‹ La chute de la PologneChapitre 2 sur 4 · II · texte numérisé non relu

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fois proclamé par ses bourreaux bien et dûment enterré, est-il encore saignant? C'est que le démembrement arriva au moment où la nation , réveillée enfin, par la première spoliation, de son honteux assoupissement , sentit qu^il fallait songer à guérir le mal dans une de ses racines , dans Pélection, le liberum vetoj la mauvaise gestion financière, Pabsence d^une armée permanente, et que sa régénération , politique au* tant que morale, s'accomplit dans l'intervalle quisépara le premier partage, de i773, dusecond, qui fut fait en 1793. Certes y si le coup fatal avait été porté sous Auguste III, il en serait arrivé de la Pologne ce qui , peu d'années après, arriva de Venise. Un coup de talon de Napoléon renversa l'antique édifice de huit siècles, et le cadavre tom))a en pourriture : car tout y était pourriture ; mais le germe de la vie avait refleuri, et si cette réforme toute spontanée a rendu d'un

Q6lé l'agonie plus cruelle <çt plus douloureuse , de Pautre elle a maintep.u le principe vital, que la providence a miraculeusement conservé pour l'accomplissement de ses vuçs.

La publication de M. de Raumer, professeur

d'histoire à la faculté de Berlin ( Polena Unter^

gang), que nous offrons aujourd'hui au publie

français, à part son incontestable mérite littéraire,

est faite pour exciter à un haut degré Tintérêt et

la curiosité. Jusqu'à ce montent , la chute de la

Pologne n^avait été décrite que par des Polonais,

du par des écrivains originaires des nations qui

sympathisaient avec les vaincus. Nous voyons

maintenant le même sujet traité par un Prussien ,

professant l'histoire au cœur de la monarchie

de Frédéric j co-spoliateur delà Pologne. Certes ,

cette plume-là ne sera pas accusée de partialité

pour les souffrances de ce pays , et pour l'horrible

iniquité de cette longue chaîne de forfaits et de

turpitudes qai finirent par lé lirrer, gfarrotté par surprise plut6t que par une franche c(mquéte , entre tes mains de ses bourreaux. Et cependant y jamais ces bourreaux n^ont été flétris plus éner-^ giquement que par M. de Raumer; et M. de Raumer, nom le répétons encore , a écrit k Berlin I et y jouit d'une haute favenr.

LA GHUTE

L'etnpire de Gharleiïiagne » la plus vaste donridalion qui ait étf^eint là vieille Europe, tomi)ait écrasé sous son propre poids , afin sans doute que le déve* loppement des nations nouvelles ne fût pas étouffé dans une uniformité forcée. C'est alors que pour la première fois les races slaves apparaissent dans les champs de l'histoire. On voit bien qu'il existe une ressemblance remarquable entre les Polonais et les Rosses , les deux principales branches de cette fa»miile , surtout si on les compare avec les peuples germaniques; mais à travers cette ressemblance 6n reconnaît la trace primitive d'un élément différent , et cette ligne qui les sépare a été tellement creusée par l'action des événements politiques , que des en* fants issus d'un même berceau en sont venus à s'ex^ ieriAiner mutuellement avec une haine implacable^ et qu'il ne reste aujourd'hui que le langage pour rappeler la communauté de l'origine.

Le christianisme, qui jadis unissait les peuples par

des liens de paa et d'amour , n*a exercé ici qu'une action funeste, atUndu que les Polonais restèrent fidèles à l'unité de l'Eglise de Rome, tandis que les Russes, au contraire, s'abandonnèrent au schisme d'Orient. Enfin , la hiérarchie féodale et ecclésiastique , hase de l'ordre social dans le moyen âge , ne parvint jamais à son entier développement parmi ces nations. Depuis Bolesias III, qui, Tan i id8, partagea la Pologne entre ses fils , jusqu'à l'avènement des Jag«[llons, en i386, on ne trouve ni régularité dans la succession au trône, ni unité de but gouvernemental ; la fusion même de la Lithuanie avec la Pologne , en i4i3, ajaula plutôt à l'étendue géographique du royaume qu'à la force réelle de l'état. Toutefois» le sort de la Pologne fut bien plus heureux que celui de la Russie. Si l'état de dépendande d'une nation vis-à-vis d'une autre attaque jusqu'aux fondements de son existence r que ne devaient pas souffrir les Rus< ses, courbés pendant trois siècles sous le joug des hordes mongoles I Même après qu'Ivan Vasiliéyitsch (1462) eut brisé ce joug par \m effort glorieux, nous voyons le sentiment de la liberté civile et politique étouffé encore durant des siècles entiers. Il n'était resté que celui de l'aveugle nécessité et de l'obéissance passive: et c'est sur cette base puissante que les tzars les plus habiles se sont appuyés constamment* ] Il en était autrementdans la Pologne, surtout depuis / le jour où Ja dynastie des Jagellons s'éteignit (1672) avec Sigismond Auguste , et où des changements im- .portants s'opérèrent peu à peu dans le gouvernement et dans l'Eglise. D'abord, l'hérédité de la couronne

k royauté étendait partout ailleurs sa puissance , les Polonais étaient fiers de voir chez eux celte puissance limitée» tandis que celle des particuliers s'accroissait de ses dépouilles. Toutes les objections spécieuses élevées contre l'hérédité monarchique disparaissent devant les preuves tirées d'une théorie plus haute et devant les enseignements de l'histoire. Chaque vacance du trône , dans un état électif, mène à une interruption inévitable du pouvoir suprême > et au débordement de toutes les passions. Les Polonais étaient flattés de voir des princes étrangers rechercher l'honneur de les gouverner » tandis qu'ils auraient dû ressentir une humiliation profonde de ne pouvoir trouver parmi eux un homme digne du titra de roi; ils se réjouissaient d'un gain chétif et précaire, lorsqu'ils avaient vendu le bien le plus précieux et le plus inaliénable; ils détruisaient la véritable liberté, qu'ils remplaçaient par la licence; ils affaiblissaient et enchaînaient l'état en cherchant à rendre individuellement indépendant chaque membre de la noblesse. C'est ainsi que les limites posées aux droits de la couronne restreignirent également ceux des bourgeois et des paysans ; ces droits furent même peu à peu presque entièrement abolis, et la voix de l'intérêt, de la religion et de l'humanité , demeura impuissante à' les réveiller de la tombe où dormaient les libertés antiques.

Il n'y eut véritablement qu'un seul pouvoir en Pologne : celui des nobles, qui, malgré toutes les inégalités extérieures ou personnelles , jouissaient d'u- . ne égalité absolue devant la loi de l'état. De là une oppression tyrannique de tout le reste de la nation , '

fut remplacée par rélection ; et dan» ces temps , au l'indépendance monstrueuse d'une classe de prîvîlé* > giés* qui, au milieu de si grands événements » devail énerver les esprits par l'habitude de l'esclavage, ou pousser l'impatience du joug jusqu'à la révolte.

Tout le pouvoir législatif était entre les mains âe« députés noifles élus par la noblesse; le Uberumt>eto, d'après lequel l'opposition d'un seul suffisait pour annuler les décisions de tous les autres » et qui , au moment de son institution , vers le milieu du 17* sLètcle , fut rangé à juste titre parmi les abus les plus pernicieux» devint, cinquante ans plus tard, entre les mains des factieux, la loi unique et fondamentale de la Pologne.

Outre le peu d'accord qui existe trop souvent sur les affaires publiques chez les hommes lef plus probes et les plus éclairés, des ressorts impurs et dangereux agissaient encore dans ces gran-^des assemblées. C'est ainsi que les diètes de 1669 et 1696 furent rompues pour des sommes bien modiques; celle de i683 eut le^mème sort, parce qu'ui^ député , acheté par la France , se prit de vin à dessein , et dormit trop long-temps. Pendant tout le règne d'Auguste III , les diètes , excepté celle de 1 736 , furent rompues de la même manière , et on chercha alor» dans les confédérations , où la majorité seule décidait , un remède à ce mal. Cependant , comme \ep confédérations pouvaient être, et, dans le/fait, étaient fondées par différents partis, et dans les buts les plus opposés, elles renfermaient nécessairement dans leur principe l'annulation de toute espèce d'ordre: elles durent donc chercher dans la guerre civile u^

ftoxilicûrç eontre des formes légales devenues insiiOi*-^ santés. Ce fut un tort gra?e de ne redouter jamaia que les ^càs du pouvoir, sans tenir aucun compta de ceux de la licence ; de ne craindre que la tyrannie» sans s'inquiéter des maux qui suivent Tanarcbiet et si» chez les Russes» robéissance se présente sous la forme affreuse de l'esclavage, ches les Polonais la li^ berté n^apparalt que comme un orage tumultueûxv De» deul cdtés on oublia qu'il n'existe pas plus de véritable liberté sans obéissance que de véritable obéissance sans liberté.

Les témoignages suivants prouvent que ces abus déplorables furent en tout temps reconnus et dénoncés:

Stanislas Kobierzycki dit, vers le milieu du 17* siè-^ de, daùs son Histoire de fFladislas IF ( page 465 ) « « Nous rendons responsable notre liberté, ou plutôt notre licence , d'une faute bien grande, lorsque nous protégeons les crimes publics, que nous les ar^ rachons au châtiment qu'ils méritent, et que, .par une folle vanité , nous favorisons les chefs de partis an préjudice de la chosepublique* »

Rudawsld exprime les mêmes plaintes dans ses An^ naks (page 53*59) : c Partout les chefs se reposent sur leur pouvoir ; il n'est rien pour eux de sacré , d'in*violable. Les lois ne sont qu'une impuissante barrière; le serment, la religion, ne sauraient être à l'abri de leurs violences. Nul ne sévit avec sévérité cooire l'outrage fait i la chose publique : il semble que ce soit là un privilège do la liberté. On cherche à se tromper, à se jouer les un;s des autres. C'est une lutte perpétuelle de ru^es, de fraudes» de mensongesi pour

dilapider le trésor public et s'agrandir aax dépens du pays, dont personne ne songe à défendre lesinté-

/ rets. La noblesse a limité et enchaîné le pouvoir / royal par des lois désastreuses , et se félicite de sa prudence. L'élat est appauvri et ruiné, pendant que les immenses domaines de la couronne tombent en des mains indignes. A côté de l'opulence et du pou* voir insolent languissent la misère et la servitude, et Fon ne voit partout que le désir insatiable de s'enrichir.»

Faucher, se basant sur les faits , parle dans le mô-* me sens dans son Histoire du cardinal Polignac ( page 365 ) : ff Quand on ne donne plus rien aux Polonais , alors ils oublient facilement ce qu'ils ont reçu , de manière que cette prétendue liberté dont ils se vantent tant n'est rien de plus que la dépendance. » Raynal dit (i) : • On veut honorer la constitution polonaise du nom de république, mais elle n'est

: ^'une association de nombreux petits tyrans contre le peuple. Chacun a force et droit d'entraver, personne pour faciliter. A côté d'un amour trop exalté d'une fausse liberté s'élève toute la misère et toute l'infamie de l'esclavage ; la magnificence factice à côté d'une impudente sordidité ; un luxe outré et sans goûta côté d'une indigence déchirante; des champs fertiles et non cultivés; un amour superficiel pour lès arts et les sciences , et pourtant ni arts ni sciences réels. ».

« La Pologne, ajoute George Forster (s) , offre un

(1) Jekel,t. I, p. 52.

(2) Lettres de George Forster, (. I, p. 467, 4^, 494, 555.

mélange de radesse sarmate presque sauvi^ et de politesse française; peuple sans goût» peu éclairé, et cependant plongé dans le luxe ^ passionné pour le jeu » esclave des modes et des faux brillants. Jusqu'à ce jour» les grands ont été élevés presque tous à la française , c'est-à-dire' très superficiellement, »

Enfin le roi Frédéric II dit (i) : « Les Polonais sont vains, hautains dans la prospérité, rampants dans l'adversité , capables de touf^OHp^atïsfâire leur eu-, pi dité ; prodigues , ils jettent^ pleines mains ce qu'ils ont acquis plus pu moins honorablement; icûroles , sans^ugement , toujours prêts à embrasser sans motif un parti ou ai l'abandonner ,. Ils se placent presque to ujours , par l'inconséquence de leur conduite, dans les positions les plus fâcheuses. Les femmes diri-, Kent les intrigues, et dominent partout, pendant que les hommes s'enivrent. »

Des jugements portés à des époques et en des circonstances si variées , et par des hommes si diversement placés, doivent inspirer une certaine confiance. On aperçoit à travers quelques exagérations la vérité de ces accusations, qui viennent d'ailleurs d'être ap* puyées par les faits. Mais tout n'est pas si terne et si sombre dans la vie de ce peuple : il est aussi d'autres côtés du tableau qui , au jour de l'histoire, brillent du plus vif éclat.

Sans mettre en cause la Russie, et sieins rechercher si tous les Etats européens ont marché, exempts d'er** reurs et de fautes , vers leur développement, examen, dans lequel l'Allemagne n'échapperait pas au repro-

(1) JETiirotfrtf defiiw t«fnpf, t, I, p^ 70.

chd d'une Caneste indolence , ne Yoit«on pes , dans ce besoin effréné d'indépendance qui a perdu les Polonais» dans cette passbn pour la liberté, pasdon aTeu* ^e parfois » mais toujours si énergique et ai vraie , les traits d'une nature noble et courageuse» qui sollicite l'indulgence pour ses plus grands écarts ; surtout si l'en vient à considérer les peuples auxquels cet élan généreux a été primitivemept refusé , ches lesquels il a été étouffé par le despotisme , ou épuisé parl'anarcbie?

Pénétrée de ce sentiment d'indépendance, une nation nourrit dans son sein le germe fécond de toutes les vertus humaines» la vaillance et l'amour de la patrie. Si les Polonais ne formaient point un état ré- .^ulier dans toute la force de l'expression, cependant cet.amour de la patrie faisait d'eux un peuple, dans lequel ils apparaissaient individuellement comme des êtres pleins de vie , et non comme des fantômes sans volonté, ou comme des chiffres morts, destinés à figurer sur des tableaux statistiques. Enfin, quant aux femmes polonaises, elles peuvent mériter quelque blâme sans doute; mais seraii-ii juste de leur reprocher qu'il y a place dans leur tète et dans leur cœur pour les grands intérêts de la patrie? et ce reproche ne réfuterait41 pas suffisamment la plupart des imputations qu'on a élevées contre elles ?

Ce mélange de vertus et de vices , de b<m et de mauvais, si varié et si frappant en toutes circonstances, tantôt faisait naître les plus vives espérances, tantôt faisait craindre une chute prochaine. C'est ainsi que Jean Kasimir avait dit à la diète de 1661 : a Nos troubles intérieurs et noa dUssendicms peuvent

» amener tine guerre, et rendre la république la • proie des puissances voisines. Le Moscovite ( Dieu » feuille que je sois un faux prophète ! ) prendra la i»Lithuanie; le Brandebourgeois , la Grande Pologne »et le duché de Prusse; l'Autriche» Krakovie et ses » dépendances. »

Si rAUemagne revint à la vie après une effroyable anarchie de trente ans» si elle fut sauvée d'une perte presque assurée par Sobieski» pourquoi la Pologne perdrait-elle toute espérance ? Toutefois» de ces jours de gloire il résulta plus de dommage que d'avantages réels : ils cachèrent la Tue du péril ; on s'endormit dans une apparente sécurité» et l'on oublia qu'aucun état ne peut être soutenu long-temps par d'heureux hasards » mais seulement par la force et l'unité des lob confiées à des mains énergiques.

A la suprématie suédoise succéda » après la bataille de Pultawa» l'influence bien plus pernicieuse de la Russie; et les rois de la maison de Saxe se montrèrent aussi incapables que les enfants de Wasa de tirer la Pologne de sa léthargie. Le goût du luxe» de la prodigalité et de la sensualité» répandu par Auguste II (1696-1735) » devait devenir doublemept funeste à un peuple qui n'était naturellement que trop porté vers les mêmes vices. Le livre intitulé : la Saxe galante sert utilement à caractériser le roi» la cour et l'époque. On ne sait ce qui doit Te plus étonner ou de la docilité des courtisans qui prêtèrent la main i ce honteux commerce » ou du libertinage des femmes » ou de la frivolité scandaleuse du roi. Les mœurs furent foulées aux pieds et outragées; le sort de chaque victime d'un caprice passager était une leçon perdue

pour celles qui la sui?aient , et les plus déplorables conséquences ne produisaient ni réflexion ni regret. On aurait dit que tout le monde était entraîné par un vertige de débauches ; contre lequel la voix de la raison, de Texpérience et de la religion» ne pouvait plus rien.

De même que Stanislas Leszczynski avait été élevé, au trône polonais par les Suédois , Auguste III y fut assis par les Russes, tandis que le prince détrôné était investi, au détriment de l'Allemagne et à l'avantage de la France, de la principauté de Lorraine et de Bar.

Auguste m était doux par indolence , prodigue par vanité, magnifique par habitude; soumis à son confesseur quoique sans religion, et à sa femme sans amour pour elle; actif seulement à la chasse; très beau de corps , mais dépourvu de toute expression dans les traits.

Sous son règne , Tétat et l'armée furent mal administrés; mais les ministres et les généraux s'enrichissaient. On négligea entièrement les relations extérieures , et celte longue paix ne vit naître aucune amélioration intérieure. Un grand nombre de Polonais considéraient faussement ce calme plat comme un état satisfaisant de sécurité : ils ne voyaient pas que les désordre^ les plus graves n'étaient détournés que par le hasard , et non par des obstacles réels.

Dès le début dtfla guerre de sept ans, les Russes parcoururent le pays dans toutes les directions; les mille plaintes élevées contre l'oppression , le pillage et la dévastation restèrent sans effet.

Que penser deja France, qui* désirait l'existence de la Pologne , et qui , par un calcul insensé , ordon-

na & s<m ambassadeur de chero^r par tous les moyens à prolonger cette dévorante anarchie? On voyait alors d'un C6té le roi Auguste au miHeu de sa cour, faible, imprévoyant, méprisable; et de Tau* tre , un parti soi-disant populaire , poussé par une ar« dente ambi&on , et occupé, dans sa hdine aveugle, à soulever et k réunir sur tous les points les ennemis de la république..

La France et rAutriclie s'étaient engagées par le traité de Versailles à prendre en commun des mesu* res relatives à Télectiun d'un roi de la maison de Saxe , et au maintien de ce qu'on appelait la liberté polonaise. Frédéric II et Pierre III convinrent au contraire que le trône devait appartenir à un Polonais , exclusivement à totit autre; que protection serait accordée aux dissidents et aux Grecs , et qu'il fallait abandonner à la Russie'l'adtnitiistration de la Kourlande*

C'est ainsi que des puissances étrangères réglaient d'une manière différente les destinées d'une nation qui se complaisait à se dire la plus libre en Europe. Des soldats russes entrèrent en Kourlande après l'a-* vénement de Catherine; et, lorsque le roi Auguste rejeta la honteuse proposition de déposséder de cette principauté son propre fils le doc Charles , les Russes s'emparèrent des cames publiques , et coupèrent les vivres au château, jusqu'à ce <)ue h faim et k crainte d'une, violence personnelle eussent foreé le ém à fat fuite.

Pendant que les partisans les plus zélés de la Russie ne savaient comment justifier une telle agression , l'ambassadeur de Catherine , le comte Kayserling ,

ipÛQt avec une tndace impudenCe eipotér det acte d'hostilité comme une protection aimée » dotitiée à la république contre l'investi lure illégale du prince de Sdxe. Gomme le roi Auguste rappela alors des al?gu* ments bien différents que la Russie avait fait valoir antérieurement» qu'il exhuma l'affaire de l'eiil de Biron et parla dltan^ que beaucoup de Russes considéraient encore comme le seul héritier légitime , on s'échauffa de part et d'autre, et Catherine répondit : t En introduisant à main armée Biron à Mittau , et en chassant le prince Charles , je ne fais rien de plus que ce que le droit de voisinage permet iûcontesta-* blementi j'accorde ma protection à l'opprimé.

Pendant ce temps la diète fut eonvoquée en octobre 176a, et lô maréchal Halachowski ne parvint qu'à grand'péine à en éloigner des scènes saUglan-^ tes; cette diète, arrivée à sa troisième sésgieê, fot dissoute par le veto d'im nonce. Ce veto était-il prô^ nonce dans une intention droite ou perfide? c'est ce qui reste ignoré*

On s'occupa donc^ dans une grande assemblée du sénat, de la question de la Kourlande, et l'on soutint que Birôn , étant fils de fanûlie bourgeoise , ne pouvait jamais être apte à devenir duc ; qu'il n'avait point rempli les engagements contractés , et ne pouvait , comme criminel condamné , être réintégré par aucu^ ne puissance étrangère dans une province polonaise. Ces tassons , qui n'étaient pas soutenues par la fotce des armes, furent d'autant moins écoutées, que Catherine, sous le prétexte d'un mouveinent de troupes vçrs l'Ukraine , jeta plusieurs régiments dans les en» virons de Wilna, et fit publier qu'elle emploierait la

pttiÉaaûGe de ftoût^inpïre àTavatitage Mdu bonheul^dd tontes les ïiâtioïis; qu'elle était d'aiilelirS obligée d'agir oomin^ garant de la conslitiidoii polonaise , puisque le m Auguste invalidait les droits et les libertés de k république > et persécutait tes amis dé la Russie. Ainsi» opprimé» humilié» vieux et faible» le roi Augmte quitta la Pdogne après la paix de Hubértsboui^» et retourna en Saxe. Bien des gens considérèrent son éloignetntent comme un présage de bonheur, tondis que cette paix n'amena que' de nouveaux malheurs à la république : car bientôt des soldats prussiens en va-» hiteot son territoire sous difiPérents prétextes» deman^ dant l'extradition des réfugiés» soumettant les propriétaires i toutes sortes de Toxations et de contributions» ne payant pas les fournitures qu'ils exigeaient » ou bien les soldant en fausse monnaie. Lorsque l'on se plaignit de ces excès & l'ambassadeur de Prusse k Varsovie » il se dit malade ; Frédéric II déclara qu'il ne savait rien de tout cela, pendant que les officiers soutenaient au contraire qu'ils n'agissaient que par l'ordre de leurs chefs. C'est ainsi que dans cette vaste Pdiogne on demeura sans protection contre les violences de la Prusse» jusqu'à ce que Frédéric It consentit à y mettre, un terme » soit pour éviter une collision sérieuse» soit pour laisser les tnains libres aux Polonais en face de la Russie. Il finit même par punir quelques officiers » et arrangea si bien les choses » que les apparences lui furent favorables» et qu'il lira d'immenses avantages de sa positicTn.

Sûr ces entrefaites» Auguste II lû^urut le S octobre 1.763. Laissant à part ceux qui étaient mus par d'étroites passions ou par un coupable égoisme » il devait

être incontestable pour toal véritable ami de h patrie que le sort de la Pol<^ne dépendait décidément de l'élection prochaine , et du gouvernement qu'on allait établir. Malheureusement les amis du pays se divisèrent en deux factions puissantes : Tune exigeait qu'aucun changement ne fût introduit dans l'état, et que toute influence étrangère fût exdne; l'autre voulait se servir de l'influence étrangère pour faire adopter les changements et les améliorations nécessaires. La première avait tort de considérer la conservation de certains articles comme base fondamentale de la constitution ; la seconde avait tort aussi d'attendre une issue salutaire de l'intervention de l'étranger; la première ne voulait que des Polonais pour exécuter ce qui était nuisible; la seconde employait des Russea pour obtejDiir ce qu'elle croyait salutaire : le but de Tune était aussi blâmable que les moyens de l'antre.

Le premier parti» qui s'appela de préférence le parfi républicain, comptait plusieurs Potocki; le vieux et courageux, mab entêté et voluptueux connétable ( hetman) du royaume, Branicki; et le jeune prince Radzivrill , possesseur d'une fortune immense , doué d'un esprit droit, d'un cœur ferme et noble, mais dé-pourvu d'une instruction élevée , et rappelant, par les bizarreries sauvages de sa vie et de ses actions , les temps du droit de la force musculaire.

Dans le second parti on remarquait prindpalement les Czartoryski et les Poniatowski. Le maréchal prince Auguste Czartoryski, devenu immensément riche par son mariage , savait garder en tout de la modération et de la Agnité. Il parait démontré qu'il renonça , dans un âge plus avancé , à tous projets d'ambition.

Al

Il ne fat pas avare de ses conseils , mais il se mon- .trait presque indifférent sur leur résultai. Son frère Michel, grand-chancelier de la Lithnanie, homme vif et adroit, cx^nnàissait les noms et les relations de la plupart des nobles, et savait promptement ju{;er où ^t comment tin homme pouvait être employé. Mais cette connaissance des homntes devenait souvent une amère dérision, qui blessaitlespersonnesetfaisaitavorter les projets les mieux combinés. Placé dans des cir^ constances favorables , il aurait égalé ces grands mi** nistres qui ont su dominer de faibles souverains, ont ^cé les peuples au respect du pouvoir, et les ont rendus puissants par l'ordre et l'union. Son neveu Poniatowski devint le ressort caché de toutes ses ac* tions.

Le nom de ce neveu , Stanislas-Auguste , semblait annoncer la réunion de qualités jadis opposées , et le médecin Fomica , astrologue de son père , lui avait , dit-on, prédit la couronne , ce qui sans doute exerça une grande influence sur le soin que l'on prit de son éducation. S'il n'eût eu le malheur de porter cette couronne, on ne pourrait lui adresser que des éloges : il possédait de grandes connaissances, parlait plusieurs langues; il était d'un commerce doux et sûr, convive aimable , ami fidèle , admirateur zélé du beau sexe. Mais ces qualités privées ne montrèrent que leur impuissance, ou plutôt devinrent de véritables défauts. Sa tenue rappelait laroideur théâtrale, ses discours man« quaien t de solidité et d'élévation , ses actions paraissaient souvent ridicules ou communes ; son goût dominant étritramourdes plaisirs; son indécision, sa mollesse, aa £aU>lesse, le rendirent l'inatroment de menées

dangereuses » et rignorance de soi-mdme rcntraloa à commetU^e la plus grande des faotes lorsqu'il recher* cha une couronne qu'il n'était point fait pour porter.

Après un grand nombre do conquêtes moins illus* très» il parvint au rang de fa?ori de la grande-duchesse dans une cour où les beaux hommes avaient rarement le privilège de l'éducation; lorsque le charme de celte liaison eut été entièrement dissipé» Catherine conçut le projet de faire de l'amant congédié un roi de Pologne faible et soumis à ses volontés^

Alors » s'enveloppant sous les formes insignifiantes de la diplomatie» la plupart des puissances garantirent la libre élection à la république » tandis qu'un traité conclu en mars 1764 entre la Russie et la Prusse sti* pulait déjà que la Pologne devait rester un état, électif , que les dissidents seraient protégés» et que Poniatowski serait roi. — Catherine parla encore plus explicitement au baron de Breteuil lorsqu'il lui proposa de s'entendre avec la France sur la procludne élection : « La. constitution vous apprendra s'il ap<* partient à quelque autre qu'à moi de donner un r<4 aux Polonais. »

Aussitôt après» Catherine fit entrer 4o»<h>o Russes en Pologne, sans s'inquiéter des plaintes élevées con* tre cette atteint^ insolente faite à la dignité et à l'indépendance nationales. L'ambassadeur de Russie répondit avec hauteur que les soldats vivraient de leur solde, qu'ils ne seraient à charge à personne. Quinze jours plus tard Repnin écrivait» en ajoutant l'ironie à la perfidie : c Gomment une nation grande et libre peut-elle penser qu'un si petit nombre de Russea puisse entreprendre quelque chose contre ses droite I »

us

Dans Cdtle position , et pendant que les partis se persécutaient avec acharnement , les élections pour nommer les membres de la diète furent ouvertes. Appréciant arec justesse les dangers de la patrie , le primat, archevêque de Gnèzne> dit dans un écrit qu'il publia alors : « Nos libertés nous sont ravies ; .. nos lois sont foulées aux pieds ; la justice n'est point rendues le commerce est presque anéanti; nos campagnes sont dévastées ; le trésor est sans argent , la monnaie sans valeur réeHe# Cet état de choses , dont on trouve peu d'exemples dans l'histoire, doit nous faire craindre que^ le pays ne soit morcelé ou envahi par les ennemis« Nous nous appelons un peuple libre et indépendant, et nous sommes en réalité sous le joug de l'esclavage et exposés aux violences de l'étranger ; nous sientons tous la misère de cette affreuse position , et pourtant nous n'avons pas assez d'énergie pour ne prendre conseil que de nous-mêmes , ni asseï de courage pour améliorer notre sort : nous agissons au contraire en aveugles contre notre propre intérêt, et nou9 nous précipitons nous- mêmes dans l'abyme creusé par nos ennemis. Notice liberté n'est en effet que licence : €l)e a besoin de bonnes lois pour assurer son développement, et le conduire jusqu'aux limites convenables. Tant qu'il en sera ainsi , nous ne pouvons compter sur rien ; il n'est plus d'abri pour nous ; l'édifice social ressemble à un navire ouvert de toutes parts , battu par les tempêtes , sans pilote pour le diriger, et qui menace à chaque instant de s'engloutir. »

Des représentations aussi énergiques produisirent & la vérité quelque effet; mais cet effet fut d'ac--

croHre l'ez&spéralion des partis. Ils se mireot soas les armes, et Tpa vit & Vars<»ie an mélange bi* sarre de Polonais» de Rosses, de Prussiens » de Hongrois, de Tares, de Tatares. Celte unioa n'était qu'apparente : le calme qui régnait cachait la haine la plus envenicaée et l'inquiétude la plus vive; de sorte qu'on était convaincu que la répjibUque allait succomber sous les déchiremenb de la guerre civile, ou sous Tétreintc de la domination étrangère.

Aussitôt que Repnin fut adjoint au comlê Kayserling, cette domination se montra de plus en plus menaçante : car la dignité et les égards avee lesquels ce dernier traitait des hommes encore libres de nom furent taxés par l'autre d'indigne faiblesse » où il ne voyait qu'une perte inutile de temps. La violence de Repnin était aussi absolue que sa fierté; l'habitude des affaires avait plutôt gâté son cœur que formé son esprit; la conviction qu'il avait de la toute^pubsance de la Russie le portait à envisager tout autre droit comme insignifiant et nul. Neveu du ministre russe Panin , il résolut de ne rien épargner pour faire réussir l'élection de Poniatowski , son ancien collègue et apii. Lorsqu'on lui demandait pourquoi l'impératrice prenait tant à cœpr les dissensions des Polonab , il répondit : c Vous auriez dû faire cette question il y a long-temps : il est aujourd'hui trop tard I »

La diète s'ouvrit le 7 mai 1764. Des troupes russes étaient postées, mèche allumée, ^hez Kayserling, Repnin et Poniatowski; des cosaques parcouraient les rues et les places publiques ; des soldats étrangers envahirent même la salle des séances et s'assirent à cqté des députés I Et l'on niMumait cela une libre re**

présentation d'un peuple indépendant ! Plasiears vi* rent alors qu'il ne restait plus d'autre voie de salut ' que de secouer le joug de celte tyrannie. Mokranowski manifesta son opposition , et le maréchal de la diète, d'accord avec lui, refusa d'ouvrir la séance avant que les soldats étrangers en fussent éloignés. A prâie cette déclaration fut-elle prononcée , que la plupart des assistants tirèrent leurs sabres et fondirent sur cette minorité généreuse. Mokranowski pourtant ne percfit pas courage ; il s'écria an milieu du désordre : « Comment ! messieurs , vous êtes les représentants de la patrie, et vous, portez la livrée d'une ffunillé U A ces mots , il mit son sabre dans le fourreau , se plaça, les bras croisés , en face de ses adversaires , et dit avec calme : c S'il vous faut une victime, me voilà! moi du moins je veux mourir libre, comme j'ai vécu. » Le bruit se renouvela; mais le caractère qu'avait prie cette scène parut trop violent , même aux partisans de la Russie. Cette poignée de braves se retira sans courir aucun danger , et les Czartoryski déclarèrent qu'ils n'avaient aucune part à la violence qu'on avait exercée.

Le roi Frédéric II ayant invité le connétable Branicki à se conduire avec modération, reçut de lui cette réponse : c Le premier crime dans une république est de la trahir, le second est de la laisser trahir, t Le connétable fut forcé de se réfugier à Zips, et Radriwill se retira en Turquie. Uokranowski se rendit à Berlin pour gagner, s'il était possible, Frédéric II, et proposer la candidature du trône au prince Henri ; mais le. traité conclu entre la Russie et le roi de Prusse s'opposait à un tel projet» et le roi répondit aux in-

stances da nonce polonais : < Kres pKis faiUiBs dUment céder 1 — Votre majesté n'a pas agi ainsi, àii alors Mokranowski , elle qoi , au contraire , a rémté i ioote i'Earope. — Sans un coup du hasard j'étais perdu» repartit le roi. t Gouune la France était alliée i TAo* triche, ennemie naturelle de la Prusse, et que l'An* gleterre s'était montrée sans foi , Frédéric II pensa qu'il était de son intérêt de maintenir la convention avec la Russie , et qu'il valait mieux que Gaftherino donnât un roi à la Pologne que de la lui voir ccmquérir.

De trois ceqts députés qui s'étaient réunis, il n'en resta que quatre-vingts à la diète ; et cette minorité victorieuse, dont les chefs étaient les Gzartoryski, s'empressa alors avec -autant de sèle que d'adresse A réformer 1^ constituUon, tâchant de faire passer ina* perçus les changements qu'elle y avait introduits*

On trompa Kayserling par une traduction latine des statuts , qui ne rendait pas bien exactement le texte polonais s et Repnin , qui ne comprenait rien au dédale de la constitution républicaine, ne vit dans la diminution de l'influence des grands que la juste punition des téméraires qui s'étaient opposés à la volonté delatzarine. A la place de ceuz^-oi ( qui jusque là avaient presque exclusivement occupé des fonctions inamovibles et sans contrôle, à la tête de la justice, des finances , de la guerre et de la police ) , on créa des autorités révocables, que le roi, en l'absence des diètes , avait le droit de ncmimer ; et , comme ces diè« tes furent presque toujours aussitôt dissoutes que réu« nies , le pouvoir royal acquit par lA une grande et utile eMewion^

Mdîs loraqu'oA fouliit attaquer le funeste principe de runanin^ilé » le Uberum veto, les ambassadeurs de Pros&e et de Russie y mirent une opposition formelle » en déclarani; que leurs souverains étaient dans la ferme resolution d'empêcher en Pologne toute espèce d'innovation* Les Csartoryskiaoqmrentalorstrop tard la conviction que leur projet de régénérer leur patrie avec l'appui de l'étranger était ausû insensé que l'obstination de leurs adversaires à repousser toute renferme.

Un coup non moins sensible pour le prince Auguste Czartorjski fut de se voir frustré dans ses espérances sur le résultat de l'élection : car il pensait que son fils Adam l'emporterait sur son neveu l^nîslas An* guste ; mais les Moscovites » sous prétexte dlndemp}^ ser les habitants des^ravs^es delà guea>re, achetèrent des voix nombreuses parmi les électeurs. L'absence du vieux Branicki» qui comptait en vain sur l'appui de la France ; la mort du nouvel électeur » Frédéric Chrétien de Saxe, survenue le 17 décembre .1763, et l'inaction de toutes les autres puissances de TEurope, leissèrent un champ libre à la Russie, C'est au milieu d un concours d'événements si favorables que Cathe* rine faillit détruire squ propre ouvrage ; elle hésita alors entre son ancien amant» le prince Adam, et le comte Oginskiy gendre de Czartoryski, Oginski avait conquis sa faveur par son esprit , ses talents » ^t les grâces de sa personne; mais il était d'un naturel trop doux pour posséder sur la tzarine une influence durable. Ainsi les instances de Poniatowski » les* se? crêtes suggestions de Panin » les irrésolutions même de Catherine et la considéretiQn. due wn démarched

déjà accomplies, firent retourner ao projet primitif.

Un simple gentilhonune, Lubomir^i » qvdn'afait aucune importance personnelle , se présenta et osa demander la couronne , poussé probablement pal* ceux qui prétendaient que la liberté de l'élection li'élait nullement restreinte. Lorsque enfin Stanislas Au-guste fut élu roi par les députés présents, le jsefptembre 1764, les uns étaient dans la joie , surtout les femmes, pour qui cet événement sorti de la main d'une femme semblait réaliser des illusions romanesques; d'autres, qui se croyaient de profends politiques, n'y apercevaient qu'un effet de la pasnon de la tsarine. En réalité, cet amour était depuis long-leiiips éteint; mais Catherine ne fut pas fâchée d'offrir aux esprits frivoles ce leurre sons lequel elle pouvait nûeux masquer ses desseins ambitieux, et de voir ses dupes nombreuses se jouer de la douleur d'un peupie entier accablé des plus mauvais traitements pour que l'amant d*une adultère fût placé sur le trône.

Et pourtant, si les Polonais eussent été unis , le bonheur eût pu luire encore pour eux sous leur nouveau monarque; mais l'union était alors une chose impossible. Parmi ceux qui se soumirent dans le délai fixé, un petit nombre le firent avec sincérité. Branicki revint à Bialystok, et Ifekranowski, sans s'abaisser, se réconcilia avec le roi.

Les Russes souffraient sans s'émouvoir les lois nouvelles sur la taxe des comestibles , sur le salaire des ouvriers, sur les poids et mesures, sur les décorations, sur les cartes à jouer, et autres sujets semblables; mais lorsqu'on voulait aborder des matières plus impor-^ tantes, Repnin intervenait avec une insolence sans

égale; et lorsque enfin lesCzartôryski, après aTeir donné leur approhtiation entière au traité défensif conclu avec la Russie » rejetèrent un traité offensif» toutes les passions, toutes les haines débordèrent. Les Czartoryski persistaient à soutenir qu'on n'aurait pas obtenu toutes ces améliorations sans Temploi de queU qoes. moyens violents; à quoi les républicains répondaient : c L'érectidn d'une tyrannie impuissante n'est pas une amféHoration ; et ?ous » amis des Russes , qui croyez que Ton peut aisément apprivoiser des bètes féroces» vous serez les premières victimes de celte erreur. La popularité si vantée de votre roi ne provient que du désir de se donner des distractions; sa politesse est un voile dont il couvre les excès de son li« bertinage ; l'attention qu'il donne à l'art militaire se borne à l'introduction de quelques changements fu* tiles. Jardinier /architecte, amateur éclairé des arts» il possède tous les talents; mais c'est un souverain pitoyable.

Dans ces circonstances » les mécontents s*adressaient à Pétersboui^ » et non au gouvernement ; mais là aussi la division régnait : car Panin favorisait les nouvelles mesures» Orloff les républicains» tandis que le roi Stanislas ne ;se lassait pas d'écrire qu'il fàlsait que la tzarine ne le pressât point» qu'elle lui laissât au contraire tout le temps nécessaire pour eiécuter ses projets avec calme et sécurité.

Enfin Catherine pnvoya à Varsovie M. deSaldern» allemand» qui» dans l'art de parler et d'écrire» l'emportait sur la plupart des nobles moscovites; mais' homme perdu de réputation» aussi rampant élevant ses supérieurs qu'impertinent» dur et hautain ^

ftvec ses égaux et èes tttférièanek II ébôt cliai|^ d*o-» pérer la réconciliation des deux pnrtb , d'examiner la conduite de Repnin, et d'arriver à la conclusion d'un traité du nord.

Le rapport de Saldem fut plutôt dressé contre les Polonais de tous les part» que contre Repnin» lene^ veu de Panin; et» au lieu de la réconciliation attendue » les discordes s'étendirent dans une non- Telle direction^ du jour où l'on fit connaître les pré* tentions des dissidents. Bien que la réfermation n'eût produit en Pologne aucune de ces nolentes commotions qui l'avaient accompagnée dans plusieurs des états européens * la secte des sociniens gagna peu à peu du terrain» et finit par obtenir une sorte de tolérance. Cependant » comme ils s'écartaient tout à fait dés bases de la religion établie» et subordonnaient leur dogme aux exigences de leur raison » ils n'agissaient que faiblemeât sur les masses; et heurtaient violemment les catholiques zélés. C'est pourquoi » en 1717» on ordonna la destruction de leur église » bâtie depuis l'invasion de Charles XII. En 1718» Ventrée aux diètes fut interdite aux protestants; en i7s4> leur culte fut aboli à Thorn» à l'instigation des jésuites, et» en 1735» ib demeurèrent exclus des emplois publics.

Les représentations faites» peu après l'élection du roi» par les ambassadeurs de Pruase et de Russie» en faveur des libertés religieuses et politiques des dissidents » n'ayant pas été écoutées » ils les renouvelèrent en novembre 1766» de concert avec la Suède» le Danemark et l'Angleterre. Les Russes ne se bornaient pas à parler du culte, delà construction des églises »

Si

du choik des pattes » etc* t ils s'occupÉdent enéore des droits des citoyeûs ^ et demandaient Tégalità po* litique. Le sénat répondit qa'ôù lie léserait point les droits des dissidents ; qu'on les traiterait conformé-* ment aux lois existantes » et que , quant à la religion, on recommanderait aux évéques d'user à leur égard de tous les ménagements dictés par une sage tolérance. La Prusse et la Russie firent alors entendre leurs plaintes; ils diluent que l'on ôonfirmait précisément des lois dont rinjustice était dénoncée» puis* qu'on laissait les intérêts religieux des^ dissidente àî la décision des é?èques , leurs ennemis naturels.

A cela on aurait pu répondre qu'aucuns des souve-^ rains qui intervenaient ainsi en faveur des dissidents polonais n'accordaient chez eux aux catholiques les droits politiques et les droits civils» et qu'assurément ils auraient rejeté toute intervention étrangère à à ce sujet. De plus , il faut considérer que la masse des bourgeois et des paysans en Pologne n'était nullement intéressée à cette question» et qu6 le petit nombre de nobles qui se plaignaient n'avaient aucun droit de recourir à l'assistance de l'étranger contre leur propre patrie » dans le but d'y rétablir l'union et la concorde. Les zélés catholiques» qui avaient à leur tête l'évêque de Rrakovie » Cajetan Soltyk » appuyé du légat Visconti, rejetèrent toutes les mesures conciliatrices en dépit non seulement des vrais principes de la charité chrétienne et de la tolérance» mais encore contre les règles de toute prévoyance politique. Ils donnèrent aux Russes» sous le prétexte d'un |;énéreux appui accordé à la liberté de conscience » l'occasion de détacher beaucoup de Polonais de

la cause nationale , et de s'immiioer arbitrairement dans tous les intérêts du pays. Ensuite » la tzarine promit sa protection çiux dissidents , fit un appel aux patriotes pour les entraîner dans la confédération» el assura c qu'elle n'était guidée que par l'affection la

• plus pure, la plus constante » la plus désintéressée,- » et qu'elle n'avait d'autre but que de consolider sur »des bases durables le bonheur du peuple polonais. I Sa manière de penser et son équité étant bien con- »nues» elle était persuadée qu'on ne lui prêterait pas » d'autres desseins ; qu'elle pouvait au contraire donmer à tous les véritables Polonais sa générosité pour

• exemple , puisqu'elle voulait rendre leur patrie libre, I tranquille et heureuse. » Bien qu'elle fût au dessus de tout soupçon injurieux, elle déclarait néanmoids,par un excès de délicatesse et pour ménager les susceptibilités d'une constitution républicaine, qu'elle ne demandait rien à la Pologne, et qu'elle garantbsait son inviolabilité I

Des agents russes , qui parcouraient alors le pays, enjoignirent aux électeurs de ne rien demander à leurs mandataires qui pût être contraire aux volontés de la tzarine; ils agirent de même auprès des évêques réunis. Mais quelques uns de ces derniers, entre autres Soltyk , persistèrent dans leur refus. Alors Repnin fit dévaster leurs biens, confisquer leurs revenus, et éclata contre eux en terribles menaces. Partout il blessa sans aucun ménagement les sentiments d'honneur , qui , à défaut de vertus civiques , animaient les Polonais , sentiments qui d'ailleurs étaient presque entièrement inconnus aux Russes.

Sur ces entrefaites, Dantzig, Elbing et la Rour-

ss

Idnde » aoeédèrent à TunioD des dissidents , laquelle prenait chaque jour une extension plus grande. Beau* coup de catholiques s'y réunirent , soit qu'ils recon<« nussent Tutilité de principes plus laides de tolérance, soit par soumission à l'influence moscovite.

Cependant Soltyk , à la diète d'octobre 1767, s'éleva avec force contre les prétentions des dissidents , et invoqua plus tard, à l'appui de sa conduite» l'asdurance qu'il avait eue entre les mains que la Prusse ne s'opposerait f^s à ses idées. Bien que Frédéric li fût en effet porté à i^ pas imposer ses proprse con^ victions à la Pologne » sa première détermination fui nécessairement modifiée en cette circonstance par des considérations politiques très puissantes » et d'ua intérêt prochain. Mais ce qu'il fallait penser de tou-^ tes ces interventions» recouvertes du manteau de Thumanité , n'aurait pas dû échapper aux yeux les moins clairvoyants» puisque la Russie » avec l'assenti-t ment de la Prusse , insistait plus encore sur le main<' tien du funeste liberum veto que sur l'affranchisse* ment des dissidents.

Lorsque, sans être effrayés par ces obstacles» les. Czartoryski et les évèques » de concert avec lé roi, de-^ mandèrent l'extirpation de ce vice capital de la constitution » ainsi que le retrait des troupes russes» et la dissolution de la confédération » la tzariae changea subitement sa politique. Tout à coup elle protégea ouvertement les républicains » persécutés jusqu'à ce jour » fit occuper par ses soldats les domaines de la couronne» demanda une révision nouvelle des lois qu'on venait de promulguer » et interdit toute augmentation des impôts ou de l'armée. Pendant que

la Pru&Be , par suite d'un traité conclu le 25 avril 1767» se chargeait de contenir l'Autriche, 4o»ooo Rtis* ses entrèrent en Pologne , et les Czarloryski furent çux-mèmes contraints d'aider à renverser cet échafaudage d'institutions qu'ils avaient élevé avec tant d'adresse el d'efforts, à l'ombre de la protection moscovite. Les exigences de Catherine relativement à l'administration des finances et à la force de l'armée furent pleinement satisfaites, une extension plus vaste fut donnée au Uberum veto, et toute amélioration dans la législation rendue par là impossible. L'historien ne sait s'il doit flétrir avec plus d'énergie les Russes, qui imposaient par la violence à une gran« de nation cet état d'absurde immobilité, ou ces Po« louais insensés , qui applaudissaient au renversement dé ce qu'ils avaient nommé la nouvelle tyrannie I Mais bientôt les républicains, enivrés de leur triomphe, devaient être à leur tour cruellement désabusés en acquérant la certitude que les Russes ne les avaient employés que comme un instrumentqu'ils sehâteraient de mettre de côté. Repnin leur présenta des projets tout prêts qu'il fallait exécuter sans discussion , prescrivit aux confédérés de Radom la manière dont ils devaient voter , et menaça de brûler les châteaux des récalcitrants. En même temps il montra au roi UQe liste de^ 60,060 confédérés, en lui disant : «Vous » voyez aue je suis le maître, et que votre couronne ne » tient qu'à une docilité sans limites. » Et lorsque le faible roi se soumit à cette injonction, les confédérés, qui certainement avaient compté sur sa déchéance, reçurenn'ordre inattendu de lui obéir, ou plutôt de n'obéir qu'aux Russes.

SB

L'évèque de Rrakovie pensait toujours qu'une con* fédération sérieuse et une résistance opiniâtre pouvaient encore sauver la patrie , effrayer la tzarine , et rempècher de recourir à des mesures violentes. Il invita donc les sénateurs absents à se rendre à Varsovie» et leur écrivit « que la plupart des étnts n'avaient péri que par ces eitoyens indécis qui, dans les revers » flottaient au gré des circonstances» et n'opposaient aux événements que les ressources de leur esprit borné et les calculs étroits de leur prudence , au lieu de suivre avec uno inflexible fermeté la route tracée par le devoir; qu'il n'y avait d'espoir de salut pour la patrie que lorsque les Polonais cesseraient de peser ce qu'ils peuvent faire pour ne songer qu'à ce qu'ils doivent. Les principes étemels de la vertu sont bien plus puissants que tous les efforts combinés du talent et du génie. »

L'évèque de Ramiénieç, Rrasinski, était d'avis que l'on ne pourrait jamais arrêter les Russes dans leurs desseins par l'héroïsme delà fermeté républicaine, mais seulement par la force des armes.

Enfin le nouveau primat» Podoski» déclarait que la nation» désunie et non préparée au choc, deve^t pour le moment céder aux Russes » mais chercher des circonstances favorables pour résister avec fermeté et persévérance. Maintenant» ajoutait-il» une lutte peut tout perdre» tandis que celui qui sait choisir les occasions etles saisir à propos parvient toujours à réparer ses désastres.

Repnin , en présence de ces opinions contradictoires » disait en plaisantant qu'il était bien libre aux Polonais de se plaindre de la violence avec laquelle on

se mêlait de leurs affaires , et particulièrement de ta protection donnée aux dissidents; mais que, comme ils n'étaient pas en état de faire la loi aux^Russes , ils devaient se résigner à la snbir, pour s'épargner des peines et des regrets inutiles.

Radziwill « l'ennemi particulier du roi « fut » par l'influence de Rcpnin» placé à la tète de la diète nou^ Telle, et» sans doute obéissant à la force, il ?int un }our proposer de choisir un certain nombre de sénateurs et de nonces à qui Ton confierait la confection d'une constitution, et qui auraient le pouvoir de décider sur tout, sans être obligés de rendre aucun compte de leur conduite, ni soumis à aucune responsabilité. L'œuvre de cette commission devait plus tard servir de base à une organisation politique éta-* bile et maintenue sous l'assentiment et l'appui do la Russie.

Le sage et courageux évèque de Krakovie démontra complètement que cette proposition était absolument contraire au but qu'elle voulait atteindre , qu'elle menait à une tyrannie décemvirale, et qu'elle mettait la Pologne sous la dépendance de la Russie. En ce moment, Krasinski» qui, sous un déguisement, s'était soustrait aux poursuites des Russes, envoya dire à Spltyk que son parti devait céder en apparence» en résistant par la protestation d'un seul député contre toutes les décbions prises; que par ce moyen tous les hommes de cœur seraient conservés à la patrie, et que peut-être un mouvement venant de la Turquie pourrait fournir aux Polonais un centre d'action d'où sortirait le salut commun. — Soltyk répondit : « Je resterai dans la voie où je suis entré, au risque de ce

qui pdot arriver. Les Russes n'exécuteront pas leurs projets sans commettre quelque violence publique. Si je succombe, votre devoir sera de marcber sur la roule que vous m'indiquez. »

C'est alors que Repnin , sans doute à la suite d'ordres supérieurs» fit arrêter, dans la nuit du i3 au i4 octobre 1767, les évéques de Krakovie et de Kiiow» les comtes Rzewuski père et fiis, et, plus tard, d'autres évêques, sénateurs et députés; ensuite on transporta en Sibérie ceux qui refusèrent de déclarer leur soumis** sîon par écrit.

La Pologne entière fut épouvantée de cette vîoletice inouie; mais toute résistance était impossi-* ble. Le faible monarque , dans un discours puéril et fleuri, invitait la nation à l'union et à la patience; et , lorsqu'il fut enfin obligé de permettre qu'on demandât à l'ambassadeur russe des explications sur un attentat aussi audacieux, celui-ci répondît qu'il n'avait de compte à rendre à personne qu'à son impératrice. Seulement , plus tard , il daigna donner cette explication, c que les prisonniers , ayant cherché à calomnier les pures inteations de Catherine, s'étaient par là rendus coupables envers elle ». La démission du grand-chancélièr Zamoyski , personnage gënéialemcnt estimé, ne produisit aucune impression sur les Russes , et l'ambassadeur répondait à toutes les questions qu'on lui adressait : « Celui qui s'oppose aux volontés de l'impératrice est son ennemi. »

Soixante députés, qui ne pouvaient s'absenter sans la permission de Repnin , reçurent le pouvoir illimité de projeter une constitution ; on les répartit par sections, qu'on divisa et subdivisa tellement, qu'enfin

bui t membres seulement restèrent définitifement charn gés de ce tra?ail. Et tout cela fut ordonné et accompli par cette même puissance qm» peu de mois auparavant, s'était déclarée la protectrice du principe deTunanimité dans lea votes de la noblesse, unanimité qu'elle proclamait la base fondamentale des -libertés polonaises, et dont, pour ce motif, elle avail impérieusement exigé le maintien !

Tout cç que la cour de Pétersbourg demands^ pour les dissidents , ou plutôt dans son propre intérêt , lui fut alors accordé par ces complaisants législateurs, esclaves de ses volontés. Pour donner aux Polonais de nouveaux sujets de joie et dé reconnaissance , la Prusse et la Russie, par le traité du s4 février 1768, se rendirent garants de la constitution , des libertés et des droits de la république !

Quatre jours après on vit se former une ligue pour le maintien de la religion catholique et de la liberté , à laquelle Pulawski , Polocki, Rrasinski, Pac, et autres, accédèrent immédiatement. Le but sacré de cette association était de secouer le joug de l'étranger ; mais , comme les hommes qui la composaient prenaient la persécution des' protestants pour étendard religieux , et le liberum veia pour étendard politique ^ ils se constituaient à la fois les défenseurs de l'injusUce et de l'absurdité. Leur but politique était alors même si peu en proportion avec leurs forces, que l'on devait regarder le choix du moment comme bien inopportun : car l'ambassadeur russe, qui traitait le roi comme son subordonné, s'empara de toutes les provisions de guerre , et , par la force , arracha au sénat ( sans égard à la protesta-

tion des Lubomird^i, des Gzsrtoryski et autres) , une pétition à Gathe^rine» dans laquelle on la suppliait de ne pas retirer ses troupes de laPologne. Repnin répéta dans sa note du i o aoûi 1 768 que la tiarine ne cher-» chait que le bonheur du genre humain » et le triom* phe de la liberté ; que Tunique base de cette Kberté était l'égalité , principe qu'on deVait inculquer à louai les honunes ; que Timpératrice ne pouvait faire nxi meilleur usage du pouvoir que Dieu lui avait donné qu'en répandant celte égalité prédeuse , conformé-^ ment aux principes de saiéte éqtiite qiie Dieu a gravés dans tous les coeurs. I^ulawski répondit» au con-' traira : que cette femme orgueilleuse et sans foi » qui n« possédait aucune vertu , qui s'enveloppait d'.astuctf pour turrivet à ses fins, verrait déjouer ses ma-^ chînations par la volonté courageuse des nobles Po^ ionais; que se fausse gloire s'évanouirait dtms la poussière , soit que leur noble entreprise fût cou* ronnée de succès, soit qu'elle n'eût qu'une funeste issue.

Tandis que les confédérés- de Bar se proclamaient ainsi les libérateurs de leur patrie , les Russes les si- (poalaient comme des rebelles , et la guerre commença. Quelque exagérés que puissent être les récils die cette époque , il est certain que rien dans les temps modernes n'a offert le tableau d'aussi épouvantables atrocités. Les Haidamaques et les Cosaques zaporo^ gués l'emportèrent sur tous les autres en fait de sauvages horreurs. Sortis de leurs marais, ils se répan-> dirent sur les bords du Dnieper, incendiant tout ce qui s'offrait devant eux , et massacrant tout ce qui «'appartenait pas à l'Eglise grecque. Pour faire acte

de eroyance, il fallait tuer des nobles et des prêtres* Un noble, un moîne, un juif et un chien» étaient pendus ensemble/ avec cette inscription : Tout est égal. On enterra plusieurs centaines de personne» jusqu'au cou dans le sable, et on leur fracassa la téter on ouvrit le ventre aux femmes enceintes pour en tirer le fruit infortuné , et y substituer» par une ef** froyable dérision , des chats furieux. Les Russes re* prirent plus tard aux Zaporogues tout le butin qu'ils avaient enlevé» et le gardèrent pour eux-mêmes» après avoir pendu quelques uns de ces brigands sans au-» cnne formalité ; mais ils ne pourront jamais se laver du reproche d'avoir commandé ces barbaries» ou du moins de ne les avoir pas empêchées. Les chefs russes ordonnèrent eux-mêmes de donner le knout à des officiers polonais » de fusiller les prisonniers » parce qu'ils ne pouvaient pas les garder ou ne voulaient pas se fiera leur parole. Un colonel russe» Dréwitz» en-« ire autres» pour son divertissement personnel» lais* sait mutiler les prisonniers d'une manière horrible avant de les faire mourir»

Bien que ces maux ne pesassent pas également sur toutes les parties de la Pologne» ils dépassaient p^ur-^ tant de beaucoup les plus grands fléaux d'une guerre ordinaire : car les soldats des deux camps ne vivaient presque que de pillage » et ne quittaient un domaine que lorsqu'il était entièrement dévasté.

Lorsque enfm» pour sauver l'indépendance de la Pologne » la Turquie déclara la guerre aux Rosses » cet événement doubla les espérances des confédérés. Catherine» dans sou manifeste» assura qu'elle ne combattrait, pas contre les Turcs seulement pour sou

prëpre intérêt ou po,i}r la gloire de ses armes» mais surtout pour défendre les libertés et le territoire de la Pologne» dont Tinviolabilité était le but constant de ses efforts ! Et Panin écrivait dans le même sens (pie l'impératrice ne pouvait agir » aux yeux de Tunivers » avec un peuple libre et indépendant » qu'en qualité d'amie et d'alliée.

L'appui de la Turquie parut bientôt aussi à redou-^ ter que celui dé la Russie» et l'évèque Krasinski écrivit à Potocki : c Attirer les Turcs pour chasser les Russes, c'est mettre le feu à la maison pour se débarrasser des vers! lEn effet le grand-visir Mehemet avait eu pendant quelque temps le projet de dévaster la Pologne pour la sûreté de la Turquie.

Le secoure que la France envoya aux confédérés par Dumotirier futaussiinsigniGant que l'appui desTurcs» battus partout par les Russes. Mais ce qu'il y avait de plus funeste et .de plus condamnable» c'est que les confédérés eux-mêmes étaient en proie à des divisions profondes; malgré les efforts et les avis des citoyens les plus dévoués et des meilleurs esprits» la plupart songeaient plus à la table» au jeu» à la danse, qu'à la guerre; et» pendant qu'ils avaient sans cesse à la bouche les grands mots de sacrifices à la patrie » iis^n' avaient en vue que des intérêts secondaires ou leur agrandissement personnel.

Ayant échoué dans la tentative d'enlever le roi » les confédérés se trouvèrent avoir éveillé par là l'intérêt général pour sa personne » et sa déchéance par eux proposée parut peu opportune et imprudente. Le primat Podoski ayant écrit lui-même à la tzarine que la cause de tous les mécontentelnents serait détruite en

eh996aDl le roi , Catherine profita de eette lettre qa'et le envoya sur-le-chainp à Stanislas , pour envenimer le$ haines , en faist^nt éclater davantage sa générosité et la nécessité de sa protection. Elle ordonna que les Russes et les Polonais oe refuseraient pas au roi les honneurs militaires; puis elle demanda que le nÀ se réunit à l'armée russe pour combattre les Turcs , ce qui pouvait bien passer pour une dérision amére.

Pjcndant que les Turcs opposaient encore une résts*» tance vigoureuse» Catherine feignit d*ètre mécontente de son ambassadeur, et de vouloir agir avec plus de modération à l'égard de la Pologne. Alors une assem^ blée de sénateurs convoquée par les Czartoryski dé-* clara coupables ceux qui avaient approuvé l'intervention constante de la Russie, et traité les cimfédérés de Bar comme rebelles. Biais à peine les chanfces tle la guerre lui furent-elles favorables , que Catherine, changeant de langage , rejeta avec colère cette déci- Mon du sénat , et demanda à Stanislas Téloignement des Czartoryski et des ministres qui l'avaient votée.

Les Polonais sincèrement dévoués à leur pays conservaient toujours l'espoir de réconcilier le roi avec les confédérés; mais les passions violentes de ces derniers s'opposaient à ce <tessein, autant que les anciennes liaisons de Stsmislas avec Catherine. Celui** ci se flattait d'ailleurs de rétablir l'ordre au moyen de denû*cnesures, de protocoles et jèe discours , et tremblait d'être renverséa'il venait à se séparer des Russes. Lorsque l'union patriotique , f6ndé(p avec l'appui de ces derniers , chercha aussi à Oipérer une conciliation entre tous les partis, Saldern s'en retira tout à fait, déclara, que désormais il ne pouvait plus avoir de

rapport mec elle» et ordonna paême l'arrestation du primat» violence que la cour ne désapprouva que lorsqu'elle provoqua un mécontentement général.

Les progrès des Russes en Turquie et leur influence souveraine en Pologne durent nécessairement éveiller enfin les alarmes de toutes' les puissances de l'Euro'* pe ; mais l'Angleterre » comme à son ordinaire , ne s'occupa que de son intérêt particulier et de Taplanissement des difficultés qui entravaient ses relations avec l'Amérique ; la France» depuis la chute de Choiseul ( en décembre 1770) , voyait chaque jour un^ faiblesse plus grande s'introduire dans^ses conseils; enfin la Prusse et l'Autriche » égarées par des passions imprudentes et anti-nationales » ne songèrent qu'i leur malheureuse rivalité. Ces deux dernières auraient pu mettre un terme aux envahissements de la Russie , ^ et amener la résurrection de la Pologne; mais si la Prusse s'était séparée de la Russie sans être sûre de l'Autriche » on la re|[ardait comme perdue ; de même l'Autriche semblait courir les plus grands dangers s^ une alliance plus intime venait à se resserrer entre la Prusse et la Russie. Ces positions incertaines créèrent une politique indécise et calculatrice» d'où plus tard sortit un tissu d'injustices et de crimes.

A la première entrevue de Frédéric II et de Joseph II à^Neisse (août 1 769) » ces deux monarques convin^^ rcnt de ne point agir hostilement l'un contre l'autre » en cas d'une guerre entre la France et l'Angleterre ou d'autres événements semblables.; et» à l'époque de lo^ seconde entrevue (septembre 1770)» l'empereui: déclara que l'Autriche ne souffrirait jamais que la Russie passât le Danube; que l'alliance avec la Prusse

pouvait seule conjurer l'orage dont Test était mena* ce; que la Porte avait demandé la médiation de l'Antriche pouf obtenir une paix avantageuse, et^e Fré* deric II ne devait pas refuser la sienne. Le roi de Prusse se prononça d'une manière également favorable ( sans porter toutefois la moindre atteinte à ses relations antérieures avec la Russie) , et écrivit à son ambassadeur à Pétersbourg « que de ces circon* stances pouvait sortir un plan de pacification pour la Pologne» pacification qui ne pouvait avoir lieu qu'en traitant par les voies de la douceur avec les membres de la confédération ; qu'il fallait maintenir le roi sur son trône y exclure les dissidents du sénat, étendre les pouvoirs du généralissime sur l'armée, etc. , etc. »

Quant à la guerre, Catherine répondit que les Turcs l'avaient attaquée contre toute espèce de droit, en se faisant de l'événement de Balta un prétexte pour se mêler des débats de la Pologne , bien qu'ils eussent approuvé l'élection de Poniatowski. Décidée à ne 'jamais étendre ses états par la conquête , elle ne demandait qu'une indemnité pour les frais de la guerre, avec les garanties que réclamait la paix de son empire et le bien de l'humanité ; avec cela : la cession des deux Kabarda et d'Azow , qui avaient appartenu originairement à la Russie; l'occupation d'une fie de lat Grèce, pour y former un entrepôt commercial; la libre navigation de la mer Noire, l'indépen* dance des Tatars, et la création d'un duché indépen* dant de la Moldavie et de la Walachie. Frédéric II lui-même trouva ces exigences déraisonnables et outrées. L'empereur d'Autridic déclara qu'on ne pou-

vait pas attendre de la Porte^ qui avait des forces sutfisanies pour continuer la guerre » qu'elle acceptât des conditions qu'on oserait tout au plus présenter après les plus grands revers\ et qu'il était aisé de comprendre que la prétenduie indépendance des Ta^^ tars p de la Moldavie et de la Walachie , serait placée sousTautorilé exclusive de la Russie, ce àquoirAutri* che ne consentirait jamais.

Tandis que l'on affectait ainsi de s'intéresser aux Turcs sans aucune apparence d'arrière-pensée per*sonnelle » l'Autricbe 9 en 1770» occupait à main armée, dans le cercle de Zips, treize marchés et deuï cent soixante-quinze villages, qu'en 141 a la Hongrie avait livrés à la Pologne comme nantissement de ce qu'elle lui devait. Et Frédéric II , sous le prétexte de punir une prétendue violation de ses frontières, et de défendre son pays contre la propagation de la peste , fit entrer ses soldats sur le territoire polonais. Les iournitures immenses exigées par ses troupes furent payées au dixième de leur valeur. /

Catherine, qui prétendait régner seule en Pologne , témoigna un mécontentement très vif de ces agressions, et dit au prince Henri de Prusse (présent en ce moment à Pétersbourg) , au sujet de l'occupation du cercle de Zips : « Il parait qu'on n'a qu'à se baisser pour ramasser quelque chose en Pologne. Si FAutriche'a le projet de partager la république, les autres puissances ont bien le même droit. » Passant à la conduite de la Prusse, elle dit, d'un ton plus doux : qu'elle regrettait que Frédéric II, par suite de son alliance avec la Russie, eût été entraîné à d'aussi grands sacrifices, et qu'elle désirait sincèrement qu'il obtint

une indemnité convenable , afin d'être mieux assurée de sa persévérance. Alors le prince , pour sonder le terrain, l&clia quelques mois du projet de détacher au profit de la Prusse les provinces de la Pologne dites Prusse-Royale, et, bien que Panin et Saldem prolestas sent contre tout partage de la république, cette pensée fut cependant appuyée par d'autres courtisans , et Catherine déclara que pour le moment elle ne demandait rien pour elle , mais qu'elle n'avait rien à opposer au plan relatif à la partie de la Prusse-Royale , en tant que cela ne troublerait pas la balance de l'Europe.

Bien que ces belles paroles n'eussent encore rien d'explicite, Frédéric II ne cacha point son effroi lorsque son frère Henri lui communiqua le premier l'idée d'un partage de la Pologne : car il sentait parfaitement que le droit , l'honneur et la foi , allaient être complètement violés. Bientôt, cependant, le désir de donner plus de consistance à son royaume, et la crainte naturelle que la Russie ne dévorât seule toute la proie, le préoccupèrent exclusivement. C'est ainsi qu'en poursuivant les négociations relatives à la paix avec la Turquie, on s'avançait versl'abyme d'un pas de plus en plus précipité.

Après que le sultan eut rejeté les premières conditions rappelées plus haut, Kaunitz dit que la Russie devait se contenter de la ville et du cercle d'Azow^. des deui Kabardes , du libre commerce dans la mer Noire, et d'une indemnité pécuniaire convenable. Le comte ajouta qu'il supposait que la Russie donnerail l'assurance de n'exiger, ni pour elle ni pour d'autres , aucune partie de la Pologne. Cela , du reste , ne Sf'opposattjattcanement à ce que l'Autriche restituât

le cercle de Zips à la Hongrie» attendu que celle réunion n'était pas fondée sur un droit nouveau ott douteux.

Alors Frédéric II proposa à la Russie un traité de paix qui ressemblait à celui de Kaunitz , et lui fit observer qu'en réglant ces conditions on engagerait l'Autriche à se tourner tout à fait vers la Turquie, et A chercher à s'indemniser de ce côté. Hais la tsarine répondit ^ue Kabarda était un pays presque désert» insignifiant» et qui ne donnait aucun revenu ; qu' A- Eow était dévasté, et avait perdu son ancienne importance; que le libre commerce sur la mer Noire était » en temps de paix» aussi avantageux aux Turcs qu'aux Rosses; qu'une indemnité pécuniaire considérable était au dessus des moyens de la Porte » et que c'était là d'ailleurs un résultat peu digne de la guerre ; que l'idée tout à fait neuve d'un équilibre politique dans l'Est appartenait à l'Autriche (peut-être la France la lui avait-elle suggérée) : car cette idée ap^ paraissait pour la première fois dans les négociations; enfin que la crainte que les Tatara» la Moldavie et la Walachie » fussent sous la dépendance de la Russie » était une supposition gratuite dénuée de toute espèce de preuve » et que d'ailleurs l'Autriche devait concevoir moins d'inquiétude de ces petites principautés indépendantes qu'ils'agissait d'ériger» que des grandes puissances. A cette explication Panin ajouta : c Si le prince Kaunitz pose pour base de la politique que chaque puissance doit maintenir les autres dans la possession paisible de ce qui leur appaiHient» et s'il rejette tont partage de la Pologne » de son côté il n^e dcÂt pas non plus prélendre exclusivement au cercle

de Zips : car il o'y a aucun état qui ne puisse élever des prétentions sur ses voisins» et les faire valoir avec succès dans des circonstances favorables. On n'ignore pas que la Russie et la Prusse ont aussi des prétentions fondées sur les provinces polonaises » et que ces puissances ne sont peut-être pas éloignées de les faire valoir de concert avec l'Autriche » afin que chaque étal obtienne des avantages balancés. » Dès lors on put facilement entrevoir qu'on laisserait aux Turcs la Moldavie et la Walachie , sauf à trouver ailleurs des -indemnités»

Pendant ce temps» la cour de Vienne conclut» le 6 juillet 1771» un traité avec la Porte» d'après lequel celte dernière s'engageait à payer une somme considérable pour les frais' de la guerre et à céder une partie de la Walachie à rAutriche » et s'obligeait à é^ tablir des relations amicales entre cette puissance et les étals barbaresques. L'Autriche» de son côté» pro* mit qu'elle interviendrait par la voie des négociations ou par la voie des armes pour décider la Russie à restituer à la Turquie tout ce qu'elle lui avait enlevé» sans que l'indépendance et l'intégrité de la Pologne, pour lesquelles la guerre avait été entreprise» en souffrissent la moindre atteinte.

Ainsi» l'Autriche semblait avoir pris enOn une dé* cision ferme et honorable; mais en réalité elle ne voulait que s'arrondir des deux côtés : gagner ici le terriloire de Zips» là une partie de la Walachie» et jouer le double rôle d'alliée et de médiatrice. Mais» comme il n'était rien dit dans le traité sur le mode» le moment et l'efficacité de cette médiation» et que même cet article devait demeurer secret » il n'en ré-

solta aucun 'avantage pour les Polonais ni pour les Turcs, et les deux nations furent également trompées.

Alors Catherine ne désirait rien tant que de pacifier' la Pologne, afin de la garder entièrement pour elle; mais son ambassadeur Saldern, despote par la tête et par le cœur » n'était nullement l'homme qu'il fallait pour un tel dessein , et Frédéric II ne se sentait j>as disposé à 86 sacrifier plus long-téraps aux vues de la tzarine si on ne lui offrait pas une indemnité suffisante. Il informa l'ambassadeur d'Autriche à Berlin , le baron Swieten , de l'état des négociations, et obtint pour réponse que. l'Autriche n'avait pas occupé ie cercle de Zips dans l'intention de le garder, mais seulement de le tenir c^mme nantissement de certaines sommes qui lui étaient dues;. que ce cercle serait évacué aussitôt que la Prusse et la Russie retireraient leurs troupes de la Pologne ; qu'un* partage de ce pays était difficile, et jetterait une nouvelle confusion dans 1res affaires de l'Europe; c'est pourquoi il conseillait au roi de ne pas y donner son adhésion. Le roi revenant à ses premières hésitations, et représentant de nouveau à Catherine que ces projets ne sauraient être justifiés aux yeux de l'Europe, elle s'écria : « Je prends sur moi tous les reproches qu'on- pourra faire ! » — C'est ainsi que la fausse civilisation du iS* siècle s'absolvait. elle-même desescrimes, et donnait à cette audace insolente le nom de souveraine grandeur. ^

La tâche de conclure une paix équitable avec les Turcs , et de réviser sagement la constitution polonaise, était simple, naturelle, et très facile à exécu* ter. Mais, loin de U, ces trob puissances se lancèrent

dans les voies cVune politique tortueuse , mesquine , où Ton ne marchait qu'escorté de la trahbon. Mâl^ gré toutes leurs défiances secrètes» leur sourde inimitié , leur jalousie » trois souverains d'un caractère aussi élevé et .aussi différent se réunirent , et , Tod peut hardiment le dire, contre leur propre intérêt» se mirej^ de concert à Fceuvre pour consommer Tac^ te le plus injuste et le plus infâme dont les annales de l'histoire aient conservé le souvenir.

Bien que tout s'accomplit avec la plus |;rande dissimulation » il transpira quelque chose des plans de partage. Alors on 'mentit impudemment à ta France » & l'Angleterre et à la Pologne , en proclamant à haute voix et répétant dans les correspondances que per^ sonne ne pensait à cela. L'équité et la raison prescrivaient de croire à ces protestations. De plus» Cathe<' rine avait solennellement déclaré» le 17 décembre 1763, que les bruits répandus sur ses prétendus desseins de s'emparer de la Pologne étaient une hoiribb calomnie» un mensonge infâme; qu'elle savait trop bien que le bonheur d'un peuple ne consistait pas dans les conquêtes» et qu'elle était sincèrement décidée â maintenir la république dans ses droits» .ses libertés et son intégrité» conformément ali traité de 1 686. Le roi de. Prusse déclara également» le 24 janvier 1764» cpje, bien loin de vouloir étendre ses étals » il travaillait constamment et ne cesserait jamais d'agir pour le maintien de toutes les libertéd' et du territoire intégral de la république. En prenant Te titre de roi de Prusse» Frédéric dit» le ^4 i^^i 1764 : « Nous n'avons ni la volonté ni le projet de porter aucune atteinte aux traités existapts; nous voulons

au cbntrâtre protéger a?ec soUicilûdé toutes lés liber^ XéÉ el toua le» droits de la répubUqa^B»

A Vienne, KaunUz était poossé d'un côté par Marie* Thérèse » qui voulait' la p^ix et le drçit , mais sans trc^ d'insistance ; de l'uutre par Joseph II , qui , avee tes plans de Conquête» voyant le droit d'un œil indif<' férènt, préférait les avânta^fes du triomphé^ et sur» tout l'éckt Se plaçant entré ces deuk avi^, Kaunitz ehèijsit d'ahord les voies {pacifiques, et jugea que le RieiHeur parti était de mettre en avant des préten* tibns exagérées , afin de faire échouer par là le plan de partage, ou d'ôbtetiir une plus large ^part de ^l^ proîe^commune., Sdivant son planavec une duplicité ~ parfaite, !é "ministre qulriQjiîên "gardait le plus pro-* fond secret avec la france, alors alliée de sa court tjàndis qu'il disait à l'ambassadeur russe» en janvier 1772 > qu'aussitôt que l'on adopterait, pour mainte-*' nir i'éqùillbtè européen, le système du partage^ il n^ serait pas absolument nécessaire de s'en tenir uni^ quement à la Pologne ; que, dans lé cas où ce pays^ n'bffirîrait pas assez à'ètoffe pour former un partage égal entré les trois cours, on se^ait toujours à nùkèmi^ d'eniôvér à quelque voisin une portion de territoire dont ii n'aurait que faire ; que celui-ci, d'ailleurs, si l'arrangement convenait aux trois puissances , serait Men obligé , bon gré malgré , de ^'y prêter. Et quand lèprihce Galitziiî demanda, tout étonné, s'il enten%> âait par là la Tur<|uié , Kaunitz , qui venait de coa* dure ûn'traité définitif avec la Porte , répondit : « Précisément I » — Iia|oùtà qu'il espérait cependant qge, pour aplanir les difficul^s, onproe^derail de p^rt ek d^auln aveç^fljnn^ pi et €an4mrp eJ^q^u'on: prendrai^

1* oonstilution 64 les libertés 4« là siatiûa ^ eè ^*^àÊ» vbciiaient exécuier d'aotaxit pltu» promptemeat^ q«'«U Jes. ne pouvaient pïis avmr ta certïtad^^u^ rbaroionto l|tti préaidatt aajourdliiii à leur»: r&ppotts litiuiueb ^égserait ei^core plus tard , et qii'eB^ ne pouv/iteot èqyérer d'obtadr pÀt les ^oies wâiaséveftiQe qti'ôHe* usaient le droit d'ffà^er. Gônfomkèmonl k cette dâ^ daràtmn » on eagat^eaii tes Poionais à mettre fin i hauts diàseàsioii» à A^enoôeer à de vaioes illusions , et  coopérer dertouiee ieûrs Icxrceâ à la rékKaaiîim de ces hettfeâx résultats : e^est4*dire qu'il ftiUait qu'ilé cédassent 3,ooq milles carrés aux pubsanees^oDjiittées pour le partage de leurrpe^trie I ^ En même temps les rois alliés» saàs attexidre ni réponse ni acte de cession , prirent possession des pre«orioces polonaii»es. Frédéric II* gna^t k ses droits, s'en référa à des preuves qu'il à toujours été imposais ble de constater; se plaignU d^un gtand nombre d'in- . jusiices qu'il avait eu à essuyer de la part delaPo^ logae ; réclama de prétendus capitaux et domcaagesh intéréis dus depuis des siècles; ordonna ^ sous les peines lés plus sévères » que dans le territoire uswpé i^p lui gardât foi et obéissance ecKmoOie au seul inaStne iégitime» et qu'on eût h rompre toftte espèce dei rel«k« tion avec la Pologne^

L'Autriche disait pour sa jusliScatiôûqu^* ce qw i'on olyeetait en faveur de la Pologne n'ayant aucune valeur» sa prétention» piir conséquent» ^kaH isuffiiam* m^nt fondée; qu'en outre, vu le leiAe de la coasiittt^ .tjfon dé la république » on ne pouvait espérer de vivre javeç elle en bonne intelligeâce» et qu'ainsi il fallait §e contenter d'un petit équjivatâA^

Dan3 Touk^e . rendu par la Russie au sujet de .«on etkVi^iaseQ^etit^ Catherine promet aux Poloiaals toutes les liLertës et privilèges moscovites ; elle espère que chacun se nnoutrei^a digne d'une faveur aussi baute^en faisant éclater un amour vrai pour la patrie et une ardente affection pour une souveraine aussi nptaçnanlm^. Celui qui cependant ne se conformerait pas à cellp bienveillante iDJonclion dans le courant de trois mois verrait ses biens confisqués I

Le roi Stanislas protesta trop tard contre un acte qu'il aurait dû pressentir depuis long-temps; et s'cx*:prima comme les confédérés de Bar. Il fut obligé de x^onvoquer une diète. Alors les mêmes princes qui avaient précédemnient prescrit l'unanimité dans les .décision*,, et qui avaient déclaré tes confédéralion3 .çoi^aires aux lois , . ordonnèrent « que la pluralité des voix devait prévaloir, et qu'aucun habitant de^ jpays occupés ne pouvait être élu pour la diète. • Mais jiar ces mesures de violence les puissances alliées n'atteignirent pas lem\bat .c'est-à-dire qu'elles n'obtia* rent une soumission ni assez prompte , ni assez lâche. Lea Polonais établirent au contraire , par des preuve^ victorieuses, qu^en invoquant de pareils principes, la plus grande partie du territoire de leurs voisins devait leur appartenir; que le mépris de tous les droits do possession , de tous les traités, le rejet de toute prescription légale, conduisaient, dans la loi politique .comme dans la loi civile à la plus. infâme, injustice^ qu'il était inouï qu'on. se rendit dans sa propre cause jiigeel partie, etque jamais onn'avaitpu réclamer aux possesseurs de bonne foi des dpramages- intérêts .pqur des prestations remontant à dès siècles; qu'on

oatre » les trois puissances avaient originairement ^t expressément renoncé dans nombre de traitîSs à toute réclamation contre la Pologne^ et que maintenant elles voulaient placer des prétentions surannées, prescrites et annulées» au-dessus^ des traités récents et des droits reconnus; enfin, qu'elles mettaient en avant des - griefs auxquels elles avaient elles-mêmes donné naissance, ou du moins qu'il avait dépendu de 4eur volonté de faire disparaître.

Au lieu d'être ramené3 par des considérations aussi justes à une réflexion plus mûre , à la honte et aux regrets , les trois souverains menacèrent les nobles qui né se rendraient pas aux diètes des peines les plus sévères , et les avertirent que to|it opposant serait regardé comme un ennemi de sa patrie. Le 4 décem- Lre 1772 , ils déclarèrent que les hésitations desJPolonais les a valent jetés dans un grand étonnemeiit, et que leur dignité ^^ comme la justice ^ prescrivQiit certaines bornçs à leur modération! Le 2 février 1773, ils firent également entendre qu'en s'enfermànt dans une obstination indéfinie, on ne reconnaissait point leurs justes prétentions ; et que les Polonais n'étaieqt mus que par des illusions coupables, par l'esprit de parti et par un égoïsme étroit.

Saldern surtout, qui, deux ans plus tard, à cause dé ses extorsions, perdit tous ses emplois , et fut chassé de Russie, agissait avec plus de violence qu'un chef de prétoriens, ou qu'un pacha turc. — Il Uganda chez lui les sénateurs , et leur dit : « qu'ils étaient là pour prendre ses ordres, les exécuter, et remercier les puissances de ce qu'elles voulçiîent bien leur laisser; que leur désobéissance les faisait descendre ju»-

qu*au rang dés. brutes, et qu'ils ne méritaient pas qu'on leur adressât la parole !» — Et lorsque le priinat dû royaume s'éloigna» Saldern, considérant son départ comme une offense» l'obligea de revenir et le tint gprdé par des soldats. Il parlait aux sénateurs comme s'ils eussent été des serfs et des rebelles, qu'il pouvait bannir arbitraireiùent en Sibérie , ou faire fusiller.

Enfin les alliés déclarèrent , sur la proposition de lacour deVieniic, que, si à une époque désignée toutes leurs demandes étaient accordées» ils retireraient leurs troupes; dans le cas contraire ils partageraient la Pologne entière. — Ainsi poussés jusqu'à la dernière extrémité , la plupart des députés , dans leurs séances peu nombreuses , consentirent à la cession des provinces occupées. Les opposans furent accusés de ré<* bellion par les trois ambassadeurs , et déclarés ennemis de leur patrie! Ceux qui avaient donné leur consentement croyaient que les débris de la patrie tie pouvaient être conservés que par la soumission; les opposants au contrsiire avaient la conviction qu'une - énergie puissante permettait seule , sinon d'échapper aux trames de l'étranger , du moins de sauver l'honneur.

Par ce premier partage Frédéric II s'appropria la Prusse royale, moins Dantzig et Thorn, et une partie de la Grande-Pologne , jusqu'au Noteç , environ '■ 63o milles carrés . et 4i>6,ooo habitants. — L'empereur d'Autriche prit le comté de Spiz, et une partie dés palalinals de Krakovie, Sandomîr, Belz, de la -^Russie Rouge et de la Podolie, 1280 milles carrés et 2»70o,ooo habitants, -r La tzarine enfin s'empara de

Pdock* WUepsk ei MsciW, jiwfa'à la Dzmoa letle Dnieper, environ 1975 milles çarré3aTeç i»9oo»ooo habitanUw

L'afbitraâre même a aes règles,* on aime à les garder powr se voiler du mqio^ d'ime apparepuce i& légoSiïé ;dans ce partage cependant on ne comprend pas pourquoi on assignaà cbaqoe puissance.téUe partie ou telle autre , ni plus iii moins/ Mais la cupidité et l'envie ne pouvaient rien en£snter que de monstrueux et d'injuste; Ton remarqua & peine cette afa&urde mëtbpde de conserver l'équilibre , x|ui donnait plus a^ |dus puissaniet moins au plus faîble*

Aleons les Polonais se crurent An moins assurés (îles limitée de leur patrie ainsi dépoupée : car les puissances co-partageantes avaient solennellement re^noncé pour l'avenir 4 toutes prétentions passées et présenies sur la Pologne» Mais ils étaient dans l'enrour- {«a. Prusse ,^ par exemple» dont la frontière, lon^ geait Je Moleç» demanda encore les terres' situées .sur la rive opposée de ce fleuve , lesquelles faisaient partie du territoire polonais.

L'ambassadeur de Prusse à Varsovie disait : < Les 6fmX appartiennent & mon roi lorsque le Noteç déborde, et par conséquentles terres inondées, lorsqu'il est «renlré dans spin lit, 9*<^Par suite de ce raisoome* ndent on élisd)lit que le fleuve pouvait déborder à une distajcu^ de douze miUes, même par dessus les mo;aia|;nes..AJia priè;rede la générale Skorzei^ska» le coo- «ciller prussien Srenkenbqf, son ^mi, enclava ses terres avec aooo.habitants dans le ierritoire prussien; et Fi^^d^ic U permit ce nouvel apte d'arbitraire. Bien. |ilus.> en Cévôer 177^ , le roi dimaa Tordre xle j:ecul^

4a€ore .i8>wo, avec de» yiUe$ eJt villages,

L'Autriche ^U de mèoie. et l'anabassadeurde cettç |3içii^atia^ déclara qw'il espérait que, dam la àoluttojj 400 dilScai^ltéfi ^levéei^ r^jk^vemeott a^ licmvelles dir aai#r<î*Upni^> le* suWiUlé^ w itîliwmwt devant le 4r<nt ^ la jyMioe, ir>Q j>Wgnit que les Polouai? deiûandassent la sortie des troupes idapériales avant 40 iei^ avoil- p*yeçU , aiufti giie oda 4vait eu lie* à ^'iègftfii 4e3 autre» puiwattcep. Joseph et Frédéric H -d^eiwtireRt tQv^*» migration des territoires doatil^ ]ft-étoîft»t 4^wperé*; et ^:ette défense ^'étendît u^ê»^ àuiL rpyéQi^ qu'jou j>er^is ^Aurait p^as :aut^ri»é«p l&nèxi» Coth^riue, qui »ouJait «laJirtewr'W aupréi?».- Me^ft Ppl^BW, Kléciara eu i?74» è propos des eo^- ^^^uieiUs dcHQLt isioiis veuous ^VparJi^r» que l'ou dei^ jvffit en effiPt trpuiifeer jWfrtes les plainit<>s des Pohjw^ que les puissauces pouvaient aisément féduiï'e la^ Jpi^60ais eu fiiteoçe^ ea raowrant A4e^ moy^w tio- Jenls; mais que cette voie répi^aât au /ça^ractèreibi^p co<H)iw de ces sou^eirains , et qvie ce »'é*<ât pa? jçelto -qa'iU ôvaieut suivie jusqu-A P^ jew daiw ;ï«s t^aiW» '^HiiU^du^ avec la iréppÙique en toute Ubertéetléga^ lité; qu'il valait donc mieux Jouir de ia -tx^afîi^HÎfUté actuelle que de p^^ser de nouveau â r^iiirémé.nr- .iritatîon e^trl» les Poluu^i^ et k^ trms cours.

CKeUeaiifia«eu(e bienveîUancé de labwiAeeut pouir Gonsé^quenoe ^atuceUe l^ mainikle^ en P^ibigne d^ •"rieillcs 0t funestes formes éleciUve^* mnsji qw'à^ U" ^umvt^tp. Gatberwen^krouiiamâaiefar U engf^t^e 4 giu'd^r le $Uenpe lors^tU W r^j^ussa de9 .}i3!lU §»* .

plois les dissidents dotit elle avait soatenù si vivemeât les întérêls; lorsqu'on se prononça contre tous changements dans lès loïs religieuses, qu'on créa des' milnopoles pour la confection et le débit dès boissons, qu'on interdit aux bourgeois et aux ouvriers d'acquérir des biens immeubles , afin qu'ils ne sortissent pas de leur condition , et qu'on annonça quelques- améliorations véritables , mais sans ks mettre à exécution.

La confédération de Bar s'était dissoute depuis long-temps» eï, malgré tout ce qu'on avait pu trouver^ ^ de blâmable dans sels moyens et dans son but , elle succomba plutôt sous la violence étrangère que sous le poids de ses propres fautes, — N'éprouvè-t-onpas une douleur amère en voyant un esprit aussi élevé que celui de Frédéric II s'abaisser jusqu'à chercher dans les dernières convulsions d'un peuple^ agonisant le sujet d'un poème plutôt frivole et grossier que tomique I .

Voltaire tenta avec plus de frivolité encore^ de justifier le partagexle la Pologne en disant : « Quand il y a du feu chez le voisin, on doit entrer dans sa maison et se mêler de ses affaires.» Oui, pour éteindre Tin^ cendie et potter secours aux habitants ; mais non pour piller et dévaster,

' L^Europe était plongée dans une apathie si insen-f sible, dans unégoîsme si froid» qu'elle assista à la ruine de la Pologne sans s'émouvoir ; personne n'eut ^mème cet esprit de prévoyance qui nous apprend que» lorsque les empereurs et les rois foulent ainsi aux :pieds les bases fondamentales dû droit étemel» ils, p.rétipiteni le corps soaial> dans un/ abyme ^de

déprayàtion, eio^ue; bientôt, après > les masses se ruent avec jxûé rdge révolationnaîre contre Tautorîté avilie.

Ii*histoîre impartiale, en frappant d'une sévère réprobation la conduite des trois cours copartageantes , est obligée de réconiialtre aussi les. fautes des Polonais et de les signaler au blâme de la postérité; Où trouvat-on des éléments de ruine si ce n'est chez eux-mêmes? Geùi^gui se Sacrifièrent pour leur pays n'adoraient qu'une liberté mal comprise , pendant que la seule et vraie liberté était formellenîent exclue par la Constitution. Malheureusement ils oublièrent presque tous que l'amour de la patrie et le courage ne sont ' suffisants que lorsqu'ils animent une nation entière ; ils ne virent paà qu'une démocratie nobiliaire, fondée sur' la nullité de la bourgeoisie et sur l'esclavage des paysans, était irrésistiblement poussée, malgré son éclat apparent, vers un ahyme sans fond. La plupart 4les grands, occupés d'eux seuls et|de leurs jouissances, trouvant dans les excès et les vices de lâchei^ consolations aux malheurs de la patrie^ pardonnèrent à leurs oppresseurs, afin de se comprendi^e dans cette absolution facile , ou étouffèrent tout souvenir du passé pour justifier leur propre insouciance.

. Mais, plus se multiplient les fautes, les difficultés , les obstacles, plus on admire la sagesse, le courage inébranlable , la persévérance et le généreux dévoû-

meîA de ces ytfAi enhiAn de la pfafrie ', dont les c^orH infatigables travaillèrent S sa résurrefttîoo.

Après le premier partage , la Russie fit adopter dan^ le royaume démembré uneconstitulion qui consacrait tous les yices de l'ancienne , la royauté élective , le /(berumveto, l'impuissance militaire, le désordre des finances y le servage des paysans, )a nullité des villes, et qui remettait toute l'autorité entre des mains dont elle disposait. Bien que. ces institutions ne fussent âp- |>rouvées ni par une diète libre, ni parla Prusse, tïi par l'Autriche , Catherine se vantait d'être elle-même la meilleure garantie de J(l constitution polonaise r c'est-à-dire qu'elle exerçait dails un pays indépendant un pouvoir qui devait y maintenir pour toujours le désordre et Tasàcrvissement. L'anarchie fut dond. moins causée par la désobéissanôe aul tnesures du gouvernement que par leur exécution littérale. (lû conseil permanent, composé de 56 membres, décîdait partout oi'i il s'agissait d'un avantage à accorder aux Russes ; mais quand il était question d*unô amélioration réelle,. quand les intérêts du pays étaient en jeu, on exigeait l'impossible, c'est-à-dire Tuna;* nimilé du sénat entier et de la noblesse t Le conseil changeait les décisions des législctteurs , les législateurs rejetaient les propositions du conseil, jus^ qu'au moment où les envoy^és russes venaient se placer entre ces deux corps. L'arrogance de ces agents dans leurs rapports avec le roi, leur mépris insultant pour la nation, leiur luxe et leur cupidité, joints aux vexa-* tions et aux violences des soldats moscovites toujours cantonnés dans le pays, excitèrent au plus haut degré la haine contre la Russie* Mais que pouvaient la colè-

re et les plaintes , tâût.que les trois poisdancei ves* taient unies « et\cpi6 les. Polonais se trouvaient sans armée, ^ans argent et sans relations^poHtiqties ? Aussi Potenikin» appréciant cette position, disait-ii elii78tf que l'on aurait pu partager la Pologne tout entière séins qu'il en résultât plas de clameur. L'opposition édleuléedePFédéric II arrêta seule les projets violente de ce favori , et la Polognie sentit renaître de plus grau* des espéran(5es » lorsque l'alliance de l'empereur Jo-^ aepbei de la tzaiine eontre les Turcs amcisa, ë» juin 1 7889 une alliance entre la Prusse et l'Angleterre, con-^ tre les exigences des deut couts impériales. Gatheri-^ ne chercha à éveiller de la défiance cpntire la cupicUté de la Prusse, en. proclamant que» vu l'étendue de son Teste empiré 9 elle i!i!aspirait à auqoïie nouvelle .con^ quête; qu'au contraire eÛe toulâit étendre et agraflOH (fir la Pologne en l'associant à la guerre avec la Tui^ quîe* Frédéric II, de boù côté, lit déclarer à Varsovie par son ambassadeur ïiuechesîâl qu'il ne pensait nodlement à un partage de la Pologne; mais qu'il avait en vue un dessein plus glorieux, celui de défendre FEurope contre les barbares du Nord , et de rendre à la république son àncienûe spleâdiéur, sa puissanoa et ses libertés; qu'une alliance entre la Russie et la Pologne entraînait ce dernier royaume dam une guerre funeste contre la Turquie, di le mettaiten ètot d'hostilité avec la Prusse, tandis qu'une alliaïice.avec cette puissance, que lui , Frédéric, proposait, était d'autant plus avantageuse , qû*il s'engageait en même temps & garantir l'inviolabilité dû territoire polonaâsi Placés dans l'altemative de s'unir i une de cet puis* sances, les vraii) amis de la patrie, ayant à leurtèle

Ignace Potocki et KoUcmtay, se déeidÀt<^&t pcmr la moins dangcreuseVpour la Prusse; ils* aimèrent mieux se fier au caractère de Frédéric -Guillaume II, qu'à la tzarine» qui les avait si sbuvebt trompés. La diète répondit au roi de Prusse, dVn ion amical plein de di« jgïûiép que l'on n'avait aucun projet de guerre ni d'aggression , "^ mais que l'on songeait uniquement aux \améUorations iniéneTures et à' la juste défense du territoire et des droits de la Pologne; que l'assurance donnée par le roi de sa résolution de maintenir les traités devenait doublement précieuse par ses tertus privées et sa noble manière de penser.

Lorsque Catherine eut appris rksue dé ces négociations avec la Prusse , elle déclara » le S novembre 17889 ^9x son ambassadeur» le comte Stackelberg » qu'elle regarderait tout chatigement apporté aux dispositions de 1775 comme une violation des traités* De l'autre côté» la note prussienne du 19 novembre 1788 exposait que lé roi » connaissant la sagesse et l'énergie dont la diète avait fait preuve jusqu'à ee jour» se plaisait à croire qu'elle ne se laisserait pas détourner des mesures qui honoraient si hautement sa prévoyance » par des considérations tirées d'une prétendue garantie d'un ordre de choses antérieur: car rien ne pouvait empêcher un étal libre de chan* ger soit sa forme de gouvernement» soit des lois . imposées par là forcé et reconnues mauvaises» etc.. Aus^i le roi était-il prêt à remplir ses engagements» comme garant et comme allié» et à assurer avant tout & la république son indépendance » sans s'immiscer dans ses affaires intérieures» et sans troubler la libertS de ses délibérations. Une proposition faite plus tard

pat Frédéric-Guillaubie» le 8 décembre 1789» se terminait ainsi : «Si la Pologne porte son armée jusqu'à 60,000 hommes» et si elle se donne une nouvelle constitution; je signerai une alliance durable avec elle. Mais, qfqand même aucune alliance ne serait contractée, la république peut toujours compter que je ne l'abandonnerai pas. Elle peut se fier à mon caractère , à ma manière de penser , et enfin à la conscience que j'ai de mes véritables intérêts, n

Ces nobles et fermes déclarations de la Prusse, ainsi que les hostilités de la Turquie et de la Suède contre la Russie, réveillèrent l'espoir, le courage et l'enthousiasme des véritables Polonais. La diète opposa une résistance vigoureuse à l'influence^ que Ca~ tfaerine voulait conserver sur la législation intérieure , et abolit un grand nonibre d'institutions favorables à l'empire russe. Le roi Stanislas lui-même , sentant la honte de sa dépendance , se rapprocha des réformateurs, et écrivit, le 17 mars 1790, au roi de Prusse : « Nous nous reposons uniquement sur l'intégrité bien connue de V. M. et nous vous prions d'apprécier dans votre belle âme les prétentions et les vœux d'un peuple qui vous donne toute son affection. Ce peuple ne demande rien qui n'émane du droit, et ne soit chèrement acheté par dix-sept années de souffrances. Les Polonais sont convaincus que V. M. ne le cède ea aucun genre de gloire à ses prédécesseurs, mab qu'elle aspire surtout à en obtenir une: c'est d'élever votre grandeur au dessus de ce faux principe qui ne fait consister le bonheur d'un état que dans la misère de ses voisins. »

Le péril devenant chaque jour plus imminent, les Russes demandèrent que runanimité seule décidât à

la diète » Aotl Teiislence serait limitée A deux années. Mais on ne yoalut rien entendre : caria diète» par une décision unanime , se transforma en confédération , prolongea sa durée pour un «temps indéfini » et doubla le nonibre de ses membres , afin que la volonté générale se manifestât avec plus de force. Les jeunes députés se montrèrent, pour ainsi dire , plus fermes que les anciens, et malgré toutes leià intrigctôs de la Russie, les délibérations gagnèrent eti énergie^ en intérêt. Les malveillants cherchèrent alors à tem« poriser en se tenant à la stricte observation des formes surannées; et lorsqu'on eut corrigé ces dernières, et que le conseil permanent, soumis à Tinfluence russe, eut été aboK, ils se jetèrent parmi les ultrapatriotes, afin de faire repousser l'alliance de la Prusse, dont ils exagéraient les prétentions.

La Prusse désirait la possession de Dantzig et de Thom, en échaiige. d'immenses avantages commer^ ciaux dont elle offrait la concession. Les Polonais auraient dû mieux apprécier la nature de cette proposition, l'importance des compensations offertes, et les secrets desseins de l'opposition, soutenue par la Russie, afin de ne pas élever tant de difficultés contre ntk accord qui leur assurait du moins l'alliance étroite et déclarée d'un voisin puissant. Placé à un point de vue plus élevé, Pitt a dit avec justice : « La chose la plus essentielle pour les Polonais est de se faire àès alliés puissants. » Ils ne pouvaient être lésés dans leurs intérêts commerciaux, puisque les traités devaient leur donner à cet égard toute garantie , et que d'ailleurs la Prusse , dans ce qu'elle proposait , accordait à la Pologne plus derevenus qu'elle n'en gagnait. Herzberg; prédisait» avec non moins de sagacité, c que ces dif-

ficullés intempestivemeat élevées seraient ud^j^mw un sujet de regrets amers pour les Polonais » • Us per-* sévérèr^ent néanmoins dans leur opposition, et ce n^est que lorsque Lucchesini fit entendre confidentiellement i que Catherine avait offert au roi [de Prusse la Grande-Polognç s'il voulait rester neutre pendani la guerre avec la Turquie » -, que les défenseurs do l'alliance politique avecla Prasse prirent le dessus^ D'après le traUïë d'alliance conclu le 39 mars 1790» les deux parties se garantissaient leur territoire» et se • promettaient un appai réciproque en termes exprès, dans le cas où une puissance quelconque , dans un temps quelconque • et d'une manière quelconque , voudrait se mêler des affaires de la Pologne. Cet appui devait être spécialement donné d'abord par la voie des négociations, et» en cas de besoin, sout^mu par les aru^es.

Bientôt après « le 1 1 avril 1 790 , Frédéric-Guillaume écrivait au roi de Pologne : « Je regarde comme très précieux et très honorable pour moi d'être le premier allié d'une nation aussi noble et aussi brave. 9

Après la conclusion de l'alliance avec la Prusse » tous les amis de la patrie travaillèrent avec zèle à la résurrection de la Pologne. On avait déjà perdu bien du temps, non pas par leur faute, mais par les intri* gués de la Russie , par la nullité du roi et par l'op^ position tout égoiste et insensée de leurs adversaires» dont les absurdes prétentions , sans cesse renaissant tes» furent combattues durant des années avec une sagesse , uipie modération , une patience et une persévérance au-dessus de tout éloge. Grâce & Dieu, ce ne fut pas enfin sans succès : car la nation devenait de jour en jour plvs unie; chaque jour le parti

qui voulait empêcher la renaissance de la Pologne tombait plus faible et plus méprisé , tandis que le désordre , la yanité et la désunion disparaissaient. Enfin le roi , pénétré lui-même de l'importance de ces progrès» parut se donnei* tout à fait aux amis de la patrie , qui, oubliant volontiers le passé/ augmentèrent son autorité, et conçurent le légitime espoir de faire passer facilement, avec son appui, tous les changements qui, entrepris contre sa volonté, auraient pu occasionner les désordres les plus graves.

Pendant plus de deux ans chaque article de la constitution fut largement discuté , revu , mis à l'épreuve, et le résultat fut couronné de l'assentiment général.

Cependant , comme il était à craindre que , malgré l'absence de tout prétexte légitime pour s'opposer à l'établissement de la constitution, les Russes, avec leurs partisans peu nombreux, n'eussent recours, selon leur habitude , à la violence , et ne tentassent une nouvelle invasion armée, ce ne fut que peu de jours avant la séance destinée à l'adoption de cette charte que le roi annonça son projet au chancelier Malachowski , au maréchal Hniszek et au vice-chancelier Chreptowicz.

Enfin, le roi, d'accord avec Ignace Potocki , le maréchal Malachowskî,Kollontay,et quelques autres , décida qu'il fallait devancer les ennemis de la régénération de la Pologne. Le soir du s mai 1791, la constitution , lue au palais de Radziwill, en présence d'un grand nombre de députés et de divers citoyens, fut accueillie par une approbation si générale, que les députés s'engagèrent par écrit à n'élever, pendant la séance de la diète , aucune objection qui pût en retarder l'adoption , et à éviter toute apparence de

violence. En couBéquence » le 5 mai 1791 , jour con^ venu , non seulement ils permirent aux opposants de prendre place à la diète, mais encore ils les autorisèrent à y amener leurs partisans comme spectateurs.

Lorsque le roi parut, il s'éleva une acclamation unanime, et dans son discours d'ouverture, le grand-maréchal dit : i Rappelez-vous comment votre patrie florissait il y a trois cents ans, et comment elle balança la puissance des autres états, et plus tard comment elle devint la victime de ses propres désordres et de la rapacité de l'étranger, b Ces paroles furent suivies d'une communication des rapports, d'après lesquels, comme dix-neuf ans auparavant, les puissances étrangères demandaient une. réconciliation et la paix avec la Turquie aux dépens de la Pologne. En terminant, il ajouta que la réforme de la constitution et des statuts organiques était l'unique moyen de rendre la patrie foiie , et respectable aux yeux des autres nations.

En ce moment, le député de Kalisz, Suchorzewski, séduit ou acheté par les Russes, demanda la parole: elle lui fut accordée , bien que l'on connût son projet de gagner du temps et de s'opposer à l'adoption de tout changement. Son discours, peu concluant et dont la source était facile à reconnaître , fut plus nuisible qu'utile au parti russe; et l'orateur produisit fort peu d'effet lorsque dans un mouvement théâtral il se jeta à terre, se traîna sur les genoux, et menaça, en cas d'une décision contraire à son avis, de massacrer en présence de la diète son enfant de six ans qu'il avait amené avec lui.

Conformément à la demande du roi, on lut alors le projet de constitution, et tous les avantages des institutions nouvelles furent développés dans un dis-

cours parfaitement raisonné. Les partisans des Rosses cherchèrent à démontrer le contraire; mab» après avoir écouté leurs divagations impuissantes» les amis de la patrie répliquèrent avec une nouvelle fotœ et avec des arguments péremptoires. Enfin ces derniers firent la motion que tous ceux qui étaient pour le projet devaient garderie silence» et que tous ceux qui étaient d'un avis contraire devaient le dire à haute voix* Le profond silence de toute cette nombreuse as* «emblée be fut interrompu que par une douzaine de înembres; tous les autres» ravis d'une unanimité si authentiquement manifestée» prêtèrent serment» ainsi que le roi » à la charte nouvelle. Ensuite ils se ren«dirent solennellemen à l'église pour remercier jle Ciel de l'heureux achèvement de cette grande œuvre.

Jamais» dans la discussion et dans l'adoption du pacte constitutionnel» on ne s'était écarté un seul instant des fofmes les plus sévères de la légalité et de la bienséance. L'élection des députés avait été plus libre de l'influence étrangère et conduite avec plus de modération'et d'accord que depuis un siède entier. La majorité ne pouvait pas être mise en doute » puisqu'on avait doublé le nombre ordinaire des députés en 1790» et que l'épreuve antérieure» ainsi que celle du jour» faisait éclater une constante harmonie. Ainsi » le peuple » les législateurs et le roi » avaient agi dans les limites de leurs droits» et avaient obéi aux exigences de leur devoir.

Voyons maintenant si le contenu de la nouvelle constitution du 3 mai 1791 mérite la même approbation que la marche légale de l'affaire.

La religion catholique est celle de l'état» et il est défendu de l'abandonner pour en embrasser une au-

ire. Protection et libre exercice da Culte sont accordés à tous les chrétiens, qui denennent i^dmiasible» à tous les ^ooploiâ , même àr remplir les fonctions de député* Les droits, privilèges et prérogatives des no* blés sent confirmés. Le pouvoir des st^rostes sur les villes est aboli. Les citoyens sont investis du drmt dérégler les affaires ^mmerciales» et d'élire leurs autorités ; ib peuvent acquàf'ir des propriétés territoriales» pasrvenir â tous les gradies dans les çariièses civile et miliftaâre, et envoyer des représentants à la diète. Apràs avoir acquis le droit de citoyens» les nobles peuvent aosai se livrer à des professions industrielles. — D^un aukre côté, peuvent s'élever & la noblesse : 1"^ tous les représentants des villes aux diètes, après deux années de mandat ; ^^ tout/citoyen qui acquiert nne ville ou un village payant pour dîmes un impôt de soo florins polonais ; d** quicoJique pâment au grade de capitaine» ou de régent civique; 4^ trente citoyens présentés par les villes à chaque diète. — Tous les contrats passés jusqu'à ce jour avec les paysaiis lient les deux parties , et aucune ne peut rien ajouter désormais à la chaîne de l'autre. On garantit aux co* Ions étrangers une entière liberté.

Le gouvernement se divise en pouvoir législatif» / exercé par les chambres réunies ; pouvoir exécutif» exercé par le roi et le conseil d'état; et pouvoir jut didaire* Ca diète consiste en une chambre des députés et 'une chambre des sénateurs » sous la présir dence du roL La première se compose de députés qui seront élus aux diéttnes » comme représentants de la nation.. Chaque propriétaire a le droit, sans égard à l'étendue de ses propriétés » de voter dans les diétines. Les trois grandes divisions de l'État ( la Grande-*Po-

logne , la Petite-Pologne et la Lithuanie ) , enverront cfaacane sokante-huit représentants*

La chambré des sénateurs se compose des étèques, des wojewpdes (palatins) ^ des câstellans et des ministres , sous la présidence du roi , qui a voix prépondérante en cas de partage. Les lois doivent d'abord passer par les délibérations de la chambre des députés ; de là, elles arrivent au sénat , qui prononce l'admission ou le rejet; si cependant les députés s'accordent à adopter dans la prochaine diète lemème projet de loi, le sénat tie peutplus, après cette seconde adoption, réitérer son refus.. Les projets qui ne concernent pas la législation générale sont admis ou rejetés à la majorité des votes dans les deux chambres. La diète. se réunit tous les deux ans; des diètes extraordinaires sont convoquées pour les objets qui sortent de la ligne ordinaire. Une diète pour la révision de la constitution ne peut être convoquée que tous les vingtcinq ans. Toutes les décisions sont prises à la majorité des voix, Le liberum veto et les confédérations sont abolis. Sans le concours de la diète , le roi ne peut promulguer des lois , établir des impôts , contracter des emprunts, déclarer définitivement la guerre ou conclure la paix; il est toutefois chargé des négociations ou mesures préparatoires, — Il exerce, le pouvoir exécutif par le moyen du conseil d'état; tous les employés sont soumis à ses ordres. Il est inviolable , *placé au dessus de toute responsabilité. Un revenu fixe lui «st accordé pour son entrelien et. celui de sa cour. Il peut gracier tous les condamnés , excepté les criminels d'état. Il a le commandement suprême de l'armée, elilnonmae les officiers, les employés et les sénateurs; ces der-

mers 5ont choisis parmi deux candidats. Après la mort de Stanislas » le trône revient à l'électeur de . Saxe , et demeurera héréditaire dans sa ligne mascu-line. — Le conseil d'état se compose du primat, et de cinq ministres , savoir : celui de la police » de la justice , des finances , de la guerre et des affaires étran^ gères. Les ministres sont responsables , et sont nommés par le roi. Le roi doit révoquer un ministre si les chambres , après une délibération secrète , le demandent , à la majorité des deux tiers des voix. Le .roi décide seul sur toutes les affaires qui lui sont présentées, mais si aucun ministre ne consent à apposer son contre-seing sur l'ordonnance, le roi est obligé . de retirer sa décision ou de porter l'affaire à la diète. Tous les Polonais sont soumis au service militaire.— Il y a des tribunaux de première et de seconde instance, dans les cercles et dans les départements, et une cour suprême pour tout le royaume. — Le jour de l'adoption de la constitution sera célébré tous les ans, et une église sera élevée pour perpétuer le souvenir de ce grand événement. ^

De toutes les constitutions établies depuis une cinquantaine d'années , celle-ci est la plus ancienne , à l'exception de celle de l'Amérique du nord.

Des fautes y seraient donc plus excusables que là où se rencontrent soit une longue expérience , soit des circonstances plus favorables; là où enfin des peuples plus avancés en civilisation se sont mis à l'œuvre. Quelle gloire n'est-ce donc pas pour les Polonais d'avoir pu se tirer de la position la plus délfa- Yorable et la plus affreuse, position telle que les moyens les plus désespérés appelaient Tindulgence; d'avoir su se donner une constitution dans laquelle ,

mîeul qne dans tout autre essai plus réceat » les ?é-» ritables principes de la raison et de la science poHtiqae semblent réalisés» en conciliant à k fois le passé , le présent et l'avenir I

Ceax qui seraient portés ft attaquer comme insuffisants les articles qui règlent l'état de la religion et les rapports entre les deux chambres doivent considérer que l'Angleterre n'arriva où elle est que quarante ans plus tard » et que la France demeure «n* cofe en suspens sur ce point. Toutes les autres institutions sont des progrès incontestables , comme lato^lérance religieuse , l'afFrattchiftsement des villes , le ' règlement des charges qui pesaient sur les paysans » la nouvelle organisation de la diète , l'accroissement de l'autorité du sénat , la réforme des élections » Tabolition des confédérations et du liberum veto , la fondation d'une royauté héréditaire , etc.

Cette constitution, les Polonais se la donnèrent sans répandre une goutte de sang» sans dévastation» en un mot , sans la moindre attdnte à la propriété. En ménageant avec le respect le plus scrupuleux tous les droits personnels qu'on pouvait conserver» ils arrivèrent à l'extirpation complète des anciens abus » et atteignirent ce but par les seules voies de la sagesse» de la modération et de la persévérance. Une œuvre aussi belle et aussi rare méritait une longue durée » et présentait à la Pologne les chances les plus favorables dç propérité. Une double responsabilité pèse donc sur les infâmes qui souillèrent un acte aussi pur» sur les calomniateurs qui le décrièrent et «ur les impies qui le détruisirent.

Bientôt l'Europe entière applaudit à cet acte mémorable. Le roi Stanislas anfnoBfça qu'il était prêt à

verser tout son sang pour défendre ce gage de sécu'* rite » de puissance et de bonheur ! et Tattàbas^adeiir Lucehesini déclara , le 16 mai 1791 , que son roi te&* sentait one joie vive des heureux changements opé-*rés en Pologne » et de voir enfin ce pays doté d -une constitution sage et régulière ; qu^ te choix de l'électeur de Sase, comme héritier de la couronne» ne faisait que rendre plus étroite Tallianee avec la Prusse, et qu'il félicitait bien nncèrament tous ceux qui avaient coopéré à une œuvre attssi importanteé Le sS mai Frédéric Guittauàie écrivit lai-même i Stanislas-Auguste : « Je m'estime heureux d'avoir pu contribuer au maintien de la liberté et de l'indépendance de la Pologne , et un de mes devoirs les plus agréables sera de resserrer et d'affermir les liens qui nous unissent, i Pitt et Burke , les ennemis leb plus déclarés des mmndrés mouvements réfotutionnaires » se pix»noncèrent hautement en faveur de la réforme qui avait «ulieu , et le dernier ajouta : c Danë ces changements l'observateur ne voit aucun motsf de honte ou de regret, mais partout au contraire en sujet de gloire et de satisfaction ; tout le monde ^agne» personne ne perd : c'est une transition de l'anarchie à| l'ordre , et !non de l'ordre à l'anarchie. La Pruisse et l'Autriche reconnurent à Pilnitz Hn^dépendance, l'indivisibilité et la nouvelle comstitu* tion de la Pologne. Catherine eUe^^ême fit déclarer au congrès de Jassy qu'elle n'avait nullement l'inteùtion d'appuyer leia adversaires du nouvel ordre de choses* Dans l'hiver de 1791 à 1792 , ces institutions furent encore présentées à toutes les diètes, où elles teçureul uùe nouvelle confiràiation* , Tow ces évédiements, tous oes acte» fav<»«bles ra-

nimèrent le zèle , la confiance et la sympathie. L'or* dre régnait , Tarmée s'augmentait , les finances s'a« mélioraient et l'espérance renaissait. On pensait qu'après l'aplanissement des plus grands obstacles , les petites difficultés ^seraient facilement surmontées.

Mais à peine Catherine eut^elle terminé la guerre avec la Turquie par la paix de Jassy du 9 janvier 1 792» que 9 sans aucun scrupule , elle reprit son ancienne attitude vis-à-vis la république , dans l'espoir sans doute que la Pologne ne manquerait pas de lui fournir encore des amis et des satellites. Hélas ! elle ne se trompait pas I Félix Potocki , qui , dans ses rêves , avait entrevu la couronne; Rzewuski^qui» malgré sa captivité de cinq ans en Sibérie , se traînait à genoux devant ses persécuteurs , et Branicki, attaché par des liens de famille àPotemkin» se rendirent tous trois à Pcteri^ourg à la suite de quelques intrigues » &e courbèrent devant la tzarine , comme si elle avait été la souveraine de la Pologne» et, le i4 mai 1792» assurés de son appui , s'engagèrent , à Targowiça, à renverser la constitution du 3 mai 1791* Il n'y eut d'abord à l'acte de confédération que neuf signatures, dont une seule de sénateur. Ces hommes-là certes ne sauraient se plaindre que l'histoire les désigne sous le nom de traîtres à la patrie ; mais quand même ils n'auraientrété que les dupes de la Russie , leur illusion ne pouvait provenir que d'une ambition farouche » d'une inconcevable ignorance et d'un égoisme insensé.

Quatre jours après le complot dé Targowiça> Catherine, dédaignant les formes usitées , fit répandre à Varsovie une déclaration de guerre , exposant que les Polonais avaient calomnié là pureté et la bienveillance des desseins de la Russie en les montrant

partout sous un faux jour ; qu'ils avaient représenté la garantie donnée par la tzarine aux anciennes in« stitutions comme un joug dur et humiliant ; qu'ils adoptaient légèrement les principes de novateurs qui depuis long-temps avaient pour but l'anéantissement des anciennes libertés, et qu'ils renversaient l'édifice d'une constitution sous l'égide de laquelle la république avait fleuri pendant tant de siècles; qu'ils cherchaient des alliances hors de la Russie » et qu'ils avaient méprisé le caractère pur du député Suchorzewski ; que la tzarine avait eu besoin de toute sa générosité , de sa magnanimité et de sa prudence pour ne pas laisser arriver les choses à l'extrémité vers laquelle on n'avait cessé de les pousser; que même dans ce moment les soldais russes entraient comme amis pour assurer à la république ses privilèges et ses droits ; qu'ainsi la tzarine se flattait que tout bon Polonais » sincèrement attaché à son pays» saurait apprécier avec équité ses intentions , et corn-prendrait combien il était intéressé personnellement à se confier aux vertus de l'impératric^e, et à se joindre par tous les moyens aux efforts magnanimes qu'elle allait tenter , de concert avec les vi;ais patriotes» pour restituer à la république la liberté» la sécuriK et l'indépendance que lui avait ravies la constitution du 3 mai 1791 : car si la tzarine» mue par un sentiment affectueux de charité chrétienne » voulait bien pardonner tout et ne point écouter sa Ai-* i;nitè offensée» l'amour du prochain né lui permettait pas de considérer sans un vif intérêt le sort malheureux de ces dignes Polonais qui s'étaient réfugiés sous sa protection. »

Elle ne rougissait pas' de ps^rler ainsi » cette Gathe*

tioe qtiî aurait emoyé des évè^s et des dépqtés polonais en Sibérie» qui a?ait motivé par le prétexte de rimperfection d^ iiQ9Ututioii$ wiérieures le pjrfôoiter parta|;0 de la Pologne, et, furieuse de la régénjéraiiôo de ce pays» venait de décider un second partage I

La cour de Pétersbourg ne pouvait pas tolé* rer que les Polonais devinssent puissants et indépendants , qae les Russes n'eussent plus à dévorer ces riches provinces , qu'on y eût rendu les troubles impossibles lors des dernières élections , et que Tordre et la paix eussent remplacé la haine ixkvété^ée de^ partis. Si encore on avait dit la vérité avec courage , ou qu'on eût imposé sa Iqî par la supériorité des forces I Mais., loin de là , on préférera tromper les contemporains et la postérité par un çinonument de l'hypocrisie la plus détestable et la plus effrontée i

Le 29 mai 179,8 , la diète de PolQg^Q,e publia, en réponse > «m manifeste où on lit : « La Russie nous annonce une diète nouvelle et illégale que ses troupes doivent appuyer; elle appelle les peuples à la rébellion contre l'autorité légitime ; elle h» appelle à la guerre civile ; elle sème des mensong.es audacieux pour grossir des griefs sans fondement; se faisant un jeu de Fhonneur et de la bonne foi» ejle mençice tout hosnme libre de la mort et de la persécution , et déjà elle procède à l'exécution de ses menaces I

» Vous savez'ce que vous coûte d<yà la protection de Catherine: vos sénateurs» vos ministres enlevés et condiûts en Sibérie, votre noblesse indignement maltraitée, vos concitoyens traînés sur le sol étranger, la Pologne taorceléol Et ];nain tenant encore nos enr nemis soufflent le feu de nouvellcts dissensions > afin d'arriver à un second partage et à l'àoéantissenût^nt

du nom polonais, dernier terme de leurfl barbares complots. Comme tous les nobles défenseurs d'une cause sainte , votre roi brûle du désir de verser son sang pour la patrie , et ne craint pas d'exposer son front blancbi par les années aux dangers de la guerre. Suivez SOS drapeaux , ils Aont ceux de l'honneurl » Du moment où les Polonais eurent détruit leur vieille et vicieuse constitution, ils durent savoir qu'une guerre contre la Russie était inévitable; mais les efforts multipliés des esprits les plus prévoyants , qui demandaient l'augmentation de l'armée, rencontrèrent mille difficultés i ils tombèrent aussi dans une erreiiu: bien fatale lorsqu'ils crurent que ceux de leurs adversaires auxquels ils avaient confié des postes im-« portants seraient guidés par la reconnaissance , et redoubleraient de zèle. Le roi prêta encore serment sur le conslitutiony et promit de tout faire, de tout tenter pour la résurrection de la Pologne. Aussi la diète , au moment de sa dissolution , le 99 mai 1792, lui accorda-t-elle des pouvoirs presque illimités, et la plupart des citoyens offrirent leur personne et leur fortune pour la défense de la patrie. Mais, au lieu de profiter de cet enthousiasme et d'agir avec énergie , Stanislas retomba dans ses anciennes hésitations. Toujours flottant et pusillanime, il évita toute démarche vigoureuse qui eût choqué les Russes, se berça de vaines espérances , et laissa tellement grandir le mal , qu'à la fin le mal l'entraîna lui-même. Bien loin de tenir sa promesse et de faire son devoir en se mettant à la tète de l'armée , il en paralysa l'action ^t fut une des causes qui réduisirent cette armée, malgré sa lutte héroïque ( par exemple, le 17 juillet 179^ * & Dubiènka> sous le commandement de Kos-^

cîuszko), à se relirer devant les forces supérieures de la Russie. Une vieille habitude de soumission porta le roi à entamer une correspondance avec Catherine; mais» au lieu de trouver secours et protection de ce côté» au lieu de trouver des concessions» comme il s'en était flatlé» il reçut de la tzarine » après une Iongue attente » cette réponse : qu'elle ne pourrait se nommer sa sœur et affectionnée voisine que lorsqu'il accéderait à la confédération de Targowiça.

Entièrement découragé» Stanislas déclara qu'il était prêt à obéir; mais les chefs du complot rejetèrent la. simple accession de leur roi» et lui présentèrent un écrit à ratifier» dans lequel il condamnait tous, les actes de la diète» en comblant d'éloges les vues des conspirateurs » et la magnanimité de Catherine » qui voulait rendre la liberté à la Pologne. Voici comment s'exprimait ce projet de déclaration royale» du sS août 1 792 : « Des novateurs insensés , attachés aux prin- . » cipes destructeurs de la sécurité des états » ont osé «renverser les lois fondamentales de la république» » consacrées par tant de siècles» et lui donner une 9 constitution monarchico-démocratique. J'accède à

> la confédération de Targowiça; je m'attache sincère- 9 ment à elle, et je promets» d'accord avec elle, d'agir » d'autant plus volontiers pour le bien de l'état» que

> je reconnais pour bonnes et utiles les choses qu'on «veut obt<^nir» et que l'appui magnanime et désinté- »ressé de S. M. Timpératrice de toutes les Russies »nous promet une heureuse issue» et garantit une » complète sécurité à la république ! » — Le roi Stanislas» oubliant les serments prêtés» la gloire nouvellement acquise » le jugement de ses contemporains et de la postérité, fut assez lâche pour signer cet écrit»

et ordonnala cessation des hôstitités contre les Kassest Alors des plaintes sortirent lie toutes les bouches » le désespoir s'empara de tous les cœurs, et tout homme Ifénéreux manifesta hautement son mépris pour un rod qui 9 après s'être relevé un moment au milieu de la crise la plus grave, finissait par une lâche trahison. Insensé ! qui voulait conserver à tout prix un trône vermoulu, honteusement acquis , entouré d'inhabiles conseillers; et qui, par sa misérable turpitude, croyait acheter le salut du pays 1

Lorsque ces ordres furent connus de l'armée, et que les munitions de guerre furent livrées à la Russie, les officiers et les soldats versèrent des larmes de désespoir sur la perte de l'honneur et de la patrie , brisèrent leurs armes et offrirent le spectacle le plus déchirant. Les soldats fidèles furent renvoyés sans solde et comme des mendiants. Les transfuges furent déclarés des héros, les traîtres comparés aux hommes célèbres de l'antiquité, et les généreux défenseurs de la patrie traités comme des malfaiteurs.

Cependant, peu de citoyens accédèrent à la confédération <}e Targowiça ; quelques uns le firent avec le temps, mais contre leu^ propre conviction. La Lithuanie, par exemple, s'exprima ainsi : « Une poignée de misérables, ennemis jurés de leur patrie, égarés par l'ambition et par la démence, ont vu avec un re^ gret amer la nation se prononcer unanimement pour un système d'améliorations qui mettait un fi*eiti salutaire à leur cupidité et à leur ambition ; ils ont su pénétrer dans une cour étrangère et l'ont abusée par de faux rapports. Ces hommes, accompagnés de. leursméprisables èsdaves, osent se dire la nation, eux qui n'en sont que le rebâti Ils rejettent le roi et la con-

as

«stitotion Aouvelle, intôquant la protectioA de laBuasie en fateor de.la liberté, qa'ils détrqUeiit eu effet Ib rampent aux pieds d'une sooveraine étrangère» pour soumettre à sa tyrannie des cîtojrens indépendants; ils veulent par la violence étouffer le vœu unanime des Polonais» iitaposer des opinions» des convictions détestées» pour ramenerla misère» lafailailesse et Tanarchie ji

Impassibles en face de ces accablants reproches» les Targowiciens annulèrent » avec l'appui des Russes» tous les actes de la dernière diète» comme tyranniques » reprirent aux villes les droits octroyés par la constitution» décrêtèrelDt d'accusation Ignace Potocki» KoUontay et leurs anus , et interdirent de rien publier contre ces mesures. Pendant qu'ils comméitaient effrontément ces actes de violence » ils ne parlaient que de liberté » et déclaraient que le plus ardent désir de la tzarine était de voir la Pologne régie par une constitution vigoureuse» soKde et républicaine ; que rindépendance de la Pologne n'était nulle part menacée» car il ne s'agissait que du renversement de là nomelU monarchie , et Ton voulait seulement rétablir l'ancienne liberté» en donnant à la république une constitution 'régulière» à l'abri des empiétements d'une monarchie absolue.

Gathmine reçut les remerclments des confédérés -pour avoir arrêté les progrès de l'esprit monarchique , qt les renvoya chargés d'or» de fausses paroles et de mépris. Dans sa vive satisfaction » Bmnicki déclara que Dieu et la tsarine étéientles seuls protecteurs de la patrie » et Félix Potocki lit frapper une médaille atec cette légende : Civibus, quorum pi^as, eonjuratione dis II J Maji obrutam et detetam PoUmiam taeri conabatar, tespubUea resurgens^ Gratitado eaxhiias &gemplumpos^

teritatL Une aufare fois il disait : « La tzarine prodigue sa puissance et ses trésors , exemple unique dans l'histoire I p6ur assurer le bonheur d'une nation voisine, et veut que la prospérité de la Pologne soit un de ses bienfaits. La confédération générale brille maintenant de tout son édat, et présente la réalisation la plus parfaite du gouvernement républicain. Nous transmettrons à nos descendants les sentiments de notre reconnaissance pour cette protection efficace et désintéressée, et nous proclamerons à la face du monde entier que nous ne connaissons rien de plus précieux que rhonneur insigne d'être l'objet de la magnanimité d'une aussi grande souveraine. »

Ces flatteries basses et extravagantes étaient proférées par les chefs targowiciens dans le moment même où la patrie était exposée au péril le plus redoutable et le plus imminent. Leur cupidité et leurs violences étaient aussi funestes que les excès des soldats étrangers. A cette époque l'infamie et le crime devenaient les premiers titres pour parvenir aux emplois, et lés Russes voyaient avec joie les Polonais se jeter dans une voie où ils devaient arriver à se dégoûter de leur pairie.

Les hommes généreux comptaient cependant sur l'appui de l'Autriche , car Joseph II avait assuré qu'il ne souffrirait pas que l'on ôtat un seul arbre de la Pologne. Ils ne doutaient pas que Frédéric II leur prêtât aussi ses secours contre les Russes, conformément aux clauses du nouveau traité. Mais Lucehesini répondit que le roi de Prusse n'avait pris aucune part à la constitution du 5 mai, et que, si ses partisans voulaient la défendre les armes à la main, ils ne se croyait pas obligé de leur venir en aide. Ce monar** que écrivit lui-même le 8 juin 1792 : La république

s'est donné une constitution à mon insu et sans mon intervention; je n'ai jamais pensé à la défendre. L'état des relations entre la Pologne et la Prusse étant , depuis la conclusion du traité» tout à fait changé» les conventions de cette époque ne sauraient , après la promulgation de la constitution de 1791 » être aucunement obligatoires.

Ces déclarations causèrent un profond étonnement : car» bien que les relations de l'Europe eussent subi depuis une année des changements sensibles» et que la Prusse fût engagée avec la France dans une guerre qui ne luipermettsdt pas de se jeter dans des hostilités nouvelles » Frédéric s'était néanmoins lié avec la Po* logne pour le cas où celle-ci se donnerait une nouvelle constitulion » laquelle avait été par lui d'ailleurs pleinement approuvée. Ainsi le co^a^/^^cferi^ dans lequel les Polonais avaient droit à son appui était indubitablement arrivé. Il aurait donc mieux valu que la cour de Berlin alléguât la force des circonstances pour sa justification » que de la chercher dans de faux prétextes , et de réserver ses accusations pour les fondateurs de la nouvelle constitution , précédemment reconnue par lui et garantie» quand elles ne devaient tomber que sur les chefs targowiciens et le transfuge Stanislas.

Mais ce n'était là qu'une scène de ce terrible drame qui » durant tant d'années » devait plonger l'Europe dans d'affreuses calamités » et entourer de douleurs inouïes l'inévitable développement de la civilisation.

La révolution française» appelée non par un hasard aveugle ou par de légers griefs » mais par de vastes et puissants motifs > par des circonstances claires et précises » fut saluée par toute l'Europe comme l'aurore d'une réforme universelle» nécessaire» heureuse

et gloriease. Hais lorsque bientôt la direction des af« faires passa des mains les plus probes ^ans celles de théoriciens sans expérience, lorsque la destruction fut considérée comme un moyen d'amélioration » et la passion sauvage mise au dessus de la modération et de Tordre : alors tous les hommes sages furent pris d*épouTante, et s*écrièrent que la résistance à ces doctrines était un droit incontestable, un devoir sacré. Mais, comme il arrive d'ordinaire au milieu des luttes violentes et du choc des partis , les conservateurs, au lieu de s'arrêter dans un juste milieu modéré , se jetèrent dans le dernier extrême de l'opposition contrerévolutionnaire. L'horreur de la destruction fit condamoertoutmouvemeDt progressif. On taxa de rébellion ou de jacobinisme la simple désignation des abus , tandis que l'on ouvrait les portes à l'arbitraire, mis en usage de toutes parts pour opposer au torrent une digue salutaire.

Il y a des historiens qui « sans penser au tort qu'ils faisaient à la cause de la liberté et do la vertu , nous ont rapporté avec complaisance toutes les horreurs , touç les crimes de la révolution française, et les ont re. présentés comme une œuvre de l'irrésistible nécessité , -œuvre que par conséquent on ne pouvait blâmer sans injustice. On a vu des hommes qui , au lieu de dire : Nous avons commis de grandes fautes ! ont élevé des autels à la frivole vanité et à l'ambition présomptueuse. Sans doute avec de telles doctrines on peut gagner TapproHation des masses ; mais nous croyons rendre un hommage véritable aux rois en supposant qu'ils demandent ici à l'histoire la vérité , et non la flatterie.

Le 16 janvier 1793 , la Prusse publia une déclaration où on lissât : c L'espoir qu'avait le roi de roir en

Pologne les affaires prendre une toamare heareuse ne s'est point réalisé. Au lieu de se rendre aux yfues salutaires de la cour deRi^ssie^le parti soi*di« sant patriote a eu la témérité d'organiser une opposition opiniâtre au pouvoir de la izarine ; et , bien que sa faiblesse Veut bientôt contraint de renoncer au projet insensé d'une guerre ouverte, ce parti continue en secret ses machinations, qui ont éYidem« ment pour but de troubler Tordre et la tranquillité publique. — Les principes pernicieux du 4émocratisme français prennent racine en Pologne, où U s'est formé des sociétés qui les professent publiquement. Une sage politique ne saurait permettre à cette faction de s'étendre et de devenir un ennemi dangereux. AGn donc de soumettre les malveillants , de ramener Tordre et la tranquillité publique, et de garantir aux bons citoyens une protection e£Qcace, le roi se voit obligé d'occuper avec son armée toutes les parties de . la Pologne limitrophes de la Prusse 1 t

Lorsque les Targowiciens', effrayés de cette invasion, en parièrent aux généraux russes, ceux-ci jouèrent Tétonnement et dirent qu'ils Tignoraient. Quand on s'adressa à Igelslrom, en montrant les traités reconnus et approuvés par la tzarine , qui garantbsaient expressément l'inviolabilité du territoire polonais , l'ambassadeur répondit : « L'impératrice est pour le roi de Prusse, ou elle ne Test pas. Dans le premier cas votre protestation est inutile, dans le second sa puissante protection suffit. » Le ao février les Russes défendirent tout recours aux armes , et déclarèrent que Ton devaits'abandonnerentièrement àlamagnanimité de l'impératrice, qui n'envoyait ses troupes en Pologne que pour assurer la libçrlé.

G^t é^réùâment auraU dû poussrec les Targoviieiens à. se récoQciUer avec leurs adversaires. Mais , au lieu de^d^erdher, déi^abusés el repeùtaorts ^ à racheter leur infamie par une mort glorieuse i ils n^osèrent et ne tentèrent rien» se eonfiant à la bienveillance étrangère. -Cependant la Prusse 9 toujours eii avant des Russes dansrcette inique entreprise» déclara, 1« sS msfrs, que le roi , constant dans ses vues pacifiques ,' se flattait de pouvoir compter sur les bonnes intentions d'une nation dont le bien-être ne lui était pas indi£férént, et à laquelle il désirait donner des preuves réelles de son affection et de sa sollicitude. C'est pourquoi ceux qu'il voulait à Tàvenir gouverner de manière à leur faire oublier le passé devaient» sans attendre le con^sentement du {gouvernement polonais» prêter serment dé fidélité a lui et à ses descendants» et cesser immé- (Ëatemént toute rdation avec leur ancienne patrie I Ceux qui» contre toute attenie » refuseraient de prêter ce serment» ou se mettraient dans un état d'opposition quelconque» seraient» sans égard pour leur rang etleur condition» passibles des peines portée^ par la loi.

Enfin» le 9 avril» les ambassadeurs de Russie et de Prusse s'expliquèrent à peu pr^ dans les mêmes termes. L'un d'eux déclara c qa'une nation naguère si florissante avait été déshonorée» déchirée et conduite au bord de l'abime par un parti coupable; que lesintentiens de la Russie avaient été rendues suspectes à l'intérieur et à rétranger par des manœuvres odieuses » et qu'on avait même le dessein de payer tant de magnanimité par des vêpres siciliennes^» Ensuite ils ajoutèrent ensemble : tDans ces circonstances, etpour échapper auxhorreuradujacoUnisme qui se propage enPologne» ainsi que pour consolider des principes plus salutai-..

res» on ne peut rien faire de mieux que d'enfermer la république dans un cerclé plus étroit, en lui asst^ gnant le rang et la position d*un état de second ordre* De cette manière on pourra plus facilement , sans porter atteinte aux libertés anciennes» lui donner une constitution sage et complète, assez forte pour prévenir les désordres et les dissennons qui avaient si sou«« vent troublé la tranquillité de la Pologne et celle de ses voisins, etc. Ainsi donc, pour écarter ces maux et protéger la républiqpe contre les affreuses consé^. quences des théories jacobines , la Prusse et la Russie occuperont immédiatement les provinces polonaises . limitrophes et les uniront à leurs états. Conformément à cette décision irrévocable , nous demandons aux Polonais de convoquer de suite une diète , pour que l'on s'entende à Tamiabie sur ces cessions , et qu'on prenne des mesures proprés à hâter l'exécution des volontés des deux puissances , lesquelles ont pour but de donner à la république une paix inaltérable, et de lui garantir une constitution solide. »

Une diplomatie perverse avait , pour colorer le premier partage de la Pologne, bâti .des motifs spécieux sur la poussière des siècles passés , et torturé Thistoire pour masquer ses iniquités. Il est évident qu'oa ne pouvait plus revenir sur ces déceptions, depuis long-temps épuisées. Alors, profitant de la peur qui venait d'envahir les esprits, on déclara que l'on combattait actuellement pour des principes sacrés, comme l'on avait combattu jadis pour le droit historique. Ce quisuit rendra plus sensible la vérité de cette assertion* .

Vers le temps où la Russie et la Prusse résolurent le •second partage de la Pologne, le jacobinisme français n'était pas encore arrivé à ce degré d'exaspéra^

tiôû où il parvint plus tard, en soifant toujours la roio progressive que ses principes lui avaient ouverte; mais c^ principes n'étaient-^ils pas entièrement opposés à ceux que les fondateurs de la constitution du 3 mai 1791 avaient proclamés ^ appliqués? EnFraùce» par exemple , tous les changements partaient^du peuple ; en Pologne ils venaient tous de la noblesse. La révolution françabe avait une direction démocratique celle de Pologne, au contraire, était aristocratique» Là les droits des classes élevées furent abolis; id ils furent consolidés. Là le pouvoir royal fut anéanti; ici il fut fortifié de toutes manières. Aussi les jacobins français, tel que Hehée, conséquents à leur opinion, qualifièrent-ib la constitution polonaise d'acte tyrannique, absurde et contraire à tous les vrais principes. Qu'il y ait eu à cette époque des fous exaltés en Pologne comme dans toute l'tlurope, personne ne le nie; mais tous lesliommes ayant quelque importance y avaient manifesté leur dégoût pour les principes des jacobins et avaient donné la preuve de c^ éloignement par leurs lots et leurs règlements, ainsi que par la sévérité qu'ils apportèrent à interdire les f clubs. La Pologne , par sa në|^gence et son anardiie, était en partie comptable du> premier partage de 1773; mais depuis cette époque elle 4^ait marché honoreJ)lement et progressivement vers le bien; et, quant à l'organisation politique, elle était en avant dé sea voisins qui l'accusaient. La dixième partie des troupes jetées sur la Pologne pour Taccompiissem^t de leurs vues injustes aurait suffi pour en faire disparaître les derniers abus et y prodmre tout le bien possible* En 177a Catherine disait qu'elle agissait pour la liberté de la Pologne, tandis qu^ sa cupidité.

17 jum, obéirait sam hésiter» sans hasarder la moindre réflexion. Stanislas parvint avec peine à éviter une brillante réception que lui avait préparée Tambassadeur russe Sievers» bien qu'il trait&t le roi comme un prisonnier.

Quelques uns pomptaient encore sur l'appui de FAutriche ; mais cette puissance était tellement engagée dans sa guerre contre la France , et craignait tellement la défection de la Prusse » que, dans Tespoir d'une nouvelle part dans la prcHe commune» elle laissa consommer l'œuvre» bien qu'elle ne l'approuvât pas publiquement. La Prusse » mettant de côté tous les principes précédemment avoués » demanda une indemnité en Pologne pour ses efforts contre la France. Pour Catherine » elle aurait peut-être consenti volontiers à la proposition de placer sur le trône de Pologne son petit-fils Constantin» si elle n'eût pas redouté l'opposition des autres puissances. Alors Félix Potocki écrivit de Pétersbourg qu'il ne pouvait pas empêcher le partage» et que l'on devait céder une partie pour sauver le reste.

Les chefs de la confédération de Targowiça» qui jadb s'étaient trouvés trop fiers pour se soumettre aux lois de leur patrie» furent aloi^ jetés à l'écart comme des niais et des traîtres par cette même tzarine devant la-quelle ils s'étaient prosternés. Ces hommes» qui avaient déclaré qu'ils voulaient restaurer la repu* blique et la maintenir intacte» ou mourir» étaient trop heureux de survivre à la diute de leur patrie, afin d^ jouir ensuite » sans remords» de leurs vastes richesses acquises au prix de l'infamie 1

Bien que la violodce eôt convoqué la diète de Grodao » qu'elle en eût exdu» tous les amis de la patrie»

en protégeant des Iftches et des infâmes , il se trouva séanmoins parmi les députés des cœurs nobles et intrépides» pénétrésde leur devoir» et qui surent le remplir avec fermeté. L'ambassadeur russe Sievers» qui avait déjà demandé» le so avril 179$» la confiscation des biens des partisans de la constitution de 1791 qui avaient quitté la Pologne» on de ceux qui, dans la cpnfédération» s'étaient opposés aux exigences de la Prusse et de la Russie » traita alors de jacobins tous ces hommes par lesquels il avait combattu les jacobins de 1791» et réclama leur éloignement comme perturbateurs et ennemis de la patrie : car leur hésitation mettait en péril les destinées du pays et avait déjà fait perdre un mois d'un temps précieux pour des objets que l'on pouvait régler en quatre jours. Comme ces menaces demeurèrent sans effet, Sievres» quelques jours plus tard» le 16 juillet 1793 , mit le séquestre sur tous les biens des opposants » et même sur ceux du roi » s'empara des caisses publiques et refusa d'effectuer aucun paiement.

Profondément découragé» Stanislas proposa de déclarer à l'ambassadeur de Russie que l'on se confiait entièrement à la magnanimité et à la bienveillance de la tzarine ; qu'on la considérait comme l'arbitre suprême du sort de la Pologne » et qu'oi^ se bornait à lui exposer les malheurs sans nombre qui acca* blaient un peuple dont elle daignait être l'alliée. Des députés courageux» tels que Mikorski, Grzelawski, Galenzowski et d'autres, soutinrent» au contraire» qu'on devait succomber plutôt que de se couvrir de honte ou de s'abandonner au fol espoir de sauver quelques débris de la patrie par une soumission pusillanime. Malgré cette résistance» les cessions à la Russie furent

Totées le s 2 juillet par yi vràs contre so , dans Teflpôir de rejeter, avec l'appui de Catherine/ les pré^ tentions de la Prusse, liais ces espérances furent déçues comme les autres : car, bien que Sievers laissât pleine liberté aux partisans de la Russie d'exprimer hautement et avec amertume tout ce que Fon pouvait dire contre la Prusse» les demandes de celle-ci furent définitivement accordées. Dans les notes des deux ambassadeurs on lisait : < Une vaine résistance augmente les malheurs de la Pologne et devient un crime. Nous avons montré beaucoup de condescendance et pris leplus^ grand intérêt au sort de la Pologne, et nous voulons assurer sa prospérité à venir et sa tranquillité ; tandis que les patriotes aveugles devront rendre compte un jour à toute la nation de leur obstination rebelle à rejeter Tunique moyen d'assurer l'existence de leur patrie dans son état actuel, état si favorable pour elle^w Cette ironie incroyable, plus cruelle que la brutale injure de Brennus : < Malheur aux vaincus I » remua même les plus lâches et révolta les hommes énergi* ques. Aussitôt Sievres fit emprisonner ces derniers en disant : c Je crois, en me conduisant ainsi, avoir rendu service à la diète, et je n'ai du reste aucune in-* teniion de limiter la liberté de la parole , de m'im-^ miscer dans ses délibérations ou d'exprimer mon avis.» Lorsque la diète, peu satisfaite de ces mensonges impudents , se plaignit d'un acte si arbitraire, il répondit: «Rendre la liberté aux députés emprisonnés ce serait abjurer l'intérêt que l'impératrice prend aux progrès de votre législation ; et la conduite de la diète est une nouvelle offense envers les hautes cours al-* liées. Je ne dois compte à personne de ces emprisonnements; je connais les lois que Ton allègue à ce

«ujèt, et je tiens à ce qu'elles soiei^ exébatées. Hais je dois TOUS inculquer; la première des lois, c'est d'honorer lés souverains » loi qui n'est pas du tout comprise dans les principes des jacobins du 3 mai ».

En même temps Sievers ordonna de fermer toutes les portes de la salle des séances , à l'exception d'une ^seule, et y fit placer des soldats pour exercer une sé- Tère siinreillance. Chaque Polonais qui arriverait ar^ ma devait être cité comme assassin devant les tribunauxl Mais du reste la liberté de la parole ne recevrait aucune atteinte. Apres la lecture de cette note insolente». tous les membres de la diète» sans s'être concertés » gardèrent dans leur douleur un profond silence » car ils virent dans cette immobilité/négative le seul moyen d'éluder une décision qu'on leur imposait. Alors le général russe Rautenfeld s'éleva du feuteuii qu'il occupait à la séance près du trône » et demanda que le roi mit fin à cet inexplicable incident. Stanislas ayant répondu qu'il ne pouvait pas forcer les députés à parler , Rautenfeld courut chez Tarn- . bassadeur» et , révenant bientôt, il annonça que tous les députés resteraient dans la salle jusqu'à ce qu'ils eussent donné leur consentement explicite ; et que si cela ne suffisait pas, il était autorisé à prendre toutes les mesures de violence qu'il jugerait convenables. Au même instant Sievers écrivit au grand-maréchal de Lithuanie : c Le roi lui-même doit demeurer fixé sur son trône jusqu'à ce qu'il ait cédé. Je ferai càucher les sénateurs sur la paille dans la salle des con- . férences tant que ma volonté ne sera pas exécutée. »

Ankwitz, député partisan des Russes » décida le maréchal à demander, par trois reprises différentes, à l'assemblée, si elle voulait qu'une commission si-

gnàt le traité ; et le même silence gardé josqu'aa len^ demain matin fut regardé comme un assentiment. Dans les explications rédigées par la diète il est au contraire dit expressément:! Nous sommes entourés de troupes moscovites et menacés de celles de la Prusse 9 privés de tout secours étranger » sans armée, sans argent et sans aucun moyen d'arrêter les maux sans nombre prêts à fondre sur nous. On jette en prison nos familles; on nous enferme jour et nuk jusqu'à ce que nous et notre vieux roi ayons épuisé le reste de nos forces* Dans une position aussi cruelle, où il ne nous est pas permis» même en sacrifiant notre vie 9 d'empêcher le triomphe de la violence , nous prenons Dieu à témoin de la pureté de nos intentions» et nous formons le vœu que nos descendants » plus heureux que nous, puissent trouver les moyens dont nous manquons pour sauver la patrie. »

La Prusse obtint par 1q second partage de la Pologne environ looo milles, avec 1,100,000 habitants; la Russie plus de 4ooo milles, avec plus de 3»ooo,ooo d'habitants. Le reste ( 44oo milles, aVec 5|4oo,ooo habitants ) fut encore appelé la république de Pologne. Et Catherine, comme précédemment, garantit son existence et son indépendance , tandis qu'elle arra*chait par la force le traité qui consacrait cet état de choses. Ce traité , qui mettait la Pologne sous un joug avilisssant et l'excluait du rang des états indépendants, fut conclu dans un jour que la justice divine marqua d'un doigt sanglant sur le livre des crimes des grands de la terre , dans un jour qui plus tard aura son châtiment, le i4 octobre I

Sans avoir mérité aucun reproche, sans avoir pro^ voqué ni offensé ses voisins , au moment même oà

mr

elle allait renaître henreose , la Pologne tomba victime du parjure et de la cupidité de la Prusse et de la Russie. Elle tomba au moment même où ces cabinets se vantaient d'être les gardiens de l'ordre social , les vainqueurs de la licence » les dépositaires des véritables principes du droit et de la morale I

Igelstrom , le nouvel ambassadeur de Catherine » unissait l'hypocrisie et l'astuce à la cruauté d'un conquérant asiatique; quant aux agents subalternes du pouvoir» ils laissaient déjà percer leur férocité naturelle à travers le manteau de douceur dont il leur avait été commandé de se couvrir. Alors les plus indifférents comme les plus timides perdirent toute patience, et se mirent en rapport avec les nobles émigrés ou plutôt exilés, Ignace Potocki^ Mostowski» Malachowski » Kollontay et Rosciuszko.

Ce dernier» né en octobre 1746» dans le palatinat de Brzesc» fils de parents nobles, mais peu fortunés» se forma d'abord à l'école militaire de Varsovie» et» plus tard» avec l'appui du prince Czartoryski» dans celle de Paris. Il servit ensuite avec beaucoup de distinction en Amérique» sous Washington» retourna en Pologne avec le grade de général de brigade » et fut » pendant la guerre de 1 79s » le premier et le plus habile conseiller de Joseph Poniatowski. Enfin» lorsque le roi Stanislas arrêta lui-même l'élan régénérateur de la nation et se soumit aux Russes» Kosciuszko quitta la Pologne » en s'écriant ; O mon Dieu I laissez-moi encore une fois tirer mon épée pour ma patrie I

Les vexations et les persécutions des Russes ayant bientôt soulevé tous les esprits » on fit appel à Kosciuszko et aux autres émigrés. Il est à remarquer

un fait qui ne se présente nulle part dans Thistoirè : c'est que le secret fut gardé religieusement sans a^oir été juré, et que la conspiration s'étendit de toutes parts sans jamais être trahie. Ainsi, à Wilna , plus de soo personnes de différents états, professeurs, étudiants, religieux , moines , marchands , juifs , soldats et femmes, surent pendant plusieurs semaines les progrès de la conjuration , sans que personne la déf oilàt, soit par légèreté , soit par perfidie.

Cependant les préparatifs n'étaient point terminés, et Potocki, Kollontay et leurs amis les plus sages , conseillaient encore un délai , lorsque Igelstrom ordonna la dissolution do l'armée polonaise , avant même d'avoir acquitté la solde arriérée^ Dans un tel moment, toute hésitation eût été trahison ou folie. En refusant de se soumettre à cet ordre , Madalinski , au moisde mars 1 794» marcha, avec sa brigade, dePuItusk & Krakovie , ville désignée pour point central de Tinsurrection. C'est de là que partit la proclamation des conjurés, le s4 mars. On y lisait, entre autres choses : < Il n'y a point de déception, de parjure, de trahison, que la Prusse et la Russie n'aient mis en œuvre pour satisfaire leur cupidité et leurs vengeances, pour ravir la liberté, la sécurité et la fortune des citoyens polonais. Écrasés par cet immense malheur, vaincus plutôt par la trahison que par la force des armées ennemies , privés de la protection du gouvernement» éloignés de notre patrie , trompés et bafoués par les uns, abandonnés par les autres, nous, habitants du palatinat de Krakovie » nous sacrifions à la patrie notre vie , le sîBul bien que la tyrannie ne nous ait point Brraehé. Fermement décidés à nous ensevelir sous les ruines ^é notre pays ou i le délivrer d'un joug

cruel et honteux , nous déclarons à la face du Ciel et de la nation entière , et surtout à ces peuples qui savent estimer la liberté et qui la placent au dessus, de tous les autres biens de ce monde, nous déclarons que nous youlons user du droit incontestable de résis* tir à la tyrannie et à l'oppression, en nous réunissant tous comme des frères , et en employant tout ce que l'amour de la liberté peut inspirer à l'homme et le désespoir lui conseiller pour sa défense. »

Le a4mars Kosciuszko fut nommé général-feld-ma* réchal , et déjà le 4 sivril il remportait , par son ha;' bileté et par l'extrême bravoure de ses troupes, une victoire signalée sur un corps russe bien plus fort qu^ sa petite armée. Effrayé de progrès aussi inattendus, Igelstrom força le roi à publier un manifeste contre les confédérés, et exigea l'arrestation d'un grand nombre de personnes de distinction. Alors , voyant que le péril allait toujours croissant, il eut la pensée de fairedésarmer la garnison de Varsovie, de s'emparer de toutes les munitions, d'enlever le roi, et (selon divers documents) d'incendier plusieurs quartiers de la ville pour diviser l'attention des habitants, et rendre ainsi leur haine ipoipuissante. Hais ces plans furent divulgués : le 17 avril les soldats polonais engagèrent la lutte contre les forces russes postées à Varsovie, et furent bientôt si vivement secondés par le peuple, qu'après deux jours de combat acharné» plus de s, 000 Russes avaient péri, et 1,900 étaient prisonniers; on leur prit en outre 4^ pièces de caApn. Igelstrom parvint avec peine à s'échapper*

Malgré l'emportement d'une haine si lëgîtime^ peu de cruautés furent commises dans celte lutte du droit contre Toppf ession , et le désintéressement fut telle-

ment soutenu par renthousîasme» que l'argent trouvé dans le palais d'Igelstrom , livré au pillage ^ fut rapporté aux autorités polonaises.

Le 1 g avril » Varsovie accéda à la confédération de Krakovie , et la Lithuanie suivit de près cet exemple. Lé roi Stanislas^ gui» peu auparavant, nommait les confédérés des traîtres et des rebelles , fit alors éclaler la plus vive satisfaction, et assura qu'il était prêt à agir pour le bien de la patrie. Lorsque, dans la solennité du Te Deum , un prêtre courageux s'avança vers loi et dit que c'était le seul et le dernier moment favorable qui lui restât pour se montrer grand etîaire oublier tous les malheurs de son règne, Stanislas se leva et promit solennellement de vivre ou de mourir avec le peuple. Son frère, primat du royaume, prononça le même serment.

La Russie et la Prusse se mirent enmouvement avec plus de lenteur qu'on ne devait le craindre, en partie parce que d'abord l'insurrection les frappa comme un coup défendre, en partie parce que ces deux puissances n'étaient pas d'accord sur les bases d'un dernier arrangement, elenpartîeparce que l'une tâchait de rejeter sur l'autre les charges de la guerre. Ce relard d'un côté donna aux Polonais l'avantage de pouvoir s'occuper de leurs préparatifs; mais d'un autre côté il inspira une sécurité imprudente : plusieurs croyaient tout nouvel effort superflu, et Kosciuszko, par la douceur de son caractère, ne repoussa peut-être pas avec assez de sévérité les avis inopportuns qu'il recevait sur la conscription , les fournitures , la participation aux affaires publiques, etc., et ne persista pas avec assez de fermeté dans les mesures les plus urgentes.

Néanmoins, lorsque le peuple , dans une émeute &

il»

Varsovie, pencKt, do son autorité, quelques détenus» Kosduszko , à son entrée dans cette ville , n'admit point pour excuse que les victimes avaient été con«* vaincues de trahison et condamnées par le peuple suv ee chef; il fit punir' de mort sept des principaux moteurs de cette exécution ( quelle différence entre lui et les démagogues français! ) , en disant avec co* 1ère : t Est-ce ainsi que doit agir une nation qui prend les armes pour repousser l'ennemi , et qui considère la liberté et l'indépendance comme les fruits heureux de la paix et des lois 9 Celui qui n'observe pas strictement les lois ne mérite pas d'être libre, et une telle journée de sang fait plus de tort à la cause de la pairie que deux batailles perdues» Quiconque ne respecte pas les autorités et le roi, ou fondera des clubs , doit être regardé comme un ennemi de la patrie et iridté comme tel. »

Le 5o mai , le conseil national suprême répandit une proclamation dans le même esprit, où il est dit : € Celui-là est coupable envers la patrie qui ,, dans ses actions, songe plus à son propre intérêt qu'au bien public; celui-là est coupable envers la patrie qui, pour conserver l'affection du peuple, lui cache la vérité, et flatte ses préjugés ou ses passions; enfin celui-là est coupable envers la patrie qui , dans un but d'agrandissement personnel , fomente des factions et cherche à diviser les citoyens , tandis que tous doivent demeurer unis par^ un lien de concorde et d'amour fraternel pour le salut de la Pologne* Dégagés de toui sentiment d'étroit égoîsme , la patrie seule doit nous occuper; la patrie, dont la paix, la puissance et le bonheur consolident, naturellement chez nous les mêmes biens* Jusqu'à ce jour Tincoastance, la pusti-

lanknità et robstmalion ont poussé la Pologne à sa tuine; nous ne. pouvons la relever que par la persevérance» l'union, la fermeté» la vertu. »

^ La vérité et l'opportunité de ces avis ùe devinrent que trop sensibles dès les premiers événements de la guerre. Le 1 5 juin i794,Winiavv5ki livra Krakovie aux Prussiens par trahison ou par faiblesse de caractère » et le 2 juillet commença le siège de Varsovie. On croyait que la ville serait prbe infailliblement; mais la conduite prudente de Kosciuszko, le zèle des habitants» le peu d'accord des Russes et des Prussiens» le défaut de vivres, les maladies» et surtout l'insurrec* lion qui éclata dans la Grande-Pologne »' obligèrent les alliés à lever le siège le 5 septembre. — Ce fut un dernier jour do joie pour la Pologne I . La Prusse méridionale (Grande-Pologne )» réduite subitement à l'état de petite province » régie par des étrangers ; abandonnée au caprice de fonctionnaires sans mérite» poursuivis du mépris public; placée brusquement au milieu d'un peuple qui avait d'autres moeurs» d'autres coutumes, d'autres lois; obligée de renoncer à son idiome national » assujettie au service militaire pour des intérêts étrangers» — devait nécessairement délester les Prussiens» et ce roi dont le parjure avait .produit tant de malheurs.

Lorsque les habitants coururentaux armes» au mois d'août i794> pour reconquérir l'antique indépeùr dance » on crut qu'il suffirait » pour comprimer cet élan » de mesures de sévérité » recours ordinaire du cruel Szekuli. La régence de Pétrikau» par exemple» publia un arrêt portant que tous ceux qui prendraient les armes et s'associeraient à l'insurrection polonaise seraient pendus^ sans distinction de sexer et sans an-

cône fonndiità légale» et qae toi» les saspeets se«» meftt emprisonnés dans orne forteresse. A ces ordres baxi)ares le conseil suprême polonais répondit, le ag septembre : c Non content de s'être emparé sans an* cun préteite des possessions inviolables de la répobli* que, d'avoir manqué à la foi et à la parole données» le roi de Prusse » n'écoutant que sa cupidité, pousse msûntenant Taudace et l'injustiGe jusqu'à faire utt crime aux Polonais de défendre leur patrj^. Dans ce ttècle de pbilosophie et de civilisation , où les souve^ tains devraient traiter leurs sujets avec équité , ou du moins avec humanité , le roi de Prusse se permet de telles horreurs I Est-^ce dans son propre pays qu'il prétend exercer sa fureur , ou sur des hommes qui auraient lâchement consenti à se dire ses sujels? Non» c'est sur un peuple étranger; il déclare rebelles et dignes du dernier supplice des hommes qui défendent leur liberté et leur indépendance» ces droits imprescriptibles et sacrés. »

Vers cette époque les juifs même se levèrent pour la défense de la P<^ogne , et leur colonel Jasiélowics dit dans une excellente proclamstion : t Pourquoi ne prendrionsHious pas les armes , nous qui plus que tous les autres sommes opprimés et esclaves ? Pourquoi ne coopérerions*nous pas à la conquête de la liberté, qui nous fut promise aussi complète et aussi véritable qu'aux autres hommes 9 Nous en jouirons quand nous l'aurons méritée, t

Les succès de la Grande-Pologne rassuraient bien les Polonais du côté de la Prusse, mais un danger formidable approchait du côté de la Russie% Catherine , fidèle & son système d'hypocrisie ', avait dit dans un mtmifeste :4Par le premier partage > la ftussie

était rentrée dans la possession de provinces que la rusé seule lui avait enlevées. Ensuite, poussée par ma bienveillance naturelle» j'ai bien voulu conclure avec la Pologne un traité d'alliance dans lequel tous les avant tàges ont été de son côté; et maintenant Kosciuszko » cet insigne malfaiteur» propage une révolte inique» elc. •

Pour combattre cette révolte» Suwarow s'avançait avec un corps d'armée» Fersen avec un autre» et Kosciuszkq^» malgré son courage » reconnaissait avec une douleur amère toutes les difficultés du moment Il devait affermir des esprits incertains» à travers les plus rudes épreuves; soutenir à une hauteur héroïque de constance et de vertu une nation qui commençait à renaître après un siècle de désordres et de ruines; il fallait enflammer les paysans» abrutis par la servitude » pour les avantages d'une existence meilleure; convaincre la noblesse de l'utilité d'une obéissance modérée» ranimer les pusillanimes» forcer les prudents à se prononcer» démasquer et punir les traîtres dachés I

Malgré la grandeur et la difficulté d'une telle entreprise» c'était un devoir de la tenter; dans ce but» Kosciuszko publia» le 24 septembre 1794* une dernière proclamation aux Polonais » dans laquelle il disait : « La liberté» ce plus précieux des biens dont il soit donné à l'homme de jouir sur la terre » est un présent de la Divinité» accordé seulement aux nations qui s'en montrent dignes dans toutes les adversités» par ia constance » le courage et la fermeté. Cette vérité nous est enseignée par tous les peuples libres » qui » après une longue et pénible lutte » après des souffrances infinies » jouissent maintenant en paix des doux fruits de leur persévérance et de leur valeur. Polonais! qui aimez votre patrie et votre liberté autioAt que pes

généreuses nations du Midi , vous qui avez eu à supporter bien plus de mépris et de misères. Polonais I qu'une âme vertueuse et noble anime , qui ne pouvez souffrir la honte et Tanéantissemént du nom polonais» qui avez si vaillamment soutenu la lutte de la patrie opprimée contrôle despotisme Je vous en conjure, que votre courage ne sô refroidisse jamais , que votre constance soit toujours la même. Je sais que , dans cecombat contre un ennemi formidable, vousètes souvent exposés à des charges onéreuses, à des pertes considérables; mais dans une crise aussi terrible on est obligé de-beaucoup sacrifierai l'on veut beaucoup recueillir; on ne doit point reculer devant des sacrifices d'un moment, lorsqu'on a devant soi l'espoir d'un bonheur durable et solide.»

Pour empêcher la jonction de Suwarow et de Fersen , Kosciuszko se vit obligé d'attaquer ce dernier i Maciéjowicé» le lo octobre 1794» naais, après un combat dans lequel les Polonais firent des prodiges de . valeur, ces braves succombèrent sous le nombre, et Kosciuszko lui-même^ grièvement blessé, tomba entre les mains des Russes. A Varsovie la désolation fut & son comble ; Wawrzecki , le successeur de Kosciusz*ko, était d'autant moins en état de faire face aux circonstances, que la méfiance, la crainte, les plaintes des opposants et la faiblesse du roi , venaient encore accroître les périls. Le 4 novembre, Praga, faubourg de Varsovie, fut emporté d'assaut par Suwarow. Huit mille soldats et douze mille habitants, hommes, femmes et enfans , y furent impitoyablement massacrés, jetés dans la Vistule ou brûlés dans leurs maisons. Varsovie se trouva réduite à capituler, et les troupes polonaises furent dissoutes on faites prisonnières.

La lutte survenue entre les piûssances voisines sur le partage du butin dura une année entière ; mais enfin» le 5 janvier 1 795 » elles publièrent de concert cette déclaration : « Convaincus par l'expérience de l'incapacité absolue des Polcmais à se donner une consti- Uition ferme et régulière» et à vivre paisibles et indépendants sous l'autorité des lois , les souverains ont résolu dans leur sagesse , par amour pour la paix et .pour le bien de leurs sujets , de partager entièrement Ja république I» Et ce partage fut effectué (i).Le roi Stanislas, contraint d'abcfiquer le s5 novembre 1795 ( jour choisi exprès comme anniversaire de son cou« ronnement )» alla à Pétersbourg terminer dans l'obscurité et le mépris le reste de sa vie , avec une pension de Galherine , qu'il n'eut pas honte d'accepter I

Un sort plus beau fut réservé à Kosciuszko (mort en Suisse le i5 octobre 1817) : car, bien qu'il n'eût •pu arracher sa patrie à la domination étrangère , il vécut assez pour voir son nom lavé des imputations injurieuses dont on avait osé le flétrir. Après la mort de Catherine » l'empereur Paul le tira de sa prison , et Alexandre» qui sur le trône savait conserver des sentiments humains » reconnut et honora la pureté de son caractère. Kosciuszko se montra toujours modeste dans le cercle de ses intimités. Homme aimable» citoyen intègre » politique sage» capitaine valeureux » il répandit ses bienfaits sur ceux même qui l'avaient ofl'ensé » et jamais il ne ternit par un acte

(1) lift Proase obtint par ce dernier partage le pays situé sur le bord de la yistule» et une partie des palatinats de Mazovie» de Podlachie et de Krakovie ; l'Autriche les pays entre le Bug et la Vistule» et une partie des palatinats de Krakovie et de Sandolair 9 le reste échm à la Russie.

réprâh^inble son amoar pour son pays. Quel que soit l'av^air destiné à la Pologne » toujours le souvenir de la noble figure de Kosciuszko sera invoqué en faveur de la liberté partout où elle serait opprimée ; sa place est marquée parmi les beureux fondateurs d'une constitution libre , et parmi les martyrs sublimes de la plus sainte des causes » tels que Wiakelried » d'Orange » Ëgmont , Zrini, Wasbington* Son grand nom enflammera, inspirera les hommes gênéreuiL des siècles à venir I

Trente^inq ans se sont écoulés depuis ce troisième partage y et cet espace de temps a prouvé qu'une grande nation n'a pas encore exhalé le dernier soupir après qu'on l'a déclarée morte. L'histoire de ses espérances et de ses souffrances , de ses erreurs et de ses hauts faits» lorsqu'on aura pu fouiller aux véritables sources , offrir» à l'historien d'abondants matériaux pour un «drame empreint d'une couleur particulière et propre à causer les plus vives émotions. Nous nous bornerons ici à une observation qui mérite d'être méditée : Napoléon trompait les Polonais, car il ne les a jamais considérés que comme des moyens pour arriver à ses fins personnelles; Alexandre voulait réellement tirer les Polonais de la tombe et les rendre heureux. Mais» à part d'autres considérations» le dessein qu'il avait formé de donner au peuple vaincu une constitution libre » tandis qu'il n'offrait pas le même bienfait aux Russes vainr queurs» ou qu'il était obligé de le leur refuser» était au dessus de ses forces» et devenait impossible à réaliser» surtout depuis la nomination du grand- duc Constantin comme vice-roi de la Pologne : car» tout en rejetant les exagérations dont on a défiguré le

portrait de ce prince , on doit reconnaître qu'il n'était pas fait pour gouverner un état dans des circonstances ordinaires , encore moins pour fermer les plaies d'un peuple blessé, et pour gagner ses affections par une douceur habilement ménagée. Delàl'insurrection de i83o^ entreprise condamnable sans doute dans son principe malgré tant de provocations, mais qui fut héroïque dans son cours et si douloureuse dans sa fin I

Pendant qu'une diplomatie où tousles principes sont reniés et confondus s'efforçait de rappeler les Belges aune existence factice, elle entreprenait, par une contradiction grossière, de prouver la justice et l'indispensable nécessité de la dissolution de la Pologne* Et pendant que les Russes soutiennent qu'une mau* vaise cause est, avec raison, à jamais perdue, les Polonais s'écrient : Tout est perdu, hors l' honneur l Mais si les deux partis écoutaient l'avis du spectateur im- ^ partial , ils apprendraient que les peuples et les rois expient également leurs fautes ainsi que celles de leurs ancêtres; et que le triomphe le plus glorieux peut être suivi de douleurs amères, de même que dans le désastre le plus cruel il est encore de nobles consolations. Ce n'est que lorsque ce double sentiment sedéveloppera chez les deux nations rivales, que l'on pourra espérer une réconciliation réelle et la résurrection de la Pologne. Autrement , les Russes ne trouveront sur les ruines de la destruction que des fleurs funéraires pour tresser leurs couronnes triomphales, et l'air empesté que la haine souffle des tombeaux infectera pendant des siècles entiers cette malheureuse contrée.

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