ÉTUDE DE PLAFOND
Par Caban EL.
G HauT::'
LA DUCHESSE
Nous écrirons de compagnie... nous composerons... si toutefois vous me jugez digne de votre collaboration.
Votre Altesse nest-elle pas...
LA DUCHESSE
Capable... de tout, n'est-ce pas.^ Vous allez me rendre orgueilleuse! Écoutez-moi... Voici mon idée : il s'agit d'une intrigue par lettres... Pour vous faire entrer au cœur du sujet, je vais dicter la première lettre; je vous laisserai le soin d'écrire la seconde.
DUBOIS, à part.
Où veut-elle me mener .\.. (îi.mt.) Jécoute et j'écris.
LA DUCHESSE
A monsieur...
DUBOIS
Monsieur i^...
LA DUCHESSE
Plusieurs étoiles.
DUBOIS
C'est cela... nous ferons un nom après le portrait.
LA DUCHESSE
A monsieur trois étoiles, à Paris... Saint-Cloud, ce 16 mai 1719.
DUBOIS
Saint-Cloud?...
LA DUCHESSE
Je place la scène à SaintrCloud pour la première lettre... pour le point de départ... [VM-^é cent-, i^ duciiesse, j<;i>out
..Wariore lui, lit la copie du billet du Régent à Dubois que lui a envoyée un de
espions.) t Cher ami, ce n'est qu'à toi seul que je puis con- 4 iier la diflicile mission de pénétrer auprès d'elle. »
DUBOIS
Elle?...
LA DUCHESSE
« Et de lui arradier ses secrets... Tu as acheté un de « ses secrétaires; mais il faut plus encore... »
DUBOIS, étonné.
Hein?
LA DUCHESSE
» Il faut que tu t'introduises toi-même dans cette « forteresse, et que tu saches aujourd'hui quel est le mys- <i térieux projet que ton espion nous dénonce... »
DUBOIS
La lettre du Régent!
LA DUCHESSE
« Pars donc à l'in-^tant même... »
DUBOIS, à part
Je suis trahi !
LA DUCHESSE
« Sois diligent, corrupteur, fripon... fourbesurtout!... (I Enfin sois digne d'elle et de toi. Je resterai à Saint- « Cloud jusqu'à ce soir, et j'attendrai là ta réponse. »
DUBOIS, gaiement.
La lettre est piquante.
LA DUCHESSE
Maintenant, à vous la réponse.
DUBOIS
Tout de suite?
LA DUCHESSE
Vous voyez qu'on attend.
DUBOIS
Je n'ai pas même jusqu'à demain?
LA DUCHESSE
Ce soir à Saint-Cloud !.. Pénétrez-vous bien de votre sujet.
DUBOIS
Eh bien, puisque le sujet l'exige...
LA DUCHESSE
Vous allez répondre?'
DUBO is.
A l'instant !
LA DUCHESSE
Vraiment, là, tout de suiteJ^
Je ferai ce que je pourrai; mon collaborateur sera indulgent... Voici dabord mon plan de lettre... j'écrirai après, si mon collaborateur daigne n'y rien changer... (I Du château de la Muette ce 17 mai. »
LA DUCHESSE
Ah! la Muette ?-
DUBOIS
Oui... jeplace la scène à la Muette... cela rentre dans mon plan. ... « A monsieur... »
LA DUCHESSE
Plusieurs étoiles?...
DUBOIS
Beaucoup d'étoiles... « Monsieur, votre billet m'est
« parvenu ce matin. Sur-le-champ je vous ai obéi... « et j'ai déjà fait tant de chemin, que depuis une heure (I je suis auprès d'elle... »
LA DUCHESSE
Elle?...
DUBOIS, parlant.
Vous mettrez un nom, après le portrait... ccontinuam.) d Depuis une heure donc je suis auprès d'elle, et j'ai « déjà tout pénétré. »
LA DUCHESSE
Oui>
Vous allez voir : « Ce mystérieux projet cachait une « fuite secrète. Aujourd'hui tout est dérangé, on ne veut (( plus fuir et, comme on aime plus que jamais encore « on n'avait pu aimer, on veut donner à cette passion « une durée contraire aux usages... on veut épouser... »
LA DUCHESSE le regarde et l'écoute avec inquiétude et étonnement.
Ah!
DUBOIS
« Un mariage public serait impossible... »
LA DUCHESSE
Alors, que fait la dame.> Elle se caclie?
DUBOIS
Non. Elle donne une fête, et dans cette fête, consacrée en apparence à deux modestes personnages, doit se cacher pour elle...
LA DUCHESSE
Son propre mariage...
DUBOIS
Oui. Une union hautement déclarée se heurtait à des raisons de famille et d'État qu'aucun effort humain ne pourrait surmonter... et. d'un autre côté, un mariage clandestin privé des joies et de l'éclat qu'elle a rêvés pour le plus beau jour de la vie... lui semblerait une honte, une abdication...
LA DUCHESSE, avec impatience.
Enfin que fait-elle?
Ce qu'elle fait! Elle a auprès d'elle un secrétaire et une fille d'atours, elle imagine de les marier... pour son propre compte... Elle leur fait l'honneur d'une fête splendide. Le contrat préparé par un quadrille de notaires licenciés es fourberies, contrat passé aux noms des deux maîtres de la maison et les unissant à jamais, ce contrat sera signé publiquement, d'abord par le secrétaire et la fille d'atours, puis par la dame et son noble ami... les premiers signant un peu bas... les seconds un peu au-dessus... si bien que les témoins deviendront les époux, et ceux qu'on croira les époux ne seront en effet que de simples témoins, complices dévoués qu'on mariera le lendemain. Eh bien, mon plan a-t-il du piquant, de l'imprévu?... mon collaborateur n'y trou\'e rien à retoucher.^
LA DUCHESSE
Rien.
DUBOIS
Quoi! pas un seul petit mot?
LA DUCHESSE
Pas un seul.
DUBOIS
Tout peut s'accomplir comme je l'imagine.^