I . Petit fleuve près de Montpellier
Il a des rocs pâles et raides Qui, blessés d'ascles et de trous, Hérissent d'austères pinèdes Où s'abuissonnent buis et houx;
Et dans ses joncs, mobile frange, Des essaims de lotus d'argent Où des Apçaras, comme au Gange, Brunes, se bercent en songeant;
Puis, pour mettre sa brise en joie Et mieux adorner sa fraîcheur, L'crdent arc-en-ciel que déploie La fuite du martin-pêcheur;
L'enivrement des tleurs de câpres Enauré des murs des jardins.
Et les saines senteurs plus âpres, Des genévriers et des thyms;
Et le battoir des bugadières Qui va rhythmant son clapotis, Tandis qu'aux clartés matinières Sèchent indiennes et coutils.
Mais, ce qui le fait si charmant.
Ce ne sont pas ses belles rives, Ni le limpide enchantement Que se chuchotent ses eaux vives
C'est son ineffable couleur D'émeraude et d'azur mêlée, Et la palpitante lueur D'étoile dont elle est frôlée.
Les paons au somptueux écrin, Les chatoyantes salamandres, N'ont pas le reflet saphirin Qui miroite dans ses méandres;
Et tant verts sont ses flots tintants Et lucides, qu'on pourrait croire Qu'ils élaborent des printemps Dans le mystère de leur moire :
Des printemps à ciels de lapis ; Des mois d'iris et de pervenches, Verdis de l'espoir des épis Et du clair renouveau des branches;
Et quand on voit sur l'eau vibrer L'essor des libellules frêles, La Rivière semble mirer Sa fluide grâce en leurs ailes ;
Ou plutôt, en ces vols errants — Nacre vivante qui scintille — Ce sont ses rêves transparents Et son âme qu'Elle éparpille!...