AVIGNON
Eau-Forte par J. TOURTIN.
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D'abord qu'en terro noun se pou Estre amourous sènso avé pou, Anen-nous-en dins lis estello ; Auras lou trelus pèr dentello, Auras li nivo pèr ridèu, E jougarai coume un cadèu, A ti pichot pèd, ma chatouno !
Passes plus, que me fas mouri, O laisso-me te devouri De poulouno !
LA VÉNUS D'AVIGNON (traduction)
Ses yeux d'enfant, profonds et verts, — ses grands yeux purs vous disent : Allons ! — Un peu souriantes, un peu boudeuses, — tendres ses lèvres s'entr'ouvrent ; — ses dents, plus blanches que le lait, — brillent... Chut! elle arrive : voyez-la! — Elle a quinze ans à peine, la jeune fille.
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers !
Vagabonde, sa chevelure noire — se retrousse en torsades, en boucles ; — un velours cramoisi l'attache ; — fouetté par le vent, il tache de rouge — son visage brun
et son cou nu : — on dirait le sang de Vénus, — ce ruban de la jeune rille.
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers !
Oh! qui m'ôtera la soif — de la jeune iille?... Elle n'a point de corset : — sa robe, iière et sans plis, moule — son jeune sein qui ne tremble pas — quand elle marche, mais s'arrondit — si ferme, que vous sentez frémir — votre cœur devant la jeune fille.
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers !
Elle marche, et vous croiriez qu'elle vole : — sous la grâce et le balancement — de la fraîche jupe, on devine — hanche hardie et jambes divines, — tout son corps triomphant enrin; — mais on ne voit que ses petits pieds lins — et ses chevilles de jeune tille.
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers!
A mon cou, ses beaux bras si doux, — puisse-t-elle un jour les croiser tous les deux ! — Sa main ne porte pas encore la bague : — il peut venir, le fiancé qui paye — avec châteaux, diamants, trésors, — elle le chasse ! Elle veut lier son sort — avec un ril d'amour, la jeune iille.
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers !
Hier, pourquoi, devant la maison, — me jeter un regard tel — que j'en brûle encore la lièvre?' — Tourne
de là-bas, tourne ton visage — vers le mur, quand tu es vers moi; — comme la flamme du fusil, — tes yeux m'éblouissent, jeune tille !
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers !
Mais tu t'en moques! Tu fais ton chemin, — seman troubles et frissons — dans la poitrine des jeunes hommes.
— Tu as tort! Il vaut mieux que la chair dorme, ■ — comme sommeille le lion — qui allonge, oubliant la proie, — son horrible tète à terre, ô jeune iille !
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers!
Ah ! si je ne puis en parler à personne, — aux bètes fauves des forêts — je l'irai dire, quand, dans les nuits
— sans lune, le vent tourbillonne; — quand dans la tempête de mars, — les bètes, comme des débauchés, — hennissent d'amour fou, jeune fille.
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers !
Je ne veux pas, je ne veux plus t'aimer! — Il m'ennuie de te convoiter, — toi si belle et si mauvaise. — Ne t'enorgueillis pas tant, Espérite, — brin de chair rose et de cheveux bruns — que mon poing pourrait mettre en poudre — comme un moucheron !... Jeune fille,
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers !
La nuit, je fais d'étranges rêves : — tu m'ccliappes dès que je t'ai ; je te poursuis, sans jamais l'atteindre. — Je vois de loin s'ouArir ton corsage — comme une fleur qui s'épanouit: — toujours quand je touche au paradis, un démon te dérobe, jeune fille.
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers !
Puisque sur la terre on ne peut — être amoureux sans avoir peur, — allons-nous-en dans les étoiles; — tu auras la lumière pour dentelles, — tu auras les nuées pour rideaux, — et je jouerai comme un petit chien, — à tes petits pieds, ma jeune fille !
Ne passe plus, car tu me fais mourir, — ou laissemoi te dévorer — de baisers!