APERÇU ÉCONOMIQUE
A. ~ Ressources lie la Cilicie.
i^ Agriculture. — De tout temps, la Cilicie fut une terre à céréales réputée. Avec la Tunisie, elle fut le principal grenier de Rome.
L'incurie du gouvernement ottoman n'a pas développé l'agriculture comme elle aurait pu l'être. Surtout l'ancien régime des eaux d'irrigation n'a pas été maintenu. Les canaux se sont peu à peu envasés et comblés, les digues se sont rompues et n'ont pas été réparées ; les eaux, au lieu de fertiliser, ont formé des marécages nauséabonds, cause, en majeure partie, de l'insalubrité de la région. Nul doute qu'avec une administration prévoyante, l'irrigation soit bien vite rétablie sans trop de frais. La salubrité y gagnera en même temps.
On retrouve encore sur le fleuve Djïhoun, à lo^"^ au nord d'Osmanié, les traces du barrage antique cpii permettait l'irrigation de la plaine ; de même, près de la ville de Djïhan, le fleuve franchit un seuil rocheux, vestige probable de quelque ancienne digue. A Toprak Kalé se voient encore les ruines des barrières
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rocheuses derrière lesquelles s'accumulaient les eaux pour se répandre dans la plaine, maintenant desséchée, d'Erzin.
Malgré le défaut d'irrigation, les Roumcliotes et les Tcherkesses, d'esprit plus ouvert à la grande culture que la masse indigène, ont su tirer parti de la fertilité du sol. Charrues à vapeur et machines agricoles sont connues en Cilicie, et, avec un peu d'aide gouvernementale, les cultivateurs en useront bien volontiers.
En 1919, les Services administratifs français se sont efforcés de faire remplacer la charrue en bois par la charrue à soc métallique. Cet essai a donné d'excellents résultats, et les paysans faisaient queue aux portes des Conacs pour acheter l'instrument aratoire dont ils avaient bien vite reconnu la supériorité sur leur primitif outillage.
Les paysans, à la suite des guerres, manquaient de semences. Le blé, l'orge, l'avoine nécessaires furent prêtés par l'intermédiaire de la Banque agricole ottomane qui fut réorganisée et développée.
En 191 3, les exportations en céréales ont dépassé en Cilicie 100 000 tonnes. En 1919, il fut exporté à peine 5o 000 tonnes. L'année 1920 promettait de belles récoltes. Malheureusement, les moissons ne furent pas faites en raison de l'insécurité politique.
En 191 9, un cinquantième des terres cultivables avait été ensemencé, représentant déjà un progrès sensible sur 191 8. En 1920, un vingtième des terres cultivables fut mis en valeur, doublant et au delà l'effort de l'année précédente. -
I iG ■ ciiAiMTun: vi.
12,0 Coton. — En iQoD, il fut exporté de Gilicie 43 000 balles de coton; en iQiS, 120000. (D'autres statistiques indiquent 90 000 balles de 200^° chacune.)
En 191 9, 5ooo à 6000 balles furent envoyées en France, le double à Trieste. En 1920, la récolte fut nulle par suite des hostilités.
Les Allemands prévoyaient tout un système d'irrigation qui devait leur permettre de récolter 700 000 balles de coton par an. Certains documents vont même jusqu'à indiquer un million de balles.
Les Allemands dirigeaient, avant 191 4, le commerce de coton vers Mulhouse. Des tentatives ont été faites dernièrement pour reprendre cette question intéressante.
La consommation cotonnière française annuelle serait de deux millions de balles. Si la Cilicie fournissait un million de balles, soit la inoitié de notre consommation, il nous serait facile de nous libérer des sujétions commerciales étrangères qui pèsent sur notre développement et notre change.
A la fin de 1920, sous les auspices du Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie, a été fondée la Compagnie Cotonnière d'Adana, Compagnie française qui a racheté les installations cotonnièrcs allemandes d'Adana, et se propose de développer et d'améliorer la culture du coton en Cilicie, tant par l'introduction et la vulgarisation de la culture mécanique que par la sélection des semences.
3^ Divers. — Le cheptel est très fourni en équidés,
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bovidés, ovidés et caprins. Les recensements n'ont pu être faits. L'élevage du ver à soie était florissant avant la guerre, notamment à Dortyol et Ekbès. De 191 4 à 191 S, l'élevage du ver à soie reçut une terrible atteinte du fait des coupes sombres effectuées dans les bois de mûriers par les Germano-Turcs, lesquels, pour chauffer leurs locomotives, ont rasé le pays sans souci de l'avenir.
Fait curieux : le ver à soie était surtout soigné par les Chrétiens. Il semblerait qu'à l'image de ce qui se passe au Maroc, les familles musulmanes, avec les femmes restant en grande partie cloîtrées, devraient s'intéresser au développement de cette induslrie. Il n'en est rien, mais c'est toute une éducation à faire.
En 191 9, le colonel Brémond, administrateur en chef, interdit la coupe des mûriers et autorisa la Banque Agricole à faire des avances aux « Soyeux )). Malheureusement, les événements de 1920 ont arrêté net leurs efforts. C'est une question à reprendre.
Le riz est cultivé dans la vaste dépression qui, de Marache par Islahiyé, atteint Alep. Le centre des rizières est Sachségoezu, centre religieux et politique des Alaouites, sur l'emplacement d'une antique cité hittite. Marache est le grand marché du riz dont l'année 191 9 marqua une récolte double de 191 3. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles les Kizilbach furent si satisfaits du Contrôle français.
Le tabac est cultivé en grande quantité dans la région de Djïhan (Chakal Déré) et d'Osmanié; une contrebande active a lieu à son sujet.
Les forêts, malgré les dévastations causées par les
Il8 CHAPITRE VI.
besoins du chemin de fer, couvrent encore le Taurus et l'Amanus. Une tribu spéciale, celle des Tchataldjis, avait le monopole de faire les coupes. En 191 9 les Services administratifs purent arriver à un compromis avec ces demi-nomades et développèrent l'esprit d'initiative des forestiers ottomans. De 191 4 à 191 8, l'Ecole forestière d'Adana avait été fermée; elle fut réouverte en 191 9. Un million fut perçu en 191 9 pour droits et impôts sur les forêts. Nul doute qu'avec une exploitation raisonnée, des résultats triples ne soient atteints.
Les impôts à percevoir en Cilicie pourraient atteindre la centaine de millions. Il est à regretter que l'année 1920 ait arrêté la progression promise par 1919.
B, — Voies de communication.
i^ Chemins de fer. — Les ressources d'un pays, pour être utilisées, doivent être transportées facilement. La Cilicie jouit d'un réseau ferré et d'un réseau routier, très primitif d'ailleurs.
Trois lignes de chemins de fer parcourent la Cilicie :
1° Ligne de Mersine à Adana; 2° Ligne du Baghdadbahn en Cihcie, de Bozanti à Meidan-Ekbès;
3^ Ligne d'Alexandrette à Toprak Kalé.
a. Ligne de Mersine à Adana. — La voie unique
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est à écartement normal. Elle a été refaite en 1906 lorsque le Contrôle allemand en a pris possession des mains d'un syndicat anglo-français. La lonfçueur de la ligne est d'environ 67^"^.
Une partie des rails avait été enlevée pendant la guerre mondiale pour permettre aux Allemands de continuer la construction du Baghdad au delà d'Alep. En janvier et février 1919, ces rails furent replacés. A Yenidjé, au 44^ kilomètre, la voie se raccorde au chemin de fer de Baghdad.
h. Portion cilicienne du chemin de fer de Baghdad. ■ — La Compagnie des chemins de fer d'Anatolie a la gestion de la voie ferrée enire Constantinoplc (Haïdar pacha) et Konia. Elle reçoit une indemnité pour le passage des grands express du chemin de fer de Baghdad.
Ce dernier commence, à proprement parler h Konia, franchit le Taurus par une série de tunnels et de fortes pentes dont la clef est à Bozanti, rejoint à Yenidjé la ligne de Mersine, parvient à Adana où se termine la première section de la ligne, c'est-à-dire la section Konia-Adana.
La voie est unique, à courbes de grand rayon et à écartement normal.
La deuxième section va d' Adana à Alep (i56^"^ environ). A Toprak Kalé se fait la bifurcation pour Alexandrette. A Mamoureh se trouvaient des ateliers et le dépôt des machines destinées au franchissement de l'Amanus. L'Amanus est franchi par une série de tvmnels dont le plus long est celui d'Aïran*
120 CHAPITRE YI.
A Islahiyé et Meïdan-Ekbès se détachaient les voies d'exploitation forestière, construites par les Allemands pendant la guerre mondiale.
Les tunnels de l'Amanus venaient d'être terminés à l'automne 191 8, au moment de l'armistice conclu entre les Alliés et les Turcs. Auparavant, les étapes germano-turcjues interrompaient le parcours sur voie ferrée à Mamoureh. Par camions automobiles, les transports se faisaient par une bonne route jusqu'à Islahiyé où la voie ferrée reprenait.
Les travaux des tunnels étaient confiés à une Société germano-suisse, dite de « Construction, Gebau ». Ils furent continués en 191 9 par les Anglais, puis à partir de novembre 191 9 grâce aux avances en numéraire faites par les Services administratifs {600000*^'). En 1920, ils furent forcément interrompus.
Les trains fonctionnèrent en 191 9 entre Constantinople et Alep. Les troupes françaises de cavalerie et d'artillerie furent même embarquées en Bulgarie. Après transbordement sur le Bosphore, elles parvinrent par le train en Cilieie et poussèrent, toujours par voie ferrée, jusqu'à Katma près d'Alep, base militaire en direction d'Ain Tab. Le mouvement kémaliste interrompit les communications à partir de mars 1920. En octobre 1920, elles purent être rétabhes entre Mersine et Adana.
c. Ligne Toprak Kalé-Alexandrette (So^^^). — Cette dernière hgne à voie unique et à écartement normal joignait le chemin de fer de Baghdad au port
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d'Alexandrette. Pendant la guerre 1914-1918, les Allemands craignant un débarquement et d'ailleurs manquant de rails pour pousser la voie au delà d'Alep vers Baghdad, relevèrent entièrement la voie ferrée d'Alexandrette, sauf la section Toprak-Kalé- Erzin; le ballast et les ouvrages d'art restaient à peu près intacts, mais non enlrotenus.
En 1919, les Services administratifs proposèrent de rétablir cette voie en relevant les embranchements forestiers d'Islahiyé et de Meïdan-Ekbès. Ce projet ne put être réalisé pour diverses raisons; au mois d'octobre i9?.o, une voie Decauville a été ouverte entre Alexandrette et Erzin.
Le réseau ferré de la Cilicie devait être complété par une voie Decauville joignant Adana au port de Karatach. Les travaux furent commencés en 191 9, . malgré les entraves mises par le Service anglais du Contrôle de la Compagnie de Construction qui détenait ce matériel, mais ils furent arrêtés par l'insurrection de 1920.
En vertu des ordres du maréchal Allenby, le contrôle sur les voies ferrées fut d'abord exercé par le colonel Newcombe, puis par le colonel Howell, résidant à Alep.
La gérance de la portion cilicienne du chemin de fer de Baghdad fut prise, en novembre 191 9, par la Compagnie française du Damas-Homs-Palestine, laquelle malheureusement, en raison des événements de i9?.o, ne put assurer le service. A l'heure actuelle la section Osmanié, Aïran-Islahiyé ne peut être utilisée. La zone est entre les mains des kémalistes; par suite
les communications entre Adana et Alep ne sont pas possibles par voie ferrée (Janvier 192 1).
Un chemin de fer avait été prévu par les Turcs entre Islahiyé et Marache. Les plans de la voie ferrée et de la route étaient en 191 9 à la Maison de Ville de Marache.
2° 'Réseau routier. — Les Germano-Turcs avaient achevé, pendant la guerre 1914-1918, la route traversant le Taurus de Bozanti à Adana et la route traversant l'Amanus de Osmanié-Mamoureh à Islahiyé (tronçon de la route Adana- Alep).
Les Services administratifs en 191 9 entretinrent et firent la réfection des routes du Taurus et de l'Amanus, empierrèrent la piste Mersine- Tarsous-Adana, construisirent des ponts, de manière à rendre roulables par beau temps aux automobiles les voies principales. Enfin, les pistes furent tracées et aménagées entre les points principaux de la Cilicie.
a. Les routes carrossables par beau temps sont :
1° Mersine-Tarsous-Adana;
2^ Bozanti- Yenidjé (route empierrée).
h. Les routes bien tracées, mais coupées en nombreux points à la suite de pluies sont :
I o Adana - Missis - D jïhan - Toprak - Kalé - Osmanié - Hassan-Beyli- Islahiyé- Alep.
Cette piste est très importante et roulable aux autos en été; elle est mauvaise entre Adana et Missis, D jïhan et Toprak- Kalé.
2° Toprak-Kalé-Dortyol-Alexandrclte. Cette route
APERÇU KCONOMIQI E. \9.'l
traverse le Karatchaï d'Osmanié sur un pont construit par les Français. Elle est très mauvaise à la suite de pluies. Le Génie français avait commencé des travaux considérables pour aménager celte route d'une importance capitale pour le commerce et le ravitaillement des troupes, mais ces travaux ont été abandonnés.
c. Pistes aménagées roulables aux autos en été :
Adana-Sis,
Adana-Karatach,
Dortyol-Ayas-Adana,
Djïhan-Kurt' Koulak- Ayas.
3° Ports. — La Cilicie, dotée d'un réseau ferré déjà important et possédant un réseau routier que l'empierrement des pistes dotera d'un rendement commercial sérieux, ne possède malheureusement pas de port digne de ce nom.
Mersine est une rade ouverte située sur une côte basse, dont l'approche est interdite aux navires de charge par suite du manque de fond. Tel qu'il est, Mersine sert de débouché au 'chemin de fer, surtout en ce moment où Alexandrette est séparée de la Cilicie par le relèvement des rails entre Erzin et ce port. Deux wharfs ont été aménagés à Mersine pour permettre le débarquement des marchandises transbordées par mahonnes. Les Services administratifs avaient entrepris en 191 9 quelques travaux pour l'aménagement du port de Mersine. A la suite des tempêtes de fin décembre 191 9, qui causèrent des dégâts considérables, il fut construit une plateforme
avec quai de 65"^, une jetée de laS^^ avec grue à vapeur.
Mersine parut depuis longtemps insuffisant; des recherches furent entreprises pour trouver un mouillage sûr le long de la côte cilicienne. Il est difficile de trouver un ancrage susceptible d'être transformé en port en raison de l'apport continuel des limons qui gagnent sur l'eau et en raison de l'éloignement des montagnes, dont les hautes cimes situées près de la mer correspondent généralement à de hauts fonds. Cette situation ne se trouve qu'à Alexandrette.
Dès cjue la ligne Toprak-Kalé- Alexandrette sera rétablie, ce port pourrait évidemment servir de débouché à la Cilicie. Mais Alexandrette, très malsain, coûterait une dizaine de millions pour le dessèchement de ses environs ; la montagne l'isole complètement de l'hinterland. Il faudrait entre Alexandrette et Alep une voie ferrée à tunnels très onéreuse. D'ailleurs Alep qui tenait son importance de son rôle caravanier, voit son trafic décroître avec le Baghdadbahn; Alep ne sera plus qu'un centre agricole. En outre, Alexandrette est et sera sous un régime politique différent de la Cilicie. Il y a intérêt à ce que la Cilicie ait son port, étant donné encore que la position, pour ainsi dire internationale du chemin de fer de Baghdad, fera insister sur ce point. La Cilicie au terminus du Baghdad, au débouché de l'Anatolie, doit avoir son port particulier.
Ayas, l'ancien grand port arméno-vénitien, esl totalement insuffisant. Karatach trouve de nom-
Ai>Ei\<;u KcoNOAJiun:. 12»
Ijrciix partisans. La baie de Youriiioutalik présciile de nombreux avantages. La question reste en suspens : elle demande un examen sérieux, car il s'agit d'une question mondiale qui amènera la formation d'une ville comme Alexandrie ou Marseille.
4^ Syrie et Cilicie. La route des Epices. — ■ On a souvent comparé la Syrie et la Cilicie, mais on n'a pas eu souvent le courage de montrer combien les richesses tirées du sol même de la Syrie étaient peu de chose comparativement à celles de la Cilicie. A part le Hauran et la Bekaa qui suffisent à peine à la consommation locale et à celle de la Palestine, peu de plaines fertiles et cultivables. La Syrie a tiré son importance historique de ce qu'elle était le terme des routes caravanières de l'Orient vers l'Occident. Les caravanes venues de Chine, de l'Inde, de Perse, de Boukhara, de l'Asie antérieure apportaient aux échelles du Levant les soieries, les épices, les riches produits que venaient transborder vers Venise, Gênes, Pise, Lisbonne, les vaisseaux de l'Europe. Pour la possession des ports du Levant, les peuples se sont battus. Les croisades ne servirent pas uniquement à conquérir sur les Musulmans les Lieux-Saints du christianisme; elles furent utilisées })ar les Vénitiens pour abattre Byzance rél'ractaire aux traités commerciaux avec la République des Doges, à rouvrir les ports du Levant que les Sarrasins avaient fermé aux Chrétiens pour se réserver le monopole des épices, tellement se vérifie l'identité des grandes routes de guerre et des grandes
routes commerciales. Depuis lors, les Syriens sont restés des colporteurs {^),
Pendant des années, Venise, Gênes, Pise, le Portugal, la France, la Hollande, l'Angleterre luttèrent pour la possession des routes de l'Orient. Afin d'ouvrir une route nouvelle vers les Indes, route différente de celle du Levant, que les Musulmans vainqueurs fermaient à la chrétienté pour se réserver la part du lion dans le transit des épices, Vasco da Gama double le cap de Bonne-Espérance, Christophe-Colomb découvre l'Amérique. Des luttes mémorables s'engagent encore dans l'Océan Indien entre Chrétiens et Musulmans pour le monopole du commerce avec l'Orient.
L'ouverture du canal de Suez ramena vers la Syrie et l'Egypte le courant commercial. Aujourd'hui là route des Indes se déplace à nouveau vers le Nord. La construction du chemin de fer de Baghdad, donne une voie plus rapide, plus sûre, pour le transport des produits légers et précieux de l'Extrême-Orient et du Levant. La Cilicie prend de plus en plus la place historiquement tenue par la Syrie. C'est pourquoi ce serait un leurre de vouloir conserver la Syrie sans la Cilicie.
Les Anglais avaient rêvé de construire vers les Indes un chemin de fer qui, de Constantinople par Sivas, Malatia, aurait gagné Mossoul et Baghdad. Ce fut peut-être une des raisons pour lesquelles, en nous abandonnant l'influence sur la Cilicie, ils ont
(^) Louis Laurent, Lca Syricia^, Paris, nji8.
APERÇU ÉCONOMIQUR. l^J
si apremcnt revendiqué Mossoul dont ils connaissaient déjà la valeur pétrolifcre. Des raisons géographiques et politiques leur ont démontré que le seul chemin rationnel de Constantinople vers l'Est passait par la Cili ;ie. C'est pourquoi, maintenant encore, prévoyant l'importance capitale de la « route des épices » la plus courte, les Anglais se réservent le droit de construire un chemin de fer c[ui, de CaïfYa et de la Palestine, gagnerait Baghdad.
Quels que soient les efforts des Britanniques, ce chemin de fer ne vaudra jamais le Baghdadbahn par la Cilicie. En effet, outre les produits orientaux à transporter, la voie ferrée trouvera en Cilicie un hinterland riche, produisant par lui-même, capable d'alimenter la voie, ce que ne pourraient jamais faire la Syrie, encore moins la Palestine et les déserts traversés par le Caïffa-Baghdad. Pour ces raisons, par suite du déplacement vers le nord de la route des épices, par suite de sa richesse naturelle, la Cilicie doit être économiquement française.
Conclusion.
La conclusion de ce bref exposé économique est que la Cilicie est un pays d'avenir. Ce qu'ont pu faire quelques officiers français en 191 9, sous l'impulsion du colonel Brémond, montre ce ({ue pourront tirer de ces fertiles régions les initiatives compétentes. Les habitants de la Cilicie ont compris en 191 9 tout ce qu'ils pouvaient recueillir de l'aide et des conseils français. Au moment où les Ottomans revcndi([uent
l'.s ciiM'inu: NI. M'i;iu;i; kconomiqi i^-
]a (îili(tic dans 1;m|U(.'1I(; J'iioimcur Iraïujuis csL ciiga^r-, il ii'esL pas inutile de rappeler ce que l'enicnte entre l'rançais et Ciliciens a jui faire dans eette région au point de vue 6cononrK[ue. Lès résultats obtenus pour la mise en valeur dii pays et le bien-être de ses habitants (l(»i\(Mil jKMicher dans la balance politique, pour démon I lej- la nécessité d'un accord du(juel dépend l'avenir écononii(|ue de la Cilicie.
Aa Cilicie.
PL l\
Cl. (l.-V.
Avatit-gardc de cavalerie au poiil de TAk-Su (près Maraclie). Partisans tclicrkesses et spaliis algériens.
ri. n. r
Gendarmerie cilicienne au Kara-Tcliai.
}'. (iiiillauiiiol, ^rav.
« Une Turquie viable et indépendante.
M. MiLLERANU.
LA CILICIE ET l'eMPIRE OTTOMAN. PROBLÈMES, CONCLUSIONS ET PROJETS.
La Cilicie, partie naturelle cloisonnée d'une Turquie d'Asie sans unité naturelle, peuplée d'une mosaïque de races dont la touranienne ne représente qu'une faible minorité, est une marche, une colonie de l'Empire ottoman.
L'occupation de la Cilicie par les Alliés à la fin de l'année 191 8, les luttes d'influence ouvertes pour l'application des mandats européens aux différentes parties de l'Empire ottoman, les discussions prolongées à la suite du Traité de Sèvres, la renaissance d'un mouvement nationaliste turc et islamique général, ont déterminé, au début de l'année 1921, l'existence de problèmes inquiétants.
La question d'Orient n'a pu être résolue par la guerre 1914-1918 et les traités qui furent l'aboutissant de cette guerre. Au contraire, les particularismes locaux des différentes races et religions orientales se sont exacerbés au lieu de se calmer; les Musulmans en général, les Ottomans, les Kurdes, les Arabes, les Tcherkesses, les Ansarieh ont acquis, dans cette période, un renouveau d'existence na-
l3o CHAPITRIÎ VI(.
tionale. Par un phénomène qui semble à première vue contradictoire et qui, en réalité, est un corollaire immédiat de cet état d'esprit, les particularismes tendent à s'unir dans un mouvement d'ensemble pour la réalisation de leurs aspirations personnelles. Fait plus grave, les schismatiques musulmans qui, jusqu'à pr.ésent, étaient restés à l'écart de tout mouvement, semblent eux-mêmes se joindre au soulèvement xénophobe. On signale à Angora la présence des émirs de Kerbela en même temps que celle du grand chef des Senoussistes.
François I^^, roi de France, pour faire contrepoids à la puissance de Charles- Quint, maître des Pays- Bas, de l'Allemagne, de l'Autriche, de l'Italie et de l'Espagne, fit alliance avec Soleïman le Magnifique, au grand scandale de la chrétienté d'alors. L'entente franco-turque équilibra l'Europe contre les poussées de la Maison d'Autriche d'abord, du Germanisme ensuite.
Pour des raisons qui seraient intéressantes à étudier, l'influence française fut peu à peu remplacée en Turquie par l'influence allemande représentant une force que l'on croyait invincible; la France chercha le contrepoids dans l'Est en s'alliant avec la Russie. La Russie désirait réaliser le rêve de tous ses empereurs d'occuper la Ville des Tsars : Tsarigrad (Constantinople) ; ce rêve d'un allié de la France devait contribuer, autant que la politique germanique, à jeter les Turcs dans les bras allemands.
En 1920, la situation est changée : les Allemands sont pour l'instant hors de cause, les Français ont repris leur liberté vis-à-vis de la Russie. La Turquie
LA CILICIK ET l'EMPIRE OfTOMAN. l3l
et la France peuvent-elles, à nouveau, s'entendre malgré la guerre, malgré le bolchevisme, malgré les menées sourdes d'agitateurs désireux de maintenir le trouble qui est leur seule raison d'être ? Cette entente est désirée par tous les Français quels qu'ils soient, sans le moindre contredit possible; mais ce désir général et profond ne doit pas faire négliger les précautions à prendre.
La mentalité turque est assez différente de ce que la majorité française peut penser d'elle. Les ouvrages magnifiquement écrits de notre Pierre Loti nous font connaître une Turquie idéale de laquelle on peut tout attendre. Or, cette conception n'est nullement exacte.
Le Turc hospitalier, prévenant, francophile, que nous dépeint Loti existe encore, mais il n'est plus seul. Quelles qu'en soient les raisons passées, il existe en Turquie, depuis un certain nombre d'années avant la guerre mondiale, deux espèces de Turcs : le vieux Turc, celui dont parle Loti, est toujours le même; mais le jeune Turc, représentant la classe dirigeante, élevé dans les écoles allemandes et dans les écoles bolchevistes, est désormais germanophile et non plus francophile. C'est lui qui, sous l'influence de Berlin, de Moscou, soulève ce peuple de moutons que la force entraîne toujours même contre ses véritables intérêts (^). Voilà pourquoi nous voyons, en Turquie, se passer des faits à première vue contradic-
(^) On se rappelle les procédés du Club « Union et Progrès » : un meneur ou deux choisis parmi les tout jeunes gens qui osent tout, le revolver au poing, mènent par la terreur des territoires immenses.
l32 CHAPITRK VU.
toires. Des bandes, kurdes d'ailleurs, faisant prisonniers des Français du 4i2^ régiment d'infanterie, les relâchent après leur avoir pris les armes, leur disant : « Français et Turcs amis ! « Par contre, des blessés sont brûlés (^) ! Tout dépend si les Turcs ont parmi eux des meneurs ou des germanophiles, pour lesquels les procédés brutaux sont devenus un moyen d'action sur les populations. Nous serions heureux de voir renaître de bonnes relations franco-turques, mais il est certain que nous devons prendre nos précautions et nos gages contre ces meneurs germanophiles qui pourraient, à nouveau, dans l'avenir, soulever le jDeuple ottoman contre nous.
M. Ismaïl, dans V Eclair du i8 novembre 1920, rappelait les paroles de Lamartine : « La Turquie est l'avant-garde de la civilisation » et demandait que la Turquie serve de barrière entre l'Europe et le bolchevisme. Il est exact de dire que la Turquie représente une force, mais nous devons être sûrs que cette force ne servira pas d'instrument aux Allemands contre nous. Le peuple turc est réfractaire à l'anarchie, mais subit, comme un troupeau de moutons, le berger quel qu'il soit. Or, à l'heure actuelle, les bergers sont les meneurs kémalistes ; il est à craindre que ces meneurs restent germanophiles; d'ailleurs, ils sont pour l'instant alliés aux bolchevistes. Je dis pour l'instant, car il est probable que la haine du Moscovite est encore vivace en Anatolie ; tôt ou tard, les Turcs s'apercevront qu'ils ont été des instru-
(^) Fait produit en 1920 entre Osmanié et Aïran.
LA Cl Lie» E ET l'eMPIRE OTTOMAN. l33
ments entre les mains des Russes. A ce moment, la réaction se produira. Si donc, la Turquie peut être débarrassée des mauvais bergers qui la conduisent à sa ruine, ou si ces mauvais bergers se transforment, rien ne s'opposera à l'existence de la Turquie.
Les Kémalistes répondent à cette objection en disant que leur entente avec l'Allemagne et la Russie de Trostsky n'a été et n'est qu'un moyen, un instrument pour défendre l'intégrité ottomane contre les envahisseurs étrangers. La réponse est valable, mais il est certain que nous, Français, en ayant au fond du cœur le plus réel désir d'amitié avec les Turcs, nous devons prendre nos gages et nos précautions pour l'avenir, en raison des défections passées, et de l'attitude hostile actuelle.
Il devra être tenu compte que l'on ne revient pas en arrière : les républiques de Géorgie, d'Arménie, du Kurdistan, doivent avoir l'autonoinie qu'elles réclament. Dans ces conditions, rien ne s'oppose à la conception d'une Turquie apte à se régénérer.
Dans une telle ligne de conduite, que devient la Cilicie ? D'abord la Turquie a des dettes financières envers nous, et la Cilicie est le gage des remboursements futurs. Les Turcs de Cilicie admettaient très bien cette manière de voir : Le vieil LIadji Hussein, chef des Tadjirli d'Osmanié, en faisait la raison de son loyalisme au Contrôle français. A Marache, les Bayyazid Zadé mettaient leur puissance féodale à notre service en vertu de ces dettes, pourvu, disaientils, que l'on ne touche pas à la religion !
Au point de vue militaire, tenir la Syrie sans la
Cilicie est s'exposer à de graves mécomptes. Bonaparte avait pris le Taurus comme point extrême de son avancée. De 1887 à i84o, les Égyptiens d'Ibrahim pacha, pour protéger la Syrie, occupèrent le Taurus; nombre de leurs fortins s'y voient encore. Et je ne parle pas des batailles livrées par les Pharaons, les proconsuls romains, les émirs sarrasins, pour se rendre maîtres des passes que forme l'actuel Bozanti et qui sont les portes de la Cilicie.
En outre, malgré que quelques-uns de leurs chefs et de leurs Imams aient conseillé aux Turcs de ne pas engager de luttes à main armée contre les Français, leur aient conseillé d'employer la persuasion pour les convaincre de quitter la Cilicie et de les attacher, par le raisonnement à la réorganisation de l'Empire ottoman, le sang français a coulé. L'honneur militaire français est engagé. Les Français ne peuvent évacuer la Cilicie dans des conditions qui représenteraient pour les Musulmans une défaite française.
La perte du prestige militaire serait non seulement la perte du prestige français en Orient, mais aurait des répercussions graves dans tout l'empire musulman français. Comment trouver les volontaires indigènes nécessaires à la diminution des charges militaires métropolitaines si les Arabes et les Berbères employés en grand nombre au Levant sont convaincus de la supériorité militaire du Turc ? Comment empêcher les agents pantouraniens de mener un jeu souterrain contre nous en Tunisie si le prestige français n'est pas intact !
Pourtant, la question de la Cilicie n'est qu'une
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donnée du problème ottoman. Les Hindous qui, dans leur manifeste, déclaraient qu'aucun musulman ne souffrirait la réduction du pouvoir temporel du Sultan Khalife, reflétaient évidemment la mentalité de l'ensemble du monde musulman. La Turquie est le seul grand état islamique qui compte; sa disparition amènerait une rupture d'équilibre religieux en ce sens que l'Islam tend nécessairement à la constitution terrestre d'un état théocratique. La loi religieuse et la loi politique sont intimement unies dans le Coran et nul ne pourrait les séparer. Malgré les schismes et les séparatismes, la Turquie est actuellement la seule réalisation de l'état théocratique ordonné par le Coran. Ce fait cause l'impression de malaise du monde islamique à la suite du traité de Sèvres, non pas malaise causé par la diminution des Touraniens ou de Sultans qualifiés d'usurpateurs par la. plupart des Croyants, mais bien par le recul du Croissant et l'assujettissement des Musulmans. De là l'ampleur des revendications et l'existence d'une coalition spirituelle islamique contre les promoteurs et les exécuteurs du traité de Sèvres.
Kémalistes et bolchevistes ont très bien compris cet état d'àme : c'est pourquoi ils essaient actuellement de muer le mouvement nationaliste purement politique en un mouvement religieux, qui grouperait alors tous les Musulmans. La psychologie intime des Turcs explique encore ces efforts : il est un fait que le Turc, d'esprit essentiellement mobile, ne garde pas longtemps le même but devant les yeux; poup le inaintenir en armes, les meneurs sont obligés de
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lui montrer des buts successifs. Aussi, la préparation aux prochaines luttes, après avoir été touranienne, s'esquisse maintenant comme panislamique. Là gît le danger réel, car « la folie d'une tribu gagne rapidement la tribu voisine )\ surtout quand il s'agit de folie religieuse. La France, deuxième puissance musulmane du monde, doit prendre garde aux décisions actuelles qui vont gravement engager l'avenir.
Le problème s'expose désormais nettement : Les Turcs demandent la révision du traité de Sèvres qu'ils considèrent comme un étranglement de toute vie politique, religieuse et économique en Orient.
Ils considèrent que l'Entente n'a aucun moyen matériel de forcer la Turquie à accepter ses volontés. Ni en Angleterre, ni en France, disent-ils, la nation n'admettra d'envoyer des corps d'armée à l'intérieur de la Turquie. Quant aux Grecs, le retour de Constantin les met hors de cause pour une bonne part.
Les Turcs francophiles ajoutent que Mustafa Kemal pacha s'est servi des Allemands et des Russes comme des seuls instruments possibles pour la défense nationale; mais Lénine poursuit, quand il le peut, l'ancienne politique tsariste d'annexions en Turquie : il vient de le prouver récemment en empêchant les Kémalistes de peser sur la République arménienne d'Erivan. La haine des Russes est trop vivace chez les Turcs pour que leur alliance soit réelle et durable. L'Allemagne ne peut aider la Turquie. L'Angleterre a perdu le plus grand nombre de ses partisans en mettant la main sur le gouverne-
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ment de Constantinople. Reste donc la France généreuse, alliée séculaire des Ottomans; elle doit, disent nos francophiles, user du contrepoids géographique que fait pour elle la Turquie à l'orient de l'Europe, nous aider à recouvrer nos droits et nos libertés. La France aura ainsi une bien plus grande influence sur l'ensemble de l'Empire Ottoman, recueillera beaucoup plus de privilèges économiques dans tout l'Empire que dans la prise de possession de quelques provinces.
Ce raisonnement est fort séduisant, mais de nombreuses objections se présentent. D'abord, le problème ottoman n'est lui-même qu'une donnée dans le rétablissement de l'équilibre en un monde désiquilibré par la crise de 191 4 à 191 8; il est raisonnable d'admettre que la France n'est pas seule, qu'elle doit tenir compte des engagements pris envers ses alliés et des intérêts de ces derniers. L'Entente francoanglaise ne peut pas être mise en question, toutes les discussions concernant nos intérêts devant d'ailleurs être âprement soutenues.
En ce qui concerne les Turcs eux-mêmes, il est permis aux Français de se méfier. Les deux peuples sont, sans controverse possible, sympathiques l'un à l'autre; mais, à maintes reprises, les meneurs touraniens ont trahi les engagements pris; quelques semaines avant 191 4 5 les Français consentaient cinq cents millions en prêt à la Turquie; ces millions allaient servir à les combattre. Je sais très bien qu'en France même, des Turcs notables prévenaient du jeu mené par les Tourano-Boches et conseillaient de ne pas avancer les fonds ; il n'en est pas moins vrai qu'au
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signal donné par les meneurs, le peuple entrait en guerre contre les Français. Ce cas peut se reproduire. Tout en proclamant sa volonté parfaite d'amitié avec les Turcs, la France doit prendre ses garanties et demander des gages. Alors intervient le problème cilicien dans le problème ottoman.
Militairement, la Cilicie est nécessaire à la protection de la Syrie. LeTaurus, avec son seul passage au col de Bozanti, est la barrière naturelle nécessaire. Economiquement, la Cilicie permet à la France de se ravitailler en coton et céréales. Ethnographiquement, en Cilicie sont des minorités qui, unies, forment une majorité opposée aux Touraniens. Enfin, l'honneur français est engagé en Cilicie par le sang versé; l'évacuation aurait des répercussions trop grandes pour pouvoir être envisagée.
De leur côté, les Ottomans revendiquent la Cilicie comme turque; Smyrne et la Thrace passent avant la Cilicie dans leurs revendications, mais il serait puéril de nier aue la mise d'un protectorat jfrançais sur la Cilicie n'entraînerait pas des luttes à outrance. Les Musulmans de Cilicie admettaient notre contrôle politique, mais tenaient à rester sous la tutelle du Sultan.
L'autorité du Khalife est encore réelle en Turquie bien que le Sultan actuel semble déconsidéré pour avoir traité avec les AlUés, cependant il apparaît qu'une entente aurait eu lieu entre le souverain et les Nationalistes. En effet, les Kémalistes eux-mêmes se rendent compte de la nécessité d'avoir un Sultan. Déjà Abd ul Medjid, fils du souverain actuel, a essayé de s'enfuir de Constantinople vers Angora. Il l'essayera
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vraisemblablement encore. S'il réussit, il pourrait être reconnu Sultan à la place de son père dépossédé. Alors, le mouvement kémaliste deviendrait réellement national, islamique, dangereux pour les Européens, pour les Chrétiens tous solidaires. C'est pourquoi la France doit prendre position pour le rétablissement du pouvoir du Sultan, fait possible, car le peuple le désire.
L'occupation kémaliste de plus de huit mois en 1920, a fait perdre à la France une, grande partie du terrain politique gagné en 1919. Par le rétablissement du Sultanat, la France pourrait reprendre à nouveau son influence perdue. En outre, les schismatiques musulmans, très nombreux en Turquie, déjà fâcheusement influencés de ce quelesKémalistes ne reconnaissent pas les libertés acquises en 1919, seraient facilement impressionnés par une politique favorable.
Les points de vue français et turc ne sont pas incompatibles, étant donné que la France désire sincèrement une amitié durable et que la Turquie déclare avoir la même volonté.
Dans ces conditions, sans aucunement préjuger de la révision du traité de Sèvres en ce qui concerne le reste de l'Empire ottoman, il semble que la Cilicie entière, de'Mersine à Islahiyé, pourrait rester dans le sein de l'Empire ottoman, mais avec un contrôle français sur chacune des branches administratives.
La Cilicie serait séparée de la Syrie, de laquelle elle diffère géographiquement, ethnographiquement et politiquement. Le Haut Commissariat de la République Française en Syrie et en Cilicie serait transformé et perdrait, en tout cas, la Cilicie dont le chef
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du Contrôle administratif serait rattaché à Constantinople, par l'intermédiaire par exemple d'un conseiller français, nommé d'accord par le Gouvernement français et le Sultan. Ce serait une formule facile à déterminer d'accord avec les Ottomans. Cette orientation de la Cilicie vers Constantinople, si souvent réclamée, marquerait un progrès sérieux vers la pacification et l'entente. L'avenir serait d'ailleurs, formellement réservé en faveur du Gouvernement ottoman, pour le jour où il aurait payé.
Satisfaction serait ainsi donnée aux Nationalistes turcs, qui auraient l'avantage d'une Cilicie ottomane.
Satisfaction serait donnée aux minorités de races et de sectes qui, dans l'ensemble, sont la majorité en Cilicie; le Contrôle administratif français leur assurerait leurs libertés politique, religieuse, scolaire, acquises en 191 9 sous le Contrôle français et refusées jusqu'alors par les Ottomans.
Satisfaction serait donnée aux Français qui auraient en Cilicie, d'accord avec les Ottomans, un gage pour le remboursement des emprunts consentis, auraient en Cilicie une base pour leur action politique et économique en Orient, n'auraient enfin acune perte de prestige ni d'honneur.
Si, plus tard, les Turcs ne tenaient pas leurs engagements, la Cilicie, point de départ de toutes les routes commerciales, base stratégique de premier ordre, terre riche en promesses économiques, serait le gage nécessaire pour le maintien de nos droits, pourrait être la base militaire qui nous a manqué pendant la guerre 1914-1918.
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Si, au contraire, les Turcs restaient fidèles à leurs promesses, une fois l'éducation politique faite, la Cilicie serait rendue progressivement à son indépendance complète.
Il serait puéril de penser que la question d'Orient va être réglée en quelques instants par quelque traité. Il est hors de doute qu'il faudra encore de nombreuses années avant qu'une solution durable et rationnelle intervienne. C'est pourquoi l'organisation souple proposée peut se prêter à toutes les combinaisons futures. En Orient, les situations sont tellement complexes, ont des répercussions si lointaines en raison de la liaison profonde entre la vie politique et la vie religieuse, qu'il est nécessaire de ne pas donner aux problèmes de solution rigide. On ne saurait mieux comparer l'Orient à un vaste espace de sables mouvants; sur des sables mouvants, on ne peut construire d'édifice; il faut les recouvrir de branches de palmiers également flexibles et souples. Les solutions politiques en Orient doivent répondre à ce concept. En ces pays où les peuples manquent de continuité dans l'effort, des hommes travailleurs, persévérants, connaissant la mentalité orientale, arriveront sans peine à maintenir l'amitié des Français et des Turcs nécessaire à l'équilibre du monde, tout en sauvegardant les droits des minorités. Ils auraient en tout cas le moyen de faire une politique humaine et bien française.
,er février 1921.
TABLK DES MATIERES.
F'ages.
Préface v
Généralités : Déftniiions géographiques. Définitions
administratives 2