eux les légumes et le grain nécessaires à l'alimentation des Européens et des miliciens.
Productions de la région civile. — Le manioc est cultivé concurremment avec le mil par les Mandjias surtout; les Bandas produisent principalement du mil. Les autres cultures vivrières sont le maïs, l'igname, la patate, une sorte de pomme de terre très allongée nommée dazo, les concombres, le giraumon, le sésame, l'arachide, des haricots de plusieurs espèces, un haricot de terre nommé n'djou.
Le riz pousse à l'état sauvage, mais n'est ni connu, ni utilisé par les indigènes. Parmi les autres produits cultivés, on peut citer le coton avec lequel quelques indigènes tissent des vêtements grossiers, et le tabac, très répandu.
Les produits naturels du sol sont le kaiité et le caoutchouc, que
les indigènes commencent à récolter. Celui-ci est fourni par plusieurs espèces de lianes différentes. Il est généralement de belle qualité et se coagule soit avec de l'eau salée, soit avec de l'oseille du pays ; une espèce même se coagule spontanément. Enfin, les éléphants sont très nombreux dans tout le pays. Ils ont été jusqu'ici peu chassés, de sorte qu'il n'existe pas de très grands stocks d'ivoire; mais on en trouve cependant en quantité notable. Ayant énuméré les différentes populations de la région civile et esquissé à grands traits leurs principaux caractères, il me reste à dire quel parti nous pourrons en tirer et quelle a été notre ligne de conduite vis-à-vis d'elles pendant les cinq dernières années.
Au moment de notre arrivée dans le pays, à part les N'Gaos, on peut dire que non seulement aucune des deux races Banda et Mandjia, mais même aucune des tribus qui les composent, no constituait de groupements effectifs. Autant il y avait de villages, autant il y avait de chefs. On comprend, par suite, que des éléments aussi disséminés, aussi désunis, offraient une proie facile aux chasseurs d'esclaves. On conçoit aisément aussi combien il était difficile pour nous d'obtenir la moindre chose de ces gens vivant indépendants, sans autorité constituée, sans hiérarchie. Quelque difficile que m'ait paru la tâche au début, je n'ai cependant jamais désespéré du résultat final. Il fallait beaucoup de patience et surtout il était important de bien définir le but qu'on voulait atteindre et les moyens à employer.
Le but était double : 1° créer des besoins aux indigènes pour que nos commerçants pussent s'établir parmi eux ; 2° leur faire payer un impôt qui viendrait en atténuation de nos dépenses d'occupation.
Le problème posé, la solution n'était pas aisée. Il fallait se mettre en contact intime avec toutes ces petites communautés, étudier leurs parentés, leurs rapports, leurs besoins, pour arriver ensuite à constituer des groupements à peu près homogènes, avec des éléments constitutifs d'aspirations identiques et d'intérêts communs, et encore ne serait-ce là qu'un pas de
LA RÉGION . CIVILE
fait vers le résultat définitif, qui doit être la réunion des gens parlant la môme langue sous l'autorité d'un seul chef.
Ce but, indiqué par moi et poursuivi sans relâche, est à l'heure actuelle en partie atteint grâce à l'activité, à la patience et au dévouement de l'administrateur Bruel et de ses collaborateurs Rousset, Perdrizet, Pinel, etc.. La méthode employée a été simple ; l'exploration du pays a été faite, les villages classés et portés sur une carte, après quoi l'occupation des points les plus importants a eu lieu.
Le premier résultat de cette occupation a été, pour ces populations païennes, une sécurité jusque-là inconnue. Elles sont devenues plus fixes dans leur habitat et par suite ont produit davantage. i
En fournissant des vivres et des porteurs, tous ces gens se sont habitués à nous voir et aussi à se connaître. Les rassemblements dans les postes de gens de tribus différentes leur ont fait peu à peu concevoir l'idée d'un rapprochement plus intime sous l'égide et le commandement d'un Européen.
La confiance s'étant établie de plus en plus, et l'indigène ayant constaté que nous étions réellement pour lui des protecteurs et des clients, il est devenu plus facile de lui faire comprendre que cette protection, fort onéreuse pour nous, devait être payée par lui. Ce principe très simple du donnant donnant est très bien compris par le noir. Il est bien évident qu'il faut lui prouver qu'on lui donne quelque chose pour qu'il se reconnaisse débiteur. Une fois qu'il l'a reconnu, la question est réglée, l'impôt est accepté en principe.
C'est ce qui eut lieu avec nos indigènes. La base de l'impôt a été de deux kilos de caoutchouc par case et par année, dont moitié revient aux chefs et moitié à l'État.
Une partie des Mandjias a reconnu un chef appelé Makourou nommé par nous ; les N'Gaos en ont un autre, les Ungourras également. On procédera de même avec les autres tribus et, dans un avenir très proche, la perception de l'impôt, commencée depuis un an et demi, pourra avoir lieu partout.
Il me reste maintenant, pour terminer, à dire quels ont été les résultats géographiques obtenus.
J'eus, pour ma part, l'occasion d'effectuer un nouveau voyage sur le Tchad avec le vapeur Léon-Blot. Gomme les eaux étaient encore presque basses, je puis affirmer, sans crainte de me tromper, que le grand lac est navigable entoute saison, à condition qu'on se tienne à une distance de trois à cinq kilomètres de la côte. A cette distance, les fonds sont de plus de trois mètres, augmentant beaucoup vers le large. Du côté Est, les bancs de sable sont très nombreux; les grands fonds sont du côté Ouest. Nous sommes restés une huitaine de jours sur le lac et avons pu ainsi reconnaître tous les bras de son delta. Malheureusement, le temps nous manqua pour pousser jusqu'aux îles habitées par les Bouddoumas. Pirates et voleurs, ces indigènes ne manifestent pas grand désir d'entrer en rapports avec nous. Ce serait cependant chose très désirable, car ils sont relativement riches; ils élèvent beaucoup de boeufs.
Les autres reconnaissances effectuées dans la région militaire par les capitaines de Cointet, de Lamothe, Bunoust, Galland ont permis l'étude des pays païens Sara, Nyellim, Boua. Le lieutenant Kieffer, partant de Maïnheffa, est redescendu jusqu'au 10' degré et de là a atteint le Logone dont il a suivi le cours jusqu'à Laï. Enfin, le capitaine de Lamothe a dressé des itinéraires chez les Arabes Daaguère, sur la rive droite du Chari, derrière Bousso.
Dans la région civile, on a délimité les divers bassins de la Kémo, de la Nana, du Gribingui, de TOmbela et de la M'Poko. Enfin, le beau voyage de MM. Bernard et Huot a permis d'identifier, avec le Bahr-Sara, la rivière Ouahm, dont le voyageur Perdrizet avait remonté une partie du cours. Un des affluents de cette rivière Ouahm, la Fafa, navigable pour les pirogues, nous permettra vraisemblablement l'emploi d'une nouvelle route pour atteindre le bassin du Chari.
L'exposé de ces dernières considérations termine lé récit de cette deuxième campagne qui, pour moi, dura exactement deux
LA RÉGION CIVILE
ans. J'étais arrivé au Congo au commencement de 1899. Le 2 janvier 1901, je quittais le poste de Fort-de-Possel, et, le 25 février, j'étais de retour en France.
Qu'il me soit permis, en concluant, de remercier encore une fois tous les officiers et fonctionnaires qui m'ont prêté un concours aussi complet et aussi dévoué. Ce sera le grand honneur de ma vie d'avoir eu de tels collaborateurs. Grâce à eux, la tâche que nous avions acceptée, a été pleinement remplie et le but assigné complètement atteint pour le plus grand profit de la France, dont l'Empire colonial s'est trouvé accru d'un vaste territoire.
CONCLUSION
Depuis mon retour en France, il s'est produit dans les territoires du Chari divers événements saillants qu'il importe de mentionner tant à cause de leur intérêt propre que par les conséquences qu'ils peuvent avoir.
Remplacé par intérim dans mes fonctions de commissaire du Gouvernement par le lieutenant-colonel Destenave, j'avais en attendant la prise de service de cet officier supérieur, confié la direction de la région au capitaine, aujourd'hui commandant Robillot.
Dans l'intervalle qui s'écoula entre mon départ et l'arrivée du colonel Destenave, le commandant Robillot apprit que Fad'el Allah qui s'était enfui dans l'Ouest, était parvenu à reconstituer des forces assez nombreuses, qu'il avait reçu une certaine quantité d'armes et de munitions et qu'il se préparait à envahir le Bornou.
Le sultan de ce pays Guerbaï qui avait remplacé son frère le cheich Omar Seinda se porta à sa rencontre et fut complètement battu près de N'Gala.
Il dut s'enfuir et se réfugier au Kanem. Victorieux, Fad'el Allah ne tarda pas à pousser son rezzou dans la direction de nos postes. Ignorant mon départ, il m'adressa même une lettre dans laquelle il me sommait de lui rendre tous les biens de son
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père et principalement les prisonniers que nous avions pu faire.
Le commandant Robillot qui reçut cette lettre répondit en lui disant que s'il faisait sa soumission, il aurait non seulement la vie sauve, mais qu'il serait Lien traité.
Fad'el Allah, que sa victoire sur les Bornouans avait enorgueilli commença par faire trancher la têle aux deux messagers de Robillot, puis lança une partie de ses hordes sur Makari et Goulfeï, c'est-à-dire dans un territoire qui nous appartient, en même temps qu'il essayait de pousser à la révolte les tribus arabes qui s'étaient soumises à notre domination.
Le situation était donc fort grave et il importait de prendre des mesures énergiques. Robillot qui avait déjà réuni plus de deux-cents hommes, se lança à la poursuite de Fad'el Allah qui n'attendit pas le choc. Deux petits combats d'arrière-garde seuls furent livrés, à la suite desquels l'ennemi se replia à Goudjba où on ne le poursuivit pas. Néanmoins Fad'el Allah avait réussi à soulever contre nous une partie des Arabes qui en deux rencontres furent complètement battus et se soumirent.
Tout semblait rentré dans l'ordre. Nos troupes avaient repris leurs positions en territoire français.
Guerbaï s'était réinstallé à Dikoa. Soudain on apprit que Fad'el Allah recommençait sa tentative, Le bruit courait qu'il venait d'être complètement ravitaillé en armes et en munitions et qu'il disposait encore d'environ deux mille hommes.
Le commandant Robillot ne voulant pas quitter Fort Lamy sans être directement provoqué, avait fait cependant tous ses préparatifs pour faire face à une attaque possible.
A ce moment, arrivait le colonel Destenave. Robillot rentrait en France.
Que s'est-il exactement passé par la suite? Évidemment une , répétition des premiers événements.
Se sentant à l'abri de toute poursuite dans le territoire de Goudjba et probablement cédant à quelque mauvais conseil d'un agent étranger quelconque, Fad'el Allah essaya de nouveau de razzier le Bornou allemand et les territoires français du delta
L'EMPIRE DE BABAH.
Tchad, espérant se retirer ensuite à Goudjba avec les prises qu'il aurait faites.
Ce calcul ne lui réussit pas. Vigoureusement poursuivi par le colonel Destenave, puis par un détachement de deux cent- vingts hommes, commandé par le capitaine Dangeville, Fad'el Allah fut atteint et tué et ses troupes se rendirent.
Les faibles pertes que nous subîmes (sept blessés, dont un mort de ses blessures), prouvent évidemment qu'il n'y a pas eu un combat bien acharné et que Fad'el Allah n'était plus un adversaire bien redoutable. Mais il n'en n'est pas moins vrai que le système inauguré par lui, pouvait nous causer beaucoup de désagrément et que pendant bien longtemps, nous aurions été obligés d'immobiliser à Fort Lamy le gros de nos forces, ce qui nous aurait naturellement empêché de nous préoccuper de la question du Ouadaï.
A ce point de vue spécial, la belle opération du capitaine Dangeville en supprimant un élément de trouble très sérieux pour nous, est des plus remarquables.
C'est la ruine complète et sans aucun retour possible de la puissance rabiste, dont la chute avait été consommée à Koussouri. La mort de Fad'el Allah nous a délivré d'un adversaire gênant. Il en est d'autres avec lesquels nous devrons compter, je veux parler du Ouadaï et du chef de la confrérie des Senous^ syia.
Ouadaï. — -Puissance guerrière redoutable, le Ouadaï n'a pu voir d'un bon œil nos agissements auBaguirmi, auKhanemetau pays de Kouti, ses tributaires.
Toutefois, menacé d'un côté par les bandes de Rabah, redoutant de l'autre que les Mahdistes, vaincus par l'Angleterre, n'envahissent son territoire, le sultan du Ouadaï s'était remfermé dans une expectative prudente.
Aussi bien la lutte que nous engagions contre Rabah n'était pas pour lui déplaire. Si nous étions vaincus, la situation n'était pas sensiblement modifiée, si au contraire nous avions le dessus, il serait toujours temps de négocier.
CONCLUSION
Nous fûmes vainqueurs. Il fallait ou compter avec nous ou nous combattre. Très vraisemblablement le sultan Ibrahim qui se trouvait alors sur le trône et qui n'avait plus à redouter le péril Mahdiste se serait décidé à adopter à notre égard une attitude hostile.
Mais en présence de l'état troublé de son pays, il fut obligé de remettre ses desseins à plus tard.
La révolution grondait en effet au Ouadaï. Ce pays, sous le règne de Youssef s'était complètement inféodé aux Senoussyia. Irahim depuis qu'il était monté sur le trône avait essayé de s'affranchir de cette tutelle qui lui pesait. Ce fut en vain.
A l'instigation deSidielMahdi, les grands seigneurs ouadaïens se mirent en révolte ouverte contre leur suzerain et marchèrent contre lui.
Battu dans une première rencontre, il est très probable qu'Ibrahim eut la pensée que nous pourrions l'aider à reprendre ses états. Si réellement cette pensée lui vint, il n'eut pas le temps de la mettre à exécution. Fuyant vers l'Ouest, c'est-àdire vers nous, il fut rejoint par ses ennemis et tué.
Son successeur, imposé par Senoussi, est un de ses cousins, presqu'un enfant. C'est dire que dès à présent, nos chances de pénétrer pacifiquement au Ouadaï sont très diminuées.
Toutefois, d'après mes renseignements, une bonne partie des Ouadaïens n'est pas satisfaite de l'état de chose actuel. Il n'est pas impossible qu'une nouvelle révolution éclate d'ici quelque temps.
II est donc indispensable pour nous de surveiller de très près tout ce qui se passera au Ouadaï, afin de profiter de la première occasion où une intervention de notre part, pourra se produire avec fruit.
A côté du Ouadaï se dressela puissance toujours grandissante du chef de la confrérie, des Senoussyia, Sidi el Mahdi es Senoussi.
Les membres de cet ordre rayonnent non seulement dans toute l'Afrique, mais encore en Turquie et en Asie.
L'EMPIBE DE RABAH.
On a tour à tour représenté Senoussi comme un agent de la Turquie ou comme celui d'une puissance européenne.
Il a peut-être en apparence été l'un et l'autre, mais certes pas, sincèrement et très vraisemblablement il ne le sera jamais. Il est donc possible qu'à un moment donné, nous avions cet homme comme adversaire déclaré.
Il serait prématuré et présomptueux et surtout hors de propos de discuter ici la ligne de conduite que nous devrons tenir à son égard. Ce que je puis dire par exemple, c'est que comme tous les chefs religieux qui ont existé jusqu'à ce jour en pays musulman, il y a un but dissimulé. Ce but, c'est la conquête du pouvoir temporel dans une zone aussi étendue que possible.
Grâce au fanatisme religieux, il peut parvenir si les circonstances le favorisent à soulever des multitudes énormes. Mais ce qui fera sa force fera aussi sa faiblesse. Obligé de vaincre pour que ses partisans puissent piller, il est bien certain qu'en outre des nombreux mécontents qu'il aura parmi les siens, il trouvera chez les nations qu'il combattra, des ennemis qui seront tout disposés à accepter pour se défendre l'aide des chrétiens, si ces mêmes chrétiens ont toutefois eu la sage idée de coordonner leurs efforts au lieu de chercher à se nuire réciproquement.
L'étude que je viens de faire, nous montre donc que nous sommes exposés dans un avenir plus ou moins rapproché à avoir des difficultés soit avec le Ouadaï, soit avec Senoussi. Il faut par suite nous efforcer de maintenir attachés à notre cause le Baguirmi, le Khanem et le cheich Senoussi ben Abecher de; N'Dellé.
Il est indispensable que nous assurions à ces trois pays une protection efficace contre leurs ennemis qui sont aussi les nôtres. Il ne faut pas cependant que d'ici longtemps, nous intervenions directement dans l'administration intérieure du territoire 11 faut laisser aux chefs qui les gouvernent, toute l'apparence extérieure du pouvoir en les guidant par des conseils et des avis appropriés.
En résumé, il faut d'une part que nos protégés se rendent
CONCLUSION
compte que notre joug pèse moins lourdement sur eux que celui du Ouadaï, d'autre part, qu'il leur soit bien prouvé qu'ils sont désormais à l'abri de toute agression de leur ancien suzerain. Ce dernier point leur sera démontré à la suite de l'occupation sérieuse et rationnelle de leur pays qui est en train de se faire.
Il me reste maintenant que j'ai examiné sur quels alliés et quels adversaires nous pouvions compter à déterminer quelle doit être notre attitude vis-à-vis des puissances européennes, nos voisines, c'est-à-dire l'Allemagne et l'Angleterre.
Depuis quelques années déjà, les traités intervenus entre ces deux pays et la France ont déterminé la part d'influence qui devait revenir aux diverses parties.
Ces traités (à part quelques légères modifications qui donneront à chacun des satisfactions légitimes) sont définitifs .
On ne peut donc plus guère prévoir de difficultés entre les trois pays, j'entends de difficultés sérieuses, quant aux délimitations de frontières qui seront fatalement fixées par des commis sions opérant sur place.
Il s'en suit que l'Angleterre, l'Allemagne et la France n'ont à se préoccuper à l'heure présente que de l'occupation méthodique des territoires qui leur sont dévolus.
Cette partie de leur tâche sera plus ou moins simplifiée, suivant que les trois nations auront ou n'auront pas le bon sens de s'entr'aider. Qu'on le veuille ou non; il y a actuellement en Afrique un danger musulman. Ce danger sera sérieux ou n'existera pas, suivant que l'élément musulman qui peut à un moment donné se lever en masse contre l'Infidèle, trouvera ou ne trouvera pas des adversaires unis.
Bien des gens, aussi bien en France qu'en Angleterre et en Allemagne trouvent qu'il est de bonne politique de gêner l'œuvre d'expansion du voisin, de lui créer des difficultés de toutes natures, principalement en armant ses adversaires ou en les accueillant chez lui après la défaite.
Ce genre de potitique à vues étroites et mesquines ne donne
aucun résultat. Il n'empêche pas le succès final du rival, il le retarde, c'est tout; mais il a pour conséquence de montrera l'indigène, au musulman surtout le manque d'entente existant entre les chrétiens, manque d'entente dont il profitera à la première occasion.
Prenons par exemple ce qui peut se produire entre l'Angleterre et nous. Les Anglais ont à conquérir le Sokoto. En y employant des moyens suffisants, il n'est pas douteux qu'ils ne viennent facilement à bout de leurs adversaires. Au contraire, si le sultan de Sokoto battu une première foi?, est accueilli dans nos possessions, si on le réapprovisionne en secret d'armes et de munitions, la lutte reprendra et se continuera longtemps, occasionnant aux Anglais des pertes en hommes et en argent fort appréciables.
En revanche si nous pouvons gêner les Anglais au Sokoto, ils peuvent nous rendre la pareille au Ouadaï. L'emploi de pareils procédés est donc contraire au bon sens, à l'intérêt bien compris des deux nations et ne peut avoir pour conséquence qu'un antagonisme dont on ne peut prévoir les suites.
Il s'en suit donc qu'un « modus vivendi » spécial s'impose aux trois grandes nations qui ont assumé la tâche de conquérir et de civiliser l'Afrique. Ce (( modus vivendi » reposant sur leur bonne entente réciproque et le cas échéant sur leur coopération complète contre l'ennemi commun « le musulman fanatique » facilitera grandement leur tâche immédiate de l'occupation. Il sera toujours temps plus tard d'engager la lutte commerciale qui fatalement interviendra dans l'avenir.
NOTES
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