ACTE V
LIVIE
Bois : je sens m’échapper ma raison !
SÊJAN, lui rendant, le flacon.
Je ne veux rien de toi ! — D’ailleurs, j’attends ma femme. livie, a\ec égarement.
Ta femme? Et c’est pour elle... ? Oh! cont'ens-toi, mon âme !
' SÉJAN
Je veux lui parler sans témoin.
LIVIE, cliercliant i se dominer.
Tu le feras. . . —
(Elle fait quelques pas pour sortir, mais elle s'arrête.)
Seul ?... avec elle?... — Et bien ! je ne sortirai pas!
SÉJAN
Malheureuse I
LIVIE
Jamais! dusses-lu, dans ta rage.
Par un dernier forfait couronner ton ouvrage. .
Dusses-tu me briser la tète contre un mur !
SÉJAN
Ah ! sois maudite alors, cœur lâche, cœur impur. De m’ôter cette joie à mon heure suprême...
Sois maudite, entends-tu? sois maudite, je l’aime!
Je le sais !
Je l’aime 1
LIVIE
SÉJAN
LIVIE
Oh!
SÉJ.AN.
, Jamais cœur déchiré
LA CHUTF DK SÉJAN.
N’a mieux senti le Irait dont il fut jx-nétré ;
Kt si parfois j’ai pu t’entendre avec ivresse,
C’est que je la cherchais même dans ta tendresse.
LIVIE
L’imprudent qui m’outrage, et qui ne comprend rien.
Et qui me pousse au mal, quand je cherchais le bien !
Ainsi quand je suis là l’œil éteint, que ma lèvre Irahit de longues nuits d’insomuiie et de fièvre.
Ce que je soulTrc enfin ; ainsi , (juand mon esprit Flotte comme au hasard , et que mon cœur s’aigrit ,
Tu viens insolemment d’une main lente et sûre ,
Retourner le poignard au fond de ma blessure?... l u veux la voir ? je vais te l’envoyer !
((’.omme ^pouvant^e d’elle-raôme, elle s’arrête.)
Non , non...
C’est assez du pa.ssé, sans cette trahison !
(Tombant aux pieds de Séjan.)
Non , tu me maudirais ! — Les dieux m’ont condamnre.
Je dompterai mon cœur, et serai résignée.
Cela se peut. Peut-être un jour tu me plaindras. —
Tu l’aimes ? Et bien ! vis pour l’aimer. Tu verras ,
Je serai la première h bénir votre ivresse.-..
Mais viens 1 elle t’aime. .. oui... mais parlons, le temps presse. Tu veux la voir? Eh bien ! j’en jure par mes pleurs !
Tu la verras bientôt, pour toujours, mais ailleurs I
SÉJAN
Relevez-vous. Je suis au terme de ma route.
Ma femme va venir. Orcus la suit , sans doute.
Si vous tenez à fuir, fuyez !
LIVIE
Orcus ? ..
ACTK \’.
(Vivemcnl.)
Un mot,
Un seul , et je me tais, et Je pars aussitôt 1 —
(A part.)
Ah! quel affreux soupçon a traversé mon âme 1... — (Haut.)
A-t-il dit de remettre une bague à ta femme?
SÉJAN
Mais... —
LIVIE
. Oli ! parle.
SÉJAN
Il l’a dit.
LIVIE, avec épouvante.
On la lui remettra ?
SÉJAN
Oui.
LIVIE, i part.
La fatalité Jusqu’au bout me suivra !
Ils ne me croiront pas I. . — Elle.. . entre ses bras . . morte !
(Cherchant à entraîner Sêjan.)
Ne reste pas ici! Non, non ! Ah 1 cette porte Peut s’ouvrir d’un moment à l’autre, vois-tu bien... C’est dans ton intérêt que Je parle ; oh ! viens, vieil ! — Si tu liens à mourir, enfin, lu seras libre !
Tu pourras te Jeter, en passant, dans le Tibre! —
Ah ! \oici des flambeaux , des flambeaux et des pas!...
(Lui prenant la main avec violence.)
Viens donc !
Je vous l’ai dit. Je ne partirai pas!
(Apicala entre ; la porte se referme aussitùt. .V sa vue, Livie ,se rejelle en arrière avec épouvante, cherche la porte eu tâtonnant , san.s la quitter (les rein.)