ACTE l
SÊJAN.
Dis toujours.
ANCUS
Vous allez parfois aux esquilles 7 SÊJAM.
C’est très-possible. Après ?
Seul? la nuit?
SÊJAN
Quelquefois.
ANCUS
Déguisé sous l’habit d’un esclave crétois ?
SÊJAN.
Tu me prends pour Pharsis?... Obi sois franc. Par IJerculel On est homme à tenter ce rôle ridicule :
Gracque, <>alilina, tribun de carrefours,
Qui, dans l’ombre épaissie, ameute les faubourgs I
Seigneur. . .
ANCUS
SÊJAN.
Eh bien ! c’est vrai, je suis cela, mon maître 1 Je suis Pharsis, bandit; ton compagnon, un traître, Enfin, l’un de vos chefs, c’est bien ; mais par Piuton 1 Pour n’être soupçonné d’aucune trahison,
Je dois à mes amis cet avis salutaire,
De se garer de toi, car tu n’es qu’un faux frère !
ANCUS, à pari.
Il me tient!
SÉJ.AIN.
Qu’en dis-tn ? ces gaillards-là, je crois, Sont hommes à te faire agoniser en croix ?
Tu m’as dit qu’Antercus était boiteux et chauve ? Moi, j’ajoute que c’est presque une bête fauve. Céthégus est aussi d’un naturel charmant :
Il te tuerait par goût et par désœuvrement.
Quant aux autres, tu sais leurs candides natures:
Ils joindraient à ta mort d’etfroyables tortures.
ANCUS
Seigneur. . .
SÉJAN
De tous côtés, môme arrêt, même sort.
ANCUS
Seigneur. . .
SÈJAN.
De tous côtés si je parle, la mort!
ANCUS, se redressant.
Vous vous tairez !
SÈJAN.
Vraiment ?
ANCUS
Oui.
SÈJAN.
Suis-Je plus le maître ?
Acri-
ANCUS
Tantôt j’aurais dit : oui. Maintenant c’est : peut-être !
Oh ! oh !
SÉJAN
Vous vous tairez, et vous aurez raison.
Vous avez votre part dans notre trahison.
Donc je peux. . . — car je suis de ces âmes hardies Qui vont rôsolumeut avec les perfidies. —
Je peux si haut crier que, d’échos en échos.
Ma voix jusqu’à César porterait vos complots,
Complots qui ne sont pas invincibles peut-être !
Je peux. ..
SÉJAN , lui remettant une lettre.
C’est convenu; mais lis d’abord.
ANCtIS, lisant.
« Tibère-César à Séjan, salut;
» Orcus te remettra cette lettre. L’idée que tu as eue, » mon cher Séjan, de te mêler panni les conjurés, me » rassure. Tu es un ami dévoué. Les rebelles travaillent » pour Néron, dis-tu ? Eh bien, que Néron périsse, et N avec lui, les deux autres Gis de Germanicus, s’il le faut ! *) Décide, ordonne, agis. Tibère. [Pesant chaque mot.) » Que Néron périsse, et avec lui, les deux autres Gis de » Germanicus, s’il le faut 1 »
(Rendant la lettre i Séjan.)
Bien, maître.
Trois héritiers de moins à l’empire 1. .. Ma foi,
César qu’on dit très-Gn, l’est encor moins (]ue moi : Il ne voit pas, vieillard qu’on mène comme un autre, Qu’il détruit sa maison au proQt de la vôtre.
SËJAN, reprenant sa lettre.
Tu n’es qu’un sot I
ANCUS
C’est juste. Au moins je l’ai compris.
Les chances ne sont plus égales, je suis pris ;
Je me rends. — S’il vous faut un instrument dans l’ombre, Un homme propre à tout : projet douteux ou sombre, Hardi, désespéré, terrible, menaçant.
Cet homme est devant vous?
SÉJAN
Ordonnez !
Céth^us.
11 mourra !
Même un projet de sang ?
ANCUS
SÉJAN
ANCUS
Vous souhaitez qu’il meure.
SÉJAN
Que le coup soit fait avant une heure I
C’est peu?
ANCUS