AU NOM DE DIEU LOUANGE A DIEU
Que la bénédiction et la grâce de Dieu soit sur son envoyé. De la part de la seigneurie, notre maître, le plus intrépide des vaillants, qui pratique le rite de Maleck...
Abd'Er Rhaman Gaourang, fils de notre seigneur et maître Abd'El Kader (que Dieu prolonge sa vie. — Amen) A la seigneurie, l'homme de confiance Moussa (surnom de Prins) je vous témoigne honneur et respect et vous adresse le salut et la bénédiction divine.
Ensuite, je vous informe, Moussa, que votre père Gentil et moi, nous avons, en toute confiance et de bonne foi, passé un pacte, et comment, vous rompriez les engagements pris et le pacte passé entre Gentil et moi ? Nos conventions, la bonne foi
NOTES
et la confiance existant entre nous, doivent subsister et être préservées de tout ce qui pourrait les atteindre. Je vous dis cela parce que votre hôte (de Béhagle) celui qui est venu porteur d'une lettre de votre frère (Rousset) et qui a prétendu être un de ses agents, ne doit pas être cru et ses prétentions sont inadmissibles.
Cet homme est simplement un commerçant venu chez nous demander l'autorisation de faire du négoce. Je ne m'explique pas que vous disiez qu'il ira à Zinder et que vous irez ensuite à Bougoman, sans mon autorisation.
Je prends patience et j'attends d'avoir terminé mes affaires
pour discuter avec vous et aviser ensemble de régler la question
de la façon la plus convenable. Si vous avez confiance en Dieu
et en Gentil, mes engagements avec Gentil ne seront pas
infirmés, et la confiance continuera à régner entre nous. C'est
tout. Salut.
Pour traduction conforme.
Signé: Hassen, interprète.
Cette lettre, pleine de bon sens, n'eut aucun effet, et Prins et de Béhagle se mettent en route, l'un par eau, dans une embarcation en acier, l'autre par terre.
Priris ayant atteint Fadjé, point situé à une vingtaine de kilomètres en aval du confluent du Chari et du Logone, fut brusquement assailli par un parti de deux cents cavaliers de Rabah, qui, sans provocation aucune, ouvrirent le feu sur lui, à une vingtaine de mètres. Fort heureusement, personne des nôtres ne fut atteint; les balles traversèrent la coque de l'embarcation en plusieurs endroits, et ce fut tout. La riposte ne se fit pas attendre et les cavaliers s'enfuirent, laissant quelques uns des leurs sur le terrain.
La réception était vraiment peu engageante et il ne sembait pas d'après cela, que des négociations avec Rabah eussent grande chance de succès.
Ce fut l'avis de Prins qui rebroussa chemin et rejoignit de
Béhagle à Klessem, petit village situé à 30 kilomètres environ dans le Sud-Sud-Est de Koussouri.
Ils se concertèrent tous deux et se disposaient à revenir en arrière, quand malheureusement, un envoyé d'Othman Scheiko, gouverneur de Koussouri, arriva porteur d'une lettre de son maître pour les Français.
Dans cette lettre, il exprimait ses regrets au sujet de l'attaque qui venait de se produire et affirmait à Prins que dorénavant, il pourrait circuler en toute liberté sur le fleuve.
Notre résident n'eut pas la moindre confiance dans ces assurances et ne changea pas ses intentions de retour vers Kouno.
Malheureusement, il n'en fut pas de même pour de Béhagle, que les avances d'Othman Scheiko convainquirent complètement et qui se décida à se rendre à Koussouri, pour y attendre la réponse d'une lettre qu'il adressa à Rabah. Prins essaya de le détourner de son projet. Ce fut en vain. Ils se séparèrent donc, l'un pour prendre la route du retour, l'autre hélas pour ne plus revenir... On était alors au 20 mars 1899.
NOTES