VI PRÉFACE
à cette date le spectacle de Rome, pacifiquement ressaisie par l'armée de ceux qui, des plus extrêmes points du globe, venaient saluer dans Pie IX captif la double royauté dont on prétend le déposséder. La révolution ne s'y est pas trompée et les changements politiques survenus ail même moment n'ont pas peu contribué à grandir encore l'impression qui, de Rome se répandait parmi les nations catholiques. Ainsi s'explique la bienveillance avec laquelle ont été accueillies les correspondances envoyées de Rome à VUnivers pour peindre, autant qu'il est possible, la physionomie que rendait à la Ville Éternelle, pendant ces jours mémorables, cette marche triomphale des fils de l'Église groupés autour de Pie IX, debout contre les hommes de la dévolution. Afin d'en fixer le souvenir, le corres-» pondant, qui a eu la joie d'assister à ces fêtes, a été prié de rassembler ses récits épars. Il a pu y joindre les documents précieux que contient un
PftÉFACR VU
Appendice où figurent', avec les discours du Pape, les adresses des nalions catholiques, le mandement de prise de possession par Pie IX du siège de Spolète il y a cinquante ans, l'Homélie de Mgr Pie prononcée à l'occasion du Cinquantenaire, mais surtout l'admirable allocution par laquelle Pie IX, le 22 juin, a voulu célébrer lui-même publiquement cette manifestation incomparable du peuple chrétien. Dans cet ensemble, il n'est pas douteux que le lecteur puise à son tour l'émotion dont furent remplis les heureux témoins des fêtes de Rome et dont ces pages ont le seul mérite d'être le trop faible, mais le très-5incëi*e écho.
Auguste Roussel.
LA
CmOUANTAINE ÉPISCOPALE
DE
Rome, 10 mai.
Le mouYement des pèlerinages. — Les pèlerins de la Savoie et de la Bretagne. — Le grand pèlerinage français , Discours du Pape. — Offrande au Saint-Père du prince Amédée, duc d'Aoste. —Les pèlerins d'Amérique; dons du Canada. — Diverses audiences. — Une amazone au Vatican. — Mort de Mgr Mabile. — Réception des pèlerins de Rodez et du Canada.
C'est un merveilleax spectacle que celui qui se donne à Home depuis déjà plus de quinze jours, n semble en effet> et ce n'est point une ûgure, que le monde catholique tout entier s'y soit déjà donné tendez- YOuSy et pourtant ce que nous voyons n'est que le commencement^ que sera-ce d'ici à la fin des
fêtes I Dans ce concours il conveDait que la France arrivât la première et i'on ne sera pas surpris d'apprendre qu'en ejffet ce sont des pèlerins de Bretagne et de Savoie qui, les premiers, ont reçu la bénédiction du Souverain Pontife, En dépit du travail révolutionnaire, ces deux provinces gardent en elles Tardeur et la simplicité d'une foi dont nous sommes les témoins : le Saint-Père en a été particulièrement attendri. Pour la Savoie, quatre diocèses étaient représentés parles cent quatrevingts pèlerins, savoir : de Chambéry, d'Annecy, de Taren taise et de Saint -Jean-de-Maurienne. Mgr Turinaz, évêque de Tarentaise et Mgr Rosset, évêque de Saînt-Jean-de-Maurienne étaient à la tête du pèlerinage. Reçus en audience le 1®' mai, les deux évêques ont lu deux adresses où la foi parle le langage le plus énergique, pour flétrir les attentats commis et médités envers le Saint Siège. Le Saint-Père a répondu par un discours admirable que je n'ai pas à résumer puisque j'ai pu vous en envoyer le texte.
Deux jours plus tard, le 3 mai. Pie IX prononçait une nouvelle et très-émouva^te improvisation en réponse à une adresse lup par ]^gr David, évêque do Saint-Brieuc^ au nom des pèlerinç bretons auxquels s'étaient joints les pèlerins ^e Roclez ayant à leur tète M. l'abbé Bousquet, et les pèlerins de Clcrmont conduits par M. l'abbé Beauregard. Le
pape a parlé de ses Joies et de ses douleurs. Les joies lui yiennent de la fidélité, du zèle et du dévouement des catlio^q[ues comme ce\iz de la Bretagne dont il a fait le grand éloge ; les douleurs lui sont imposées par la vue'des maux qui oppriment rÉglise et la Société. Pourtaqit^ nous devons espérer le triomphe et, aflsi 4c le préparer, le Pape, avec des paroles émouvantes et une majesté incomparable^ s'est adressé à Dieu, lui demandant de bénir la Bretagne et la France entière que rÉglise considère toujours comme sa fiUe atnée, . Ces audiences, toutefois, n'étaient qu'un prélude. Le S mai, Cête de saint Pie Y, plus de quJLnze cents pèlerins fcançais ;Co«:ippenaQt, ai^ec les pèleûns bretons et savoisiens, $ix eents pèlerins de Paris récemment arrivés soos la conduite du B. P. Picard et du vicomte de Damas étaient adressés à Taudience dans la grande salle ducale. En 4eur nom, M. le vicomte de Damas ayant lu une vigoureuse adresse dont je vous envoie le texte, le Saint-Père a répondu par un des plus magnifiques discours qu'il ait jamais prononcés, faisant clairement allusion à tous les gouvernements persécuteurs, spécialement, qui, par tous les moyens dont ils sont capables, voudraient eçipéeber les belles manifestations des pèlerinages , puis comparant la Ville sainte à rÂrchc sainte tombée aux mains des Philistins. Mais je ne saurais résumer ce discours, et
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d'aillen rs^ à Thênre où je Tons écris, Toas Tanrez sans doute déjà publié.
Ce qu'on peut dire à ce sujet, c'est qu'il est des princes, même dans les familles dont les chefs sont notoirement des persécuteurs de l'Église qui, pour leur part, entendent protester contre cette persécution. C'est ainsi que le prince Âmédée, ducd'Âoste a Youln, pour témoigner son dévouement au Pape, lui offrir, à l'occasion de sa cinquantaine, un superbe calice. Cette œuvre, magnifique travail d'orfèvrerie, dont on estime la valeur à plus de 12,000 francs, est rendue plus précieuse encore par la lettre qui l'accompagnait et qui exprime les sentiments du prince avec un tel accent de foi et de tendresse âHale que le Pape, en la lisant/ n'a pu retenir' ses larmes. C'est en vain que, pour diminuer la portée de cette manifestation, les journaux italianissimes, qui ne peuvent en nier Texistence^ parlent d'un vœu qu'aurait fait avant de mourir la pieuse épouse du prince, la princesse délia Gisterna et dont Amédée ne serait que l'exécuteur. La façon dont il exécute ce vœu montre clairement qu'il s'y associe et le fait acquérir ainsi un double prix.
n faut dire qu'il n'était pas besoin de ce nouvel incident pour exciter la fureur des journaux révolutionnaires contraints eux-mômes de mentionner chaque joar l'extraordinaire concours des pèlerins.
Anjoard'hai, on apprend que les États-Unis seront eux-mêmes dignement représentés dans cette fête de la catholicité. L'archevêque de Philadelphie, Mgr Wood, présentera au Saint-Père la somme de 200,000 francs en or, obole de son diocèse. Mgr Wood apporte en outre la médaille qui a été donnée en prix par les États-Unis aux merveilleuses mosaïques envoyées à Texposition universelle de Philadelphie en 1876 par l'école des mosaïques de Saint-Pierre et plusieurs autres présents pour le Saint-Père*
S. Em. le Cardinal archevêque de Nev^-York envoie de son cêté 50,000 francs en or qui seront présentés par le T. R. D^ Mac'Glynn, par le R. P. Kearney, autrefois élève des collèges américains des États-Unis, et par le R. D'. Edward, curés à New-York, — L'archevêque de Baltimore, Mgr Bayley, ne pouvant à cause de sa santé venir maintenant à Rome, envoie 60,000 francs en or et beaucoup d'autres présents avec des adresses couvertes de signatures. Signalons encore les offrandes du diocèse de Boston, qui seront apportées par Mgr l'archevêque William, lequel est accompagné de Mgr l'évêque de Porlaud. Enfin Mgr Mac'Merney, évêque d'Aibany, apporte de magnifiques présents et 45,000 francs en or.
Le Canada, cette vieille terre française où vit toujours si ardent l'amour de l'Église, indissolu-
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blement uni^ dans ces pays, selon nos anciennes traditîon&y à Tamoar de la France, ne pouvait moins faire et s'est également distingaé par ses généreases offrandes. Mgr Racine, évêqae de Sherbroock, qui conduit le premier groupe des pèlerins et dont VUnivers a signalé le passage à Paris, a pu remettre au Souverain Pontife une somme de 85,000 francs, produit du denier de saint Pierre dans la province ecclésiastique de Québec, avec d'autres offrandes particulières comme celle de M. Pouliot, membre du parlement canadien, consistant en une somme de 1,400 francs, un calice en or émaillé offert par les anciens zouaves pontificaux du Canada, les burettes en vermeil de M. Goblenskî^ seigneur de Saint-Eustacbe^ 1,250 francs donnés par l'Union catholique de Montréa] et puis l'obole du pauvre qui n'est pas moins toucbante. Un domestique de Mgr Piacine a donné 40 francs. Un pauvre du diocèse de Rimouski, 20 francs. Enfin, les canadiens apportent un magnifique album dont la reliure et les illustrations n'ont pas coûté moins de 3,000 francs, et un autre album d'égale valeur contenant les photographies des évêques et de tous les ecclésiastiques de la province de Québec.
Il semble qu'un tel concours devrait apporter au Saint-Père une telle fatigue pour les réceptions qu'il ne saurait suffire à toutes. Cependant il est
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infatigable et chaque joar reçoit aae foale de ces groapes en audience privée^ C'est ainsi qu'il y a trois jours le Pape recevait les pèlerins de Glermont» auxquels s'étaient joints plusieurs autres pèlerins. En entrant dans la salle 'du Consistoire^, le Saint-Père aperçut M. le baron de Loë, ce vaillant catholique qui n'a pas reculé devant les prisons de M. de Bismark pour affirmer sa foi. Le Saint-Père le ût approcher près du trône avec sa famille et lui dit : « Vous avez donné un bel exemple de constance et de courage. Je vous bénis TOUS et tous les vôtres ». Puis le Saint-Père présenta lui-même à Mm® la baronne de Loë un magnifique écrin renfermant une broche gravée sur pierre dure et montée iavec un goût exquis.
M« l'abbé Beaurogard^ vicaire- général de Çler» mont» a ensuite déposé aux pieds du Pape 20)OdO francsv produit du denier de saint Pierre, . plus iO^OOd fraïics contenus dans deux grandes clefs en or et en argent. tt\. Tabbé Beauregard, en &isant cette dohUe ofErande» ayant rappelé que Mgr Féroa est le doyen des évoques du monde entier» le Pape a somri : « Et moi» a^t-il dit^ je suis le doyen des Papas ». Il a ajKMi^té quelques mots à l'Adresse des pères et mères de famîlioi sut la néoeBsité de bien élever leurs enfants en les habitoast à là fréquentation des Saorenents.
Le surlendemafn» recevant les pèlerins d'Amiens
s LA GlNQUANTAIiNE ÉPISGOPALE
et à leur tête M. le chanoine Braadt qai apportait 9,000 francs en outre du denier de saint Pierre, le Saint-Père leur a dit : « Vous venez donc aussi baiser les pieds du Pape, et en eifet il est écrit : Beati pedes evangelisantiumpacem, evangelisantium bona. Et le Pape est le chef de ceux qui prêchent la paix et qui distribuent au monde toutes les bonnes choses que contient la Térité : Vivez donc dans le monde» mais non avec le monde» a-t-il ajouté, car Jésus-Christ a dît ces mots terribles : Nonpro muhdo rogo. Puis il a béni les pèlerins en appelant sur eux et sur la France l'esprit de force, de consolation et de paix o. Ce mot de paix me rappelle un curieux incident qui a marqué Taudienco d'hier. En entrant dans la salle, le Pape aperçut une dame qui tenait une épée : « Comment dit-il, en riant, vous venez avec des armes au Vatican; seriez- vous une amazone 1 )> Très-Saint* Père, répondit la dame an milieu de son émotion, c'est répée de mon mari qui désire la faire bénir par Votre Sainteté. Bien, reprend le Pape, je la bénis, mais à condition qu'elle ne sera que pour la défense de la justice dont le Pape est aussi le gardien. — Deux jours plus tôt, un autre petit incident avait été non moins remarqué. M"*^ la comtesse Alvar d'Âlcantara^ ayant oitert au Saint- Père une calotte en satin blano^ Pie IX a bien voulu Taocepter et, tout aussitôt, a pris sur sa
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tête celle qu'ir portait pour la remettrô à la comtesse.
Je termine, [^hélasl par une triste nouvelle. Mgr Mabile, évéque de Versailles» qui était tombé malade à Home, mais dont on espérait sérieusement la guérison depuis plusieurs jours> est mort liier chez les Frères de Saint-Jean-de-Dieu où il s'était fait transporter dès le commencement de sa maladie; je n'ai pas à dire ce que perdent en lui l'Église de France et le diocèse de Versailles. Mgr Mabile était l'un des évêques les plus fermement dévoués au Saint Siège» Les funérailles du a bon et pieux évêque » , comme Pie IX se plaisait à l'appeler» se feront à Saint -Louis des Français.
P. S. L'audience des pèlerins du Canada et du diocèse de Rodez vient d'avoir lieu à Hnstant. En offrant les présents dont j'ai parlé plus haut» Mgr Racine a lu une très-belle adresse où sont exprimés avec une grande fof ce les sentiments des Canadiens pour le Pape-Roi. Au nom des pèlerins de Rodez» M. l'abbé Bousquet» vicaire-général^ a lu également une adresse très-énergique» puis il a remis au Saint-Père, avec une somme de 65»000 francs» une lettre de Mgr Bourrer» son évêque» une adresse du chapitre et du clergé de Rodez et les offrandes et les requêtes particulières
de nombreux diocésains,
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Dans sa réponse^ qu'il a prononcée en français, le Pape a dit combien il est consolé par le mouvement des pèlerinages. Il a tout spécialement loué le zèle des Canadiens venus de si loin à travers les mers pour témoigner de leur foi. Ceux qui viennent de moins loin, a ajouté le Saint-Père, parlant des pèlerins]de Hodez^ montrent d^ailleurs la même foi, le même dévouement.
Le Pape a ensuite recommandé la constance et la confiance dans la prière, pensée qu'il a développée magnifiquement par des textes qui se rapportaient ^ux fêtes prochaînes de T Ascension et de la Pentecôte> disant que par la prière nous avons en main, dé qaeltjue manière que ce soit, la toute puissance de Dieu.
Le pape, énumérant ici les maux qui accablent la société, leur a donné le nom de fièvres, qui exprime bien la folie des mauvaises passions, et revenant encore à refficacité de la prière : il paraît souvent bien difficile, a-t-il dit, de convertir, par exemple, tel ou tel ministre qui dirige aujourd'hui les affaires publiques. Ce serait certainement un grand travail et, cependant, armés de la prière, nous ttô devons désespérer de rien. A ce moment le Pape s'est levé et d'une voix forte, avec des accents dont l'émotion pénétrait tous les cœurs, il a béni la France, ses pèlerins et ceux de Rodez en particulier, le Canada, ses évêqufes, ses prêtres.
sQs ûdèles et ses zoaayes^ 1^ issant de ce discours nne impression qui ae s'eSacera pas.
RomSi 17 mai.
Le pMerioAge \yonna49. ^ Les pèlerins SDglais, éacssais» hollandais. » L'audience des pèlerins allemands* — Vinvito du cardinal-vicaire
J'ai pu voir aujourd'hui le Pape dans une audienoe solenaello, e\ de visuie puis témoigner que ceux-là se trompent^ ou veulent tromper^ qui parlent de raffaiblissement du souTerain Pontife. Pie IX» il est Yrai> vient maintenant aux audiences porté dans une chaîseï afin de ménager ses jambes dont il souJOTre, on le sait, depuis longtemps. Mais sur son auguste visage quel rayonnement de vigueur et de foi, et dans ses yeux quelle jeunesse et quelle viel Au surplus^ ses discours sont là pour dire de quelle énergie dispose celui que ses ennemis observent vainement depuis des années pour surprendre en sa personne quelque motif de fonder leurs criminels espoirs. Comme celle de nous tous, la santé du Pape est aux main^ de Dieu ; mais c'est la vérité que sur Pie IX les années passent et ne semblent pas l'atteindre. Pourquoi les catlioUques ne verraient-ils pas dans cette merveille l'assurance que Dieu nous le réserve
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pour les jours du triomphe auquel le Pape en toutes eirconstances montre une plus grande confiance que jamais ?
Ce sentiment^ on le retrouve chez tous les pèlerins. Â l'hôtel de la Minerve^ où les Français se rassemblent surtout^ c'est le sujet des conversations ordinaires» et c'est une vraie joie de goûter ainsi combien reste maltresse dans tous les cœurs vraiment français cette religion catholique dont certains parlementaires et mâme certains ministres caressent le rêve d'étouffer l'action. La nouvelle reçue ce matin^ de l'aventure qui arrive à M. Jules Simon» n'est certainement pas faite pour diminuer cette impression. Voyez-vous, a-t-on dît sans retard» ce que c'est de toucher au Pape ! Parce qu'il croyait le Pape moindre aujourd'hui qu'autrefois, M. Simon s'est permis la sacrilège audace de démentir publiquement Pie IX, et voilà M. Jules Simon par terre. Les journaux, sans doute, diront qu'il n'est question de rien de semblale dans la lettre du Maréchal résumée par le télégramme ; mais la foi perce les apparences, et il n'est pas douteux que nos pèlerins voient juste sur la cause que ne voudront pas voir la plupart des journaux de Paris.
Pardonnez-moi ces réflexions, difficiles à taire, bien que je vous doive surtout des récits. Mais ces impressions font aussi partie de la physionomie
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des pèlerinages, et on ne saurait les dissimuler tout à fait. Pour le reste, je l'ai dit, les pèlerins sont tout à la joie de leur séjour. Les Lyonnais sont jusqu'ici plus fiers que tous, et c'est justice, car leur audience a fait sensation après les plus graves discours dont a retenti le Vatican. Le télégraphe^ je le saîs^ ne vous en a donné qu'un résumé trop court, et c'est pourquoi j'y reviens. Il n'est pas sûr, en effets que l'allocution du Pape, prononcée en cette circonstance, puisse être publiée dans son texte. Il faudrait avoir, comme moi, sous les yeux l'énergique adresse de M. l'abbé Pagnon, directeur, et celle non moins ferme de M. Blanckon, président du pèlerinage, pour comprendre combien facilement le Pape a été amené à parler aussi clairement qu'il l'a fait des opposants, qui jadis contestaient ou répugnaient à suivre son autorité doctrinale, coiçme de ceux qui, par la persécution, s'attaquent aujourd'hui à l'Église tout entière.
Autrefois, a dit Pie IX, vous aviez parmi vous des hommes qui ne parlaient pas la même langue que nous; mais aujourd'hui, par la liturgie, l'unité est faite, linguis loqueniur novis^ et serpentes tollent. Ils enlèveront de leurs cœurs et serpent de l'insoumission, qnî ne saurait y vivre à côté du zèle dont fait preuve cette noble ville de Lyon dans toutes les œuvres de charité. Passant alors
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ans idées qui lui étaient fournies par les chants delà Pëiitecôte, le Pape a dit quelles sont les souil* lares qui déshonorent le monde et dont il doit être lavé, quelles sont les aridités qui la déssôchent, et par quels moyens on pourra féconder pour le bien ees âmes ou le mal a fait, pour ainsi dire, un Msert.
Enfin, comparant la révolution à Nabuehodonosor dont la puissance n'avait point de bornes^ et qui fut réduit à Tétat de la béte du jour où il se crut un Diôu, le Pape a énuméré toutes mesu^ res de persécution dont l'Église est partout Tobjet, et il s'est écrié : sono bestie dd campiy oui, ils sont déjà pareils à la béte des champs, ceux qui se laissent entraîner par l'orgueil à tout oser contre l'Église et Dieu. Sono bestie dcl eampi. Et bientôt, slls ne se repentent, ils éprouveront ce que peut contre les plus puissants la toute-puissante colère de Dieu.
Le Pape parlait avec véhémence, et je ne saurais rendre ni l'accent, ni le geste, ni surtout le ton de surnaturelle autorité qui faisaient de ces menaces, tempérées pourtant par la miséricorde, une véritable épouvante pour les impies! Mais pour les bons, pour ceux du moins qui veulent être fidèles, quel sujet de consolation, de force et dejoiel Ce qu'on ne pourrait rendre davantage, et ce qui a non moins profondément ému l'assis*-
tance, c'est Taîr plein de tendresse à la fois et de tristesse, mais* aussi de force vraiment triomphante, avec lequel Pie IX, évoquant le souvenir qu'il gardait de Lyon, depuis le jour où il vit, allant au Chili, cette vierge qui, debout sur la montagne, garde la grande cité, rappelait aveo quel enthousiasme y fut accueilli le Pape Innocent IV lorsqu'il y tînt un concile, alors qu'il luttait jusqu'en exil contre les prétentions impies de Frédéric IL Et moi aussi, je lutte, s'est écrié Pie IX, et moi aussi, je le sais, s'il arrivait que, comme lanocent, les événements me contraignissent de quitter Rome, j'aurais le même accueil dans la catholique et hospitalière cité de Lyon.
Le respect et l'émotion retenaient également les acclamations des pèlerins, mais leurs visages à tous parlaient et faisaient la réponse. N'était-elle pas d'ailleurs, et par avance, dans les présents généreux 6t délicats que toutes les pieuses sociétés lyonnaises s'étaient ingéniées à rassembler^ pour rivaliser aux pieds du souverain Pontife dans l'expression de leur commun dévouement ? J'aurai l'occasion dans quelques jours, quand sera ouverte l'exposition générale des dons offerts au Pape pour le cinquantenaire, de revenir sur la description des objets, que je me borne à signaler ici. Ce que je puis dire en deux mots dès aujourd'hui^ c'est que le calice sorti des ateliers de M. Ar.
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mand Calliat^ la bourse brodée en soie sar satia blanc» doublée en taffetas jaune, d'après les dessins de M. Franchet, et l'album eontenant les adresses signées par les conseils de 86 œuvres générales de zèle ou de ebarité et par les œuvres paroissiales de 36 paroisses» sont autant des cbefsd'œuvre de la reliure, de l'industrie et de l'orfèvrerie lyonnaises. Pour tout achever en quelques mots» et après avoir dit que c'est M. Noël Lemire qui a remis au Saint-Père le calice» je dois ajouter quelques chiffres» qui» d'ailleurs ont bien leur éloquence.
M. l'abbé Pagnon a remis une somme de 20»000 francs» don personnel d'un catholique lyonnais qui veut rester inconnu. 24»000 autres francs ont été offerts par M. Blanchon au nom des pèlerins» plus une somme de 8»000 francs» produit des dernières offrandes pour le Denier de Saint- Pierre et qui s'ajoute au don considérable qu'apportait naguère S. Em. le cardinal Caverot. C'est M. Jacquier» avocat à Lyon et président de l'œuvre du Denier de Saint-Pierre, qui était chargé de ce don. Enfin, après M. Gindre» l'un des plus importants industriels et des plus généreux catholiques de Lyon» qui a remis la bourse» M. Humblot» conseiller à la cour de Lyon» a déposé aux pieds du Pape une cassette contenant mille médailles commémora tives de sa cinquantaine épis-
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copale, et qai ont été frappées à Lyon pour être distribuées à Rome par le souverain Pontife. Puis M"*Blaachon a présenté l'album dont je parlais plus haut, et le Saint-Père a béni une fois de plus les pèlerins agenouillés^ appelant sur eux, sur leur famille, sur leur ville et sur leur patrie toutes les bénédictions.
G*est dimanche qu'avait lieu cette mémorable audience, rehaussée par la présence de cardinaux, venus au nombre de plus de vingt, et d'évôques étrangers, parmi lesquels on remarquait Mgr Dubuis, évêque de Galveston, Mgr Lâchât, évéque de Bâle et Mgr Mermillod, l'infatigable auxiliaire de Genève. La veille. Sa Sainteté avait donné audience aux pèlerins écossais et l'avant-veille aux pèlerins anglais. Je n'ai plus à en parler, car l'Univers a déjà reproduit le discours adressé aux pèlerins anglais par Sa Sainteté; mais ce que je dois ajouter, c'est qu'en outre de l'adresse dont il a été parlé et qui a réuni plus de trois cent mille signatures, les pèlerins anglais ont offert une somme de 400,000 francs^ parmi lesquels je sais qu'il est certains dons versés par les mains des protestants. Il en est un bon nombre, en effet, qui portent au Pape une vénération et un amour dont devraient être jaloux nombre de catholiques. Il en est aussi qui, comme Anglais, témoignent ainsi de leur reconnaissance pour l'élévation au cardinalat de
18 LA CINQUANTAINE ÉPlSCOPAhE
Mgr Howart. Pour tant de mauTaîs Ftaûçâis, quel exemple et quelle leçon 1
Les écossais^ qui sont moins riches, ont pourtant fait des prodiges. Parlant en leur nom, Mgr Strain, vicaire apostolique du district oriental d*Écosse, a pu, en effets joindre à leur adresse de fidélité les témoignages d'une générosité qui offrait deux précieux calices orné^ dé pierreries, d'autres vases sacrés, des ornements sacrés à fond d'argent bordé en or, et une assez forte somme d'argent. Aussi est -il juste de nommer les principaux pèlerins que présentait Mgr Strain, et qui sentie Kév. How, Ibrd Douglas, MM. Moutech, Gastairs^ Hunters, Blois^ le ïnajor Scaham, Slethen, miss Gordonn^ miss Nioniôn, M"** Kerling, etc.
Mardi, c'était le tour dés pèlerins hollandais ; j'aurais à vous en dire aussi quelques mots, mais le temps me pressé et je dois encore parler de l'ao*diencedés pèlerins allemands. Si l'on ne savait que la persécution affermit et grandit le dévouement à rÉglise;, on en aurait eu la preuve aujourd'hui, lorsqu'à midi on vit arriver par centaines dans la grande salle ducale l^s catholiques venus de si loin pour protester, aux pieds du Pape persécuté, contre là persécution. A leur tête, on voit les principaux membres de la fraction du centre et d'abord son président M. le baron de Frankens-
iein, pais MM. lé baron de Zùèkeim, le comte de Fraschma, le comte de Chaiùàré^ le comte PreysingSy le baron de Hereman» le comte de Hompesch, le D' Lingens, le D' Bock, le prince Edmond de Hadziwill, tous de la fraction du centre. A côté d'eux, le prince de Lœwenstein, le prince d'Isenburg, puis celui qu'il eût fallu nommer le premier : M. le baron de Loë, qui sort des prisons, où il a été enfermé pour sa foi, par les ordres de M. do Bismarck. On lui a réservé l'honneur bien mérité de diriger le pèlerinige, et c'est lui qui, tout à l'heure, parlera au Saint-Père au nom de cette foule (les pèlerins sont près de mille) venus de toutes les provinces de la Bavière, de la Westphalie, de la Silésie.
Dans l'assistance, on remarque au premier rang, outre les personnages que j'ai cités, S. A. la duchesse de Parme et l'ambassadrice d'Autriche, M"* la princesse de Tour et Taxis, M"*® la baronne de Loë, M"^* la comtesse de Salm, qui est en vérité une Romaine, depuis qu'elle habite Rome, dont elle a fait sa vraie patrie ; M. le sénateur belge Gannart d'Hamale, etc. A midi» la salle est plus que comble et la chaleur est étouffante. A midi et demi, le Pape apparaît, porté en chaise, et est placé Sur son trône. Un grand nombre de cardinaux l'entourent ; mais les yeux se portent principalement sur le cardinal Ledochovr ski, devenu
l'hôte da Vatican, on sait par quelle nécessité. Il n'est pas le seul, d'ailleurs, qui ait trouYé, auprès du Pape, i'abri que les puissances refusent aux évoques expulsés par le caprice bismarkien; et ce n'est pas sans émotion qu'on voit tour à tour, se placer sur les degrés du trône, Mgr l'archevêque de Cologne, Mgr l'évéque de Paderborn^ et Mgr l'évéque de Munster, tous trois exilés, avec NN. SS. d'Ërmeland, de Ratisbonne et d'Ëischtadt, menacés aussi dans leur liberté.
C'est l'archevêque de Cologne qui a lu en latin la première des deux adresses. Elle exprimait avec une grande éloquence et une rare énergie les sen* timents dont sont animés les évoques, le clergé et les fidèles d'Allemagne à rencontre des lois qui prétendent, empiétant sacrilégement sur la juridiction du souverain Pontife , examiner, contrôler et finalement condamner l'enseignement des pasteurs dont elles vont jusqu'à^prononcer en certains cas la dépossession. A plusieurs reprises, le Pape avait marqué son approbation; il a manifesté non moins clairement sa pensée à divers passages de l'adresse lue ensuite^ également en latin, par le baron de Loë, cet homme illustre, comme l'appelait l'archevêque de Cologne, qui, placé en face de la prison, n'a pas hésité à y entrer pour confesser sa foi. Â cet exemple, à cette profession d'un dévouement qui, certes, n'a pas besoin d'autre éloge. Pie IX
DE Pie IX IM
encoturage laî-xnéme par un exemple pins haut en-^ core. Il encourage non moins par ses paroles, car rien ne saurait rendre l'accent incomparable, te geste, la voix et le regard ayec lesquels, prenant texte de la double adresse que lui venaient de présenter deux persécutés , il a parlé de l'Église et de la persécution.
Oui, a-t-il dit, comme autrefois Attila le fléau de Dieu , il surgit de nos Jours des Attilas , ou plutdt il est un Attila , et c'est la révolution qui se dé<« cbaîne par le monde entier dont il a rêvé de faire sa proie. Mais quand le monde est ainsi attaqué d'une grave maladie morale, Dieu, dans sa miséri* corde, envoie les remèdes propres et parfois se sert du mal même comme d'un remède. Ainsi, ce fléau qui semblait devoir ruiner les peuples , qu'opère*' t-il aujourd'hui? Il réveille les peuples endormis jusqu'à cette heure dans une coupable Inertie. Courage donc, mes fils, et continuez à porter vaillamment, comme vous l'avez fait, le poids des tribulations qui n'auront qu'un temps. A cette intention que Dieu vous bénisse par ma main , vous et vos familles, aûn que le Jour se bâte de votre délivrance.
Dire l'émotion de l'assistance, je ne l'essayerai pas, d'autant plus que ce pâle résumé d'une allo-i cution dont nous aurons sans doute le texte, ne saurait d'aucune manière en donner Tidée ; mais
tf LA CINQBAMTAIVe JÎPISCOPALE
rimpreseion de tous était profonde, et je ne cr^i^ pas de dire qae tous sentaient mie^x çircon8<qrit encore par ces parole^ le terrain où ya se livrer prochainement la graine bataUlQ, celui où Us gros bataillons n'auront pas q^éces^aire^iLent le dessus, pii,rce qu'il pourra plaire .^ Di^ 4^ combattre, ^ycc la petite troupe d'autres Gédéons.
Je n'ai p^ besov).dç.41re qm^les yrais Bon^^j^s^ Qux ws^l , sont tous dans ces ipêpies sentiinents. S'il$ pontaii^nt y. étee excités davanlage, ils le^ seraient par Vinviio que vient de publier ^. Eiq. le cardinal-vicaire Mgr Monaco La Yallette. Apr^ avoir ra ppelé comment pour Moïse, po ur saint Pierra et pour le disciple bien-aimé saint Jean» le pei^E^le fidèle vit une grâce spéciale dç Dieu dans l^ longé*vité de leur vie, le cardinalrvicaire cpnstate que la vie de Fie IX , plus merveiljieuse e^oi:e, s'U ^st possible, nous montre un Pape dépassant les ^n^ nées de sai^t Pierre et marqut^nt son épiscppat par les actes le^ plus mémorables : déûnîtîpns, cano-« nisations et concile. Spolèt.e a eu.pour archevêques Urbain VIII, et Imola pour évêque Pie VII. Mais Pie IX, tour à tour archevêque de Çpolète etévéque d'Imola, a déjà dépassé les années de Pierre. Quelles prières ne doit pas au Ciel le peuple chrétien pour le remercier d'un tel Uemfaitl
En co.nséiqaepoe> mais surtout en présence des manifestations du monde catholique tout entier^
DE Pie ÏX »
Rome» dit le cardinal, ne eanrst^t rester indifférent^. Afin qu'elle témoigne de sa ferveuri Mgr Monaco La Ys^ette in4igne les prii^ipanx actes religieux qc^i 3e feront Ip 3 juin et dans les jours qai précéderont et auxquels ne saurait manquer le concours des fidèles romains. Il termine en disant que ce jour-là Pie IX ^ voyant cette joie de son troupeau > pourra dire^ empruntant les paroles de saint Léon : « Mes très-chers, Paffection que la religion Y0U9 inspire m^est une cause de joie et j'en renids grâces au Seigneur» parce que c'est un jour de iète pour toas.> parce (iue c'est un jour d'honneur pour le troupeau que d'honorer avec joie l'anniversaire de son Pasteur. » L'attitude des Homains ei le^ppours des pèlerinages répondent dès à pir^sent qu'à Pie ÏX comme à sa^nt Léon le peupie catholique doQnejpa largement cette grande joiî^^ q^i iç^OAteya jusqu'e^u ccpur de Dieu.
jP. S. — Je vous ai télégrs^phié la nouvelle dii service solennel célébré p^ur Mgr Mabîle h Saint- LQuis-fdes-FraoQai&. La. o^émonie ^ été des pl^is imposai^tes , Téglil^Q étt^nt ren^pUe par Is^ Spule 4es pcleriiis fsja,n§ais> parmi lesquels on r^marq;i|iait ea plus gra^d nombre ceui: du diocèse de Rodez.
Comme je l'ai dit, Mgr Pie officiait. NN. SS. le^ archevêque de Bourges et d'Aix, les évéques de Montpellier et d'Agen , Mgr MermiUod et Mgr l'é*
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Téque de Bethléem » Mgr de Rayneval et Uonsignor Lucciardi^ ancien secrétaire de la nonciatnre de Paris^ puis auditeur à Bruxelles, assistaient à la cérémonie. M, le baron Bande était aux premiers rangs de l'assistance avec tout le personnel de
l'ambassade.
Rome, 18 mai.
Simon Magus, — Un faux pèlerin. — Les politesses des italianissimes. — Les pèlerins hollandais. — Une manifestation héroïque pour le 3 juin. — Arrlyée de p^ lerins.
n ne m'appartient pas de faire ici de la politique^ mais la chute de M. Jules Simon a un côté qui touche de si près aux choses religieuses^ qu'il n'est pas aisé de passer sous silence l'impression que cause dans le monde des pèlerins un accident dont les circonstances font un éyénement» Pour savoir ce qu'ils en pensent, il pourrait suffire de lire ce qu'en disent les Journaux qui se publient à Home, depuis les modérés parmi les Italianissimes jusqu'aux plus violents. Soit qu'ils exagèrent à dessein la portée de ce changement, soit qu'il leur fasse réellement peur,^ils en parlent tous avec une épouvante qui a quelque chose de plaisant. Il semble que l'émoi ne serait pas plqs grand > si la mo-
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narcbîe italienne subissait de ce conp l'échéc au* quel la prépare le travail ineessant des sectes.
Bref, 11 est clair que M. Jules Simon était l'homme des révolutionnaires d'outremont. A quel titre, il n'est pas besoin de le dire; aussi bien quelqu'un qui voit de très-baut jugeait hier d'un mot la si« tuation. « Eh bien I lui disait- on, voici que Jules Simon est tombé. » Oui^ oui, c'est Simon Magm; il avait toutes sortes d'industries séductrices; il se vantait même d'être plus habile et plus fort que le vicaire de Jésus*Ghrist; il allait, croyait-on, s'élever dans les airs; mais vous savez ce qu'il advint. Saint Pierre, perdu dans la foule, assistait à cette ascension qui devait avoir raison de Dieu ; un signe de croix que presque personne n'a vu , et voilà le magicien par terre, impuissant et confus. C'est une disgrâce pareille qui vient d'arriver à ce pauvre Jules Simon.
Le fait est que la désillusion est cuisante. Aussi, nos italianissimes s'accrochent à tout prétexte qui peut leur fournir une contenance et quelques compensations. Hier soir, V Italie publiait à grand fracas le récit d'une réunion d'étudiants qui avait lieu, mercredi, dans une salle de l'ex-couvent de Saint-Ambroise, et qui avait pour but de répondre à l'adresse révolutionnaire des étudiants parisiens. Bien que cette réponse des étudiants romains contienne» à l'adresse des pèlerins, les plus grossières
insaltes^ je n'autais rien dit de cette manifestation^ où des jouvenceaux se donnent le ton d'appeler « misérables factieux » ceux qui sont venus conso^ 1er le Pape en sa captivité , si le président du comité n'avait cru devoir donner lecture d'une lettre, qu'il a eu la simplicité de produire comme provenant d'un pèlerin français. Il paraît que l'assistance tout entière en a manifesté sa joie par des applaudissements qui ne font pas honneur à la jeunesse univeifsitaire, assez inepte pour admettre comme authentique la susdite lettre, dont voici le texte :
« Messieurs les étudiants romains,
« En vous témoignant ma sincère reconnaissance en retour des témoignages d'affection que vous voulez bien adresser à nos étudiants français et à la France chrétienne libérale, je ne puis m'abstenir de déclarer que la grande majonté de la France est unie de cœur à l'Italie et réprouve toute tentative de restauration du pouvoir temporel des Papes.
(( Les vrais chrétiens, les catholiques de France ne reconnaissent en leur Pontife qu'une autorité purement spirituelle sur les croyants du Christ, et tout pouvoir temporel dans les mains des Papes est contraire à nos maximes chrétiennes catholi-^ ques et m saint Évangile.
« L'Italie et la France sont sœurs. Gloire à 11talie une et forte, gloire au christianisme, gloire à la France libérale I
€ Salut et fraternité.
« Ernest Sulpice,
« Prêtre catholique. »
Je n'ai pas besoin de vous dire qu'on chercherait Tainement parmi les pèlerins un prêtre du nom d'Ërnest Sulpice^ et que le président du comité des étudiants qui doit s'appeler Simplice, a été simple* ment victime d'une mystification ; mais au milieu des leurs> que servirait-il à ces gens-là d'avoir de l'esprit? La haine sufût.
Notez que des manifestations de ce genre sont racontées dans les journaux! ^ à côté d'entreûlets doucereux où l'on signale à l'admiration du monde la tranquillité dont joui'sisent ici les pèlerins. N'estce pas hier que l'un des organes de la consorteria, le Dirilto, parlait avec componction de l'ordre admirable qui régnait à Home, « malgré le grand nombre de pèlerins? n II ajoutait que les gardes de la cité et de la sûreté publique^ se conformant adx ordres de la questure et de la municipalité, se montraient les plus gracieux du monde, fournissant aux pèlerins toutes les indications dont ils avaient besoin et les protégeant souvent contre la rapacité des cochers. Ce sont là certainement des
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témoigaages qui ne sont pas à contredire; mais quand le journal en tire cette conséquence que les pèlerins retourneront chex enx, persuadés qu'à Home l'autorité et le peuple professent le plus grand respect pour le Pape et les a sanfédistes^ » il ne prend pas garde que les pèlerins ont des yeux et de la mémoire. De leurs yeux ils voient que des soldats italiens montent la garde au Vatican, où le Saint-Père est vraiment captif. De leurs yeux encore , ils voient que , si les pèlerins sont protégés contre la rapacité des cochers > ce qui est un mince éloge, il faut Tavouer, d'un état de choses où l'on signale ce fait comme extraordinaire, les ordres religieux n'ont pas été protégés par la j ustice contre la rapacité des envahisseurs. Est-ce qu'en face d'eux, à la Minerve, ils n'ont pas un témoignage constant de ces rapts ? Est-ce qu'à côté le magnifique collège romain ne parle pas de lui-même? Et combien d'autres témoins de l'hypocrite violence d'un gouvernement qui voudrait se faire louer pour sa modération. Hier encore, un religieux à qui je faisais visite me disait en montrant la plus grande partie du couvent où naguères habitaient ses frères : (( Voyez ce qu'il ont fait ! En face une caserne, et à côté une maison publique l Ici méme^ les quelques chambres qui nous avaient été laissées nous sont disputées à cette heure, et nous serons trèsrprochaincment sans doute contraints de
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les quitter. Bel exemple, n'est-ce pas vrai« da respect qae professe à Rome Tautorilé pour le Pape et les « sanfédistes I » Que Toas en semble ?
Les pèlerins^ eux , no s'y laissent pas tromper : aassi bien, le calcal qao recouvrent ces pratiques du gouvernement est trop eUir pour n*étre pas vu de tous. Si fière qu'elle soit de ralliance allemande, ritalie n'est pas assez sûre d'elle-même pour sus* citer à cette heure les déûances et les mécontentements de l'Europe entière , puisque c'est à toutes les nations qu'appartiennent les pèlerins. Si l'on en doutait, il suffirait de constater le caractère de la discussion qui vient de marquer au Parlement lo vote de la loi du contingent. L'Angleterre, on le sait, est en éveil, et la Sicile inspire à Home plus d'une inquiétude. On en peut conclure que ce n'est pas la question de Rome toute seule qui assure le respect des pèlerins.
Ceux-ci, au surplus, ont surtout confiance en Dieu, et, sans se soucier^ dans leurs marches pieuses, des maîtres actuels de Rome, c'est au Pape comme au souverain qu'ils portent journellement leurs offrandes, leurs hommages et leurs vœux. En vous parlant hier de l'audience des Allemands, je ne sais si je vous ai dit que leurs offrandes atteignaient au moins le chiffre de 300,000 fr. Proportionnellement, les Hollandais n'ont pas été moins généreux, et comment s'en étonner quand parmi
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eaxron Yoît figurer le noble comte d'Alcantara^ dont les fils et les neveux répandaient leur sang jadis sur les champs de Castelfidardo ? Aussi l'adresse lue au nom des pèlerins par M. l'abbé Shaepman, neveu de l'archevêque d'TJtrecht, exprimaitelle avec la plus grande énergie les protestations les plus vives contre les faits accomplis^ lesquels^ « ne sauraient prévaloir contre le droit. »
Le Saint-Père, en louant la fidélité et la générosité de ses fils de Hollande» a fait l'éloge du pays gui, malgré le voisinage hostile de la Prusse ^ n'a pas craint d'accueillir les religieuses et les prêtres allemands persécutés. Puis il a ûétri de nouveau l'erreur janséniste, dont le siège, on le sait, est dans la ville même où Pie IX rétablissait, comme en Angleterre, la hiérarchie catholique. Il a recommandé de prier pour les égarés. « Dites-leur, 8'est-il écrié, dites-leur que le Pape les attend et leur ouvre les bras ; dites-leur qu'il est prêt à les accueillir avec la tendresse d'un père qui ne désire rien tant que leur conversion. »
Ces appels, on n'en saurait, deuter trouveront un écho dans les esprits que n'égare pas le fanatisme des sectes. D'ailleurs, pour faire violence au Ciel, l'exemple du Pape anime à ce point les fidèles, que dès à présent plusieurs s'offrent à donner leur vie, s'il plaît à Dieu de l'accepter, pour la cause de l'Eglise et le triomphe du Vicaire de
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Jésas-Christ. VOsservatore romano, qui vient d'annoncer ce projet de manifestation qu'on peut appeler héroïque^ nons dit qn'il est yenn à la pensée de plusieurs catholiques^ lesquels, en Italie et aillenrs> envient saintement le sort des soldats pontificaux qui moururent à CastelMardOi à Monte- Libretti^ à Mentana^ à la Porta Piai victimes, et Pon me permettra de dire martyrs d'une cause à laquelle nulle autre ne saurait être comparée.
En conséquence, un des*soldats qui furent à ces combats propose à tous ceux qui se sentiront inspirés de le faire un acte d'offrande dont je vous envoie le texte^ et qu'ils feraient le 3 juin^ après avoir fait la sainte communion. Si cette offrande est accep « tée, ils seront les premiers à en recevoir la récompense ; sinon, et s'il plaît à Dieu de prolonger lôur vie, on doit |ètre assuré que cette prolongation de l'exil sur la terre sera non moins au profit de la cause pour laquelle aura été fait le sacrifice. Ne sait-on pas, d'ailleurs, dans le monde religieux* que plusieurs sacrifices faits de la sorte par des âmes généreuses pour la santé du Pape ont été acceptés dans des circonstances sur lesquelles l'Église se prononcera plus tard, mais qui ont certainement un caractère extraordinaire.
Aujourd'hui le Pape n'a pas donné d'audience, afin de se reposer des fatigues imposées sans intervalle par la série des audiences publiques qui se
sont gaccédées depuis plas de dix jours. Demain Sa Sainteté recevra les pèlerins d'Agen et de Belley. Puis ce sera le tour des pèlerins du Nord, attendus aujourd'hui; des pèlerins de Montpellier, venus au nombre de trois cents sous la conduite de leur évoque, Mgr de Gabrières; des pèlerins suisses, qui seront présentés par Mgr Lâchât et le comte Schérer Bocard, arrivés depuis plusieurs jours; des Américains, renforcés par le contingent des Canadiens ^ embarqués sur la Cité-de-Bruxelles , et dont on vient heureusement de recevoir des nouvelles, au grand dépit d'un journal italianissime , qui avait trouvé matière à rire dans Taccident où Ton supposait qu'ils avaient péri. Et ce n'est pas tout, car il y aura encore les Portugais, les Espagnols, les Tyroliens,, les Polonais et les Ruthènes, etc., etc. Je ne manquerai pas de voifs tenir au courant de ces réceptions, qui vérifient si magnifiquement la promesse faite à Jésus-Christ et par lui à son Eglise, en ce texte dont les pèlerinages modernes sont l'éclatant commentaire : Tibi dabo génies in hwreditatem.
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Rome, 19 mai.
La messe des pèlerins français et belges à Saint-Pi erreaux-Liens ; Mgr Mermillod. — L'audience des pèlerins d'Agen et de Bellay ; discours du Pape sur les constitutions modernes. — Les membres des cercles catholiques ouvriers chez S. Em. le cardinal Ghigi. — Mise à l'index du livre du chanoine Audisio.
Ce inatin> à Saint-Pierre- aax-Liens> tous les membres du premier pèlerinage français, aoxqaels s'étaient joints les membres des cercles catholiques d'ouvriers venus sous la direction de M. le comte Robert de Mun et les pèlerins balges conduits par M. le comte de Yillermont, s'étaient donne rendezvous. A huit heures, on peut dire que Téglise tout entière était comble, et c'est à peine si les ouvriers qui travaillent à décorer l'église pour la fête d'après - demain, poti valent se mouvoir en dehors de cette nombreuse assistance. Ajoutons que Mgr Mermillod disait la messe et devait prononcer une allocution, ce qui était un nouvel attrait pour la foule des pèlerins. Je n'ai pas besoin de dire que les communions furent nombreuses et ferventes.
Qui ne se sentirait rempli de la plus vive émotion dans ce Heu béni qui conserve les saintes reliques par lesquelles on voulut enchaîner saint Pierre, et par lesquelles fut enchaînée de tout temps
la paissaace des eanemis de Diea ? Cette pensée, Mgr Mermillod Ta développée dans une de ces allocations émouvantes dont il a le secret, et qui jaillissent toutes vives, si l'on peut ainsi parler, d*an cœur que l'amour de rÉglise et du Pape fait vibrer en des accents incomparables • Saluant l'armée pacifique qu'il avait sous les yeux, et s'inspirant du lieu où, il y a bientôt cinquante ans. Pie IX fut sacré évéque par le cardinal de Gastiglione, qui devait être bientôt Pie VIII, Tévêque de Genève a fait ressortir avec une émotion puissante tout ce que ce souvenir devait mettre à pareil jour au cœur des pèlerins. « D'ici, oui, c'est d'ici, s'est-il écrié, que sont parties les premières bénédictions de Pie IX, évéque. La Providence l'avait conduit là, comroe sl^ prévoyant ce qu'il devait souiTrir, elle avait voulu lui montrer tout d'abord qu'à son tour il aurait un jour ces chaînes à porter, et que, comme saint Pierre, doùt il est le successeur, il délivrerait ainsi la monde des chaînes de l'erreur et du vice. »
A. ce moment, par un cle ces bonds de la pensée qui lui sont familiers, l'évéque d'Hébron s'est écrié: « Ici donc, comme Notre-Seigneur parlant à saint Jean, je vous dirai : Qui ètes-vous venu voir? Est-ce un homnie vivant dans la mollesse? ffomi' nem moÙibus veslilùm ? Ali I je le sais, ils tournent en dérision ce qu'ils appellent la paille humide du
Vatican, ceux qui ne savent pas <fiiL est^a liberté et qu'elle est la vraie servitude « Gomme les ani^ maux, Us ne cQmprennent pas les choses de Dieu ; mais nous, notre foi nous éclaire, et nous savons que Pie IX est çs^ptif quand sa parole n'est pas libre, car les ftjtnes ont besoin de cet enseignement^ et si.eU.es ne l'ont pas ou ne s'y soumette;nt pas, c'e^t alors qu'elles 0ont dans une vraie servitude. Mais qu'éte^-vous venu voir? Est-ce un roseau agité par le vent? Àrwndinetn vento agilalam ? Ditesmoly deppis cinquante ans> si Pie IX a Jamais plié sous le souffle révotlutiQunaire. Ne cédant jamais, pour la leçon de pos hommes, dont l'habileté senp^blQ ^^0 de céder toujours, ilest demepj:é ferpe, et il est touJ,ours debout, dominant aussi bien les l],osann^li3 avec lesquels on pensait le tromper, que les perséputions. Au moment voulu, toujours il a dit, çans redouter l'impopularité, les vérités qui sauveront le dix-neuvième siècle, et désormafs c'est l'Église tout entière, étroitement unie avec lui, qui chante l'immortel cStUtique : Veritas DO' mini manet in œternum.
« Yous êtes donc venus voir Pierre en Pie IX, vous êtes venus contempler celui dont le regard attire comme faisait en sa vie Notre-Seigneur, et celui dont la main fait tomber ceux qui l'insultent, et dont les bénédictions fortifient les bons pour les grandes luttes de notre temps. Oui, vous êtes venus
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contempler cette grande figure qui nn jonr dans l'histoire apparaîtra entre ces deux bienhenreax dont il a proclamé les vertus : le bienheureux Labre et le vénérable curé d'Ars. Mais ce n'est pas seulement pour le contempler que vous êtes venus. Vous êtes venus pour lui offrir aussi votre dévouement et vos sacrifices, en retour de ce qu'il vous donne par ses bénédictions. Le sacrifice, savez-vous comment Pie IX l'a glorifié? Un jour, il était en exil à Gaëte, et un cardinal, mort depuis, interrogé par le Pape, lui disait: Saint- Père, pour sauver le monde, il faut deux choses, faire le Concile et définir l'Immaculée Conception. La définition a eu lieu, enseignant au monde matérialisé que la matière n'est pas tout et qu'à l'homme il faut surtout la grâce ; le Concile a été convoqué, et vous nous y avez vus, discutant ardemment, passionnément quelquefois, et puis il vint un jour où tous les évêques firent silence. C'était le Saint-Esprit qui parlait et presque aussitôt les évêques allemands les premiers allaient porter leur sublime placet dans les prisons où on les jetait pour la foi. Ici même, vous les voyez, portant les chaînes de la captivité du Nord, venant briser les chaînes de la captivité de Pie IX. Ah ! ils s'imaginent qu'on peut en finir avec le Pape, ceux qui persécutent le Pape et les évêques 1 Écoutez ce que disait la Pape Vigile, Poursuivi
iqffi^imM^a«^^^nv^w^~<««iBV«"^>*w«a«PV^np>'^ i ■ i ■ mw W '"^ '•" ' *■
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jusque sur les marches de l'autel où il disait la messe, il se retourna, et ouvrant sa poitrine aux coups des bourreaux : « Frappez, dit-il, et tuez Vigile, si vous voulez, mais vous ne tuerez pas Pierre. » Ainsi en fut-il de tous les Papes, Grégoire VII, Pie VI et tant d'autres. Quand ils mouraient, ceux qui les avaient tués croyaient sans doute avoir scellé le tombeau de la papauté; mais toujours l'ange du Seigneur est venu, qui a dit: Celui que vous croyez mort, il vit : Non est hic, svrrexit. Rappelez-vous que l'Enfant-Dien faisait trembler Hérode, que Pilate treml^ait devant Jésus qu'on lui amenait comme un condamné, et aujourd'hui qu'est-ce qui fait trembler encore les puissants ? La parole du Pape, qu'on voudrait en vain rendre captive, car il en est d'elle comme da rayon de soleil qui se rit du geôlier et passe à travers les barreaux de la prison. Ayez donc la foi en Pie IX, Tespérance au triomphe dont ces pèlerinages lui représentent l'aurore, l'amour de cette unité, qui est la force de l'Église et nous rend si forts. Et maintenant, que vous dirai-je des sentiments dont vous devez vous nourrir jusqu'à la fin de votre pèlerinage? Sachez-le, il est do Rome comme d'un tabernacle; on n'y touche pas impunément. Ou vous sortirez d'ici meilleurs, ou vous vous en irez amoindris. Ne soyez donc pas comme ceux qui, dans un monument admirable où court
une araignée, n'ont souci que de Taraignée et ne voient plus le mopnm^nt. Tei^e? pour rien les petits ennuis, pour ne garder le souvenir que des grands spectacles et des grandes choses. Ne soyez points pareils à cet homme, personnage grave d'ailleurs, bien établi, bourgeois à son aise et peutêtre conseiller général, dont on a spirituellement conté rhistoire. Il visitait Saint*Paul hors les Murs: « Ohl ohl dit-îl, cette église me paraît bien grande en proportion du nombre des habitants. » C'est la seule réflexion ^ue cette merveille lui ins* pirait.
« Vous, au contraire, emportez d'ici, ou plutôt vous emporterez, je le sais, des âmes d'apôtres. Monseigneur, me disait l'autre jour un p^Ut enfant confirmé à la Confession de Saint-Pierre^ j'ai été confirmé pour être soldat et pour être apôtre. Belle parole qui peut nous servir, car plus f ne jamais il faut au monde des âmes de saints, des coeurs d*apôtres, des courages de martyrs. Oui de martyrs, et n'ayez pas peur de ce mot, car il est bon, il est doux^ laissez-moi vous le dire. Il y a bientôt onze ans que Pie IX daignait me consacrer évêque. Il me fit boire alors au même calice, et depuis, pour ma faible part, j'ai goûlé aussi la douceur de cette parole: Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. Voyez autour de vous ce qu'ont fuit ces illustres vierges romaines dout les
grands noms sont présents à Tosmémoires« C'était la délicatesse même, et les bourreaux n'en pouvaient tirer que des sourires. Vos charbons» dirons-nous avec elles aux persécuteurs, mais ce sont de& roses ; pourquoi voulez- vous qu'ainsi consolés et réjouis par Dieu nous renoncions au bénéfice de la persécution ?
Mais je me laisse entraîner à la suite de l'évéque de Genève et pourtant, comment ne pas dire l'émotion et les larmes des pèlerins lorgqu'en finissant il a réclamé, avec des accents qui allaient au fond de l'âme, des prières pour Pie IX, pour rÉglise, pour les pèlerins, leurs familles, leurs amis, pour la France, pour lui-même, pour cette église de Genève^ cette cathédrale qui s'appelle aussi Saint-Pierre-aux-Liens et qui, passée aux mains des protestants depuis trois siècles, attend toujours la délivrance!
Encore sous llmpression de cette matinée mémorable, les pèlerins se retrouvaient à midi sous la colonnade du Vatican pour l'audience accordée aux pèlerins de Belley et d'Agen. A vrai dire, ceuxci ne formaient qu'une partie de l'assistance, une foule de pèlerins des autres diocièses ayant pu obtenir la faveur de se joindre à eux pour voir le Pape une fois de plus. A midi et demi Sa Sainteté, sortant de ses appartements, trouvait dans une première salle, une députation des habitants de
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Lacqaes^ lui offrant une copie merveilleusement ouvrée du Sacro VuUo, crucifix sculpté qu'une pieuse tradition considère comme ayant appartenu à Nicodème. Cette copie est rehaussée d'émaux et de pierreries qui donnent à ce chef-d'œuvre un prix incomparable.
Dans une seconde salle se trouvaient les représentants de Nice qui présentèrent au Pape le produit du Denier de Saint-Pierre. Après avoir traversé une troisième salle où se trouvait uno députation de Jeunes Romains» et une quatrième où se groupaient encore diverses personnes parmi lesquelles un ecclésiastique apportant comme don de la paroisse de Saint-Phiiippe-du-Roule un trèsbeau ciboire^ le Pape arriva dans la grande salle ducale^ où la foule était telle qu'on dut la faire rétrograder pour laisser quelque espace libre en avant du trône. Autour du Saint-Père, on voyait une foule de cardinaux parmi lesquels LL. EE. Borromco^ Franchi, de Falloux, Ghigi, Mgr Tarchevêque de Bourges, NN. SS, les évêques d'Aire, de Montpellier, Mgr Mcrmillod et Mgr Martin, évèque de Paderborn, etc. Deux fort belles adresses ayant été lues, la première par Mgr révéque d'Agen, la seconde au nom du pèlerinage de Belley, par M. Gancalon, le Saint-Père répondit par un discours que je ne saurais avoir la prétention de résumer fidèlement ; mais dont voici^ en attendant
le texte offleiel, la pensée essentielle. «Âgen» a-l*ll dit, est une ancienne colonie romaine qui, comme telle^ a passé par bien des vicissitudes e( des gouyernements. Il y a eu les Goths, les Yisigoths, d'autres encore. C'était par la barbarie ou la cor* ruption qu'on gouvernait alors.
« Aujourd'hui il y a ce qu'on appelle des cons* titutions, et ces constitutions l'on dit qu'elles doivent s'appuyer sur le consentement universel. Or, ici, dans cette même salle et devant une assemblée non moins nombreuse, j'ai dit un jour que le suffrage universel c'est le mensonge universel. Il semble qu'on pourrait dire cela même des constitutions modernes, n n'y a de vraie constitution, mes chers ôis, que celle de l'Église catholique, apostolique, romaine. Et toute constitution qui ne se fonde pas sur celle-là, croyez-le, elle ne saurait durer. > Passant alors des intérêts de la terre à ceux du ciel et rappelant le martyre de saint Etienne, qui vit les cieux ouverts pendant qu'on le suppliciait : « Pour nous^ a dit Pie IX, nous ne méritons pas que les cieux s'ouvrent, mais l'Esprit- Saint en est descendu le jour de la Pentecôte, que nous célébrons demain ; il en descend encore, nous apportant ses dons de lumière, de force et de conseil. » Le Pape a développé cette pensée avec une \igueur et une éloquence qui n'ont rien de l^tte terre; puis^ avec un ^rand mouyemeutde
majesté, il s'est levé pour bénir les pèlerins^ pour les bénir dans leurs corps, dans leurs âmes, dans leurs familles, dans leur nation, cette France qui tient si fort au cœur du Pape et à laquelle il ne cesse de donner les marques de sa prédilection. Enrentendant, beaucoup de pèlerins pleuraient; tous ont emporté une impression qui de leur vie ne s'effacera pas .
Mais pour quelques pèlerins» cette journée était destinée à leur offrir une nouvelle joie. C'était, en effet, le jour marqué pour la réumon des membres des cercles catholiques ouvriers chez leur illustre protecteur^ S. Em. le cardinal Chigi. A trois heures, près de trois cents d'entre eux étaient réunis dans la grande galerie du palais Ghigî, et bientôt ils étaient reçus par le cardinal, auprès duquel se trouvaient déjà les membres du bureau central, M. le comte de Yillermont, M. le comte Robert de Mun, et M. Ancel. M. le comte de Villermont ayant donné lecture d'une adresse*où se trouvaient exprimée, avec la nouvelle expression de rinaltérable dévouement et de la fidélité sans bornes des membres de l'Œuvre au Pape et à l'Église, leur profonde reconnaissance pour le cardinal qui avait daigné s'en faire le protecteur^ Mgr Chigi a répondu en quelques mots pleins de bienveillance et d'encouragement.
a Depuis que j'ai quitté la France pour venir à Rome, où m'appelaient d'autres devoirs, a dit Son
Eminence^ Je n'ai cessé d'uvoir les yeax sur cette grande œuyre des cercles catholiqaes d'oavriers, que j'avais va sarglr. En effet Je Tai toujoars cimsidérée comme une œuvre dont'ravenîr montrera mieux encore l'importance^ puisqu'elle a pour but de travailler à la régénération de tant de pauvres ouvriers qui ont grand besoin d'être ramenée à Dieu. Aussi, depuis que le Saint-Père a bien voulu me désigner pour protéger cette œuvre, je n'ai pas manqué une occasion de la recommander à la sollicitude de sa Sainteté. Le Pape connatt les cercles, il sait que leur action peut beaucoup pour cette régénération de la France que nous désirons tous, et dont le Saint-Père suit la marcbe avec Taffectien qu'il a toujours manifestée pour elle. Pour moi, après avoir obtenu les bénédictions du Saint- Père pour votre œuvre, dans l'audience qu'il daignera nous accorderdemain, je vous promets aussi mes plus ferventes prières, dont je demande à Dieu le plein accomplissement, pour votre bonheur à tous, pour celui des ouvriers, objet de votre sollicitude, pour celui de la nation qui vous doit être et qui m'est si chère. »
Son Eminence a annoncé alors qu'elle dirait lundi la messe à Saint-Pierre-aux-Liens pour l'œuvre, et chacun s'est retiré, se promettant de ne plus manquer à ce rendez-vous qu'à celui de l'audience papale Rxéoà demain.
Uae dernière noa?elle, dont je ne parlerais pas dans cette lettre si elle n'avait un côté religieux et n'était un sévère avertissement à beaucoup d'esprits qui, même après le concile, ont gardé trop de leurs anciennes idées. Les lecteurs de l'Univers n'ont pas oublié la vive polémique soulevée en Italie par le livre du chanoine Audisio, intitulée : De la Société politique et de la Religion au dix^ neuvième siècle. Ils savent, par la publication que yUnivers en a faite, que la réfutation de cet ouvrage fut le dernier œuvre du tant regretté Mgr Nardi. Ce livre, déjà censuré par le P. Zigliara, de l'ordre des dominicains, vient d'être mis à l'index, et le journal révolutionnaire l'Italie demande pourquoi. Il me semble que la réponse est dans cette question même faite par un journal de cette sorte.
Rome, 20 mai.
La Nouvelle confession de Saint -Pierre-ès-Liens. — Allocution de l'archevêque d'Aix à Saint- Augustin. — Les caricatures ; ce que diront les pèlerins. — Lettre et présents du maréchal Mac-Mahon. — Les audiences et les dons. — Une fête à l'honneur de Pie IX, en son pays natal de Sinigaglia.
C'est à Saint-Pierre-ès-Liens qu'avaient lieu, ce matin, les grandes cérémonies de la Pentecôte^ car
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c'est là que l'autre jour le cardinal-vicaire donnait rendez-vous aux fidèles par Vinvilo sacro dont je TOUS ai envoyé le résumé. La raison en est double. C'est à Saint-Pierre-ès-Liens, en effet, qu'il y a cinquante ans^ à pareil jour, d'après le calendrier ecclésiastique , fut faite la consécration du Saint- Père, puisque la date du 3 juin coïncidait, en 1827, avec la fête de la Pentecôte. De plus, c'était aujourd'hui la dédicace de la nouvelle confession de Saint-Pierre, édifiée dans cette église par les soins de l'archiconfrérie des Chaînes de Saint-Pierre. On sait quelle est l'origine de cette confrérie. Après 1860, les révolutionnaires avaient imaginé de porter des chaînes de montre en acier, agrémentées d'une petite bombe Orsini,
Parmi les catholiques, quelqu'un eut l'idée de répondre à cette manifestation par une autre non moins significative. Il fit faire des chaînes à l'imitation de celles de saint Pierre, proposant aux catholiques de les adopter en signe de dévouement au Saint Siège. Le Saint-Père ayant béni cette idée, la pieuse coutume se répandit bientôt, au point de devenir universelle, et c'est alors que fut établie une société vouée au culte des chaînes de saint Pierre. Dans ces derniers temps , et afin d'affirmer mieux encore le caractère de sa fondation, l'archiconfrérie eut la pensée de construire avec les aumônes de
ses membres, dans la basilique Eudoxienne, un
monument ou confession dans laquelle seraient enfermées les vraies chaînes de saint Pierre, conservées aujourd'hui dans la sacristie de cette église. L'an dernier, le cardinal Ledochowski, par délégation du Saint-Père, en posait la première pierre, et ce matin le cardinal Simeoni en faisait la dédicace. Exécutée avec une grande simplicité et tout ensemble avec une grande richesse, sous Thahile direction de Tarchitecte pontifical, M. le comte Virginie Vespîgnani , la nouvelle confession se compose, comme dans les autres basiliques, de l'autel papal surmonté du baldaquin, de l'autel inférieur de la confession proprement dit 3, etenfîn delacrypte dite des Machabées, parce que leurs reliques y furent découvertes l'année dernière dans les fouilles opérées pour les fondations du nouveau monument. Ces trois autels ayant été consacrés ce matin avant la messe pontificale, les chaînes de S. Pierre ont été extraites de la sacristie et portées sur l'autel ancien de la basilique, où elles sont restées jusqu'aux vêpres , exposées à la vénération des fidèles. La foule était immense, et c'est à grand'peine qu'on pouvait approcher des saintes reliques. Mais cette après-midi , après un discours du P. Schiaffino, vicaire général des moines Olivétains, qui a célébré le double fait du transport des chaînes et de la découverte des corps des Machabées, les saintes reliques ont été portées procesâionnelle-
I l ■ ■ I W , | l MM H I . Mffi W ^JT il -^
mcnl au nouvel autel de la confession, de sorte que la foule a pu les mieux contempler. C'est audessus de Tautef principal que s'élève la custode en bronze où seront désormais les saintes, chaînes. Cette custode est à huit pans» que décorent huit petites statues des corps de TEglise. Elle est flanquée de deux statues plus grandes, qui représentent. Tune saint Pierre délivré de sa prison, et Tautre l'ange libérateur. Est-îl nécessaire d'ajouter, puisque nous sommes à Rome , que le monument tout entier, construit avec les plus beaux marbres et décoré des métaux les plus précieux, est digne en tout de l'inappréciable trésor qu'il renfermera. Disons encore que la crypte peinte à fresque représente le martyr des sept frères Machabécs. Mais il était impossible à tous les pèlerins d'assister à cette grande cérémonie. Pendant que les privilégiés en suivaient les magnificences, rehaussées encore par les admirables chants de la chapelle Sixtine , un assez grand nombre des pèlerins de Parîs et du nord àe la France s'étaient réunis à l'église Saint-Augustin, où sont vénérées les reliques de sainte Monique ; c'est un lieu de grande dévotion pour les Romains, qui y viennent prier une vierge miraculeuse. Mgr l'archevêque d'Aix célébrait la messe et donnait la sainte communion. Après la messe, empruntant aux offices du Jour le texte où il est dit : RemiUe nohis crimtna, Mgr For-
cade s'est demandé quels étaient les crimes que nous devions expier. Ils sont nombreux et graves ; mais la France en a deux surtout dont elle doit se repentir : c'est d'abord Tapostasie sociale, qui a fait chasser Dieu de nos institutions; c'est ensuite la violation du dimanche.
Dans un langage énergique^ Mgr Tarchevéque d'Aix a développé cette double pensée, en montrant quelles avaient été pour la France^ au point de vue économique et social » les conséquences de ce double crime. <( Ceux qui se vantent, a-t-il dit, de se passer de Dieu en ce siècle des lumières; comme ils le nomment, qu'ont-lls fait de la France, de cette France dont ce qu'ils nomment encore les siècles des ténèbres avaient fait la reine du monde? La réponse n'est que trop facile et triste à faire. Faut-il perdre courage cependant? Non, car la miséricorde de Dieu est sur nous, et le mouvement catholique, en dépit de toutes les entraves, se manifeste et se développe avec une force et une vigueur incomparables. Fuissent donc les pèlerins obtenir que la France revienne à Dieu et, tout entière, reprenne elle aussi le chemin de Rome , où elle a quelque chose à expier. Car alors ce sera le temps de la réparation qui sera le temps du triomphe, et unis au Pape, nous pourrons, répétant le cri des traditions françaises, qui ne sont autres que les traditions chrétiennes, acclamer le Christ, ami
des Francs : Vivat qui diligit Francos Christus ! » En sortaat de l'Église , d'où ils emportaient ces grands enseignements, les pèlerins ont pn voir qaels sentiments ils inspiraient aux italianissimes» qni avaient fait étaler un peu partout des caricatures avec lesquelles ils pensaient se moquer des pèlerins français, belges, hollandais, etc. Je n'ai pas besoin de vous dire que cela est absolument inepte, et de toutes façons ; aussi je n'en parle pas pour dénoncer des attaques dont les pèlerins ne s'émeuvent en rien, mais pour montrer par ce nouvel exemple ce que valent les déclarations hypocrites de certains journaux, qui parlent des impressions favorables au gouvernement italien que devront, d'après eux, emporter les pèlerins. Il est bien vrai que , dans un but facile à comprendre^ la police a pris soin de faire rentrer dans le fond des maga* sins les ignominies qui se publiaient naguère en* core contre le Pape. Il est vrai encore que les portraits de Victor-Emmanuel ne se voient nulle part, tandis que ceux de Pie IX se vendent partout : bonne preuve, entre parenthèses, que le vrai peuple romain ne se trompe pas sur ses vrais intérêts; il est même vrai que, pour la circonstance, comme l'écrivait naguère notre correspondant, les juifs se sont faits, en grand nombre^ marchands d'objets de dévotion ; mais il y a autre chose, et pour emprunter au vaillant petit journal l*Ancora
ce qti'll disait naguère en réponse aux suggestions de V Italie y ou de quelque autre > je ne puis mieux faire que de dire avec lui :
« Ce que les pèlerins diront ? Ils diront :
« 1<> Que, venus en Italie à l'ombre des lois internationales, si en beaucoup de villes ils ont, comme à Rome, trouvé un accueil hospitalier près des populations catholiques , il ne leur a pas manqué Taccueil de sifflets , témoin ce qu'ils ont souffert à Padoue.
<( 2<^ Que, venant apporter en Italie de l'or sonnant, et en abondance, puisqu'on n'estime pas à moins de 40 millions le chiffre des sommes qu'ils laisseront dans la péninsule, ils n'en sont pas moins insultés par une presse abominable, qui les traite de gueux et de gens venus avec des habits qui ne sont pas à eux.
(( 3® Que, tout en tolérant leur venue par pudeur internationale et par intérêt financier, on insulte à leur foi de catholiques, en qualifiant leurs actes de momeries et de superstitions, ce qui est une in' suite au Pape , à laquelle on ajoute celle de nier que saint Pierre ait jamais mis les pieds et soit mort à Rome.
« 4° Ils diront encore qu'au mépris des promesses solennelles faites avant la brèche de la Porta Pia, on a fait main basse sur toutes les propriétés ecclésia^ tiques de Rome, dispersé les
corporations religieuses, attenté à la hiérarchie, ei, poar finir, qu'on a tenté de fermer la houche au souverain Pontife, en frappant dans la personne des prêtres les manifestations de la doctrine et de l'autorité pontificale.
a 3^ Ils diront enfin qu'il y a une Italie légale et une Italie réelle, et que la révolution incarnée dans la première, hien qu'elle ne puisse ni par le nombre, ni par la probité, ni par le vrai savoir, être aucunement comparée à l'autre, a pour ce moment la domination de la force, au moyen de laquelle sont conquis et détruits tous les droits des cafho* liques.
« Voilà ce que diront les pèlerins. »
La réponse est topique. Et tout ce qu'on observe en démontre en plein la justesse. Là-dessus on peut s'assurer que les pèlerins ne prendront pas le change, et que toutes les hypocrisies seront facilement démasquées. Ainsi, croirait-on qu'hier soir un des journaux de la secte relevait comme une preuve manifeste de la liberté du Souverain Pontife la nouvelle de l'arrivée prochaine d'un ambassadeur autrichien envoyé en mission extraordinaire? L'empereur d'Autriche, en effet, a résolu, dit- on, d'envoyer en cette qualité auprès du Saint-Père, pour le complimenter le 3 juin, M. le comte Jean Larisch-Mœnnîch, chevalier de la Toison-d'Or, piaréchal de cour, conseiller intime et membre
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héréditaire de la Chambre haute de Vienne. L7/alie veut bien nous apprendre que le Pape tient de la loi des garanties le droit de recevoir cet ambassadeur extraordinaire. En vérité! Mais alors, si demain le gouvernement italien rapportait la loi des garanties, comme il en a souvent manifesté le dessein, le Pape perdrait donc le droit d'être complimenté par les souverains catholiques. Les Journaux officieux sont souvent bien maladroits !
Pour achever de les mettre de bonne humeur, on ne peut que leur signaler la démarche faite hier auprès du Saint-Père par M. le baron Baude^ ambassadeur de France. M. le baron Baude appor« tait à Pie IX une lettre autographe du maréchal de Mac-Mahon, offrant ses hommages à Sa Sainteté pour l'anniversaire de sa cinquantaine épiscopale. A cette occasion, le Maréchal prie Sa Sainteté d'a« gréer l'offrande qui lui est faite de superbes tapis des Gobelîns où est représenté le triomphe de la Charité, d'après le tableau de Delsarte qui est au Louvre. Le Saînt-Père, très-touché de ce témoignage, a chargé M. Baude d'exprimer ses sentiments au Maréchal. « Monsieur l'ambassadeur, a dit Pie IX , dites à M. le maréchal combien je suis touché de cette preuve filiale de son dévouement au Pape et au Saint Siège. )>
M. l'abbé Grardet, premier vicaire de Sainte-Clotilde, accompagnait M. le baron Baude. Au nom de
M. le curé de Sainte-Glotîlde, qai est, on le sait, la paroisse du Maréchal, il apportait, comme don de cette paroisse, deax magnifiques vases en porcelaine de Sèyres, contenant deux bouquets d'oliviers et de lis, argent et or, sortis des ateHers de M. Froment-Meurice. M. le curé de Sainte-Clotilde priait en outre le Saint-Père de vouloir bien agréer pour son usage une tasse d'un grand prix, don^ M. Hamelîn serait heureux, disait M. Gardet, que le Saint-Père voulût se servir à son déjeuner. Le Saint-Père a souri et a remercié , avec des paroles aimables pour le curé de Sainte-Clotilde, sa paroisse et son premier vicaire. Quelques moments auparavant, le Saint-Père avait daigné agréer de même, des mains de M. Félix Lequien, de Boulogne-sur-Mer, un très-beau calice enrichi de pierres précieuses et d'émaux magnifiques représentant les saints patrons de cette ville.
Du reste, le nombre est vraiment incalculable de ces témoignages du dévouement des fidèles^ et l'on s'étonne que le Pape, obligé de se réserver pour les grandes audiences^ puisse suffire à tant d'autres réceptions, qui fatigueraient tant d'autres personnages moins accablés de sollicitudes et moins âgés que lui.
Hier encore^ en dehors de la grande audience dont je vous ai envoyé le récit, il avait reçu le duc et la duchesse de Parme, avec la comtesse de Bardi^
puis la princesse et le prince héréditaire de Tour et Taxis avec leurs enfants.
Il conyient néanmoins de ménager une santé si précieuse au monde catholique tout entier. Il a donc été décidé que durant ces deux Jours de fête, le Pape prendrait le repos nécessaire pour reprendre les grandes audiences lundi. L'audience des cercles catholiques d'ouvriers, annoncée pour aujourd'hui, aura donc lieu un autre jour. Il en sera de même pour les membres des conférences de Saint-Vincent- de-Paul, qui ont eu, hier, la consolation de se trouver réunis chez le cardinal Borromeo, protecteur de TŒuvre. Le cardinal a prononcé une gracieuse et paternelle allocution, à laquelle a succédé un émouvant discours de Mgr Mcrmillod sur les hommes et les œuvres de la charité.
VOsservatore romano publie le récit des fêtes qui viennent d'avoir lieu à Sinigaglia, ville natale du Souverain Pontife. Pîe IX ayant fait élever à ses frais la façade de la cathédrale, les habitants de Sinigaglia ont voulu témoigner solennellement de leur gratitude par un triduum dont le dernier jour, par une délicate attention, avait été fixé au 13 mai, jour de la naissance du souverain Pontife. Divisés jusqu'à ces derniers temps par la politique, les habitants de Sinigaglia ont marqué ce jour-là qu'ils étaient unanimes dans l'expression de leurs
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sentlment3 de tendresse, de dévouement et de res- X>ect ponr leur grand bienfaiteur et concitoyen, et il est certain que la description envoyée à VOsser^ vatore donne Tidée d'une manifestation qui a été, comme il le dit, aussi magnifique, franche et affectueuse qu'on ponvait l'attendre et le désirer.
Rome, 21 mai.
La confasioQ de Babel et le don des langues. — Les vraies manifestations du suffrage universel. — Messe du cardinal Chigi et aUocution aux membres des cercles catholiques. — Le diplôme des pèlerins. — La messe pontificale à Saint-Pierre.
Je disais hier que, pour ménager les forces du Saint-Père, l'audience des cercles catholiques d'ouvriers , fixée pour le 20 , avait été remise. Cependant, tous les membres n'en ayant pas reçu l'avis, plusieurs sont arrivés au Vatican à l'heure fixée pour l'audience, ce qu'apprenant le Saint-Père, il n'a pas voulu qu'ils s'éloignassent sans leur avoir adressé quelques mots, ainsi qu'aux autres personnes qui avaient pu pénétrer dans les salles du Vatican. Il leur a donc parlé de la Pentecôte et du don des langues qu'avaient ce jour-là reçu les apôtres pour évangéliser toute la terre. « Ainsi en est-il de vous, a-t-il dit aux pèlerins ; vous venez
ici entendre la parole da Saint-Esprit afin que vous la reportiez ensaite par tontes vos langncs dans toutes vos nations. C'est qne vons combattez tous ceux qui cherchent au contraire à semer partout la confusion, et qui, pour cela, se servent aussi de toutes les langues; mais ceux-là ce sont les ouvriers de Babel , et Dieu fera qu'ils ne s'entendront plus. »
La vérité, c'est qu'ils ne s'entendent plus déjà, et que la confusion s'est mise en eux du jour où le Pape a pris le monde à témoin de la violence qui lui était faite. Au contraire, de quelle admirable union ne nous offrait pas le spectacle de la multitude qui, ce matin, se pressait, dès l'aube, pour aller à Saint-Pierre où devait être chantée, à dix heures, la messe pontificale I En voyant la file interminable de voitures, qui du pont Saint-Ange se succédait jusqu'au pied de Saint-Pierre, on se serait cru aux jours anciens, quand le Pape luimême rehaussait de sa présence cette grande solennité. Hélas l à Saint-Pierre on s'aperçoit trop bien de cette absence. Les cérémonies sont admirables, les chants sont incomparables, mais à cette harmonie il manque la voix puissante de Celui qui devrait présider cette cérémonie sainte. Songent-ils à cela ceux qui pensent qu'il est facUe de persuader aux pèlerins que le Pape jouit de sa pleine liberté? A n'en pas douter^ ils font ces ré-
flexions» les soldats italiens qui sont postés cxtérieurenient à la porte du Vatican et qui voient défiler sous leurs yeux cette foule immense. Ils en font d'autres encore, sans nul doute» du moins ceux d'entre eux que leur service appelle parfois au Quirinal. Là nulle visite de personne ; c'est un désert et comme use maison de deuil. Au contraire, la foule et la joie sont au Vatican. Gomment ne voit-on pas que les foules elles-mêmes désignent ainsi où est le vrai souverain? En veut-on un autre témoignage pour le peuple même de Home ? En ces derniers temps, on a créé diverses lignes d'omnibus qui desservent certains quartiers de la ville. Or, sait-on quelle est celle qui, de beaucoup, emporte le plus de voyageurs ? C'est celle qui conduit au Vatican.
Aussi le cardinal Ghigi avait-il grandement raison de dire ce malin, dans sa pieuse et touchante allocution aux membres des cercles pour lesquels il célébrait la messe, que Home est toujours au Pape. Il ajoutait non sans tristesse : < A cet autel de la Chaire de Saint-Pierre, où nous sommes réunis, priez d'une façon toute spéciale pour que cette Chaire ne soit jamais transportée ailleurs, et que les événements n'obligent pas le Saint-Père k quitter Home. )> Son Éminence a recommandé, en outre, aux membres des cercles d'avoir l'esprit de concorde, l'esprit de prière, l'esprit de force pour
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résister aax combats qui se livrent à cette heure par toute la terre contre r£glise, dont ils veulent et doivent être les soldats. Enfin» il s'est adressé à Notre-Seigneur, au moment de distribuer la sainte communion^ le priant de bénir les membres de l'Œuvre» leurs famille» la France tout entière. La voix du cardinal Ghigi ne porte pas loin; mais il parlait d'un accent si pénétré» qu'il a vivement ému et édifié l'assistance» où nous avons vu bien des larmes couler.
La plupart de ceux qui étaient là étaient venus à jeun pour profiter des indulgences accordées à tous ceux qui à partir d'aujourd'hui font la sainte communion à Saint-Pierre. En se retirant de la sainte table» chacun de nous recevait en outre un diplôme qui sera dans les familles bien précieux, car c'est une attestation donnée par le cardinal BorromQO » archiprétre de Saint-Pierre » aux pèlerins qui» ayant fait le pèlerinage de Rome à l'occasion du jubilé pontifical» ont communié à Saint- Pierre pour y gagner les indulgences. C'est d'après le désir même du Saint-Père» on le sait» que cette distribution est faite aux pèlerins.
Munis de ce précieux diplôme» les pèlerins» qui avaient assisté à la messe de S. Ém. le cai^dînal Ghigi» ont pu » presque aussitôt après» entendre la messe pontificale célébrée par S. Ém. le cardinal Borromeo» qu'entourait nombre d'évêqucs, parmi
lesquels NN. SS. de Bourges, de Poitiers^ d'Aire^ d'Agen» de Montpellier^ Mgr de Lydda, Mgr Lâchât, é^èque de Bâle. La description d'une messe pontificale a été tant de fois faite que je n'ai pas à la reproduire ici. Aussi bien Je l'ai dit» le Fapo manquait.
Bome, SI mai.
L'offrande des nations à Pie IX et sa réponse au prince Âlteri. — Ouverture de l'exposition. — Le Te Deum à Saint-Pierre. — Encore les caricatures. — Une soirée académique au palais Àltemps. — Les évéquee français présents à Rome. — L'audience des cercles catholiques. — Discours du Pape aux Marseillais et aux pèlerins de Limoges^ sur la voie de Martial et la Toie de Marte- Magdeleine. — Lés pèlerins suisses. — Les espions prussiens. — Un projet attribué au prince Amédée.
Après la messe pontificale dont je tous ai parlé ce matin^ un grand nombre de pèlerins, surtout de pèlerins de Paris, qui partent demain» voulant salaer une fois encore Pie IX, sont montés vers midi dans les salles du Vatican. G^est aujourd'hui, en effet, que le prince Altierl^ au nom de la société romaine, devait offrir au Saint-Père, de la part de tontes les nations catholiques, les dons qui sont rassemblés dans l'immense galerie dite galerie géographique. A midi, la salle est comble^ et c'est eu tonte vérité qu'on peut dire qu'ici toutes les
nations sont rassemblées ; j'y vois le baron de Loê et la plupart des Allemands dont je donnais les noms Fantre jour^ à eôté de lord Bebeigb pour les Anglais, du comte Schérer-Boccart pour les Suisses» de MM. Cannart d'Hamal et de Villermoii pour les Belges» de M. le comte d'Alcantara pour la Hollande» des Américains» des Polonais» des Espagnols^ etc. Quant aux Français, ce sont eux qui sont en plus grand nombre.
Tous les chefs de pèlerinages sont là» et par les pèlerins^ plus de trente diocèses certainement sont représentés. L'on comprendra que je ne puisse les nommer tous. Aussi bien, nous les retrouverons prochainement lorsque viendra le jour de leur audience psLTticulière. A midi et demi» le Saint-Père apparaît» entouré de plusieurs cardinaux et de nombreux évéques^ parmi lesquels NN. SS. de Bourges^ de Montpellier» d'Aire» de Bâle. Aussitôt le prince Altieri donne lecture en italien de l'adresse par laquelle il offre au Saint- Père tous les présents des catholiques de la terre rangés dans les galeries de l'exposition qui va s'ouvrir tout à l'heure. Rappelantdans un noble langagequeDieu» qui a donné les nations en héritage à son Fils» les a données aussi à l'Église» le prince a dit que les nations aujourd'hui apportaient leur tribut au souverain de Rome, au Vicaire infaillible du Christ» faisant ainsi servir les produits de toutes
M PtË ix Gi
hs incfastf ies et de tons les arts à proclamer la grande unité catholique.
Pendant la lecture de cette belle adresse, le Pape avait donné plusieurs signes (d'approbation. Après le baisement des pieds par les membres de la noblesse romaine, il a prononcé en réponse une allocution dont il est fort heureux que nous puissions espérere le texte, car aucun résumé ne pourrait donner Tidée de cette parole^ à la fois si tendre et si forte, pleine des accents de la spiritualité la plus haute et des plus hénergiques appels au combat sans trêve contre ceux qui aspirent à détruire le règne de l'Église dans le monde. « C'est un doux et admirable spectacle, a dit Pie IX^ que cette assemblée magnifique où je vois les représentants du monde catholique tout entier unis dans les mêmes sentiments pour l'Église et pour son chef, ce dont témoignent avec votre présence les dons que vous offrez au Pape. A ce propos, rappelez-vous comment les Mages^ ayant déposé leurs présents aux pieds de l'Enfant divin, trou- Yèrent au sortir l'étoile qui leur enseigna le chemin.
<c Et vous aussi, je l'espère^ vous trouverez, ou plutôt nous avons cette étoile, c'est Marie ; invoquons-la, prions*la, pour qu'elle nous enseigne le chemin et que nous puissions nous aussi entendre le cantique des anges nous promettant le bon«
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heur et la paix. Mais pour cela il faut combaltrd résolument contre tous ceux qui veulent ruiner l'Église, surtout en cette Italie qui yerra^ elle aussi» j'en ai l'espoir, luire un jour les consolations de la paix. Pour cela invoquons encore le grand patron de toute l'Église, saint-Joseph^ afin qu'il veille sur elle et sur nous.» A ce moment le Pape s'est levé et embrassant toute l'assistance d'un regard» levant les mains avec un geste d'une majesté que rien ne peut rendre, il a béni tous et chacan de oeux qui étaient là, dans leurs personnes, dans leurs familles, dans leurs patries, dans leurs travaux pour ce monde, dans leurs œuvres pour l'an* trc. L'émotion était telle que les sentiments n'ont pu se contenir davantage. Au moment où il se retirait, bénissant une dernière fois, il s'éleva une acclamation immense : Yive Pie IX I En vain s'efforçait-on^de contenir les pèlerins, les acclamations redoublaient, et les échos en reteniissaieni encore quand le Pape eut regagné ses appartements.
La foule alors se disperse et se répand dans les salles de l'Exposition, où ne sont pas encore exposés tous les objets annoncés^ plusieurs étant encore retenus à la douane^ mais qui déjà présente un fort bel aspect. Dès l'abord, et après avoir re« marqué le beau monument élevé par M. Tabbé Sire à rimmaculée^Conception, on voit bien qu'on est dans le palais de la justice et du droit»
car les objets rangés dans le quartier qui appartient à rilalîe sont désignés comme venant les uns da dnehé de Milan, les autres du duché de Modène, d'autres encore du duché de Parme. La Belgique est peut-être le pays qui, comparativement, a envoyé le plus de dons. L'Allemagne et l'Amérique elle-même sont également représentées par de nombreux objets. La France, qui en compte peutêtre moins, n'est pas celle qui se distingue le moins par le bon goût et le luxe.
Les objets sont d'ailleurs disposés avec un art parfait et qui fait le plus grand honneur au jeune commissaire qui a fort aimablement et fermement dirigé tout ce travail, M. le comte Yvert. Ce qu'on remarque le plus est certainement le tableau en tapisserie du maréchal Mac-Mahon^ dont j'ai parlé, avec les vases en porcelaine de Sèvres auxquels il est joint. Il y a aussi une magnifique chape envoyée de Poitiers. M. le duc de Nemours a envoyé une croix avec un anneau de grand prix, et la princesse Blanche, sa fille, a offert un tableau peint par elle, représentant saint Louis, roi de France, entre saint Dominique et saint François d'Assise. Notons encore l'anneau envoyé par l'Université catholique de Lille, le superbe calice envoyé par Lyon, dont j'ai déjà parlé. Au surplus, je me borne pour aujourd'hui à ces quelques mots, me proposant de consacrer, quand elle sera corn-
64 LA CINQUANTAINE ÉPISGOPALE
plëte, nne correspondance spéciale à cette exposition.
P. S. — HuU heures dusoir.^^Je reviensde SainL Pierre^ où l'on chantait, à cinq heures, les vêpres solennelles, suivies du Te Deum en actions de grâces pour la cinquantaine de Pie IX, et ce que j'ai vu là dépasse toute description. Je ne parle pas des chants admirables qui emplissaient d'harmonie la basilique ; mais c'est l'attitude et la manifestation de la foule dont il faudrait pouvoir rendre le grand caractère. A cinq heures et demie, l'immense vaisseau était à moitié rempli; à six heures^ il n'y avait plus de place. A. la grande foule des pèlerins, la foule plus grande des Romains était venue se joindre^ témoignant ainsi une fois dé plus des sentiments de piété et de fidélité dont elle est toujours animée pour le souverain Pontife. A un Romain qui était à mes côtés je demandais à combien il estimait à peu près le chiffre des personnes que contenait la basilique. — ^A vingt mille, me répondit-ily et ce n'est peut-être pas dire assez.
Et maintenant, entendez- vous ces vingt mille voix chantant alternativement avec le chœur, les versets du Te Deum? Rreprésentez-vous cette foule agenouillée en silence dans l'attente de la bénédiction du Saint-Sacrement, et poussant vers
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le Ciel ses ardentes prières qaand le cardinal Bor« romeo récitait la prière ponr le sonyerain Pontife. Jusqu'au dernier moment et dans l'espoir qu'i^ apparaîtrait derrière le yitrail^ qui forme le fond de la basilique^ des milliers de regards s'étaieat tournés de ce côté. Notez que dans la foule se montraient nombre d'uniformes de Tarmée italienne. Au sortir, beaucoup d'autres officiers étaient au pied de la colonne, considérant cette scène incomparable ; toutes les portes de Saint-Pierre étaient ouyerteSy dans le fond et brillant au loin, les lumières de la confession ; puis, sur le parvis et les immenses degrés, une foule incalculable roulant ses flots paisibles etlninterrompus sur toute la largeur de cette immense Scala jusque par delà l'obélisque^ que surmontela Croix. En vérité, c'était là un spectacle plus digne du ciel que de la terre, et, ce qu'il faut dire, c'est que dans ce spectacle on prenait comme l'avant-goût du triomphe que nous fait espérer Pie IX et qui ne saurait plus tarder.
Rome, 22 mai.
Je vous contais hier les magnificences de Saint- Pierre et la grande manifestation du vrai peuple romain qui s'était joint aux pèlerins pour donner à cette fête un caractère vraiment triomphal. De leur côté, les italianissimes ne pouvaient manquer de manifester à leur manière. Ils ont donc afû.ché
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des caricatures» qa'ils intitulent le carnaval ecelé-' siastique. L'une d'elles représente le Saint-Père recevant le Saint-Esprit sous la forme de sacs pleins d'éeus qai Ini sont apportés par les pèlerins de toutes nations^ représentés à leur tour sous les traits les plus grotesques qu'a pu trouver rinféconde imagination du misérable caricaturiste ;rautre a un caractère plus politique ; d'un côté elle représente un pèlerin marchandant un chapeau de paille qu'on lui dit avoir été fait avec la paille du cachot du Vatican ; de l'autre, c'est le Maréchal en petite tenue qui est en train d'endosser une soutane, et pour légende : € C'est fort bien, et le déguisement est parfait ; reste à savoir qui la dansera. » Pour caractériser ces ignominies il sufût de les citer, aussi je n'en parle que pour montrer ce que la tolérance italienne permet contre le Pape et la religion^ en dépit des fameuses garanties contenues dans la loi que l'on ose encore présenter au monde comme le palladium de la Papauté.
Heureusement, et pour se tirer du dégoût que de telles œuvres inspirent, les vrais Romains, ceux qui ne furent point conquis et restent fidèles, multiplient les preuves d'un dévouement qui éclate aux yeux de tous. Hier soir» on a pu le constater une fois de plus dans une fête que donnait au palais Altemps la société de la Jeunesse
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catholiqne italienne. II. faut dire, puisque Toccasion s'en offre, que les aimables membres de cette société ne cessent , depuis Touverture des pèlerinages^ d*exciter la reconnaissance et l'admiration des étrangers par l'empressement, le désintéressement, le zèle avec lesquels ils ont mis leur cercle et leurs personnes à la disposition des pèlerins. La fête qulls nous offraient hier, en même temps qu'elle étaîi pour eux un nouveau moyen de fêter Pie IX, était pour nous une bonne occasion d'assister à l'une de ces séances académiques fort en usage à Rome. Celle-ci était des plus illustres, car au premier rang on voyait LL. EEm. les cardinaux Franchi, Oreglia, Nina et l'archevêque de Compostelle, M. le duc et M"® la duchesse de Parme, le prince-abbé Radziwill, et dans l'assistance toute la noblesse romaine avec l'élite des étrangers, auxquels les jeunes membres du cercle faisaient les honneurs de la soirée avec une grâce dont on ne saurait trop faire l'éloge.
Le programme de la réunion comprenait de la musique et des pièces de poésie. Il a été, sous ce double rapport, admirablement rempli, les meilleurs airs de Verdi et de Donizetti, avec VÀve Maria de Gounod ayant été exécutés tour à tour avec une rare perfection ; d'autre part les poètes, si j'en juge du moins par la poésie française de
M. le chevalier Fraacesco Panvlm-Rosati, n'ont pas été infériears au sujet qu'ils s'ingéniaient à traiter en diverses langues et en divers mètres^ mais qui^ pour tous, était la célébration de la cinquantaine épiscopale du Pontife-Roi. L'on prendra l'idée de ce que sont les travaux du cercle Saint-Pierre, lorsqu'on saura que les jeunes gens qui en font partie nous ont offert successivement : M. César Caterini, une ode saphique; M. le chevalier Jules Navone, une poésie espagnole ; M. le professeur Zama, une composition polymétrique ; M. Georges Schmid von Grueneck, une poésie allemande; M. le professseur Mosi, un chant latin; M. Edgard English, une poésie anglaise ; enfin, M. Philippe Tolli, président du cercle, des tercets pleins de charme et fort bien dits.
Mais le morceau capital de cette soirée, c'a été l'admirable discours lu par Mgr Yanutelli, substitut de la secrétairerie d'État. Mgr Yanutelli est jeune encore. Il a la voix vibrante et le geste expressif; de plus, il parlait de Pie IX, dont il glorifiait le pontificat avec les accents d'une rare éloquence, et son sujet donnait à son discours une animation plus grande encore. Aussi quand, après avoir retracé les luttes saus trêves de ce pontificat mémorable ; quand, après avoir rappelé les définitions glorieuses et les canonisations sans nombre qui ont marqué la grande vie du Pape régnant.
il a montré Pie IX ruinant définitivement le galli* eanisme par la définition de rinfaillibilité et s'attaquant résolument à tontes les autres erreurs, sans se laisser arrêter par les menaces et les entreprises de la Révolution ; quand enfin il a, dans un mouvement superbe, protesté contre tous les attentats qui visent le Pontife et le roi, et qu'il a terminé par une sorte de prosopopée à Pie IX, dont le buste décorait la salle, il a soulevé àei ap^ plaudissements qui, par trois fois, ont repris après la fin du discours, témoignant à la fois des sentiments de Tassistance pour Pie IX et de son admi* ration pour l'orateur qui venait de lui faire entendre de tels accents.
Vous avez remarqué que je n'ai nommé aucun évêque français parmi les prélats qui assistaient à cette cérémonie; ils étaient en effet retenus ce même soir au séminaire français, où le R. P. Eisbbacb, supérieur, avait voulu les réunir dans un même banquet, auquel participaient également Mgr Dubuy, évêque de Gai veston, -Mgr Lacbat, Mgr Mermillod, Mgr Petitjean, vicaire apostolique du Japon, et Mgr Lacerda, évêque de Para. Quant aux évêques français présents à Rome et qui se trouvaient ainsi réunis hier à la même table, ce sont : Mgr de La Tour d'Auvergne, archevêque de Bourges, Mgr Forcade, archevêque d'Aix, Mgr Pie, évêque de Poitiers, Mgr Sebaux, évêque d'Àngou*
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lême, Mgr Delannoy, évéqae d'Aire, Mgr Fonfeneaa, évègae d*Agen^ Mgr de Gabrières, éyâqae de Montpellier j Mgr Gestes^ ëyéqae de Mende , et Mgr Monnier, évëque de Lydda, auxiliaire de Son Éminonee le eardinal-archevéqae de Gambrai.
Ge matin les pèlerins de ces divers diocèses qai appartiennent à l'œuvre des cercles catboliques se retrouvaient au Vatican, où ils devaient être reçus après l'audience générale accordée aux pèlerins de Marseille et de Limoges. On sait que ces deux diocèses ont pour patrons sainte Marie-Madeleine et saint Martial. En réponse aux adresses qui lui étaient lues, le Pape a dit, parlant de sainte Marie- Madeleine, qu'elle nous enseignait la pénitence; puis, invoquant la légende de saint Martial , que plusieurs disent être le fils de saint Pierre : C'est un sujet de discussion^ a dit le Saint-Père, et je ne me prononce pas; on croit encore que saint Martial est ce petit enfant que Notre-Seigneur désignait quand il disait : Malheur à ceux qui scandaliseront un seul de ces petits enfants I De toutes manières saint Martial nous représente l'innocence; eh bien! mes très-chers, nous sommes tous des pèlerins, et il n'y a que deux voies pour aller au Giel : la voie de Martial ou la voie de Madeleine^ la voie de l'innocence ou la vole de la pénitence. Demandons donc à Dieu cette grande grâce, ou de garder Tinnocence, si nous ne l'avons pas perdue, ou de nous
sauver par la pénlteDce. Le Pape alors^ dans une de ces Invocations émouvantes dont on ne peut donner Tidée quand on n'en a pas été rheureux témoin, a levé les mains vers le Ciel, appela^tt J#s bénédictions du Ciel sur les pèlerins , leur DinîUie et leur patrie.
^ Fuis 9 pasâant dans la salle de la comteii^ ^f^ thilde, il y a trouvé les membres des cer^s ji,u nombre de plus de quatre cents, rangés d%ps.\|n ordre parfait, dont il faut faire bonneur à 1» vAftîlanle sévérité des membres du comité âir^^^x, M. le comte Hobert de Man, M. de Roquefeaii «t M. Auccl. Ayant parcouru les rangs, le Pape s'ai?rêta au moment d'entrer dans le salon où il iio ra* pose après les audiences. A cet endroit étaientréunis M. Meignan , portant la maguiûque bannière de l'Œuvre, M. le comte de Mun et les autres membres du comité. M. le comte de YiUermoat doAna lecture d'une énergique adre&se où étaéqxkt exprimi^s, avec les sentiments des membres poujr Pie IX, leur inébranlable résolution de poursuiVire sans trêve la guerre entreprise contre la révolution. Pendant cette lecture, le Pape donnait des signes fréquents d'approbation. U examina la baa** nière dont il lut l'inscription; puis, après avoir reçu l'bommage d'un licbe album où sont les signatures des membres de l'Œuvre et d'une trèslieile statuette en argent de Jésus-Ouvrier, travail
n LA ClNOUANTAINE ÉPîSCOPALK
de prix exécuté par nn ouvrier, M. Jacqnct^ mem^ bre de TŒuvre, le Saint-Père» d'une voix forte, a béni la bannière, les membres de l'Œuvre et leurs travaux entrepris pour Dieu. Les pèlerins alors se sont répandus dans les galeries jusqu'à la salle de l'exposition, où chaque jour arrivent de nouveaux dons qui la complètent, ce qui me permettra de vous en parler bientôt plus amplement.
Je [n'aurais pas complété aujourd'hui ma chronique des pèlerinages^ si après avoir signalé le départ des premiers pèlerins de Paris et des pèlerins de Rhodez, je ne vous disais un mot- de la station des pèlerins suisses faite ce matin à Saint-Pierreès-Liens. Mgr Lâchât et Mgr Mermillod présidaient la cérémonie^ et M. le comte Ghew-Boccart était à la tête des pèlerins. Après la messe, où les communions ont été nombreuses, Mgr Mermillod a adressé aux pèlerins une émouvante allocution sur le patriotisme, disant que c'est à Rome surtout que se manifeste et se nourrit le patriotisme qui, oomme toutes les grandes choses, tient essentiellement à la vigueur de la foi. Or, les Suisses, aujourd'hui, ont à souffrir aussi pour la foi ; comment pourraientils abandonner, vis-à-vis de Dieu, cette fidélité traditionnelle qui leur vaut aujourd'hui encore l'honnonr de former la garde du Pape au Vatican? L'évéque de Genève a rappelé ensuite comment les Suisses, en France, avaient su mourir bravement
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ftn 10 dioAi, en dëfendant la royauté; seraient-ils moins indomptables aujourd'hui qu'il s'agit de défendre Dieu lui- môme et son Église contre les assauts de la Bévolulion ?
À côté du juste éloge des Suisses et comme contraste, yoici ce que me contait ce matin même quelqu'un dont les informations sont dignes de foi. n disait que non-seulement le Vatican est en« touré de soldats italiens, mais qu'il rôde autour des espions prussiens. H en est un tout au moins qui, vraisemblablement avec l'agrément de l'autorité actuelle, s'est donné pour mission d'inspecter nuit et jour si^ d'aventure, Mgr Ledochowskl ne sortirait pas du Vatican, où il a dû se retirer, on le sait, pour ne pas être livré aux gendarmes prussiens par les gendarmes italiens. Au reste, on n'avait pas besoin de cette nouvelle preuve de l'ingérance allemande en Italie.
L'autre jour, dans le chemin de fer de Milan à Rome, je lisais le numéro du jour de la Gazetta d'Ilalia, et j'y vis une correspondance de Venise qui racontait une séance tenue par une association qui se nomme AssocicUion du Progrès, dans le but de protester contre le vote du Sénat sur la loi Mancini. Or, le correspondant racontait que ce qui avait surtout décidé le vote de la réunion, c'était l'intervention inattendue d'un Prussien du nom de Gastein, lequel se trouvait à Venise « pour
74 LA CJNQUÂKTAJNE ÉPISCOPALE
7 passer le temps » . n parla donc, dit qae la question du Pape n'était pas seulement une question italienne , en quoi il n'avait pas tort, et conclut à ce que les Italiens soutinssent M. de Bismarck dans sa lutte contre la papauté. La Gazettad'ItaUa^ qui a approuvé le vote du Sénat, se lamentait fort de ce fait, qui montrait, disait-elle, le mauvais génie de M. de Bismarck apparaissant là comme un spectre de mauvais augure; mais elle constatait en même temps que le signer Gastein avait été salué des plus vifs applaudissements, et la Gazeila d'iialia a la naïveté de s'en étonner. Elle en verra bien d'autres.
Ce qui fait pour le public un étonnement d'un autre genre, c'est le bruit qui court des intentions où serait le prince Amédée de venir offrir ses hom« mages au Saint-Père à la tète des pèlerins d'Italie annoncés pour le 3 juin. Ce qui peut donner créance à ce bruit^ c'est l'offrande que le prince faisait naguère à Sa Sainteté d'un trës-)>eau calice pour sa cinquantaine épiscopale. Néanmoins, ce dont on parle aurait, en un sens, une telle gravité et on y rattache de telles vues d'avenir, que je dois le rapporter sous toutes réserves, bien que les Italiens eux-mêmes n'y soient pas tous incrédules.
Rome, 23 mai.
Les offrandes des paroisses Saint-Roch et Saint-Pierre de Chaillot. — Le comité catholique de Chartres. — L'audience des pèlerins belges. — L'épée du général
^ Gharette. — Ce que sera la fête du Statut. — La Chambre des invalides. — Un mot du Pape. — L'album des exposants pontificaux.
Ce n'est pas seulement dans les audiences générales que se prodigue le Pape. Chaque jour, après ces audiences et lorsqu'il se rend au salon où il a coutume de prendre un peu de repos^ tout en accordant nombre d'audiences privées, il trouve gur son chemin diverses députations de diocèses et de paroisses dont il reçoit et bénit les dons. C'est ainsi que M. le curé de Saint-Roch et M. le curé de Chaillot offraient, il y a deux jours, les dons de leur paroisse respective. Le don de la paroisse Saint-Roch consiste en une étole splendide, offrande des Enfants de Marie, en aubes et en gar« nitures d'autel du plus riche travail, que les dames de la paroisse ont brodées elles-mêmes. M. le curé était en outre porteur d'une somme offerte par les principales familles de la paroisse et indépendante de celle qui avait été recueillie à la dernière quête du Denier de Saint-Pierre.
L'offrande de la paroisse Saint-Pierre de
?6 LÀ CINQtAKÎAlNË JÊPISCOPALE
Chaillot est un magnifique calice sur le pied duquel se trouvent huit émaux de grande dimension» dont les deux premiers représentent Noire-Seigneur remettant les clefs à saint Pierre et la délivrance du prince des apôtres. Les six autres reproduisent : 1° le sanctuaire de l'église paroissiale; 2^ un emblème de la paroisse prosternée aux pieds du souverain Pontife ; 3^ une visite à une famille pauvre par des membres de la conférence de Saint- Yincent-de-Paul; 4^ la maîtrise paroissiale: 5"* la maison des sœurs de la Sagesse fondée récemment par la cbarité des Mêles; 6<> les ateliers chrétiens des jeunes filles. Autour de la coupe, richement ornée de pierres précieuses et de filigranes, sont rangés les douze apôtres. Enfin huit émaux forment le nœud du calice et représentent : Notre-Seigneur montrant son cœur adorable, la Sainte- Vierge, saint Joseph, saint Denis VAréopagite, saint Yincent de Paul, saint Louis, saint Célestin, sainte Geneviève.
Ces dons ont été accueillis avec grande joie par le souverain Pontife, qui a même béni d'une façon toute spéciale le groupe de pèlerins du diocèse de Chartres, lesquels avaient en la faveur, hier, d'être placés dans une salle que devait traverser le Saint- Père pour se rendre à l'audience générale. M. le comte d'Alvimare de Feuquières, président du comité catholique, a déposé aux pieds du souverain
Pontife Talbam contenant les signatures de Tadresse> au nombre de 26,000, et les dons en argent> se montant à 9,009 francs. Il est à supposer que le Pape avait été instruit des difficultés qu'avait rencontrées le comité dans son œuvre, car il a dit que parfois le diable se met à la traverse des bonnes œuvres. Le Pape a^^aigné admettre M. d'AJvîmare à sa suite pour prendre place auprès du trône pendant Taudience des pèlerins de Marseille et de Limoges.
Aujourd'hui c'est aux pèlerins belges que le Pape donnait une audience générale. Voulant solennîser. le plus possible la réception, les directeurs et les principaux membres du pèlerinage s'étaient rendus au Vatican, conduits par trente-sept voitures de gala, qui formaient un long et magnifique cortège. Dès midi la salle du consistoire était pleine^ et ce ne n'est pas sans difficulté que les membres directeurs du pèlerinage parvenaient à ranger sur huit rangs une foule qui ne comprenait pas moins de cinq cents personnes. A midi trois quarts, le Saint-Père faisait son entrée, accompagné de quatre cardinaux et de nombreux prélats, et montrant à tons le merveilleux état d'une santé qui, loin de s'afifaibliï, semble se fortifier chaque jour. Aussitôt Mgr révoque de Liège donne lecture en italien d'une énergique adresse de fidélité^ puis M. le comte de Villermont présente au Pape l'album
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contenant radressedontje roasonyoîe le texte (i), et qui est converte de plusieurs centaines de milliers de signatures ; après quoi M. le comte d*AIcantara lit également une adresse trës-courte^ mais très-énergique^ au nom de la Flandre catholique. Enfin dans une courte adresse en italien^ Mgr Gartuyyels pUsente à son tour les hommages de l'université de Louvain.
Le Saint-Père avait écouté ces Adresses avec des marques répétées d'une vive approbation. Après avoir admis au baisement des pieds ceux qui avaient lu l'adresse, avec M. Cannart d'Hamale, H. le comte de Robiano, Mgr le chanoine Béthune, M. le baron van Caloen, le comte Robyns d'Inkendaêle, le commandeur Doncye, M. Misson, président de la cour des comptes ; M. le chanoine Matron, le baron Surmont, le baron Pycke de Peteghem, ancien ministre près le Saint Siège; le baron de HauUevillc, le comte Rensens, le comte de Renesse, M. de Ponthère, les comtes de Siloës, M. Eugène Poswick de Marotte, M. Croonenbergh, M. de Rasquinet, M. Henry, directeur du pèlerinage, et' accueilli les présents qui lui étaient offerts en grand nombre (2), il a prononcé en italien une allocution très-remarquable.
(i) Nous donnerons demain cette adresse.
(2) Ces présents comprennent, outre 500 patènes, 150 autels portatifs, 200 calices, etc., qui figurent déjà
€ je VOUS remercie, mes chers flls^ a-t-il dil,
des sentiments si bien exprimés par tous ceux qui Tiennent de lire ces adresses^ et je suis heareax de cette manifestation nouvelle d*un pays qiïi s'est surtout distingué par son dévouement au Saint Siége^ dévouement manifesté par son cœur, par ses écrits, par ses dons. Eu présen# de ce spectacle Je me rappelle un trait delà un du siècle passé, au moment où votre pays, comme les autres, était troublé par tant de commotions et de combinaisons politiques. Pie YI était à Vienne, dans cette grande capitale de l'Autriche^ et il par ut un petit livre qui parlait du Pape de telle sorte qu'il fut nécessaire [de le réfuter. Or, aujourd'hui, à qui demande : Quid est Papa? il n'est plus besoin des savants traités du cardinal Gerdil ; car votre concours ici, ce mouvement des pèlerinages dit au monde entier ce qu'est le Pape. Le Pape, c'est le maître de la doctrine en ce qui concerne le dogme et la discipline. Le Pape, c'est le Vicaire de Jésus-Christ; de celui qui calme les tempêtes, qui annonce et qui donne la paix. Les Papes^ ce sont eux qui jadis ont pris Rome, cette ville qui était alors un centre d'er-
à l'ezpositiou, nue croix pastorale de la plus grande richesse, offerte au nom de l'Université de Louvaln s un calice de prix offert par M Henry, et un autre calice, enrichi d'émaux et de pierres précieuses, offert, avec une adresse par les jeunes filles 61èyes du Sacré-Cœur de Seth, près Bruxelles.
rcurs, et qai peu à pea Tont amenée à être le centre de la vérité. Et poarlant il est des gens qai ne veulent pas comprendre cette manifestation des peuples, et qui s'attaquent avec rage au Pape et à son Église. Mais courage, mes ûls I je vous invite à combattre, non pas avec Tépée, mais par la prière et le bon exemple. Combattons et nous vaincrons, ou plutôt c'est Dieu qui vaincra pour nous; Dieu qui voit vos sentiments, vos pensées et vos œuvres, et à qui je demande pour vous, pour vos familles, pour votre royaume, celte bénédiction féconde qui soit le gage de ré'ernité où, si nous ne devons plus nous revoir sur cette terre, nous nous retrouverons un jour.»)
Ce résumé, qui ne donne qu'en substance cette émouvante allocution, peut rendre bien moins encore l'accpnt, le geste, la voix et l'œil avec lesquels parlait le Pape, surtout lorsqu'il nous excitait aux combats de Dieu. Corra^^to/ Quand il a jeté oe cri de confiance aux pèlerins, sa voix, que les ans n'ont paint affaiblie^ vibrait avec une incroyable énergie. La confiance dont il veut qu'on soit rempli, on sent que Pie IX en est pénétré. Comment ne pas avoir confiance à son exemple et s'affermir dans l'espoir que bientôt c'en sera fait du règne de la rivolution?
En attendant, le Pape fait tons les jours acte de souverain, et c'est en cette qualité qu'hier, il rece-
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vaît, des mains du g(^néral Kanzler, une épée du plus riche travail, don précieux de son ancienne et toujours fidèle armée pontificale. De son côté, le général de Charette a fait envoyer, pour être offert au Pape, un zouave en argent, déployant le drapeau du Sacré-Cœur avec Tinscription bien connue : « Sauvez Rome et la France. » Au bas du socle une inscription proclame le dévouement des zouaves au Pontifc-Roi. Toutefois, cette statue, qui est un véritable cbef-d'œuvre, ne sera officiellement et publiquement présentée «'^u Pape que dans une audience postérieure, réservée à tous les officiers et membres de l'ancienne armée pontificale.
Je vous écrivais lundi qu'il ne fallait pas estimer à moins de vingt mille le nombre des pèlerins qui se trouvaient à Saint-Pierre pour le Te Deum. J'étais resté bien en deçà de la vérité, puisque Vltalie, peu suspecte d'exagération en ce sens, porte ce chiffre à trente mille. Ce journal ne peut s'empêcher de dire que c'était là un beau spectacle; mais d'autres journaux ne prennent point aussi aisément leur parti d'une manifestation dont on ne saurait méconnaître le grand caractère. Ils sont particulièrement irrités contre les nobles romains» et entre autres contre le prince Massimo, qui ont voulu se rendre à Saint-Pierre en grand équipage pour témoigner de leurs sen-
tîments envers le souverain qu'on a pu déposséder^ mais dont on n'a pas détruit le droit. Cette irritation se comprend d'autant mieux que, en regard de ce concours immense, montrant tout ensemble quels sont les sentiments des vrais Romains et de la catholicité tout entière, les italianissimes prévoient quel fiasco ils se préparent pour leur fête du statut, qu'ils ont rinconvenance de vouloir célébrer aussi le 3 juin.
Pour tâcher de lui donner quelque lustre^ il se fait toutes sortes de préparatifs ofûciels ; et cependant ils sont contraints d^avouer au public qu'il n'a pas à compter sur grand'chose. Ce matin^ en effet, le journal Il Popolo prend soin d'avertir ses lecteurs qu'il n'y aura point de « girandola »^ mais seulement une revue furtivement passée par le roi, qu'on a forcé d'être ici ce jour-là. En donnant cette nouvelle, /{ Popolo laisse entendre que la suppression de la « girandola » est une mesure de prudence superflue, attendu que la sécurité publique ne paraissait nullement menacée par ces manifestations. Il en donne pour preuve que les libéraux s'étant fort bien comportés vis-à-vis des pèlerins, il n'y a pas d'apparence que ceux-ci, dont il loue d'ailleurs l'attitude, se laissent entraîner à aucune manifestation déplaisante; mais il ne s'agit pas des pèlerins, qui certainement n'assisteraient pas à un feu d'artifice tiré en l'honneur de l'invasion
italienne. Il reste donc acquis que si on ne fait pas de fen d'artiûce, c'est quelapopalationromaine voit d'an fort mauvais œil le retour d'anniversaires qui se comptent pour elle par des misères de tous genres et par d'incalculables aggravations d'impôts.
A ce sujet, permettez-moi de vous citer un trait de l'esprit des Romains, qui vous donnera l'idée des sentiments que leur font éprouver les italianissimcs. Vous savez que la Chambre des députés occupe actuellement à Monte*Gittorio un vaste mo-
nadsent . dont la destination très-ancienne était un hôpital. Or, comme souvenir de cette ancienne
destination, l'on voit encore encastrée dans un des murs extérieurs une fort belle tête de Christ avec cette inscription : Hospilii aposlolici pauperum invalidarum. Il s'ensuit, disent les Romains, que les députés italiens se sont rendu justice en prenant logement dans l'hospice des Invalides. Espérons que ce ne sera pas pour longtemps, et que le jour viendra aussi où le Quirinal sera rendu, comme tant d'autres monuments, à son véritable maître, car il faut bien se garder de croire qu'en occupant tous ces palais, les envahisseurs aient pris soin de rendre, fût-ce les cadeaux personnels, au souverain Pontife. Pie IX le constatait par un mot charmant, lorsque M. le baron Baude, l'autre jour, lui offrait le tableau en tapisserie du Maréchal. « Eh ! a dit le Pape en souriant, co pauvre
Napoléon m'avait aussi donné une tapisserie : elle est au Quirînal, ma Vhanno servata, mais ils l'ont gardée ! >
Pour finir, je dois réparer un oubli de ma lettre où je racontais raudîence qui a été marquée parle discours du Saint-Père en réponse à l'adresse du prince Altieri et à laquelle assistaient le duc et la duchesse de Parme, la comfesse de Bardi, la princesse de Tour et Taxis avec sa famille et leur suite. Après la lecture de l'adresse, le prince Altieri a présenté à Sa Sainteté un énorme tolume, élégamment décoréen argent avec des symboles allégoriques de la fête/et au milieu les armes pontificales soutenues par deux rameaux d'olivier entrelacés. L'album porte cette inscription :
« Caiholicorum obsequia et graltdationes romani proceres hoc volumi'ne colUgatas offerunl Pio IX, Pont, Max, »
Les signatures des donateurs font lire un grand nombre de noms de Rome et d'Italie» de France, de Belgique, d'Autriche, d'Allemagne, de Malte, des Iles ioniennes, d'Espagne, d'Angleterre et des deux Amériques. C'est-à-dire de tons les pays qui ont participé à l'Exposition pontificale oiîverte en ce moment dans les galeries du Vatican.
Un dernier mot qui se rapporte plus spécialement aux catholiques do Paris. Le Saint-Père a témoigné une grande joie d'apprendre qu'en dehors de
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la grande cérémonie annoncée pour le soir da 3 jain, les catholiqnes de la capitale se proposaient de faire le matin la communion générale à Notre- Dame. Tontes les manifestations qui viennent de France sont particnlièrement agréables an Pape ; ce qui se fait à Paris le touche d'autant plus que trop souvent, hélas I Paris est le centre d'où part, à rencontre, l'agitation réyolutlonnaire.
Rome, 24 mai.
Les pèlerins de Poitiers à Sainte-Marie-Majeure. — L'animation de Rome. — Discours du Pape aux Améri« cains. — Les sollicitudes du baron de Keudel et les insinuations du journal Vltalie, — Le triomphateur de de la Poria Pia.
Notre-Dame Auxîliatrîce est grandement fêtée à Rome, principalement à l'église de la Minerve; aussi la plupart des pèlerins français présents à Home se trouvaient-ils aujourd'hui à cette église pour y faire leurs dévotions. Les pèlerins de Poitiers et un certain nomhre de Belges se trouvaient au contraire à Saînte-Marie-Mnjeure, où l'exercice était présidé par Mgr Pie, qui a fait une allocution. Parlant du mouvement des pèlerinages et de leur signification Tévêque de Poitiers s'est élevé dans ce qu'on pourrait nommer ks région^? de la
hante politique, si à cette hauteur la politique n'était la religion même. La fête de Notre-Dame-Auxîliatrice, instituée parPie Vil un 24 mai, lui fournissait d'ailleurs un sujet approprié aux circonstances> et Ton sait avec quel art et quelle force Mgr Pie sait commenter les anciens textes pour en faire les leçons du jour. Faisant allusion à de récents changements^ il a dit que souvent Ton peut observer dans la politique humaine des retours qui» tantôt à droite tantôt à gauche, inspirent successivement des espérances et des inquiétudes. Il n'y a qu'une politique qui soit stable, c'est celle que Dieu inspire, parce que seul il enseigne les principes qui sont les fondements solides de tout gouvernement. Eh bien, si Ton veut dire que les pèlerins font de la politique, oui ils font de la politique chrétienne, car en venant à Pie IX, ils marquent leur respect pour une autorité qui domine toutes les autres, mais qui aussi les garde toutes. Qar à bien réfléchir, depuis quand surtout le monde est-il en proie aux troubles qui l'assiègent, sinon depuis que Ton s'est attaqué à cette autorité, dont l'indépendance est absolument nécessaire non moins à la sécurité des rois qu'à la liberté des peuples ?
Faisant alors le tableau du désarroi qui se manifeste présentement de toutes parts, Mgr Pie a montré les grandes consolations et la grande force que nous devons puiser dans la pensée que Marie
elle-même sera notre secours. Voyez, a-t-il dît, les mères de la terre; quand elles portent en leurs bras leur enfant, si quelqu'un passe et regarde le petit être enveloppé de sa blanche parure, elles son fières et volontiers l'exposent à l'admiration de tous. Marie elle aussi n'est-elle pas une mère? N'a-t-elle pas ce souci de faire voir au ciel son ûls à tous ceux que Notre-Seigneur lui laissa jadis pour enfants sur la terre ? Mais pour aller au ciel nous avons besoin de secours. Courage donc, et croyons que Notre-Dame-Auxiliatrice sera le moyen puissant par lequel toutes choses seront rélablies dans l'ordre, afin que nous soyons fixés dans la paix.
A recueillir de telles paroles, ou plutôt à entendre cette grande voix dont ce pâle résumé n'est qu'un bien faible écho, les pèlerins s'animent davantage dans les sentiments qu'ils puisent à Rome et y apportent tout ensemble. Il est vrai de dire que la ville des Papes semble avoir repris pour quelque temps la physionomie des anciens jours. Avec une humeur dont ils ne se cachent plus, les journaux italiens le constatent eux-mêmes, mais les vrais Homains en marquent d'autre part assez clairement leur satisfaction. On le voit au bon sourire avec lequel ils regardent au passage l'immense foule qui, dans un va-et-vient incessant et du matin au soir^ sillonne Rome en tous sens^ visitant les églises, admirant les monuments et toujours
se donnant le Vatican et Saint-Pierre pour lieux de rendez-YOus. Tous les jours, lorsque revient l'heure des audiences pontificales, c'est un spectacle curieux que de voir la file interminable des voitures qui, de la place d'Espagne, du Corso et de la Minerve, convergent vers le pont Saint- Ange pour déboucher au bout d'un moment sur la vaste place Saint-Pierre. Que si l'on entre au Vatican, le spectacle grandit encore, car nulle part à coup sûr on ne saurait voir, dans un plus grand palais, de telles foules s'échelonnant dans les escaliers sans fin, se répandant à flots dans les vastes salles et les longues galeries, pour se ranger à grand'pcîne quand le Pape, comme un père, mais aussi comme un roi, passe à travers les rangs pressés, distribuant ses bénédictions.
A-ujourd'hui c'est aux Américains que le Saint- Père donnait audience générale. A midi et demi, il apparaissait dans la salle du consistoire, entouré de plusieurs cardinaux, parmi lesquels LL. EEm.
NN. SS. Bilîo, Nina, Randî, Borromeo, Oreglia, Sacconî, des évêques américains présents à Rome (i), de Mgr révoque de Poitiers, de Mgr
(1) Ces évoques sont, outre Mgr Wood, NN. SS. Domenech, évêque de Pittsbury; Le Ray, de Natchitoches (Louisiane); Mac-Nierney, d'Albany (New-York); Mac- Glo^key, de Louisyllle (Ky.) ; Dubais, de Galveaton (Texas); BorgesSj de Détroit (Mich.) ; Seidenbusk, de Saint-Gloud
révoque de Nancy et de Mgr Lâchât, évêque de Bâle. Lecture ayant été donnée par Mgr Tarchevêque de Philadelphie d'une adresse exprimant avec vivacité le dévouement du peuple américain pour Pie IX, le Pape a répondu par un discours, dont le texte paraîtra d'autant plus précieux que lé résumé ne peut qu'affaiblir la grande portée des enseignements qu'il contient, a Les peuples, a-t-il dit en substance sont comme les individus. Ils ont leur jeunesse, ils font preuve de maturité, et parfois ils arrivent à la vieillesse. Pour vous, vous êtes plus près encore de la jeunesse que de la maturité, et quand on est jeune, on n'est pas toujours exeinpt de certains défauts. Le premier sur lequel il faut que le peuple américain s'examine, c'est l'amour immodéré des prospérités matérielles, auxquelles on sacrifie parfois les soins que réclame
(Minn.); Krantlauer, de Green-Bay (Wis.); Golbeny, de Hartford (Conn.); Edelbroch, d'Albot, 0. S. B. (Minn.).
Les RR. D" Mac-Glynn, Kerny et Edwards ont en outre présenté avec une adresse en latin une généreuse offrande au nom du cardinal Mac-Closkey et de son clergé ; puis MM. Derlin, O'Donoghue et Huguet ont présenté Padresge et l'offrande en or des évoques de New-York. Enfin, en dehors des dons exposés dans la galerie des cartes géographiques, le S^int-Père a reçu les adresses et les présents des sociétés catholiques de New- York, de la société de Saint-François-Xavier, des diocèces de Levanton, de Barlington et du collège américain des États- Unis, des écoles, des paroisses, des communautés religieuses^ et d*un grand nombre de laïques des États-Unis.
rintelligence, et cette âme qui n'est jointe à notre corps qae pour lai donner la vie et la lui donner éternellement. Yons ayez les richesses en abondance, et le travail, chez vous, les fait surgir facilement de la terre ; il faut prendre garde d'avoir pour unique souci de les acquérir.
« Le second défaut, c'est un trop grand amour de rindépendance. Il faut savoir obéir et être soumis. Soyez donc soumis, courbez-vous sous la douce autorité de la Sainte-Yierge et sous celle de l'Église, pour en apprendre le respect de l'autorité.» Et comme au mot d'indépendance un sourire avait traversé l'assistance, le Pape reprit, avec an accent d'autorité que rien ne peut rendre: « Oui, ce que j'ai dit je n'en retire rien et j'y souscris de deux mains (tUroque pollice), Yeillez donc à ces deux choses, mes très-chers ûls et que la bénédiction de Dieu soit sur vous, sur vos familles, sur votre épiscopat, sur votre patrie. )>
Le Pape admit alors au baisement des pieds les principaux pèlerins, et comme une dame de race noire se trouvait dans l'assistance, il la fit approcher pour recevoir aussi son hommage, en même temps que lui étaient offerts les présents des Amériques. Après quoi, passant à la salle où il se repose, et trouvant, rangés dans les galeries, tous les membres d^s conférences de Saint- Yincent de Paul, il les bénit par deux fois, plusieurs des pè-
lerins s'étant do noaveaa trouvés sar son passage à son retonr dans sos appartements.
La Nazione, qui s^occupe volontiers des choses du Vatican pour les travestir et en parler mensongèrement racontait l'autre jour que, lorsque le Pape parlait aux Allemands, il se trouvait dans la foule des pèlerins dix personnes (pas une de plus ni de moins) qui étaient venus là envoyées tout exprès par Pambassadeur, à qui elles s'empressèrent en sortant de rendre compte de l'audience, si bien que le soir même le baron de Keudel pouvait envoyer à ce sujet une longue dépêche au prince chancelier. A supposer que la Nazione dise vrai, ce dont je doute pour ma pari, non point quant aux habiletés de l'ambassadeur, mais quant à Texislence des prétendus pèlerins desquels il aurait pu réclamer un service d'espions, l'on jugera que c'était une précaution bien inutile, puisque le lendemain les journaux religieux de PiOme publiaient intégralement le discours du Pape, où l'ambassadeur pouvait fort bien voir, sans autre industrie, ce qui concernait le moderne Attila.
Ceci m'amène à signaler un perfide article [de V Italie, où ce journal, signalant le discours du^ Pape comme le plus c violent » de ceux qu'il ait jamais prononcés, feint de croire que c'est l'empereur d'AllemagQO personnellement qui est, par le
92 LA CLNQUANTÀINE ÉPISCOP.VLE
Saînt-Pêre, qualifié do nouvel Attila. Il en prend occasion d'insinuer que, sans aucun doute, on a pu être surpris à Rome de voir les journaux catholiques publier impunément de telles attaques, mais que, pour des poursuites, il faut au procureur une demande en règle de l'ambassadeur dont le souverain est en caure. Or le Pape, on le sait, n'a point nommé l'empereur d'Allemagne, ni ne l'a désigné. C'est un autre personnnge que tout le monde a reconnu dans le portrait d'Attila, et je ] ne suppose pas que l'intelligence des écrivains de Vliaiie ait pu s'y tromper un seul instant. En tout cas, nous avons une fois de plus l'exemple de ce
te
qu'est l«ur libéralisme, et il suffit de l'indication , ! qu'ils donnent pour montrer de même encore une *^ "i fois que le Pape est libre, puisque dès à présent, ^ sur rincitation do Vllalie ou de tout autre journal \ qui pourra persuader tel ou tel ambassadeur, la parole du Pape pourra se trouver atteinte dans les journaux qui la reproduisent.
Au lieu de se réduire à ce rôle, il semble que les écrivains dont il s'agit pourraient porter leurs réflexions d'un autre côté. Ce n'est pas mon affaire de parler ici politique, mais comment ne pas noter une remarque qui se trouve ici dans toutes les boucbes, au sujet de la mise à la retraite qui vient inopinément de frapper plusieurs généraux italiens, et qui produit une certaine émotion parm i
DE Ï>IÊ IX m
lé$ îtalianîssîmes ? L'un de ces généraux, en effet, c'est M. Gadorna, le même qui commandait Tinvasion en 1870, quand fut faite à Rome la brèche sacrilège de la Porta Pia. Or, aujourd'hui le général Cadorna se trouve frappé, et frappé par qui? par le parti d'action, par un Cabinet Nicotera qui résume, peut- on dire, la politique révolutionnaire au nom de laquelle se sont faites les annexions. Qu'est-ce à dire? Les politiques affirment qu'il s'agit là de querelles parlementaires. Le peuple voit mieux et de plus haut. Il voit corn* ment tombent les ministres, les généraux, on peut ajouter les souverains qui se sont attaqués au Pape. Voyant cela, le peuple catholique s'instruit de plus en plus ; il médite sur ces disgrâces et il espère.
Rome, 25 mai»
L'audience des pèlerins de Cambrai, d'Arras et de Mont, pellier; discours du Pape. — Un incident. — La question des pèlerinages à la Chambre italienne. — M. Depretis et Tévangiie de 89. ^ L'association de Sainte- Geneviève.
c( L'afCLuence des pèlerins et des dons devient vraiment extraordinaire. » Qui dit cela? Un Journal non suspect, puisque c'est la Nazione, Il sem* ble^ en effets que chaque jour la foule soit plus
îli LA ClNOtJ A^TAUNE ^ISCO^ALË
grande aux audiences du Yatîcan. Aujourd'hui lo Saint-Père recevait des pèlerins de Cambrai et d'Arras, auxquels s'étaient joints les pèlerins de Montpellier, de Mende et de Nîmes> et d'autres encore, car on y voyait M"® la duchesse de Chevreuse avec d'autres pèlerins de Paris. Â midi et demi, la salle du Consistoire débordait, et un grand nombre de personnes étaient refoulées jusque dans la salle des Suisses* Quand le Saint-Père est arrivé vers une heure, on aurait vainement cherché le moindre endroit vide , fût-ce dans les embra* sures des fenêtres; envahies, elles aussi, par la foule des pèlerins. C'est à peine si l'on a pu maintenir quelque intervalle entre les premiers rangs et les degrés du trône, autour duquel se rangent, avec LL. ££. les cardinaux Franchi, Bilio, Saccone et Ledochowski, NN. SS. les archevêques de Bourges et d'Aix , NN. SS. les évoques de Nancy, de Montpellier, d'Âgen, Mgr Mermillod, Mgr Tévêque de Bethléem, etc. Placé devant le trône, Mgr de Lydda, ayant près de lui M. le chanoine Roussel, vicaire général d'Arras, donne alors lecture d'une remarquable adresse, exprimant avec une singulière délicatesse et une rare énergie l'amour des deux diocèses pour la personne de Pie IX, leur docilité absolue à son enseignement infaillible. Pour abréger le temps de Taudience et la fatigue imposée au Saint-Père, il y joint l'hommage qu'il a été
DE pi^ r^ ^
chargé d^offrîr au nom des diocèses de Montpellier, de Mende et de Nîmes; car, divisés quelquefois par les intérêts, le Nord et le Midi, comme Ta dit fort bien Mgr Monnier, n'ont plus qu'une âme et qu'un cœur pour acclamer Pie IX. Deux incidents de cette lecture ont été particulièrement remarqués : et d'abord, au moment où Mgr de Lydda, parlant de l'Université catholique de Lille , a dit que, sans cesser d'être française, elle serait toujours et avant tout catholique : Bene, bene, a dit le Saint-Père, en approuvant de la tête; et aussitôt, de partout, le même cri s'élève, à peine contenu par le respect : n Ouil ouil » qui était la profession de foi de l'assistance tout entière. Puis, quand Mgr de Lydda, ayant parlé des offrandes qui ne cesseront d'être reouelUies pour le Saint-Père tant que durera la spoliation dont il est victime, ajoutait que non-seulement les catholiques offraient leurs tributs, mais qu'ils sacrifieraient volontiers et avec joie leur vie pour prolonger celle de Pie IX, on a vu des larmes dans les yeux du Pape dont Témotion faisait courir comme un frisson parmi l'assistance tout entière.
La seconde adresse a été lue par M. de Margerie, au nom de l'Université de Lille. Je n'ai pas besoin de dire qu'elle exprimait, avec un grand charme de style et une exquise délicatesse, les mêmes sentiments dont Mgr do Lydda s'était fait l'exprès*
96 LA CI^QtA^ÏAm£ ÉP(SCOI>AL£! ,
sion. Il s'y joignait rofifrande d'un anneau» chefd'œuvre d'orfèvrerie, qui a coûté plus de 15,000 fr., et dont je ne puis mieux faire la description qu'en l'empruntant au texte de l'adresse :
(( Très Saint-Père, disait M. de Margerie, le saphir entouré de douze diamants y figure Jésus- Christ entouré de ses douze apôtres, et son vicaire au centre de l'épicospat. La colombe figurée sur un côté de cet anneau rappellera l'assistance de l'Esprit de vérité qui vous est donnée dans la prérogative de rinfaillihilité, si ^victorieusement définie par vous; et la croix, d'autre part, y sera l'image trop fidèle de la persécution dont vous portez le poids. Enfin, une humble place a été réservée aux armes qu'à choisies notre université» afin qu'elle fut ainsi représentée à vos regards pour attirer sur elle, avec vos prières, la bénédiction apostolique, »
A cette lecture encore le Saint-Père avait donné de nombreuses marques d'approbation. Quand elle fut finie, le Saint-Père admit au baisement des pieds M. de Margerie et les fondateurs présents de l'université catholique, M. le comte de Caulaincourt, M. Vrau et M. Jonglez de Ligne, avec les directeurs des pèlerinages, M. l'abbé Valin et M. l'abbé Ansart, pour Cambrai et Arras, M. Barre et M. le vicomte de Ginestous pour Montpellier Après quoi le Saint-Père léçut les présents, consis-
tant eu u&e somme de 330,000 francs pour le diocèse de Cambrai et une autre somme de ,145,000 francs pour le diocèse d'Arras, plus une riche chapelle épiscopale avec ciboire en vermeil Offert par une dame de Cambrai, deux autres calices en vermeii offerts par des dames de Lille, une aube en dentelle de la plus grande richesse, et enfin Tanneau de Tuniversité avec Talbum des souscriptions et de l'adresse que présentait M. l'abbé Ansart. De son côté Mgr l'évéque de Montpellier déposait une riche offrande de 100,000 francs, qui s'tgoute aux dons faits précédemment ; la somme était contenue dans un coffret de toute beauté, exécuté par M. Mellerio, où sont représentées, avec les saints de l'histoire ecclésiastique régionale, la cathédrale de Montpellier et les cathédrales des anciens diocèses d'Âgde, de Béziers, de Saint-Pons, de Lodève et de Maguelonne, dont a été formé le diocèse de Montpellier, et les remarquables abbayes de Yalmagne et de Saint-Guilhem-du-Désert, le tout surmonté des armes du Saint-Père.
Avec cette vivacité du regard qui donne à sa physionomie l'expression d'une jeunesse toujours nouvelle. Pie IX avait suivi la remise de ces présents, disant un mot aimable à chacun des donateurs. Quand ce fut fini: Je donne, a-t-il dit, ma bénédiction à totts ceux qui sont présents et j'admire une fois de plus l'inépuisable générosité de
98 LA ClI^QUANTAlNË ÉPISCOPALE
celte province de Cambrai, si féconde en œuvres, si docile anx enseignements du Siège apostolique. Comme on l'a dit, il y a une université qui s'y est fondée, d'après les lois canoniques; et comme jadis Nicolas IV, mon prédécesseur, fonda l'université de Montpellier, moi j'ai érigé celle de Lille qui est vraiment pontificale et dont on peut dire qu'elle est le modèle de toute les autres. Cambrai donc est généreux et docile. Et Arras! je me souviens qu'à Arras il est un cierge bénit qui est venu du ciel et dont on conserve encore la mémoire et le culte. Ce cierge était donné pour délivrer les malades d'un feu qui était une peste; c'était aussi une lumière pour éclairer les intelligences et les cœurs; aussi, est-il encore aujourd'hui le symbole de la lumière que répand l'université naissante. Et Montpellier l Montpellier a eu un saint (c'était saint Roch), doat l'intercession était un remède efficace contre la peste; et aujourd'hui encore n'avons-nous pas à combattre un fléau plus grand, la peste morale? Or, pour le combattre, et ici je m'adresse à tous les diocèses, aux évêques, au clergé, aux bons catholiques ici présents, ce qu'il faut surtout c'est l'éducation de la jeunesse catholique, afin de l'enlever à l'influence de ces universités qui sont un vrai gouffre pour les âmes des pauvres enfants. Mais en travaillant à celte œuvre, pres;» garde à ces pha« risiens, àces catholiques qui ne le sont que de nom
et donl on peut dire: tnlnnsecus autem sunt lupi rapaces. Retenez-le bien, qu'il fasse pear on qu'il ait peur, le loup est toujours loup : lupus fremens, lupus tremens, semper lupus.
Le Pape parlait avec une énergie extraordinaire et d'un accent qui remuait tonle Tassislance. H ajouta : Pour qu'il en soit ainsi, pour que les actes Tiennent confirmer mes pauvres paroles, je lève les mains au Ciel et je le prie de vous bénir et de vous donner courage, afin que dans tous ces diocèses vous vous prépariez, par des œuvres de plus en plus efficaces, à mériter la récompense qui s'obtient an Ciel.
Kentré dans ses appartements , le Pape s'entretint familièrement avec les chefs et directeurs des pèlerinages, rappelantlai-mêmelessouvenirsdo son premier épiscopat et sa consécration à Saint-Pierreès-Liens, prenant plaisir à entendre la description que lui faisait Mgr l'archevêque de Bourges des préparatifs de la fête, et donnant une fois de plus ses éloges à la catholique Université de Lille.
Au sortir, j'accompagnais un pèlerin qui portait sur la poitrine une croix des pèlerinages. A peine avions- nous dépassé le seuil du palais qu'un des gardes italiens, s'approchant, fit mine de vouloir arracher ce signe. Il était fort inutile d'engager nne querelle quelconque à ce sujets et mon ami retira de lui-môme l'insigne qui offusquait le poli-
m LA CÎNOU.VNTAINE ÉPÏSCOP\LE
ciep. Mais l'autre jour, pareille chose étant arrivée à un Belge» celui-ci n'entendit pas qu'on violât ainsi sa liberté et prétendit maintenir son droit; mais à la fin , il dut céder à la violence , non sans avoir déclaré qu'il protesterait auprès de qui de droit : ce qu'il fit en effet par une note qu'il s'empressa de remettre au ministre belge, lequel promit de soutenir sa réclamation.
Cet incident est sans doute de peu d'importance, et je ne l'aurais pas relevé, si précisément il ne venait d'être question des pèlerinages à la Chambre italienne. Il faut dire que récemment , à Bologne, les étudiants de l'Université, justifiant par avance les paroles dont Pie IX se servait au jonrd'ui même pour flétrir ces gouffres d'impiété, avaient accueilli les pèlerins par des manifestations insultantes, des crachats, et même quelques coups. Les choses en vinrent au point que la police dut s'en mêler et faire trois arrestations. Rendus plus furieux encore par cet acte de justice, nos jeunes libéraux s'avisèrent de vouloir délivrer par la force leurs camarades emprisonnés. Bref, il y eut une petite émeute, dont on ne put avoir raison qu'en faisant de nouvelles arrestations parmi les étudiants. Mais ceux-ci ont des amis à la Chambre, et l'un d'eux, qui répond au nom parfaitement inconnu de Muratori, demandait compte avaut-hi^ au ministre de la liberté grande qu'avaient prise les agents de
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Bologne en protégeant, contre les sauvages agressions des révolationnaires imberbes de Tltalic nouvelle^ la sécnrité des pèlerins.
La réponse de M. Nicotera peat se résnmer d'un mot. Selon lui, les agents de Bologne ont très-bien fait, et la raison c'est qu'on ce moment l'Italie a le plus grand intérêt à faire la preuve que le Saint- Père est parfaitement libre. La Cbambre a goûté cette raison, si bien qu'on se serait cru au Sénat, et non pas au milieu des députés qui votaient naguère la loi Mancini. Mais que dire de rhypocrisic d'un cabinet qui déclare qu'il est de l'intérêt de l'Italie que le Pape soit libre et qui, naguère, risquait sa propre existence sur le sort d'une loi qui avait précisément pour but d'ôter au Pape toute liberté?
Dans la même séance, et toujours à propos do la question religieuse, on a pu avoir le spectacle d'une autre comédie, et c'est le député Savini qui en a été le béros. Ce révolutionnaire incandescent n'a plus de sommeil depuis qu'a été renvoyé le ministère Simon. Il commence par déclarer qu'en France les ennemis de l'Italie sont en majorité ; il ajoute que le marécbal Mac-Mabon a bien pu coiffer le bonnet phrygien {sic), mais qu'il n'est pas républicain. D'où il suit qu'il est Tàme damnée du parti clérical, aujourd'hui le maître, si bien que llionorable Savini ne donnerait pas grand'chose
m LA CINQUANTAINE ÉPISGOPALE
do l'avenir de l'Italie si Toq avise à rétablir en France le cabinet libéral^ qni a pour ami le dé*puté Savini^ grand ami lui-même du bonnet phrygien.
D'après le compte rendu des débats, il ne paraît pas que la motion ait eu un bien grand succès. L'orateur s'est vu renié, à causé des inconvenances de son langage, par quelques-uns même de ceux qui avaient signé son interpellation.
Si fâchés qu'ils puissent être de ne plus voir en France les révolutionnaires au pouvoir, le président de la Chambre italienne et M. Melegari, ministre des affaires étrangères, ont dû faire observer à l'interpellant qu'après tout la France était mattresse de se gouverner comme elle voulait, et que l'Italie comme les autres nations n'avaient rien à voir dans un changement ministériel. La leçon est verte pour nos radicaux français, si ardent à réclamer en leur faveur l'intervention et même la pression étrangère. Aussi l'incident que je viens de résumer n'aurait rien de fâcheux pour les catholiques, si M. Melcgarî n'avait jugé bon de dire que, sans l'avoir demandé, il avait reçu du gouvernement français l'assurance répétée qu'il ne serait rien changé aux rapports de la France avec l'Italie, « spécialement, a-t-il ajouté, pour ce que nous avions sujet de craîadre, à savoir la réaction cléricale. »
Sar quoi le président du conseil, M. Depretis^ insistant à son tour, est venu proclamer qu'à la "vérité le changement de ministère en France pou- Tait être considéré comme un réveil de « la passion religieuse associée à la passion politique »> mais qu'il avait confiance dans la nation « qui a donné à l'Europe l'évangile de la liberté^ les principes de 89 I »
Ce sont les commentaires italiens du dernier mouvement ministériel, et il n'y a qu'à les exposer sans en tirer pour le moment d'autres conclusions^ car nous supposons que M. Melegari a dû singulièrement forcer, pour ne pas dire altérer tout à fait le sens des déclarations spontanées qu'il dit avoir reçues du cabinet français. Apparemment celui-ci n'en est plus à savoir où il nous conduirait de nouveau s'il se souciait de gouverner selon l'évangile de la liberté, à savoir, d'après M. Depretis, selon les principes de 89.
Fort heureusement les pèlerins, qui ne sont pas les derniers à se préoccuper des destinées de la France, recourent à d'autres moyens pour lui rendre sa force et son influence. C'est à Dieu d'abord qu'ils la demande, mais ils savent aussi qu'ils faut mettre en œuvre les moyens les plus propres à ramener le peuple aux pratiques du véritable évangile. Sous ce rapport, c'est une merveille d'entendre ici les récits que se font les uns aux autres
les pèlerins des divers diocèses où s'exerce l'action sociale de la charité. Paris, qne la révolution con« Yoîte snrtoat, est aussi, peut-on dire, le centre des efforts contraires. Qu'on en juge par ce seul trait: j'ai dit que M"*® la duchesse de Chevreuse était ici, faisant son pèlerinage. Elle apporte, pour que le Saint-Père la bénisse, une très-belle bannière de l'Association de Sainte-Geneviève établie dans la banlîeu de Paris.
Or, sait-on combien de maisons de sœurs do Saint- Vincent d^ Paul, pour l'éducation des jeunes filles pauvres, cette œuvre a déjà fondées ? Quarante. Qu'est-ce à dire, sinon que la charité ne connaît point d'obstacles et finira par les surmonter tous ? Il s'y joint la prière et l'exemple, car c'est encore aux dames de l'association dont je viens de citer le nom que revient en grande partie l'idée de la grande manifestation catholique proposée pour le 3 juin à Notre-Dame, où sont convoqués tous les catholiques qui voudront communier le matin et le soir chanter le Te Deum en actions de grâces du cinquantenaire pontifical, afin que le môme jour les catholiques du monde entier, faisant écho à l'acclamation de Rome, fassent retentir le môme Alléluia !
Rome, 26 mai.
Lu Te Deum de la Minerve et les stations des pèlerins . •- L'audience des pèlerins suisses. -— Manifestations de la secte dans la rue et au Parlement.
Ce matin, les pèlerins qui entraient à l'église de la Minerve n'étaient pas peu surpris de la trouver remplie de lumières et de ehants. A Tautel^ un cardinal espagnol, Mgr l'archevêque de Gompostelle, officiait; le Saint-Sacrement était exposé, au milieu d'une foule nombreuse composée d'Italiens^ d'Espagnols, de Français, dont un grand nombre reçurent la sainte communion des mains du cardinal. Après la messe, Mgr l'archevêque entonne le Te Deum, que chante la foule alternant avec le chœur pendant que s'illumine la brillante arcature qui encadre des feux de trentesix lustres le sacré tabernacle. Il faut être à Rome pour jouir de ce spectacle. — Mais comment se fait-ii, demandais-je à l'un des Pères dominicains du couvent de la Minerve, que cette foule et cette pompe soient réservées à des jours qui ne sont marqués par aucune fête extraordinaire ? — Il en est une première raison, me dit-il, c'est que la fédération pie des sociétés catholiques a spéciale-
ment învîf é les catholiques à se réunir auj oupd'hui dans cette église, pour remercier Dieu par nn Te Deum an }{ibilé épîscopal de Sa Sainteté; mais il en est une autre : c'est que, depuis les malheurs du Pape, tous les jours du mois une église de Rome est spécialement désignéa pour y prier la Sainte-Vierge aux intentions du Souverain Pontife. Les Romains sont très-fidèles à suivre ces exercices, et c'est pourquoi vous en voyez aujourd'hui beaucoup dans cette église.
Cette nouvelle preuve de l'amour des Romains pour le Pape n'est-elle pas touchante ? Il convient de remarquer en outre que nombre de pèlerins français n'avaient pu se trouver à ce rendez-vous. Il est plusieurs groupes en effet, comme ceux de Bourges, de Montpellier, de Cambrai et d'A.rras, qui tous les jours, sous la conduite de leurs évoques ou des directeurs, se rendent à divers sanctuaires fixés d'avance pour chaque jour du pèlerinage. Ce matin, c'est à Saint-Pierre que Mgr l'archevêque do Bourges célébrait la messe pour les pèlerins de son diocèse. Demain et les jours suivants Jusqu'au 2 juin^ Mgr de La Tour-d'Âu vergue accompagnera de même ses pèlerins dans toutes les stations qui leur sont fixées. Mgr de Montpellier donne le même exemple, et il en est ainsi encore pour Mgr de Lydda et les directeurs du pèlerinage de la province ecclésiastique de Cambrai, en sorte que les
pèlerins rendent pleinement aux Romains Tédification qu'ils en reçoiyent.
Les Suisses ne sont pas moins admirables^ Pour se préparer à Taudience du Pape# ils ayaieut depuis plusieurs jours visité les principales basiliques^ où les avait suivis ou plutôt conduits le zèle de leurs infatigables évéques^ Mgr Lâchât et Mgr Mermillod. Aujourd'hui Mgr l'évéque de Lauzaune et Fribourg, à qui son grand âge n'avait pas permis de suivre tous les jours ses pèlerins dans ses pieux exercices, se retrouvait à leur tête dans la salle du consistoire^ où Ton remarquait également Mgr Bagmoud, évoque jsjiiisi^e du titre de Bethléem; lUgr le vicaire général du diocèse de Fribourg; Mgr Agnozzi^ ancien nonce en suisse; M. le Chanoine Schorderet; M. le comte Schérer« Boccarty président de Tassopiation du Piusverein, et la foule des représentants de vingt cantons suisses (deux seulement^ Glaris et Appenzetll, n'étant pas représentés) auquels s'ét^,ient join^ un cer-* tain nombre d'Alsaciens-Lorrains.
A midi trois quarts^ le Saint-Père faisait son entrée, entouré d'un grand nombre de cardinaux, d'évéques et de prélats, parmi lesquels LL. ES. les. cardinaux Pacca, Oreglia^ Guidi, Franchi, Howard, Ledochowski, NN* SS. les archevêques de Bourges, d'Aix, les évéques d'Aire et d'Agen, Mgr le prince Edmond Radziv^il, etc.. En voyant une salle si
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remplie» le Saint-Père ne pnt s'empêcher de faire uue remarque. — Mais» dit-il en souriant» ce ne sont pas tous des Suisses. Et» en effet, de plusieurs diocèses» un certain nombre de pèlerins avaient pa obtenir la faveur de prendre part à Taudience. Au même moment Mgr l'évêque de Lauzanne et Fribourg s'est approché pour donner lecture d'une fort belle adresse où il rappelait» avec la persécu* tion dont il fut si sauvent l'objet» ayant passé huit années en exil et sept semaines dans la forteresse de Ghillon, les tribulations bien plus grandes encore qui ont assailli le Pape et dont la Suisse catholique souffre tous les jours. Il a dit combien serait à jamais mémorable pour lui cette date du 26 mai» qui ramène Tanniverçaire de son épiscopat» et où il lui était permis» (après avoir célébré cet anniversaire au tombeau des saints apôtres» de porter aux pieds du Saint-Père» l'hommage du dévouement» de Tobéissance» du profond respect de Tépiscopat» du clergé et de la population suisse. Non moins énergiquement^ à sa suite; M. le comte Schérert-Boccart» dans une adresse où il faisait le triste tableau de la persécution qui sévit en Suisse et formulait à nouveau la protestation de cette petite nation Mêle» dont il a pu dire que si son gouvernement» subissant des influences extérieures, avait rompu les relations avec le Saint Siège, ^lle ii*y était; elle, absolument pour rien^ les ca*
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tholiqaes do Suisse étanl et voulant toujours être non moinâ bons Romains que bons citoyens.
En maints endroits de cette adresse^ le Pape a^ait marqué son approbation. La Suisse, a-t-ii dit dans sa réponse» est un pays qui s'est toujours distingué par une qualité principale, la fidélité. Cette fidélité, presque tous les souverains l'ont éprouvée tour à tour quand ils se donnaient pour garde des enfonts de cette noble terre. Le Pape l'a éprouvée mieux encore et plus longtemps qu'au* cun autre, car ces fidèles je les trouve toujours auprès de moi ; je me rappelle en outre qu^en 1848, le capitaine de la petite compagnie qui se trouvait ici s'offrit à se faire tuer lui et les siens jusqu'au dernier pour ma défense; mais j'avais pu déjà prendre d'autres moyens de sécurité, et d'ailleurs ils étaient en trop petit nombre pour tenter une lutte impossible. Je les renvoyai donc à leur quar« ticr. Plus tard, en Ombrie,il y eut quelque trouble, où les Suisses montrèrent également leur bravoure, car des combats qu'ils eurent à livrer, on peut dire que cette petite troupe fit pour ses ad^ versaires de véritables désastres.
Et maintenant vous l'avez dit, oui, la Suisse elle-même est éprouvée par la persécution ; mais si, comme les gouvernements d'autrefois, celui d'aujourd'bui s'attaque au Saint Siège, l'épiscopat, je le sais, le clergé tout entier et les catboliques
résistent admirablement. Aussi qu'arri've-t-ii? On disait de Genève autrefois qu'elle était la Rame des protestants. Aujourd'hui^ au contraire^ si Ton. ne peut pas dire que Genève soit la ville la plus dévouée au Saint Siége^ du moins peut-on dire que le Pape y compte bien des ftmes dévouées, et qu'elle est bien loin de pouvoir eneore être appelée la Rome des protestants. De tout cela il faut rendre grâce à Bleu, il '[faut lui rendre gfftoe encore de Tunion de l'épiscopat et do ce grand mouvement catholique qui embrassé le monde entier. Et afîn que soit affermi le bien dont vous êtes les instruments et les témoins, je vais vous donner la bénédiction apostolique.
A ce moment, le Pape s'est mis debout et levant les yeux au ciel, il s'écria d'une voix qui allait jusqu'à l'âme de tous : Demain est la fête de la^ainte Trinité, je vous bénis donc au nom du Père toutpuissant, afîn qu'il vous donne le couxage et la constance dans les luttes que vous avez à poursuivre et à soutenir; je vous bénis au nom du Fils, afîn qu'il vous donne la sagesse pour distia'guer le bien du mal et démasquer les embûches des hypocrites ; je vous bénis au nom du Saint- Esprit, afin qu'il vous comble de ses dons, et surtout qu'il vous pénètre de la sainte crainte de Dieu. Benedieiio.
Vn grand nombre de pèlerins pleuraient;
Ëie IX» redoYena soariant, les bénit une dernièrp fois de son regard paternel et se retira après qne Mgr Lâchât lui eût présenté les principaux d'entre les pèlerins, chargés de remettre les dons de la Soisse. U y en avAit de fort beaux, et le Pape prit snrtont plaisir à considérer un album des vues de la Suisse, Bnement et richement sculpté. Mgr Lai chat nommait au Pape chacun des pèlerins. A la &a, comme on avait fait approcher un petit enlanty reyètu du costume des gardes suisses : Oh I eelui*là, dit«il, je le connais bien. J'appris, en effet, npxù c'était le fils d'un Anglais converti, très-^dévoué au Pape, qui a daigné être le parrain du Jeune enfant.
En sortant du palais, j'ai remarqué que les pèlerins étaient cette fois encore l'objet de l'examen minutieux des soldats italiens. Nous passons la j^evue des Fiémontais, me dit Mgr Lâchât, qui sortait à :ce moment même ; et il est certain que ces pauvres soldats n'ont pas l'air aussi triomphant qne les pèlerins qu'ils passent en revue. Ce q^eetoete prolongé de l'ovation faite e,u Saint-Père paraît d'ailleurs exaspérer la secte. Jusqu'ici le mot d'ordre, qui consiste à ne violenter en rien les pèlerins, avait été assez bien suivi ; mais tant de sagesse ne pouvait durer longtemps.
Hier, à la suite d'une manifestation révolutionnaire devant les bureaux de YOsservalôre romano,
plusieurs pèlerins ont été hués, et l'on m'assure même que deux prêtres auraient été frappés. Si le fait est vrai, il achèvera de donner l'idée des hypocrisies que le Pape vient encore de dénouer. Il y en a d'ailleurs d'autres témoignages, produits à la Chambre même, où un député faisait hier une motion contre le curé de l'église de la Madeleine, lequel avait refusé d'enterrer un étudiant si ses camarades ne commençaient pas par faire disparaître le drapeau qu'ils voulaient déployer à ses funérailles. Ces jeunes élèves de l'université ita* lienne écrivirent aux journaux qu'ils n'auraient pas cédé au prêtre, mais que la mère du défunt voulant à tout prix des funérailles catholiques, ils avaient abandonné le drapeau pour déférer à son désir. Là*dessus, grand scandale à la Chambre. M* Nicotera, saus doute, n'était pas loin de partager les sentiments de l'interpellant, mais il a dû répondre qu'il n'y avait point de loi pour contraindre les prêtres à suivre le drapeau national. En même temps, il avait l'air de- dire qu'on no ferait pas mal d'en voter une. Ma patienza ! comme l'on dit ici.
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Rome, le 27 mai.
Une station à Saint-Paul, hors les Mars. — Visite à la Trappe de Saint-Paul aux Trois-Fontaines. — Un appel à rémeute contre les pèlerinages. — L'audience des zouaves pontificaux. ^ L'audience (tes Autricliiens, -* Faits religieux.
À randience générale d'hier» on remarquait un moine de hante stature et de figure expressive» qui semblait, dans sa robe blanche, une apparition de ces religieux du moyen-âge dont les oeuvres sont toujours vivantes et dont il représentait admirablement le type. C'était Tun des' trappistes qui tiennent en ce moment chapitre à Rome, et il était venu avec ses frères présenter une adresse au Saint-Père, qui les avait bénis en se rendant à la salle du consistoire. En le voyant» l'idée vint & plusieurs pèlerins d'aller visiter aujourd'hui le célèbre abbaye des Trois-Fontaines» restaurée par les soins de la Trappe. Elle fut accueillie avec d'autant plus d'empressement qu'aujourd'hui même Mgr Mermillod devait adresser la parole aux pèlerins de Cambrai et d'Arras dans la basilique de Saint-Paul hors les Murs. A huit heures» la messe était dite pour eux à l'autel du chevet de l'église où se trouve cette merveilleuse pointure en mosaïque des premiers siècles qui représente
Notre-Seigneur entouré des apôtres, des docteurs et des saints de la primitive Église.
Après la messe, Tévéque de Genève, dans une allocution qui renouvelait pour ceux qui l'avaient entendu il y a quelques Jours toutes les émotions de Saint-Pierre-ès-Liens, fit ressortir, avec Tédat d'une parole toujours la même sans se ressembler Jamais, les enseignements que crient les pierres mômes et les colonnes de la basilique. En effet, nous sommes à l'autel dressé sur l'emplacement du prétoire où comparut Paul. A quelques pas sa tôte repose dans la Confession, et de toutes parts les richesses des nations aceumulées par les offrandes des princes schismatiques eux-mêmes rendent témoignage de la vérité du culte pour lequel saint Paul fut décapité. Avec le charme et l'à'^propos qui le distinguent, Mgr Mermillod» après avoir rappelé les grandes fêtes religieuses de Lille, de Douai, d'Arras, de Cambrai, de Saint- Omer, les comparait à la manifestation présente du pèlerinage. Il en tirait cette conclusion qu'à Rome on trouve non- seulement les visions mer« veilleuses au point de vue de l'histoire et des arts, mais bien plus encore au point de vue surnaturel.
Rome, disait-il, n'a pas été placée sur une forteresse, elle n'a pas été placée non plus dans une plaine fertile, et pas d'avantage sur les bords de la
mer. Pourquoi ? C'est que le peuple de Borne, J'eatends le peuplé chrétien, ne devait être ni un peuple militaire, ni un peuple agricole, ni un peuple oonunerdal exclusivement, pour étro en quelque sorte rimage de l'Église, qui n'est à personne ex* dusivement, mais qui, comme Saint-Paul, est toute à tous. Aussi qu'arrive-t-il ? C'est qu'à Rome seulement l'on trouve et il s'établit cette pa««. dfication des peuples et cette unité que d'autres* poursuivent par la révolution^ par la guerre, par ce qu'on pourrait nommer la pateniité de l'artillerie, sans voir, les malheureux, qu'ils creusent les divisions et fomentent les haines inexpiabl^îs. On devine les magnifiques développements que peut fournir ce thème à un tel orateur; âr^ee une verve qui jaillit sans cesse en traits nouveaux et profonds, il a repris pour l'a commenter encore, cette parole d'un écrivain bien eonnu, que Rome est le centre du mbnde. U en est ainsi depuis que Pierre et Paul se rencontrèrent à qudques pas d*ici, au moment où ils allaient se séparer, l'un pour être crucifié, l'autre pour être décapité. A leur suite, des millions de martyrs sont morts pour attester la vérité de leur doctrine. « £h bien ! je vous le demande, s'est écrié l'évéque d'Hébron, pariiii les incrédules qui viennent ici et que trouble si profondément le spectacle de tout ce qui les entoure, parce qu'il en sort des témoignages
Irrécusables, quel est celni. Je ne dis pas qui est mort, mais qui consentirait à mourir pour attester que Dieu n'existe pr^s ? A. la vérité l'histoire de rÉglise subit des éclipses, il y a ce que J'appellerai des parenthèses qui s'ouvrent à certains Jour», et entre lesquelles il y a Texil d'Avignon et aujourd'hui la brèche de Ja Porta Pîa. Mais qu'importe à l'Église et pourquoi désespérerions-nous» appuyés que nous sommes sur les siècles et devant nous les voyant se prosterner devant l'épouse de Jésus-Christ. Ces parenthèses durent un Jour ou des mois, parfois un siècle ; mais à la fin elles se ferment, et le Te Deum retentit avec plus d'allégresse dans Home reconquise et les basiliques restaurées. Courage donc et confiance. Unis au Pape, nous vaincrons, puisque nous sommes les fidèles de celui qui a vaincu le monde.
Animés de cette confiance et de cette force, les pèlerins se rendent en groupe à la sacristie pour y vénérer les chaînes qui servirent à lier saint Paul» puis de là au crucifix miraculeux qui parla à sainte Brigitte, et enfin dans le délicieux cloître du treizième siècle qui entoure le Jardinet du couvent et dont les colonnades torses ou cannelées font ressortir la singulière élégance.
Nous voici de nouveau sur la route d'Ostie ; au bout d'une demi-heure, pendant laquelle le chemin serpente à travers les prairies que traverse 1q
DE PIB IX 117
Tibre et que bornent an loin les montagnes, nn groupe de constractions se montré dans une sorte d'entonnoir creasé entre deux chaînes de colliaes. On sait qu'il y a plusieurs années, ces lieux répandaient la peste et n'étaient pas môme habitables pendant l'hiver. On sait aussi comment ils furent trans* formés par l'industrie, et il faut dire aussi par l'héroïsme des trappistes français, qui s'étaient offerts pour cette tâche. Plusieurs y moururent, mais enfin la malaria dut céder, et c'est à pleins poumons qu'on respire aujourd'hui l'air embaumé du jardin qui s'offre d'abord aux regards dans le terrain qui sépare les trois sanctuaires , et où jadis s'étendait nn cloaque immense, jetant au loin ses émanations mortelles. C'est un père morbihannais qui nous donne ces détails, en racontant par quels travaux, véritablement gigantesques, il a fallu, creusant sons terre des conduites lointaines, donner une issue aux eaux stagnantes. D'autre part, les collines voisines ont été mises en culture au prix de labours dont on ne saurait calculer l'importance et la difficulté. Cela fait, les ilalianissimes survinrent, qui n'auraient jamais osé s'aventurer autrefois dans ces parages, mais qui, trouvant une grande surface de terrains bien cultivés, les trouvèrent à leur goût et s'en emparèrent, si bien qu'aujourd'hui les Pères trappistes ne sont plus que Ici locataires d*uu fonds qu'ilii avalent conquis
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118 LA CINQUANTAINE ÉPISGOPALE
par t&nt de suears et par la mort môme de pla-i siears d'entre eux.
Quelles réflexions éyeille en nous oe réeit Je n'ai pas besoin de le dire; elles nous accoompagnent pendant la visite des trois églises , admirabl^nestt restaurées et nettoyées (le mot n'est pas trop fort, car le Père qui nous accompagne nous dit qu'il les avait trouvées presque, ent^rées. sous terre et si pleines d'immondices accumulées que les paysans d'alentour appelaient cet endroit la porcheria). Dans la première^ qui renferme une très-belle mosaïque des premiers siècles^ on véïière le chef de saint Zénon^ le soldat-martyr qui commandait une légion de soldats chrétiens martyrisés à cet endroit, après avoir travaillé aux thermes de Dio^ détien. C'est la scène que représente la mosaïque dont je parlais plus haut. Une autre mosaïque, plus belle encore s'il est possible, occupe le milieu du parvis. Elle représente les quatre saisons, a été trouvée à Ostie, et c'est le Pape qui en a fait don à la Trappe.
C'est dans la seconde église que sont les trois fontaines qui ont surgi, d'après la tradition, aux point précis où la tête de saint Paul, ayant été tranchée, rebondit par deux fois sur le sol. Dans l'arcature en marbre qui entoure et surmonte ces trois fontaines, on a représenté trois fois la tète de salut Paul : la première, où les yeux ^nt encore
à demi-oayerts ; la seconde, où ils soai clos, mais où la figure n'a point perdu Texpression de la vie ; la dernière, où la mort a fait son œuvre. Après avoir bu pieusement à ces trois fbntaines > les pèlerins vont tout à côté coller leurs lèvres sur le tronçon d'une colonne en marbre blanc ^ reste précieux de la colonne sur laquelle saint Paul fat décapité.
Enfin^ nous descendons à la grande église, celle qui fut construite an sixième siècle par le pape Honorius P'> mais qui fut augmentée et restaurée dans les siècles suivants. L'^aspect en est grave» conunc il convenait aux premières églises qui s'élevaient presque au sortir des catacombes. Sur l'autel , 6n vénère un chef en argent dans lequel sont renfermées les reliques de saint Paul, puis les reliques du diacre saint Vincent et de saint Anastase. Nous remarquons en outre les fresques qui ornent les gros piliers carrés de la nef^ et dont les dessins sont> dit- on, de Kaphaêl. Elles représentent les apôtres et ont été, d'ailleurs, assez grossièrement exécutées par ses élèves.
Au sortir, un Frère nous offre un flacon d'élîxîr dont les Frères trappistes ont la propriété. C'est de l'élîxir d'eucalyptus. Le Père qui nous accompagne nous raconte > en effet, comment ils ont été amenés à éprouver les merveilleuses qualités fébrifuges de cette plante^ à laquelle ils n'hésitent
120 Lk CINQUANTAINE ÉPISCOPALE
pas à dire qu'ils doivent en grande partie Tassainîssement complet de ces lieux pestiférés.
En rentrant à Rome » il nons est donné de Yoîr nne nouvelle manifestation des sentiments que nourrissent les bizzury à l'égard des pèlerins. C'est une afflcbe qui contient un appel, dont vous jugerez le caractère par par cette traduction :
(( Romains^
« Un parti qui reçoit le mot d'ordre du Vatican agite les consciences en Europe par une conspiration lente» insidieuse et tenace contre l'Italie.
« Ce parti, qui a pour code le SyUabus, qui a renouvelé les traditions sanguinaires de son passé sur les montagnes de la Riscaye, au milieu des horreurs de la guerre civile, tente aujourd'hui sur Rome les forces aveugles de ses fanatiques.
« Ce sont les derniers efforts d'une secte que la civilisation a condamnée.
«Litalie n'a pas peur de ceâ réactionnaires, quelle que soit la main occulte ou visible qui les soutient ; mais, pénétrée de la mission qui lui incombe dans cette nouvelle ère qui s'ouvre à la civilisation, elle ne peut assister froidement inerte à l'attitude menaçante du Vatican.
« Elle a le devoir de protester solennellement au nom de la conscience nationale, afin que le si-
n i m—ni wrf — i j'Mir^iP miii. .. f^;.
i'ii y iÊt m iC^
lence ne la rende pas solidaire des efforts témépaires que tente aujourd'hui la réaction en Italie et au dehors.
« Dans ce but» un meeting est convoqué à Homo pour le 3 juin prochain. Toutes les sociétés populaires d'Italie y seront représentées.
« Romains,
c( C'est à vous qu'il appartient, vous les dépositaires de l'héritage national des martyrs de 49, d'affirmer en ce jour avec calme, mais par une manifestation solennelle , que la Rome du peuple italien n'est pas et ne sera jamais plus la Rome des papes.
« Un autre avis indiquera l'heure et le lieu où le meeting sera tenu.
« Le Conseil direcltfdu Cercle central républicain. »
Ce soir on me dit que les affiches ont été lacérées par ordre de la questure, qui a en même temps interdit le meeting et saisi les exemplaires de la pièce chez Timprimeur. Je le crois sans peine, car les Italiens eux-mêmes sont bien forcés de voir que les trônes chancellent du moment où est atteint le Vatican. L'appel n'en reste pas moins comme une preuve à la fois des desseins de la révolution et du grand effet produit par les pèlerî-
122 LA CINQUANTAINE ÉÏ>ISCOPALE
naged. Mais que dira donc la secte lorsqu'elle apprendra que tons les anciens zouaves pontificaux présents à Rome ont été présentés aujourd'hui au Saint-Père par le général Kanzler et leur aumônier, Hgr Daniel ? Le général offrait au nom de tous l'épée dont je tous ai déjà parlé, et au nom des zouaves français spécialement la statue de zouave en argent que je vous ai décrite également, et qu'envoyait le général de Charrette. C'est M. le colonel d'Albiousse qui a lu l'adresse. Elle exprimait, avec une énergie toute militaire^ les sentiments que les zouaves conservent, depuis qu'ils ont été séparés par les événements, comme airx temps où ils gardaient Rome des entreprises de la Hévolution.
Le Pape a répondu en peu de mots, mais qui contenaient d'émouvantes promesses : « Je vous (( remercie, a-t-il dit, des sentiments que vous « venez d'exprimer ; je prie Dieu qu'il vous donne, « quand le moment sera venu, la force d'àcieVer a la grande bataille qui nous accablé. »
Pais les ayant bénis et ayant accueilli une adresse qui lui était présentée au nom de tous ses anciens soldats irlandais, le Pape est entré dans la salle ducale, où se trouvaient réunis de nombreux pèlerins appartenant surtout à la nation autrichienne. Depuis les plus grands noms d'Autriche jusqu'aux fidèles paysans du Tyrol, il y avait là
DE PIE IX lâS
tous lei représentants des proyioces de ht monarchie aastro^hongroise. C'est le cardinal de Schwarzenberg qui, au nom de tous» a exprimé leurs sentiments dans une adresse remarquable, où il était surtout parlé de la situation qui est faite présentement à rÉgMse catholique.
Dans sa réponse^ le Pape a rappelé que TAu- Iriehe stotrefois avait soutenu ses droits^ puis avait semblé s'écarter des traditions de Tempire aposto^ lique; mais il a ajouté que^ dans la présence des pè* lerins, il voyait aujourd'hui le vrai témoignage des sentiments de r Autriche catholique^ et par suite l'espoir d'un retour complet à l'esprit qui la distinguait quand elle méritait d'obtenir son glorieux titre. Puis> ayant béni les pèlerins avec une grande ma-^ jesté> il reçut leurs nombreux et riches présents, parmi lesquels en remarquait les dons de l'égliso de Trente, qui avait voulu , en souvenir du grand concile de ee nom, &e distinguer par ses manifestations en rhonneur dti Pontife qui a convoqué lé grand eoncàle du Vatican. C'était un reliquaire de style gothique, avec des statuettes d'argent contenant les reliques des saints du diocèse et offert par te séminaire ; un bassin et un vase d'argent massif, magnifiquement ciselés , don de la Société catholique; un service de thé en argent pour le Pape, présent du journal la Voce di Trento; enfin une adresse couverte de milliers de signatures. Le
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w^i^itr^mi
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Pape a montré de ces témoignages nne satisfaction qui a vivement ému les pèlerins.
A ces détails il faudrait ajouter des pages en* tières pour raconter les manifestations dont la plupart des églises de Rome sont journellement témoins. Hier^ c'est à Sainte-Marie in Valicella, où se trouve le corps de saint Philippe de Néri, apôtre de Rome, que Ton fêlait surtout ce grand saint; mais dans sept autres églises, où Ton conserve des traces do son passage, que l'on faisait également des cérémonies solennelles. Cette fête, au reste, est A populaire à Rome qu'elle est chômée comme les dimanches et que les journaux religieax ne paraissent pas. Les pèlerins ont été particulièrement ravis de l'incomparable musique exécutée en l'église Saint-Philippe, où le fameux P. Capucîs a chanté un Laudaie dont l'interprétation dépasse tout ce qu'il est possible de concevoir. Aujourd'hui, c'est à Sainte-Marie-Majeure qu'a été chanté le Te Deum, et il y avait une foule comparable à celle qui se trouvait lundi à Saint-Pierre*
C'est aujourd'hui aussi que S. Ém. le cardinal de Falloux a pris possession de son église de Saiate-AgathB-des-Goths. On sait que cette église fait partie du collège irlandais, et que le cœur d'O'Connell y est déposé. Aussi remarquait-on plusieurs Irlandais dans l'assistance, et parmi eux l'alderman de Dublin, M. Mac-Swiney. Le car-
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dinal a été complimenté par le recteur da collège^ anqael il a répondu par quelques mots exprimant sa volonté de répondre à la faveur du Pape par un plus grand dévouement à l'Église^ pour laquelle les cardinaux sont appelés, s'il le faut, à verser leur sang. Autour du cardinal s'étaient groupés un certain nombre d'évêques. C'est Mgr Cataldi qui faisait les fonctions de maître des cérémonies.
l'exposition pontificale (l'« partie.)
Rome, 29 mai.
Ce n'est pas sans hésiter que j'aborde la des* cription des innombrables offrandes que le monde catholique/ en dehors des sommes d'argent versées^ a voulu présenter à Pie IX comme les hommages artistiques de la terre toute entière. L'abondance en est telle et la valeur si grande que les journaux révolutionnaires eux-mêmes en sont frappés d'admiration. Pour n'en citer que quelques-uns. la Gazette d'Italia, la Perseveranza, la Liberté, ont publié des comptes rendus fort élo-* gieux de cette exposition : mais c'est le côté moral de cette manifestation qu'il importait surtout de faire ressortir, puisqu'on voit ici la terrç
ISa LA CINQUANTAINE éPISGOPALE
entière» Jil8q[a% ses damiers confias» apportant son tribcctaa Pape, et à cet égard c'est encore un jonrnal réTOlutionnaire qui nous fournit son té« moignage.
a En présence de semblables démonstrations»
s'écrie la Naziane^ en présence de ces adresses et de ces dons provenant dès saiiTages des îles, les plos recnléas de TAmérique et de TAoBtraUe^ en même temps qu'on voit les chefs-d'œuvre de Tart et de l'industrie des peuples les plus civilisés d'Europe» il est impossible de ne pas demeurer frappé par la grandeur de ce pouvoir mondial qui s'appelle la papauté, et de ne pas prendre en pitié ces journalistes ou ces correspondants qui parlent des solennités du jubilé de Pie IX comme on parle d'une représentation de Madame AngoL »
Je n'ai pas besoin d'autre autorité» et je puis entrer maintenant avec le lecteur dans cotte immense galerie des cartes géographiques où sont rangés les objets de l'exposition. Il faut dire tout de suite que cette galerie» d'abord seule désignée ponr recevoir les dons^ n'a pu suffire. Il à fallu ouvrir encore la vaste salle de Âvàzzi, autrement dite des Tapisseries. L'on n'a même pu» dans cette dernière galerie» ranger par sections nationales les objets arrivés en retard et qui sont juxtaposés» de façon que l'on passe sans transition d'un pays h,
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Tantre. Dans FioiimérAtiôn que je vais tfteherd'ea faire^ ou comprendra qae je nejpaiss«> par oonséquentj apporter une grande unité,
Ycid d'abord un magnifique meuMe d'essdnce rare> avec des incroslations de naore, offert par le patriarche 'de Jérusalem. L'Amérique expose en* suite une série 4e ebasubles et de calices^ am mi« lieu deëquel» on Toit ub très-beau codSret de bois inerosté monté sur de» pibds d'argent^ portant SfUr safaoe un vvisseau granrétur aoièr fin et au sommet un castor en argtat^ qui indique suffisamment la pa*oYenanoev>du don^ offert par les catb»<^ llquesdeQuébec. Tout à côté sont deux superbes peaux d'ours bliuie et noir et une très^belio peau do renard bl^eu. H y a aussi plusieurs misses de. prix, dont Tun est offert par les* sœurs de Saint* Yineent de Paul deNew*>Yori£. L'évéque de YancouTer a offert une pirogue enminiaturet faite par les sscrva^ges de TÀmériquerrussei et à côté les regards se portent sur un attelage, aussi en miniatureSi où trois rennes traînent un fourgon derrière lequel ^Yiènt un missionnaire, d^ont la tête et les mains disparaissent presque sous les fourrures* La légende expiioatlve est d^ailleurs très-éloquente en sa simplicité. « Yoilà> lisons-nous^» comment ▼oyagenfcles missionnaires dans les pays de l'extrême nord du Canada, pour porter aux sauvages rÉvangileavecramour du Très-Saint-Père. » Si-
m LA CINQUANTAINE ÉPISCOPALE
gnalons encore un très-beau coffret eu bois de rose^ Tenant de Bombay.
Le faisceaa de cierges historiés que Ton Yoit ensuite nous introduit dans la section allemande. Ceseierges viennent d'Augsbourg et la cire est d'une merveilleuse pureté. Voici maintenant une innombrable quantité de chasubles» de burettes, de calices, dont on ne saurait même tenter la des-^ crlption. Il faut toutefois donner une mention spéciale à un présent d'une rare magnificence, offert par le diocèse de Ratisbonne. C'est une chapelle épiscopale avec chape, chasuble, mitre, le tout brodé en or avec une grande richesse et un goût exquis, et rehaussé de médaillons représentant les saints du diocèse. Les missels gothiques sont également fort beaux, ainsi que les aubes envoyées par les religieuses de divers couvents, les calices au nombre de plus de cent, et, pour clore, un nouveau faisceau de cierges venant de Munich.
A ce propos, il convient, de donner une place spéciale au très-beau cierge de Castrati, œuvre unique en son genre, dont les dimensions sont vraiment extraordinaires, et qui est rehaussé de peintures exécutées avec goût.
C'est le premier objet qui nous amène à l'Italie. Tout à côté sont des objets qui ont peu de valeur par eux-mêmes, mais qui rendent un touchant
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témoigûage du déyouement, du zèle et de Thabileté des pauvres jeunes aveugles qui ont fait ces travaux manuels, produit d'une patience sans bornes» pour dire leur reconnaissance à sa Sainteté. Signalons encore de fort belles dentelles, un tableau de la Sainte- Vierge offert par MgrTévêque de Plaisance et une quantité d'autres tableaux offerts par la Société oléograpbique de Bologne, un grand crucifix et six chandeliers en bois doré d'un très-beau dessin et admirablement sculptés. C'est le don de l'Œuvre des églises pauvres de Florence, Plus loin on remarque les superbes éditions de missels de Marietti, les dons des unions OU'^ Trières catholiques de Turin, une magnifique chasuble, don du duc Scotti, un très-beau siège épiscopal en bois sculpté plaqué d'or, offert par l'association catholique artistique ouvrière de Rome, des calices offerts par le cercle du Sacré- Cœur d'IIdine*, un très-bean tableau attribué à Guido Reni jeune, et représentant les aumônes faites par saint Roch. C'est un don du comité Gaétan Zucchini de Bologne. Enfin l'on admire encore un très-riche calice offert par un Romain qui garde l'anonyme.
Voici maintenant les échantillons de tous les Vins dltalie. Il y en a peut-être SOO bouteilles, auxquels s'ajoute un pareil nombre d'échantillons des vins français avec un fût entier de l'uti
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des meilleurs crus de Bordeaux. Bordeaux « offre en oatre an ornement d'une grande riqbesae et dont les broderies sont une merveille. C'est le don du couvent du Saeré-€œar. A eôté, d6uz m^ gnifîquea chapelles épiiscopales en or sont offerte» par les dames catholiques de Lille. On sait que l'univerâité catholique a offert paiement un trèsh bel anneau, dont j'ai donné ailleurs la description. On ne le voit pas à l'expositioja^ le Saint-j^èr^, à la grandejoie des donateurs, ayant manifestérinr tention d'en faire usage. Je ne reviendrai pas non plus sur le tableau en tapisserie offert par le maréchal» non plus que sur les vases en porcelaine de Sèvres> don de la paroisse Sainte^Glotîlde. Je rappelle également pour mémoire le tableau de la princesse Blanche» la croix et l'anneau du duc de de Nen^ours et du duc d'Âknçon; mais ce qu'il faut noter à part comme d'incomparables che£s*' d'oauvre enleur genre, c'est la chapelle épiscopale offerte par if gr Tévêque de ^ulins et Jii. le baron d'Aubigny et qu'on peut considérier comme att^î* gnantles dwnières limites de.la.richesse, de Tart et du goût; c'ei^t ensuite le calice de. Lyon, do^t le pied à huit lobes offre quatre sujets tr^téadana autant de médaillons. Sur le fût quatre lions ^'or se détachent sur un fond rouge. Us; figurent Lyon et sont séparés par des branches de rose, de Uerr^» de lis et d'olivier, qui montent en ligne brisio
Jasqa^aa sotni^et» où elles dmaent huit lions d'or BOT azar, groopés deax à deux pour rappeler les «rmes de Pie JX. Après le ShX, le nœud et tiii eoUet épanoui qui portent la coiipe. Sur la coupe» diti- «ée par quatre motifs ornéa de Tignes et de roses^ des saints de Lyon s'avancent processionnellement sur deux filles jusqu'au centre de, la composition, où trône la Ylei^e immaculée, assise sur un lion, entourée de saint Jean^Baptiste, saint Jiitan l'évangélisie» saint JÉtieaaine» saint Pothin, saint Irénée» saint Épipode, saint Alexa^drer sainte Blan4ine, saint Pontique» saint Eucher^ sainte Julie^ saint Sanctus, saintAttale-Lapatèpe esta elle seule ^in vrai poème. Dans un 4î9iIttP» oncadré de perles ciseléfiiSy on aperçoit un autel avec des charbons enflammés; -.en face et à gauche, le prophète Isaïe est.agenouUlé les mainsjointe?» le cou tendu. An jtnilJAa, un séraphin aux six ailes tient avec une pince un charbon ardent qui va purifier les lèvres dn ipsophète. Autour de ce sujet principal et dans le censle extérleur^se développe une vaste oouronne debléetvigfie!Ietvris,ooupés par quatre médaillpt|S représentant : à droite, trois colombes qui s'eni« vrent dans la coupe d'pù jaillit le vin; à gauche. Tean qui jaillit de la coupe et trois autres colom^ bes s'y désaltérant; en haut, une autre coupe portent trois pains cr^oifères dopt s'approjChoQt Ircis ^]i)npJ>es battaat des ailes; enfin, etplusbas^
im lâ cinquantaine épiscopalë
une conpe ayec le poisson et des pains» sur les« quels planent deux colombes.
Ajoutons que toutes les moulures du calice sont ciselées et tous les sujets exécutés en taille d'épargne avec ombre de couleurs locales sur un champ d'azur. Toutes les légendes, que je n*ai pas rapportées pour abréger, s'inscrivent sur un émail rouge. Partout les fleurs sont émaillées au naturel. Les consoles, les ornements du pied, ceux de la hampe, le nœud, le haut de la tige, des motifs fleuris de la coupe sont aussi décorés d'émaux qui font mieux ressortir, le fini de la ciselure. On a tu de plus que l'œuvre ne comprend pas moins de 30 personnages, 12 lions, 10 colombes. Bref, c'est une œuvre d'art merveilleuse, qui fait le plus grand honneur à M. Bossan, qui en a fourni le dessin, à M. Alphonse de Boissieu, qui en a eu la conception, et à l'habile orfèvre M. Armand Calliat.
Poitr concourir avec ce précieux travail il ne fallait rien moins que l'art et l'industrie de Poitiers. Mais il est vrai de dire que la chape et Tétole offertes par le comité catholique de cette ville sont une autre merveille, qui est peot'^être, du moins c'est l'avis de plusieurs, le chef-d'œuvre de l'exposition. Imaginez une chape de forme an^cienne, dans le style architectural du treizième siècle, dont le fond est en drap d'or tissé sur soie
De piË IX m
janne, avec an champ de médaillons ôt de losanges en argent frisé sur lequel, à travers un semis de fleurs de lis et de croix de sainte Radegonde, se détachent nne quantité de sujets composés en soies dont les tons doux rappellent la couleur des émaux. Ces figures sont au nombre de trente, résumant Thistoire ecclésiastique locale dans ses époques les plus florissantes. On y a Joint saint Pierre et saint Paul, qui occupent les places d'honneur de l'étole, ainsi que les armoiries du Pape Pie IX en regard de celles de Mgr Pie. n est superflu de dire que sur la chape saint Hilaire et sainte Kadegonde occupent une place d'honneur. Saint Hilaire apparaît en effet au centre du chaperon, dominé lui-même par saint Martial, premier apôtre de l'Aquitaine, et accompagné de saint Abre, saint Florence, saint Just, saint Lienne, saint Maxence, saint Maximin, et saint Martin, archevêque de Tours.
Sainte Hadegonde occupe directement, au-des^ sous de saint Hilaire, le centre d'une large bande qui court au bas de l'ornement. Elle est aocompa* gnée de saint Agnès et sainte Disciole, saint Piat^ saint Fortunat, saint Juniez, saint Gésaire d'Arles, saint Grégoire de Tours, saint Germain de Paris, saint Guillaume, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers.
Sur les orfrois se trouvent : sainte Soline, saitit
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Simplioien, saint Savia et saiat Gyprien^ saint Guillaume Tempier^ et«aint Pierre U.
Ea&n, sur l'étole^ ou voit^ a^ec saiot Pierre et saint Paal^ saint Enuneran et sait Léger» saint Bernard de Tiron et saint Pulbert.
Je n'ai pas besoin de dire que le choix .4e ces figures n'a rien d'arbitraire^ Mgr l'évoque de Poitiers ayant lui-même désigné ces noms pour en faire, sur la cbape> le résumé de l'histoire ecclésiastique de la province. Quant à la richesse de rornementEUion, je renonce à la décrire» rien ne pouvant en donner l'idée. Disons seulement que Jusqu'aux doublures» sur lesquelles se trouvent brodées les dédicaces et les signatures des donateurs» tout est d'une incomparable perfection. Pour toute cette œuvre, la conception et les des* sins sont das an R. P, Camille de la Croix» de la compagnie de Jésus» qui a lui-même dirigé le 'travail. Les cartons des personnages sont l'œuvre de M. A. Brouiller» dessinateur» peintre» sculpteur» membre de la société des antiquaires de rOuest. Enfin l'ensemble a été exécuté par les 3ourdes-muettes deLiepruay» sous la direction des filles de la Sagesse de Poitiers.
Postcriptum, •— Pressé par le temps, je n'ai pu hier vous donner tous les détails de l'audience «ix Autrichiens. L'assistance était nombreuse, je l'ai dit) etparmi les personnages de distinction qui en
faisaient partie» l'on remarquait les arcbeyêçfues de Salsbonrgy de Zara, de Léopol, trois chanoines mlttéa de Prague, S. A. R. la princesse Hélène de Tonr et Taxis, sœur de S. M. rimpératrice d'Autriche, ayec sa famille^ le prince Georges Lohkowîtz avec sa femme et sa fille, le prince Maurice Lobkowitz avec son fils, les princes Wîndischgraez, le landgrave Joseph de Furstemberg, la comtesse de Salm, les comtes Brandis, Eînîsky, Sehmising, Golen, Herberstein, Stolberg, d'AyernaSyZabec; la baronne 'Walterskirchen, les barons Homstein, Reyer, Andrian, Braunschwein, Bernvisy.
Le duc et la duchesse de Parme assistaient éga« lement à l'audience, avec l'ambassadrice de France et d'autres nobles personnages.
Comme je l'ai dit, le Saint-Père a parlé avec douceur, mais non sans une certaine sévérité, du gouvernement de Sa Majesté Apostolique, jadis si prompt et si généreux à défendre les intérêts de l'église, mais depuis trop enclin à suivre de mauvais conseils. Néanmoins le Saint-Père a appelé la protection de Bien sur l'empereur^ l'impératrice et l'auguste famille impériale^ encourageant les pèlerins à se fortifier dans les sentiments qu'ils avaient exprimés et promettant d'ériger bientôt deux nouveaux diocèses en Bohême.
Avant cette audience générale, le Pape avait
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successivement reçu en audience privée nombre d'autres députations et personnages. Aujourd'hui il a reçu encore en audience privée M. le commsuadeur Naldlni, ministre plénipotentiaire du prince de Monaco, chargé de remettre au Saint-Père une lettre autographe de son souverain, félicitant Pie IZ à Foccasion de son jubilé épis* copal.
Quant à Taudience générale^ pour permettre au Saint-Père de se reposer^ elle a été remise à un autre jour.
l'exposition pontificale
(2« et dernière partie)
Rome, 29 mai.
Dans ma lettre précédente je me suis arrêté pour la revue de l'exposition française à la magnifique chappe de Poitiers. Mais d'autres objets atr tirent et fixent l'attention. Il convient de signaler particulièrement un ciboire en forme de tiare d^nné par la paroisse de Coligny^ au diocèse de Belley ; un très-beau volume richement relié contenant la reproduction de tous les vitraux de Chartres ; de fort belles dentelles, ouvrage fait par la congrégation des filles de Marie de Bordeaux ; uu
christ gigantesque offert par le comte Emile Pinedo; des statues da Sacré-Cœur et de la Sainte* Vierge, don du marquis italien Rangoni, domicilié à Paris ; un très-beau ciboire eaToyé par la paroisse Saint-Philippe-du-Ronle ; un autre ciboire du style gothique, sezagonal, don des catholiques d'Amiens; la statue de saint Martin de Tours, dont je n'ai pas à parler davantage, puisque VUni^ vers en apporte aujourd'hui même la description ; une série de seize calices offerts par le comité parisien du Denier de Saint-Pierre; cinquante autres calices offerts par le seul diocèse de Bourges; une petite chapelle épiscopale, don de la paroisse de Notre-Dame-des-Victoires ; un très-beau calice en argent niellé envoyé par M"® la comtesse Lafond; le calice de Boulogne-sur-Mer dont j'ai parlé ; un très-riche ciboire offert par les dames catholiques de Cambrai ; des canons d'autels, dont les miniatures, faites à la main, sont du plus beau travail et font grand honneur au donateur M. Bonamy, de Poitiers ; des aubes et du linge d'autel de la plus grande ûaesse, présent de la réunion dominicale des jeunes catholiques do Lille; une foule d'objets se rapportant au service, fabriqués ou payés par les pauvres gens d'Annecy ; une im-^ mense corbeille remplie de linge, de fleurs et d'ornements, le tont admirablemeni ouvré par les jeunes ouvrières de l'Œuvre du patronage que
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présMÀ M^® la baronne de Ladoncette, laquelle a Yonlû qa'ane gtatue de Notre-Dame Auziliatrice ek Yèi^mëil d<]>iftonnftt o^te pirécieuitô corKeille ; un titl^ail dO' If* Bdàllàns-Dagrand, représentant le Pdrgatdirb ; les ta{>idâéries de M""^ veaTé Jacqnei» me^ refirésentant les quatre évangélistes ; et enfin — toueliante offrande — plusieurs ûacons d'une scibsfaâce que son inventeur^ un petit coni^ iaelrçanldunom d'&frion a qualifiée de eafétne, et dontil donne les prémices au Sàint-Père, necroyant pouvoif mieux faire pour en assurer le succès.
Un pas de plus et Ton entre dans la section àn<> glaise^ remarquable surtout par la quantité de superbes dentelles qu'ont [offertes les enfants de Marie d'Angleterre et d'Irlande. Il y a aussi des toiles d'Irlande et des ornements ecclésiastiques simples, mais de bon goût; mais ce qu'on admire principalement, c'est un merveilleux ostensoir ainsi qu'un ridie gradin d'autel en or, de travail romain, avec application de lapis-lazzuli. Une dame anglaise me contait à ce sujet un détail qui suffit à peindre la foi héroïque des catholiques d'outre-Manohe. En effet, c'est avec les sous recueillis un à un parmi les pauvres petites filles irlandaises et anglaises qu'on a formé la somme pour ce beau travail. Or, la misère ayant cruellement sévi en Irlande dans ces derniers temps, il arriva qu'on fut obligé de nourrir par charité
tonte une partie du peuplé, en difltribnant de lâî sonpe deux fois par jour aux petites filles dont je parle. Apprenant un jour qu'il était question de faire une quête pout un offrande au Pape : « Eh bien^ disent-elles, nous n'avons rien» mais qu'on ne nous donne plus qu'une soupe au lieu de deux, et que Notte-Saînt-Père ait un beau présent. » Aussi de quelle richesse ne paraît pas environné ce don, d^âilleurs très-beau par lui-même, et quel admirable témoignage il rend dé la foi qui anime les fils de saint Colomban ? Mais ce n'est pas tout, et il faut compter encore à la section anglaise nombre d'anneaux, parmi lesquels on remarque celui qu'offrait naguères la noble marquise de Lothîan, morte à Home depuis.
Avec la Belgique, nous voici dans une abondance plus grande encore. En effet l'on ne compte pas moins, dès l'abord, de 150 autels portatifs pour prêtres mîssionnsdres, auxquels s'ajoutent deux chapelles épiscopales également portatives pour des évéques missionnaires. C'est le don de l'association de l'Adoration perpétuelle et des œuvres des églises pauvres, ainsi que de l'œuvre de saint François-Xavier. Il y fant joindre des calices en nombre considérable et des ornements d'autels par centaines, sans omettre les ornements du rite oriental. Signalons encore le très-beau calice offert par la Fédérationdes cercles catholiques
et leâ magnifiques éditions liturgiques do Désolée et Lefèvre^ dont la reliure est un autre ehefd'œuvre^ les drapeaux décoratifs de Nivelles, etc. C'est ici que se termine la première série des objets exposés dans la première section de Texposition, c'est-à-dire dans la salle des cartes géographiques. En entrant dans la galerie des Ayazzi, ce qu'on admire tout d'abord, c'est un immense lampadaire en cristal de Murato, fait à Venise par les soins des catholiques de cette yllle/et qui est Tune des œuvres les plus merveilleuses de l'établissement Salviati. Pour en donner l'idée, il suffira de dire qu'il mesure plus de 4 mètres de hauteur et 2 m. 80 de diamètre dans sa plus grande largeur. Le tronc porte 84 branches, et on compte sept bassins pour recevoir le reflet des bougies. Au milieu se détachent la tiare et les clefs pontificales. Le bassin central peint en émaux et or cuits au feu, représente le lion de Saint-Marc, les armes pontificales, et contient une dédicace relative au jubilé. Une foule d'autres ornements en or et fleurs de couleurs variées, font du lampadaire une œuvre unique, véritablement digne de figurer parmi les merveilles dont est rempli le Vatican, et qui ornera, croit-on, la bibliothèque. A côté, l'on admire encore un très-grand Christ en ivoire, don de Tassocîation catholique de Modène; une mosaïque sur bois de Sorrente avec sujets, et un calice très-riche.
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quoique d'apparence très- simple, sous le pied duquel on lit cette inscription: « Amédée de Savoie à Pie IX. )) Non loin se trouve une copie trèsfidèle et fort remarquable du fameux Christ de Lucques dont je parlais l'autre jour, et qu^on attribue à Nicodème ; puis un magnifique crucifix de Bergame en ivoire, orné de pierreries. Les catholiques de Ghioggia ont offert un tableau dont les dessins sur bois représentent la vue du pont Saint-Ange et de Saint-Pierre. Tout à côté l'on voit les rédactions en albâtre des principaux monuments de Pise, exécutés avec une rare perfection ; les belles dentelles envoyées par le diocèse de Foligno; le magnifique album de la noblesse romaine, présenté l'autre jour au Saint-Père, et qui contient 330,000 signatures. La reliura en est de maroquin rouge avec plaques et coins d'argent massif. Signalons encore un beau. médaillon, don de Mgr Sacriste, un encensoir en platine offert par les comtes Antonelli, une chasuble lamée d'argent, témoignage irrécusable de la fidélité des habitants du Rione-Borgo^ le quartier qui entoure le Vatican,
Voici maintenant, fièrement campé sur son socle, le zouave pontifical en argent offert l'autre jour par le colonel d'Albiousse au nom du général de Charette et des zouaves français. Sur le socle on lit : Zuavi pontefici francesi. Omaçgio e fedellà ^
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Pio IX, Papa Re, Tout à côté se dressé, dans son étui de velours» là magnifique épée offerte par Tarmée pontificale» et qui est un véritable chef-
d'œuvre sorti des ateliers de la fonderie Spagna. Cette épée, copie exacte dé la fameuse épée de Charlemagne, est de l'acier le plus fin» damasquinée. Sur la partie qui avoisine la garde, on lit : Pio IX Pontifici Maximo et Régi, anno L ab epiS" copaii cônsecralibne^ Pontifîcii exercitus duces superati sei non victi. Elle est accompagriéo d*un bonnet ducal» velours et or, pareil ^ ceux que donnait jadis cbaqiie année lé Pape, comme il faisait naguère encore pour la rose d'or. C'est le duc d'Angoulëîne qui, le dernier» a reçu ce présent des mains de Léon XII. Piè IX pourra-t-il offrir celuici ? Et à qui? Je ne me charge pas de répondre.
A côté d'une mitre de Blanchi» ornée de pierres précieuses^ on voit ensuite un très-beau vase d'argent ancien offert par le tribunal de la Rote» un immense crucifix en ivoire fait par Algardi» don de l'ordre de Malte. Il offre en outre cette particularité qu'au bas se trouve une tète de mort en ivoire reposant sur un socle de bronze» et à tra*vers laquelle se déroule un serpent dont le dard vient marquer l'heure sur lé cadran d'une horloge que contient cette tète de mort. II convient de citer encore un très-belle chapelle (calice» ciboires» etc.) offert par l'académie ecclésiastique et
û£ piË IX m
destinée à l'église de Saint-Pierre-ès-Lieiis; une superbe croix papale, offerte par le qorcle de Saint- Pierre.
La Saisse fait ici son apparition avec l'anneau, don magnifique des catholiques de Genève, dont je n'ai plus à faire la description, déjà publiée dans V Univers. Il y a, en outre, une*^ série de montres disposées en croix dans un ricbe éorin, avec cette inscription : « Ap^ès le& heures du combat, la croix apporte le triompl^e. » Vient ensuite la stfttue, en argent, de Jésus ouyrier, offerte l'autre jour par l'Œuvre des cercles ; la chapelle de M. Gayx de Saint-Amour, œuvre d'une richesse incomparable, où le donateur a fait entrer tous les diamants de sa femme; de très-beaux vases, don de la ville de Limoges; un calice offert par l'Œuvre des petits ramoneurs de Paris; de riches dentelles, don des Enfants de Marie de la paroisse Saint-Roch; le magnifique siège offert par le comité catholique de Marseille et que connaissent d^àles lecteurs de V Univers; un superbe tableau de la sainte Famille attribué à Yan Dyck et en-' voyé par le comité catholique de Bordeaux ; les tapisseries nîmoiaes de la maison Bertrand BouUa; une statue en bronze de Jésus ouvrier, parChs^u; un gicoupe superbe en bronze, merveille artistique, fabriqué- dans, les ateliers de la fonderie Spag,naet qui représente deux anges avec les attributs de la
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papauté, soutenant une vasque. C'est le don de la garde noble de Sa Sainteté.
Une très-belle ceinture pour le Pape a été brodée en or sur fond de soie blanc par les dames de Lorette de Bordeaux, qui ont voulu remplacer ainsi une ceinture qu'avait portée le Pape et qui fut gagnée par elles dans une loterie, il y a quelques années. A côté, l'on remarque un très-bel ostensoir de style ancien, venu d'Angleterre ; plusieurs autels portatifs en or, venus d' Autriche ; de belles chasubles, dons des dames catholiques de Vienne et du diocèse d'Olmutz; des calices forts riches et des ciboires offerts par la princesse Lobkovitz, la princesse Catherine de Hohenzollern et la princesse Frédérique de Hohenlohe; des tapis d'Aubusson; la chasuble offerte par la paroisse de Ferney, lieu d'exil de Mgr Mermlllod; les ostensoirs, ciboires, calices, de l'œuvre de l'Adoration perpétuelle de Paris ; le calice avec émaux du marquis des Cars, et le calice incrusté de pierres fines, du comte des Cars ; la plus magnifique des dentelles, offerte par M^'® Augustine Tanoré, de Tourcoing; enfin le très-bel ornement pontifical offert par M™« la duchesse de Parme,
J'en ai fini avec rénumération fort incomplète assurément des dons offerts au souverain Pontife pour 3on jubilé épiscopal. Toute réfiexion pour /aire ressortir le caractère do ce tribut universel
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serait bien inutile, car ce simple catalogue suffit à le dire éloquemment. Je me contenterai donc de citer un mot charmant de Pie IX qui sera ma conclusion. II disait l'autre jour à la duchesse de Parme : « C'est vrai, n^es enfants du monde entier apportent ici des présents sans nombre et sans prix; cette manifestation est très-grande et j'en suis profondément touché, cependant ils n'ont pas pensé à une chose. — * liais à quoi donc, Très« Saint- Père ? fit la princesse saisissant Tespoir de combler cette lacune mystérieuse. — Eh bien, dit Pie IX en souriant, ils n'ont pas songé à me donner de nouvelles jambes, d ^
Le Pape, cependant, supporte admirablement les grandes fatigues de ces derniers jours; mais les catholiques se souviendront du mot qu'il disait en se jouant à la duchesse de Parme. Ils n'apportent pas seulement ici leurs offrandes, ils apportent aussi leurs prières> et elles feront que Dieu maintiendra longtemps encore une santé qui a résisté si pleinement jusqu'à celte heure aux épreuves de son mémorable pontificat.
Rome, 29 mai.
Une fête à S{iiûte-Cécile, avec l'assistance des pèlerins — La jeunesse catholique au palais Altieri. — Le P. Giovanni del Papa« — Le Portugais; histoire du pèlerinage; discours du Pape aux pèlerins»
Les fêtes continuent et se multiplient à mesure qu'approche le grand jour anniversaire. Je ne saurais les énumérer toutes, mais je dois une mention spéciale à la magnifique cérémonie qui se célébrait hier à Sainte-Cécile. Les pèlerins de Bourges et de Montpellier s'y étaient donné rendez-voos et s'y étaient rendus par groupes, accompagnés d'un grand nombre d'autres pèlerins, attirés par l'annonce du Te Deum qui devait être chanté ce jour dans cette église. Après la messe de communion, Mgr Mermillod fit une allocution, que je ne tenterai pas de résumer^ mais dont on peut avoir ridée, si l'on songe que nous étions à Sainte- Cécile et quelles inspirations pouvait trouver l'évoque de Genève dans le martyre et la vie de cette vierge héroïque. Ajoutons que cette grande patronne [de la musique avait non moins bien inspiré le maestro Gaponi;, dont l'admirable voix da
P. Giovanni del Papa interprétait les chants. Les ïlomalns aussi étalent là en grand nombre, car J'ai
dit qn^on les retrouve partout assidus et fidèles quand se fait une fonction qui est en même temps une prière pour le Pape.
Dans l'après-midi, les pèlerins se retrouvaient une fois encore à Saint-Paul hors les Murs, où le P. d'Alzon leur adressait un de ces discours énergiques, où son âme passe tout entière, avec l'ardeur d'une éloquence que ne refroidissent pas les ans.
Et maintenant que dirai-je de la soirée académique donnée le soir au palais Altieri, gracieusement offert pour la circonstance aux jeunes membres de la société romaine des intérêts catholiques par le cardinal Borromeo? Le cardinal de Schwarzenberg y assistait^ avec nombre d'autres prélats et l'élite do la société romaine. Quant aux étrangers, ils étaient également très-nombreux; et les honneurs leur étaient faits par les jeunes membres de la société avec une grâce qu'on ne saurait trop louer. Successivement on a lu une poésie latine, fort applaudie, de Mgr Tripepi, hymnographe de la Sacrée-Congrégation des Rites ; une poésie anglaise du professeur Hutchison ; une poésie française de M. le chanoine Calhiati une poésie italienne du R. P. Leonetti; une autre poésie française de M. le comte Le Louët, et enfin une poésie espagnole du R. P. Sylvestre Rongieré Je n'ai pas besoin de dire qu'elles étaient toutes à
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la louange de Pie IX, dont elles avaient pour but de célébrer la cinqaantaîne épiscopale. n fautajoater qae les intermèdes de musique^ fort bien ezécalés, noas ont fait admirer les meilleurs morceaux de Lisz, de Gounod et de Verdi.
Mais ce qui a le plus fortement remué l'assistance» c'est incontestablement une prière à la Sainte- Vierge, de Verdi, chantée par le R. P. Giovanni del Papa. Je lisais dernièrement, et la chose n'est pas surprenante, que cortains spéculateurs avalent offert à ce religieux des sommes fabuleuses s'il consentait, dépouillant le froc, à meltre au service du monde, et plus encore du théâtre, cette voix merveilleuse à laquelle on as* sure que nul autre ne saurait être comparée. Ai-Je besoin de dire qu'elle réponse a faite le P. Giovanni del Papa? Chassé de son couvent de l'Ara- Gœli, il trouve au palais Altieri, de la part du cardinal Borromeo, une hospitalité qui sied mieux à son caractère et qu'il paie d'ailleurs, comme le dit fort aimablement le cardinal, en prêtant ainsi sa voix pour les fêtes du Pape comme pour les grandes cérémonies du culte. Il ne doit rien au monde et ne veut lui rien donner de plus, réservant pour l'édification des fidèles un don qu'il veut rendre en hommage à Dieu.
A cette séance on remarquait plusieurs des pè«« Icrins portugais, actuellement à Rome^ qui font
l'édification de la Tille. Ils avaient assisté le matin à la messe de communion^ célébrée pour eux à Taatel de Saint-Philippe-de-Néri par le cardinal patriarche de Lisbonne ; puis, se formant en procession jusqu'à l'autel majeur afin d'y vénérer l'image de la Vierge miraculeuse, découverte à leur intention, ils avaient chanté un fort beau Magni" ficat avant de se rendre aux chambres de Saint- Philippe. Ils parlaient de tout cela, racontant leur bonheur d'être à Home et se félicitant par avance de la grande joie qui leur éifi.ii réservée pour aujourd'hui. Il y joignaient des détails curieux sur les difficultés qu'ils avaient dû surmonter pour faire leur pèlerinage.
On sait déjà que les évéques portugais étant soumis à l'obligation de demander au gouvernement la permission de sortir du royaume, on avait voulu leur imposer pour condition de saluer ici l'ambassadeur portugais près Yictor-EmmanueK Il s'y refusèrent, et on finit par céder devant l'émotion que causait cette exigence injurieuse parmi les catholiques; mais ce qu'on ignorait, c'est le zèle qu'avait manifesté le ministre italien à LU" bonne, lequel, apprenant que la compagnie des chemins de fer portugais avait consenti des réductions pour les pèlerins, alla trouver le directeur, afin de lui représenter qu'il ne devait point accorder cette faveur aux pèlerins, lesquels^ disait-
il, étaient toas ou à peu près des « va-na-pieds ». Cette démarche ayant été connue, les membres de l'aristocratie catholique portugaise résolurent, d'y répondre. Le jour du départ, quel ne fut pas Tétonnement et le dépit du ministre italien en voyant les pèlerins, qui d'ailleurs appartiennent à toutes les classes de la société et aux meilleures, accompagnés en grande pompe jusqu'à la gare par les plus riches équipages dans la plus grande livrée. Mais, je l'ai dit, la grande récompense des Portugais leur était réservée aujourd'hui, où ils ont été admis à l'audience du Pape, complètement remis après le repos d'hier. Il avait d'ailleurs, hier même, continué ses audiences privées, ayant reçu les hommages des votants et auditeurs de la signature, qui lui étaient présentés par le cardinal Sacconi; puis la députation des gardes-nobles/ qui offrait le groupe en bronze dont il est question dans le compte rendu de l'Exposition. Ce matin même le Pape avait déjà reçu les chanoines de la basilique Libérienne, les évêques hongrois et la députation des avocats italiens, réunis sous le titre d'avocats de Saint-Pierre ponr se déclarer prêts à défendre partout les droits de l'Église et du souverain Pontife. Dans ce but ils ont commencé la publication d'un bulletin mensuel, dont le premier fascicule était offert au Saint-Père, avec les plaidoyers religieux des avocats Cancino de Turin
et Brasca de MUaa. Les avocats Grazzi de Florence^ Agnali de Bologne et Paganazzî de Venise présentaient également une adressé au nom du comité contentieux catholique italien établi depuis un an, à la suite du congrès catholique.
Vers midi, les Portugais arrivent dans la salle du consistoire. Parmi la noble assistance on désigne successivement dona Maria délia Purificazione Giuseppa di Mello, première promotrice du pèlerinage, le marquis de Monfalcin, sénateur du royaume, avec sa femme, la comtesse de Rio Mayor et sa ôlle^ la comtesse de Belmonte^ le comte d'Âjzambrija, sa femme et ses deux filles, D. Teresa de Saldanha e Castro avec sa famille. D. Gioacchina de Saldanha de Gama, M. Ântonin de Âlmeida, M. Agostino de Ornella, sénateur du royaume tft secrétaire du pèlerinage, avec ses filles, et le comte de Redinha, trésorier du pèlerinage et sa femme, le yicomte de Bellavista, hidalgo de la maison royale de Portugal, D. Maria Teresa de Yasconcellos, D. Margherita Bergno, D. Joachim de Mello Falcao Prigoso, comte de Saint-Martin, P. Joseph Félicien Goelho dos Reies, D. Antonin Joseph Boayida, vicaire capitulaîre de Beja, D. Joachim d*01iveîra Leitao, vicaire général de Santarem, le P. Pinto de Gama, puis les délégués des diocèses, des chapitres, des collégiales et autres corporations eccléâiastiques du royaume, ainsi que les repré-
«fe
sentants de la presse catholiqae et des antres corps moraux.
A midi et demi, le Saint-Père entre dans la salle entoaré de sa cour et de nombreux cardinaux, parmi lesquels les cardinaux Àsqnini, Berardi, Borromeo di Pietro, Franzelin, Ledochowski, Nina^ Oreglia di San Stefano, Schwarzenberg, Sbarretti; et aussitôt un immense cri s'élève : Vive Pie IX I en même temps que les pèlerins donnent les signes les plus manifestes de leur bonbeur et de leur dévouement au Vicaire de Jésus-Cbrist. Au bout de quelques instants, le silence ayant pu se faire, S. Em. le cardinal deNascimento MoraésCardoso, patriarche de Lisbonne, a donné lecture d'une très belle adresse en langue portugaise ; puis les pèlerins ont offert leurs dons, parmi lesquels on remarquait celui de la ville de Braga, où apparaissent, sur un fond en filigranes d'argent du travail le plus exquis, les armes du Saint-Père magnifiquement travaillées en or, avec un lien d'or et de perles reliant les clefs.
En réponse à cette Adresse et à ces témoignages le Saint-Père a prononcé l'un de ses plus beaux discours. Après avoir dit qu'il se réjouissait de voir devant lui cette portion nombreuse et choisie du peuple portugais, il a ajouté que ce spectacle était d'autant plus beau qu'il n'ignorait pas les grands obstacles que les pèlerins avaient dû surmonter
pour se rendre à Rome; les temps, aujourd'hui» sont difficiles» et Topposition se fait chaque jour plus violente contre les bonnes œuvres , mais les pèlerins portugais ne se sont pas laissé vaincre, et avec leur illustre patriarche, ils se sont montrés dignes des vertus qui, jadis, faisaient donner à leurs princes le titre de très-fidèles. A ce propos» le Pape rappelant certains souvenirs de l'histoire portugaise, a parlé de la munificence d'une pieuse reine de Portugal, qui avait élevé au vrai Dieu un temple somptueux, et il a comparé ce fait à la donation du Panthéon faite par un empereur à saint Boniface, qui consacra ce temple païen à la Reine des martyrs.
Revenant ensuite à la triste situation des temps présents, le Pape a dénoncé les efforts que fait en Portugal la franc-maçonnerie contre TÉglise : Aujourd'hui, a-t-il dît, c'est une vérité que les rois régnent et ne gouvernent pas; c'est donc aux catholiques; tout en obéissant aux lois qui ne violent pas les droits de la conscience^ de résister fermement et de vaincre. Ce qu'il faut, a-t-il ajouté, c'est que, de même qu'autrefois les faux dieux ont été chassés du Panthéon, de même les vices, dont la société moderne a fait des divinités, soient rem* placés par toutes les vertus ; sinon il n'y aura ni tranquillité, ni justice, ni moralité.
Combattez donc, s'est écrié le Pape, pour obte-
MB*
nîr ces biens, et afin qa'Us tous soient donnés» j'appelle la bénédiction de Dieu sur vous, sur vos familles et sur le Portugal, pour lequel je prie beaucoup, en demandant pour lui, avec la force et les vertus nécessaires, l'esprit de la crainte de Dieu, qui est pour la nation la vraie richesse, beaucoup plus que certains patronages dont les peuples verront un jour rinanité.
Au moment où le Pape s'était levé et bénissait avec une grande majesté, les pèlerins s'agenouillèrent ; puis, s'étant relevés au milieu de l'émotion qui les tenait tous, un nouveau cri s'éleva : Vive Pie IX 1 vive la religion l aussitôt répété par tous les pèlerins, avec un accent dont les échos arri* vaient encore au Pape, lorsqu'il était déjà rentré dans ses appartements.
Rome, 30 mai.
Les pèlerins de Spolète et ceux de Croatie. — Discours du Pape aux Croates et nomination d'un cardinal. — Les charités de Pie IX et les vorkhoinses officiels. —
. Reprise du meeting contre les pèlerinages.
La ville de Spolète ne pouvait rester en dehors du mouvement des pèlerinages. Aujourd'hui son vénérable archevêque, Mgr Cavallini Spadoni, accompagné de M. le curé Gasperini et d'un groupe nombreux de ses diocésains, était reçu en audience par le Pape, à qui il oJEfrait avec les dons de
gon peuple une remarquable adresse exprimant ses sentiments de fidélité. En rappelant quel était, il y a cinquante ans, Tévéque assis sur le siège qu'il occupe aujourd'hui, Mgr Cayalllni Spadoni disait avec une émotion vraiment touchante combien son diocèse était fier de ce souvenir^ combien aussi il était reconnaissant des faveurs sans nombre dont Pie IX n'a cessé de combler les Spolétains depuis son élévation au suprême Pontificat. Le Saint-Père, ému lui-même de ces souvenirs et de cet hommage, a répondu en quelques mots, exprimant sa joie de voir près de lui les délégués de ce peuple qu'il a gouverné jadis et qui garde une place privilégiée dans ses sollicitudes. lia béni l'archevêque, ses prêtres, ses diocésains, demandant à Dieu de faire abonder sur eux ses grâces comme lui-même les comblait de ses bénédictions .
Aussitôt après le Saint-Père admettait à l'audience le comité promoteur des fêtes du 3 juin à la basilique eudoxienne, et lui exprimait sa satisfaction pour l'hommage d'une grande photographie très-élégamment encadrée, qui représente la Consécration de Mgr Mastaï comme archevêque en 1827, dans la basilique de Saint-Pierre-aux- Licns. Il y avait là encore une députatîon de l'Association catholique des bonnes œuvres de Turin, chargée de remettre au Saint-Père quatre magnifiques candélabres en or, soutenus par un chérubin
de même matière, et destinés au nouvel autel de la confession de Saint-Pierre-aux-Llens. La députation offrait, en outre, un très-bel album contenant nne adresse avec les signatures de tous ceux qui ont contribué à cette riche offrande. Après avoir admiré ce travail, le SaintrPère, vers une heure, s'est rendu à la salle du consistoire, où étaient réunis plus de deux cents pèlerins croates, venus à Rome pour fêter le jubilé de Pie IX et remercier le Pape d'avoir élevé le siège d'Âgram au rang de siège métropolitain en le séparant de la province magyare.
La députation, qui avait à sa tête Mgr Mihalovic, archevêque d'Àgram, avec Mgr Strossmayer, évêque de Bosnie et Sirnium, résidant à Diakovar et Mgr SmîcikiaSj évêque de Grisium, comprenait en outre un grand nombre d'ecclésiasliques et de membres de Taristocratie croate, entre autres les chanoines D' Rumeler d'Agram, D' EUascvic de Vardin, D' Sagovaz de Diakovar, D' Hoppcrger, D' Krzan, professeur de théologie et recteur de l'université d'Agram, le baron Smail, le comte Nugent, le comte Vojaovic, le D' Magjarovic, le colonel Murgle, etc. Quand le Saint-Père fit son entrée, accompagné des cardinaux Asquini, de Luca, Franchi, Franzelin, Giannetti, Guidi, Howard, Ledochowski, Mertcl, Pacca, Paya y Rico, Pecci, Randi, SbarrctU, do NN. SS. l'archevêque
de Bonrges, Tarchevôque d'Aix, Tévéque de Nantes et d'autres prélats» les pèlerins tombèrent à genoax, ayant grand'peine à retenir le cri de leur dévonement enthousiaste. Le Pape ayant fait signe de se lever, Mgr Tarcheyéqae d'Agram donna lecture d'une adresse en latin, courte mais énergique, et toute remplie des sentiments de la plus ardente fidélité. Ce sont les mêmes sentiments qu'exprimait ensuite, également dans une adresse en latin, M. le comte Vojnovic, professeur de droit civil à l'université d'Agram. Cette adresse était en outre écrite d'autre part en langue croate sur parchemin orné de miniatures et richement relié.
Cette lecture étant achevée, Mgr l'archevêque offrit au Saint-Père les dons de la Croatie, parmi lesquels on remarquait le très-beau manuscrit contenant le chant latin et croate composé, au nom du comité patriotique, pour les fêtes du jubilé épisoopal, et le merveilleux travail, or et soie, des sœurs de charité d'Agram, représentant Notre-Seigneur au milieu de la Sainte-Vierge et de saint Joseph, des quatre évangélistes et des douze apôtres.
Le Saint-Père avait accueilli ces présents et la lecture des adresses avec des marques évidentes de satisfaction. Sa première parole fut pour exprimer sa joie de se voir au milieu de ces valeureux Croates, de ces braves voltigeurs de Tarmée impériale, chez qui la vigueur de la foi était encore supérieure
à la valear militaire. Puis, comme l'adresse avait parlé des marques singulières d'affection données plusieurs fois par les Papes à la Croatie, il dit qu'en effet Grégoire Vil lui avait donné pour la gouverner un duc qui fat accuelli avec grande Joie parla population et qui fut dans la suite comme un tributaire du Saint Siège. jOr, cette sollicitude des Papes ne disparaît pas avec les années, et la preuve en est dans l'élévation par Pie IX du siège d'Agram au rang de âége métropolitain. Mais, a pour suivi lePape, je veux vous donner une preuve plus grande encore de ma paternelle bienveillance pour la Croatie, et je vous annonce que j'ai fait choix de votre premier pasteur pour le revêtir de la pourpre et le faire entrer dans le collège le plus éminent du monde catholique tout entier.
Dire l'étonnement et la joie des pèl'e)rins à cette nouvelle, je ne le pourrais pas. Seul^ l'archevêque n'avait pas compris, et quand, après le discours, on s'approcha pour le féliciter, il hésitait à croire qu'il fût question de lui. Â la fin, il vint se jeter aux pieds du Saint-Père, s'excusant et remerciant Sa Sainteté de l'honneur insigne qu'ensa personne elle voulait faire à la Croatie. Le Pape le fit relever et le bénît; il bénit les Croates présents, les chargeant de porter cette bénédiction à leurs fa* milles, les exhortant à demeurer toujours fidèles aux enseignements de la foi catholique, à vivre
dans la paix et dans la charité pour la vie pablique comme pour la vie privée, et leur souhaitant pour le retour un heureux voyage, prélude du grand et important voyage de réternîté; puis, passant devant l'assistance agenouillée et la bénissant une dernière fois» le Pape> suivi de sa cour> rentra dans ses appartements.
Les journaux italiens annoncent que le Saint- Père a chargé le cardinal Monaco La Valette, comme cardinal-vicaire, de distribuer 22,000 fr. aux pauvres de Rome. C'est la façon royale dont Pie IX continue d'exercer une souveraineté qu'on n'a pu lui enlever. D'autre part, le» mêmes journaux sont remplis de lamentations sur le nombre sans cesse croissant des mendiants qui pullulent à Rome. En s'emparant des couvents, les maîtres actnèls de Rome avaient annoncé du même coup, peut-être l'a valent-ils cru, qu'ils allaient supprimer la mendicité. Or, ils n'avaient pas songé que les moines dépossédés nourrissaient journellement une quantité de malades et de pauvres, dont il a bien fallu que s'occupât le gouvernement au lendemain de ses rapines. Interdire la mendicité, c'est fort bien ; mais pour que cette Interdiction fût efâcace, il faudrait y joindre un décret aux termes duquel on serait obligé délivre sans manger.
Pour parer à cette situation, le gouvernement à finalement décidé que les mendiants seraient con-
duits par la police dans des établissements ad hoc, sorte de workhoases, dont le premier vient d'être établi dans l'ancien couvent des Sept-Salles. Mais pour dix mendiants à qui l'on donne ainsi le gîte avec du pain, il en est vingt autres qui surgissent, sans compter que les nourrissons de la police n'entendent pas le moins du monde être privés de leur liberté, si bien qu'à l'heure présente les réformateurs ne savent ou donner de la tète. Us s'aperçoivent un peu tard, veulent- ils seulement s'en apercevoir? qu'en supprimant les couvents ils ont grossi la question sociale et qu'ils ne la peuvent résoudre. ♦
Tels sont les effets de la bienfaisance officielle.. La charité de Pie IX agit autrement et produit d'autres fruits. Aussi, n'est-il pas rare d'entendre quelqu'un de ces mendiants d'autrefois, comme il y en avait à l'époque de Benoît Labre, et qui faisaient de cette vie une fonction dont une certaine fierté n'est point exclue, s'écrier : Ah ! si fosse U Papal Ahl si c'était toujours le Papel comme s'ils disaient : Nous étions pauvres autrefois, mais nous avions confiance et joie et l'on nous respectait pour l'amour de Notre-Seigneur. Aujourd'hui, Ton nous pourchasse jusqu^à nous jeter dans le désespoir.
Ou annonce pour demain le fameux meeting anticlérical» d'abord fixé au 3 juin, et que la police
avait déclaré vouloir interdire. Il paraît que le gouvernement s'est avisé, et qa'une fois de plus il cède à la pression de la secte. Il en a seulement obtenu un changement de date, et encore est-ce à la condition qu'un théâtre serait mis à la disposition de MM. les manifestants. La chose est d'autant plus significative que la manifestation, dirigée surtout contre les pèlerins, l'est aussi contre la monarchie, trop moUe^ au gré des révolutionnaireSj dans sa politique de persécution. Là-dessus les déclarations du Dovere, organe de la secte, sont parfaitement nettes et ne laissent rien à désirer. Au contraire, les modérés, qui comprennent le danger de ces manifestations intempestives, expriment le regret qu'on n'ait pas jusqu'au bout gardé^ vis-à-vis du mouvement catholique, une attitude dont la courtoisie (sic) n'excluait pas le dédain, et qui avait l'avantage de ne pas grandir le caractère des pèlerinages.
Ces remarques ne sont pas toutes dépourvues de sens, car il est certain qu'on ne pouvait mieux que par le meeting projeté, prouver l'émotion, produite en Italie, comme dans l'Europe entière par le mouvement catholique. Reste à savoir quelles seront les résolutions du meeting. On remarque qu'il a choisi pour lieu de réunion le théâtre Apollon qui se trouve sur la route du Vatican, et pour heure l'heure de midi, qui est celle des an-
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diences pontificales. Dans les rues, on observe beaucoup de monde groupé autour de rafûèhe dont je vous ai envoyé le texte et qui s'étale désormais on toute liberté. Du reste il semble qu'il y ait plus de curiosité que d'émotion.
Rome, 31 mai.
Ce qu'est devenue la fête du Corpus Domini. — Le meeting du théâtre ApoUo. — L'audience des pèlerins de Bourges, Poitiers, Troyes, Perpignan. —Adresse de Mgr de La Tour d'Auvergne et réponse du Pape. — Une édition illustrée du Syllabus, — Le tridîmm à Saint« Pierre-ès-Liens, — Un mot de Victor-Emmanuel.
n y a dix ans, lorsque j'avais Thonneur et la joie d'accompagner à Rome M. Louis Veuiilot, je me rappelle que c'était vers les fôtes du Saint- Sacrement, le lendemain même du jour d'arrivée, le Pape, pour la première fois, m'apparaissait solennellement porté dans sa sedia gestatoria et portant le Très-Saint-Sacrement, précédé par le collège des cardinaux et escorté de cinq cents évoques présents à Rome pour le centenaire. La procession se déroulait, magnifique, des portes de Saint-Pierre jusqu'au fond de la place en suivant le merveilleux portique circulaire qui des deux côtés mène à la basilique par ses larges voies. Dans toutes les rues, à partir de ce moment et pendant huit jours^ les
processions ne cessèrent pas^ rivalisant tontes de magnificence et, sur leur passage, rencontrant partout la foule agenouillée.
Aujourd'liui, toute cette pompe a disparu. Par son attitude, par la foule qui continue d'envahir les églises où les communions sont aussi nombreuses qu'autrefois 9 le peuple romain témoigne que ses sentiments sont bien restés les mômes ; mais plus de processions , si ce n'est à l'intérieur des églises; plus de chants et d'allégresse public s.
k ce contraste, on comprend et il est vrai de dire qu'en venant à Rome, ce n'est pas du Pape seulement, c'est de Notre-Seigneur lui-même que les envahisseurs ont sacrilégement fait un prisonnier.
Cependant les révolutionnaires, eux, organisent aujourd'hui leur procession. Je vous ai dit comment , après avoir résisté, le gouvernement avait dû céder aux menaces de la secte et non-seulement subir la manifestation, mais y concourir. Ce matin le Dovere, journal officiel de la secte, publiait avec une ostentation dont il n'y a pas à se moquer, toutes les adhésions venues des différentes unions républicaines dltalie au projet de meeting. Il n'y en a pas moins de deux cents, et il n'est plus possible d'ignorer que déjà l'infernal réseau enserre toutes les villes de la péninsule. A Rome ce travail rencontre plus d'obstacles» car si
Rome est dominée par la réyolution , elle ne lai est pas acquise; aussi ne suis-je pas surpris d'entendre un Romain me dire que cette quantité de vilaines figures qui se montrent aujourd'hui vers le pont Saint-Ange, n'appartiennent pas au vrai peuple romain.
A travers les rangs de ces bandits nous passons pour aller à l'audience pontificale^ et je n'ai pas besoin de dire que nous recueillons autre chose que des regards bienveillants sur notre passage. C'est qu'en effet jamais peut-être les pèlerins ne ne furent plus nombreux, à se presser pour aller rendre hommage au Pape. Il semble qu'au jour choisi par ses ennemis pour insulter à sa double royauté, ses fidèles aient voulu doublement témoigner de leur dévouement. Pour aujourd'hui ^ toutefois, les pèlerins n'ont pas autre chose à subir que ces regards féroces dont ils ne se soucient même pas. U est clair que la secte a pifovisoirement pour mot d'ordre de ne manifester aucune violence de fait, et d'ailleurs ses orateurs vont se dédommager deux heures durant par les impiétés et les blasphèmes dont va retentir le théâtre ApoUo^ lieu de leurs exploits. L cet égard» le Dovere avait promis que la monarchie comme la religion serait mise en cause dans l'assemblée révolutionnaire. Cette promesse a été tenue, et rien n'est plus tristement instructif que le compte-
îenda d6 cette séance^ dont il n'est pas inutile de donner un résumé.
C'est rinévitable Garibaldi qui apparaît le premier par une lettre contre les prêtres^ qu'il qualifie de « bouffons » et dont la lecture est vivement applaudie. Fuis un certain Zuccais indique, au nom du cercle républicain, quel est l'objet da la réunion^ qui est de protester contre la réaction cléricale dont il exècre les soldats^ qu'ils soient revêtus de la tiare ou qu'ils tiennent l'épée. J'cn«^ YOie^ s'écrie-t-il à ce propos, un salut fraternel au peuple français, qui est encore plus malheureux que nous, puisqu'il doit combattre non-seulement contre les uUramontains mais encore contre le sabre d'un maréchal. Ce moi est tellement applaudi que l'orateur est contraint de s'arrêter pendant trois minutes. Il reprend par des insultes si graves à Pie IX que le commissaire de police présent (de son vrai nom délégué de la questure) essaye une timide protestation ; mais le président du meeting le rappelle insolemment à l'ordre, aux applaudissements de la tourbe qui l'environne, et dès ce moment le commissaire qui a voulu àé^ ployer son écharpe est contraint de la replier et ne bouge plus. Cependant les vociférations et les insultes augmentent. Après Zuccais c'est un certain Fratre qui déclare que ce l'idole du Vatican est tombée dans la fange » . Il ajoute que la révolutiOA
a d'aatres ennemis encore que le Vatican^ alluâion politiqae fort claire et qui est accueillie par des trépignements et des applaudissements. Colacîto, l'orateur qui lui succède^ proteste à son tour contre la politique qui, après avoir fait à coups de canon la brèche de la Porta Fia, permet au confessionnal de la fermer. Il rappelle 1849» et plus récemment l'exécution de Monti et Tognetti, dont il dit que que toutes les eaux de l'Océan ne suffiraient pas à laver le sang. Cette image est encore fort applaudie.
Enfin, voici un juif qui se prétend Français, Armand Lévy» le même qui naguère félicitait les Allemands de leur victoire, le même qui plus tard se mettait à la tôte d'une prétendue députation française pour aller chez le marquis de Noailles réclamer contre la protection dont l'ambassade près le^lSaint- Siège couvre à Rome les établisse-* ments français. Il proteste que la France de Voltaire est avec l'Italie garibaldienne, et, en face du Vatican où sont accumulées toutes les merveilles des arts et de la civilisation, dues à la protection des Papes, il ose déclarer qu'au nom de la civili-^ sation « la papauté doit être maudite ». L'orateur qui lui succède, Bovio, obtient plus de succès en-* core, parce qu'il blasphème plus horriblement. Le règne de Dieu, dit-il, n'a pas été sans grandeur, mais il est fini et doit céder au règne de l'homme.
n insulte Vie IX d'une façon tellement grossière qae je ne saurais reproduire ses paroles. Puis^ il dénonce l'invasion des pèlerins» secte dangereuse d'étrangers^ qui sont bien plus mortels à la repu* blique qu'Oudlnot ne le fut jadis avec ses soldats. Pour fiinir^ il déclare qu'il est temps de faire la troisième Italie. Celle des Papes a disparu ; il s'incline devant Gavour et les autres, ses successeurs actuels, qui ont fait l'unité, mais il est temps de faire la liberté. Ces mots significatifs, par lesquels la monarchie révolutionnaire elle-même est condamnée à disparaître, soulèvent un tonnerre d'applaudissements. On crie : « ViveBovio I » C'est lui le héros de la journée et on ne veut plus entendre aucun des onze orateurs inscrits qui réclament leur tour de parole. Après deux heures c'est le moment du vote, et, à l'unanimité, on acclame la résolution proposée par le cercle républicain, dont voici les termes e
« Le peuple italien , en présence de la réaction cléricale qui rassemble en ce moment ses forces pour combattre la civilisation et restaurer un passé que la science et la conscience des peuples ont condamné pour toujours ;
« Aujourd'hui, 31 mai 1877, rassemblé en ce lieu, dans cette ville de Rome, en face du Vatican, conûrme, au nom de la tradition et de la conscience publique italienne, son droit et sa ferme volonté
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de repousser tout attentat à la liberté et à Tunité de la patrie ;
(( Convainca qae le privilège religieux a sa garantie dans le privilège politique^ se confie en l'avenir du peuple,
« Et envoie son salut de cordialité fraternelle à la démocratie française^ menacée par la réaction. »
n est superflu de commenter ce vote et la discussion qui Ta précédé. Mieux que ne le pourrait faire toute réflexion, la seule lecture de ces horreurs montre où l'on en est ici et ce que valent les hypocrites déclarations de ceux qui prétendent que le Pape est libre, lorsqu'ei; face du Vatican, comme s'en vantaient les manifestants, des orateurs peuvent impunément débiter ces insultes blasphématoires et seraient prêts demain à assaillir le Pape lui-même s'il sortait dans les rues de Homeé
Or, pendant que la révolution tenait ainsi séa assises^ il y avait audience au Vatican, et la foule, je l'ai dit, s'y était rendue plus nombreuse encore que les autres jours. Aussi la salle du Consistoire était-elle remplie bien avant midi par les pèlerins qui s'y pressaient à grand'peine au nombre de plus de huit cents. Vers une heure le Pape apparaît, entouré de nombreux cardinaux et de tous les évêques français présents à Rome. À le voir, il semblait, après avoir traversé la foule de ses ennemis; qu'on eût besoin de l'acclamer avec une force
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nouvelle; mais le respect retient les criB, et le sentiment qui oppresse les cœurs se répand en un long murmure de filiale tendresse et d'admiration. Quand le silence est fait, Mgr rarcheyéque de Bourges» au nom de ses diocésains, des pèlerins de Poitiers que représente ici même leur illustre évêque, des pèlerins de Troyes et de Perpignan, Ut une adresse dont sa voix émue et solennelle fait mieux encore ressentir Taccent d'inexprimable tendresse pour le Pape, de protestation énergique contre l'iniquité dont il est victime. Quand il dit que le Pape est toujours le souverain de Home, et qu'à Rome, ville des Papes, c'est toujours le Pape qu'on cherche et qu'on veut voir; quand il a ajouté, d'une voix que l'émotion rendait plus éloquente encore, que la protestation de Bourges, cœur de la France, était le cri de la France tout entière, toujours attachée à la cause de saint Pierre et qui veut rester la fille aînée de TÉglise, l'assistance n'a pu retenir un long mouvement d'approbation dont le signe d'ailleurs lui était donné par Pie IX le premier. Oui, oui, semblait- on dire, si Ton vous outrage ici près, Très-Saint-Père, nous du moins, vos fils toujours fidèles, nous vous aimons deux fois, pour nous-mêmes et pour les malheureux qui osent s'attaquer à vous.
£n témoignage de ce dévouement, les pèlerins des divers diocèses présentent ensuite leurs dons.
«ik I P M wn W '^^'-V^MifSWV^iPfiVmi
J'ai déjà parlé des cinqaaiite calices de Botirgèâ et de la magnifique chape offerte par le comité catholiqae de Poitiers ; mais je dois une mention toute spéciale à la merveille de typographie , d'illustration et de reliure que présentait aujourd'hui Mgr Druon» camérier du Saint-Siège, an nom du clergé diocésain de Bourges. C'est un livre qui a pour titre Documenta fidei et qui contient la bulle Quanta cura, le SyUabus avec les contitutions du concile du Vatican» le tout renfermé dans l'espace de cinquante pages» en l'honneur du cinquantenaire. C'est un chef-d'œuvre d'impression» qui fiait le plus grand honneur à M. Pigelet , récompensé depuis hier par la croix de Saint-Sylvestre. Chacune des pages ornées de lettres enluminées est en outre encadrée de bordures faites à la main, et dessinées avec une rare élégance. La reliure, qui est un autre chef-d'œuvre, est sur fond de velours avec coins en or d'un très-beau travail. Le plat de la couverture présente en outre une très-belle figure de saint Pierre en relief» représentation exacte de celle de la basilique Yaticane. 11 est accompagné» aux quatre coins, d'émaux représentant les quatre principaux saints du Berri, saint Ursin, sainte Jeanne de Valois» sainte Solange, saint Etienne. Enfin deux écussons portent deux dates: 3juinl827;— .3juin 1877.
Ayant accueilli ces précieuses offrandes, le Pape
prît la parole. Après avoir dit combien il était toaché de cette expression des sentiments de la France catholique, il a fait allnsion an meeting qui se tenait librement non loin de là, pendant qu'on refasait aux catholiques la liberté de faire leurs processions. Non I s'est écrié Pie IX avec force, jamais personne n'eût pu imaginer que ces grandes processions du Saint-Sacrement, instituées pour rappeler le triomphe de Notre-Seigneur quand on racclamait dans les rues de Jérusalem, instituées aussi pour compenser les souffrances qu'il a voulu endurer dans sa passion, non, jamais personne n'eût pu imaginer qu'elles auraient été proscrites. Et pourtant il en est ainsi. Nous donc, que ferons-nous? Dieu est juste, même dans les choses qu'il permet, et il permet ce que nous voyons. Mais s'il le permet, c'est surtout pour que nous redoublions de ferveur. Allons donc le trouver au Très - Saint-Sacrement, prosternons-nous, adorons*le et demandons miséricorde, afin de trouver la confiance dont on vous parlait tout à l'heure. A la veille du mois de juin, le Pape a recommandé encore la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Puis, afin de Les confirmer dans ces espérances, il a béni les pèlerins, leurs familles, la France catholique tout entière, demandant à Dieu l'abondance de ses grâces, la lumière, la sagese set la force, n serait difficile d'exprimer l'émotion des pèle«
m LA CINQUANTAINE ÉPÏSCOPALE
rins ; an grand nombre pleuraient^ tons se sentaient oousolés et fortifiés. La plupart^ voulant prier encore pour le Pape, s'en allaient par groupes vers Saint-Pierre-ès-Liens, où a commencé ce matin le triduum préparatoire à la grande fête de dimanche. Parmi la foule qui se pressait dans réglise, on remarquait, humblement mêlés au peuple, le duc et la duchesse de Parme, qui font ici, comme partout, l'édiûcation de ceux qui les approchent. Ils obtiennent ainsi tout naturelle* ment la popularité qu'ils ne cherchent pas, et c'est ce que ne sauraient dire les gens du Quiri* nal, qu'on aperçoit se promenant, solitaires, an Pincio, à la recherche de saints dont ils font l'avance, et qui ne leur sont pas toujours rendus. Victor-Kmmanuel n'est pas d'ailleurs sans ressentir quelque malaise de cette situation. Il avait même pris la résolution de quitter Rome avant le 3 juin, comprenant que sa place^ qui n'est point ici, y serait bien moins encore ce jour-là. Mais c'est la fête du Statut, et que dirait la Révolution si le roi, par son absence, en faisait mépris?
Lamajorité des ministres a donc exigé que le roi restât, et il s'y est résigné, dit on, mais à condition que toute tentative de désordre ayant un caractère hostile au pèlerinage serait énergiquement réprimée. Les pèlerinages portent donc leurs fruits. Us contiennent aussi des enseignements qui
frappent comme révideace. Aussi l'on rapporte que l'antre jour, recevant M. Bennigsen, président de la Chambre prussienne^ Yictor^Emmanuel aurait dit mélancoliquement : € Vous êtes, monsieur, le premier pèlerin que je reçoive depuis longtemps. » Le mot a-t-il été dit? En tout cas, il exprime bien ce qui se passe au Quirinal en comparaison de ce qui se passe au Vatican. A ce titre^ il m'a paru bon de le citer.
Rome, 1®' juin.
Une homélie de Mgr Pie. — Les pèlerins polonais à Saint- Pierre in Montorio. — Discours du Pape aux pèlerins d*Aix, de Nantes et de Saint-Étienne. — Les audience^ particulières. — Nouvelles du pèlerinage italien.
Ce matin Mgr Fie ^lébrait la messe pour ses pè« lerins^ auxquels s'étaient 'joints plusieurs pèlerins d'autres diocèses. Après la niesse. Sa Grandeur leur a voulu parler de Pie IX dans une allocution, ou plutôt dans une de ces bomélics magistrales que ce grand esprit sait tirer tout entières de quelquesuns et parfois d'un seul des versets des psaumes* Aujourd'hui c'est le psaume lxx que Mgr Pie avait choisi pour thème: Quantas ostendisti mihi Iribulaliones mullas et malas ! Et conversus vM figeas ti me ^ eldeabpsis terrœ iterum reduxîsii me. En
ce texte l'évoque de Poitiers a retrouvé l'histoire de l'Église, qu'il a résumée à grand traits, et l'histoire plus spéciale du pontificat de Pie IX, dont U raconté les gloires, les combats, les douleurs^ avec une éloquence que je ne saurais dépeindre. Aussi bien j'ai mieux à vous offrir qu'un résumé, ayant pu saisir le texte même de cette page mémorable. I7os lecteurs jugeront mieux ainsi quel effet devait produire une telle parole retentissant à Saint- Pîerre-ès-Liens Pavant-veille du jour qui ramène le cinquantième anniversaire de la consécration qu'y reçut comme évoque le glorieux Pape régnant. Ce sont les joies de Rome, et elles sont grandes, en dépit des autres spectacles qui nous sont donnés chaque jour par ses dominateurs. Plus tard, à Saint-Pierre in Montorio, bâti sur le lieu môme où le premier Pape fut décapité^ une autre joie nous attendait. Les pèleïins de la Pologne, arrivés de la veille, étaient là^ au nombre de plus de cent, conduits par leurs prêtres et faisant leurs dévotions. Avec leurs figures mâles et simples, avec leur accoutrement qui n'a rien de la civilisation moderne» àiais qui, dans sa pauvreté, parle si éloquemment des sacrifices qu'ils ont dû faire pour se rendre à Rome, volontiers il nous représenteraient la race des premiers martyrs. Prosternés sur la dalle, qu'ils frappaient de leur front, puis, baisant avec une ardeur que rien n'exprimerait le sol de la
chapelle, au milieu de laquelle se trouve l'ouverture qui marque remplacement de la croix du prince des apôtres; enûn, recueillant avidement des mains an père franciscain qui en a la garde quelques pincées de la terre qui recueillit jadis le sang de Pierre» ils nous étaient une prédication muette et vivante qui excitait chez tous les spectateurs une incomparable émotion. Mgr Lâchât, à ce moment'U même, entrait dans la petite église. A peineTeurent-ils apperçu, que l'un après l'autre ils s'empressèrent, prenant sa main d'évéqne pour la porter à leur front et à leurs lèvres avec uneindicible expression de tendresse et de respect. Témoins de cette grande scène, quelques soldats italiens, en station près de la porte, affectaient de rire et cela se conçoit. On sait par quelles effractions sont venus ici les maîtres actuels de Rome et ce qulls y font. On sait de même au prix de quels sacrifices, de quelles souffrances et parfois de quels tourments, suivis de l'exil et de la mort même, les Polonais catholiques ont affirmé de tout temps l'énergie de leur foi. De notre temps, et au regard de ceux qui trahiraient tout pour s'assurer leurs aises, comment cette constance héroïque ne serait-elle pas un sujet de dérisioû ?
Au surplus, nous avons été bien vengés aujourd'hui de .ces rires et de ces insolences par le discours justicier de Pie IX aux pèlerins d'Aîx, de
176 LA CINQUiNTAlNE ÉPISCOPALE
Nantes et de Saint-Étienne,réanis dans la salle dn consistoire. Mgr l'archevêque d'Aîx, le premier, avait donné lecture d'une adresse énergique où, rappelant les grands actes du pontificat de Pie IX, il le comparaît à saint Pierre et à saint Paul : Pierre par la foi ; Paul par la prédication, et toujours, a malgré d'impudents démentis », maître essentiel de la vérité. L'allusion au démenti de M. Jules Simon n'avait échappé à personne et avait soulagé les cœurs. À son tour, Mgr l'évêque de Nantes vint ensuite présenter une adresse dans laquelle, par une heureuse inspiration, il rappelait l'histoire de saint Clair, apôtre de la Bretagne et disciple de saint-Pierre, qui avait ap-p porté au peuple qu'il évangélisait une insigne relique, l'un des clous qui avaient servi à crucifier Pierre. « Depuis lors, s'est écrié Mgr Pournier, la Bretagne est rivée par un clou au Saint-Siège, et vous le savez, Très-Saint-Père, car la Bretagne, c'est la patrie des Lamoricière, des Pimodan, des Charette et des Guérin. »
Pendant la lecture de ces deux adresses, Pie IX n'avait cessé de donner des marques tris- vives de son approhation. Une troisième adresse lui fut présentée par le vieux curé de Saint-Étienne, venu à l'âge de 82 ans pour conduire ses paroissiens au Pape en cette circonstance mémorable. Après avoir prié le Saint-Père de bénir la cité ouvrière.
ses associations, ses œavres, l'illustre cardinal de Lyon, K. le caré de Saint-Étienne terminait, faisant allusion aux négociations ouvertes naguères pour la création d'un siège épiscopal |à Saint- Étienne, en disant combien grande était la reconnaissance de ses paroissiens pour la sollicitude pontificale dont ils avaient eu des marques cer« taines. Très-bien ! très-bien ! a dit le Pape^ et il a admis au baisement des pieds M. le curé de Saint- Étienne avec le président du pèlerinage, M. Gérîn. Mgr l'archevêque d'A.ix et Mgr l'évêque de Nantes ont ensuite présenté au Saint-Père ceux de leurs diocésains qui avaient à remettre des adresses et des dons: M. le D' Charruau, de Nantes; M. le baron d'Izarn, dont la généreuse offrande, s'ajoutant à la collecte du diocèse, a permis à Mgr Fournier de déposer aux pieds du Pape près de cent mille francs, des pèlerins d'Âix et de Saint-t Etienne, ces derniers offrant outre une somme de plus de quinze mille francs, des rubans, chefd'œuvre de leur industrie, spécialement tissés pour le cinquantenaire^ ce qu'ils exprimeat par leur élégante décoration.
Ayant accueilli ces dons et béni les donateurs, le Saint-Père prit la parole et dans un début plein de majesté: En vous voyant, dit-il, je songe à Moïse, qui se tenait sur la montagne, levant les mains au ciel et priant pendant que son peuple
combattait les ennemis d'Israël. Et moi aassi je lève les mains pour mon peuple qui combat, et plût à Dieu que ma prière eût l'efûcacité de celle de Moïse, qui vit, avant la fin du jour, disperser les ennemis du peuple de Dieu. Je demande donc qu'aujourd'hui ma prière obtienne aussi ce fruit de voir dissiper bientôt la foule de nos ennemis.
Quand il eut longtemps prié, Moïse, fatigué ne pouvait plus tenir ses bras levés en haut, et il fallut que quelqu'un lui soutînt les mains. Le vicaire de Jésus- Christ lui aussi a besoin de quelqu'un qui le soutienne, et il se fatiguerait si ce concours des pèlerinages, multipliés au point d'exciter la colère des ennemis, ne m'était un secours et une consolation.
Donc, appuyé sur vous, mes chers fils, je prie comme Moïse, afin que tous vos ennemis soient dissipés. Ces ennemis, vous savez, quels ils sont, je n'ai pas besoin d'en dire davantage, et je passe. Mais il y a aussi les ennemis spirituels, au nombre de trois principaux : le démon, le monde et la jchair ; le démon qui fut, à vrai dire, le premier révolutionnaire, et dont s'inspirent ceux d'aujourd'hui; le monde, je parle de ce monde qui sacrifie au démon des richesses et de l'erreur, de ceux qui flattent le peuple, non pas pour le servir, mais pour se tirer de leur propre misère, et qui amas* sent de l'argent par tous les moyens, non pas pour
verser dans le trésor public, mais pour le mettre dans leur poche. On les entend ceux-là, et ils disent : Mais le Pape ne reçoit-il pas une quantité d'offrandes? Et je leur répond franchement, à la face du monde entier : Oui^ je reçois et j'accepte des offrandes, mais c'est pour les distribuer à TÉglise dépouillée; oui je reçois et j'accepte ces offrandes, mais c'est parce qu'elles me sont données par des fils en union avec leur Père; oui, enfin, je les reçois et je les accepte, parce qu'elles me sont données, non de force, mais spontanément, pour réparer les ruines qu'a faites la rapacité révolutionnaire.
A ce moment la foule transportée ne se peut plus contenir. Des applaudissements éclatent^ saluant cette magnifique protestation, et sont à grand'peine réprimés. Passant ensuite au troisième ennemi spirituel, le Pape dénonce le débordement des œuvres et des prédications malsaines qui dépasse tout ce qu'on avait pu voir en d'autres temps.
Pour combattre ces trois ennemis, dit-Il, je prie Dieu qu'il vous accorde en premier lieu l'humilité, parce que c'est l'orgueil qui a causé la chute du premier des révolutionnaires. En second lieu, je vous souhaite la charité, afin que vous aimiez et serviez réellement le peuple chrétien au lieu de l'exploiter, comme font les autres ; enfin je prie Dieu qu'il vous donne la grâce de la chasteté par
la mortification des sens, qui est le seul moyen de pratiquer cette grande vertu.
Et maintenant je tous bénis, vous, vos œuvres^ vos familles, vos diocèses. Je bénis la France, cette fille choisie (questa figlia eletta), afin qu'elle triomphe de ses ennemis, qu'elle soit toujours ferme dans la foi et qu'elle arrive bientôt à triompher des ennemis de la religion et de l'Église. Je vous bénis dans le voyage que vous aUez faire, afin qu'il soit le prélude du grand voyage au bout duquel nous pourrons louer Dieu dans les siècles des siècles.
Je renonce à peindre l'émotion des pèlerins; l'accent de tendresse et l'énergie singulière avec lesquels Pie IX parlait de la France les [avait remués jusqu'aux larmes, et ils s'en allaient commentant avec Joie ces paroles pleines d'espoir et de bénédictions. Dans les salles voisines, nous retrouvons d'autres pèlerins, car Pie IX, je l'ai dit, donne des audiences pour ainsi dire du matin au lâoir. Hier, notre confrère M. Levé, placé sur son passage, a pu lui remettre l'adresse du dernier congrès catholique que lui avait confiée M. Chesnelong. Aujourd'hui, avant l'audience, il avait reçu la députation du vicariat général apostolique de Calcutta, offrant au Saint-Père, avec une belle adresse sur parchemin orné de miniatures, signée par Mgr Steîns, archevêque m parlibvs de Bosra^
vicaire apostolique de Calcutta, le clergé et les laïques de ce vicariat^ une magnifique croix ornée de 34 diamants et une précieuse chaîne en or. Il faut y ajouter un volume relié en bois de sandal avec peintures sur ivoire, contenant le rapport annuel de la Société de Saint- Vincent- de-Paul, et, de la part des religieuses de Lorette, résidant aux Indes, un très-bel album contenant une adresse^ des peintures chinoises, les photographies de leur couvent et d'autres lieux. Citons encore les pèlerinages et députations de Reggîo en Calabre, de Noto^ de Galtanisetta, de Gava et Sarno, province de Salerne, présentés par leurs archevêques et évêques^ qui ont lu des adresses et présenté des offrandes générales de leurs diocèses avec quelques dons particuliers. C'est maintenant, du reste, que les Italiens arrivent en foule. lien est plus de 3,000 inscrits pour faire dimanche la sainte communion à Saint-Pierre. Leur audience, fixée pour le 3, ne pourra les réunir tous ce jour-là, et Ton annonce que le lendemain Pie IX recevra ceux qui n'auront pu paraître à l'audience du 3. L'adresse au nom du pèlerinage tout entier sera lue par Mgr Tarchevéque de Bologne^ dont on annonce la promo'^ tion prochaine au cardilanat.
i8â LA CINQUANTAINE ÉPISCOPALE
Rome, 2 juin
Préparatifs de fête. — Autre victoire sur le champ de bataille de Mentana. — Nouvelles audiences, le collège des cardinaux, la députation napolitaine, les camériers. — La chronique du Vatican. — L'héroïsme des pèlerins. — La messe des Maronites. — Quelques nouvelles.
C'est la veille du grand jour, et déjà la fête a commencé. Grâce à l'incessante venue de nouveaux pèlerins, il est vrai de dire que, pour un moment du moins^ Rome n'appartient plus à ceux qui l'ont violemment surprise. Elle s'est retrouvée telle qu'on la vit jadis, et n'étaient les uniformes qu'on rencontre par intervalle, n'était surtout le Tide que l'absence ^du Saint-Père fait dans les grandes cérémonies, on pourrait croire que l'illusion est complète. Tantôt, à Saint-Pierre, quand cent lustres illuminaient la basilique remplie d'innombrables pèlerins, on sentait grandir encore l'émotion que chaque Jour accroît, depuis plus d'un mois que se déroulent les pèlerinages. Tout ce peuple priait et chantait, rempli d'une allégresse que les tristesses du peuple chrétien ne parviennent pas à détruire parce que le spectacle et les paroles de Pie IX rem* plissent la catholicité tout entière du plus invin* cible espoir.
Ils sentent si bien cela, ceux que les pèlerinages
exaspèrent^ qu'ils ont voulu tenter quelque autre chose après le meeting d'avant hier. Ce matin le Popolo romano proposait que demain, pour la fête du Statut, les vrais libéraux arborassent à leurs fenêtres le drapeau national. Les journaux de Taprès-midi se sont vites emparés de ee thème, car il faut bien prendre les moyens de donner extérieurement quelque lustre à cette fête du Statut, dont la seule date est une insolence, mais qui semble après tout ne concourir avec la grande fête de Fie IX que pour montrer une fois de plus la grande popularité du Souverain véritable en regard des mécontentements à peine déguisés qu'excite de plus en plus le règne de Tusurpation. En veut-on xin nouvel exemple?
Un ancien capitaine de zouaves me contait hier, qu'avec un de ses camarades, il avait voulu, après dix ans, revoir le champ de bataille de Mentana. Descendus à la gare de Monte-Botondo, ils se disposaient à cheminer paisiblement, quand, dès la
gare, ils se voient salués par des individus qu'ils ne reeonnaissent pas. Un peu plus loin ils sont abordés par un paysan d'une trentaine d'année, qui dit à l'ancien ofûcier de zouaves. « Ahl mon capitaine, quel plaisir de vous revoir ! — Mais ût le capitaine de laHoyde,je ne vous reconnais pas. — • Mais si, mais si, c^est bien vous. Du plus loin ^lls vous ont vu, mon père et ma mère m'ont die:
Ya donc^ c'est ton ancien capitaine. )> Et, en effets le paysan s'étant nommée nos denx amis recon« nnrent un ancien sergent du bataillon. Bientôt il en vint d'autres; bref, après s'être demandé si ce n'était pas une témérité de tenter une excursion qui devait, pensaient-ils, les mettre en face des garibaldiens, nos deux zouaves marchaient comme en triomphe, escortés d'une population dont l'attitude disait clairement ce qu'elle pense du nouveau régime et quel souvenir elle garde de l'ancien. Au Vatican, les audiences se multiplient. Hier, outre celles que je vous ai signalées, le Pape a reçu la députation du diocèse de Palerme, pré-^ sidée par son archevêque, qui a lu une fort belle adresse. Le prince Pignatelli Ângio et son fils, le duc de San-Martino de Mont'Albo, le marquis Scattizi faisant partie do la députation, qui a offert, outre un précieux calice, un magnifique reliquaire en argent entouré de pierreries, et contenant une relique de sainte Rosalie, patronne de Palerme. Les bénédictins de Montreale, chanoines de cette .cathédrale, ont ensuite présenté deux volumes d'illustrations de la cathédrale, offerts par le P. abbé Gravina. Enfin, au nom de Mgr Villa, évêque de Parme, Mgr Lioncelli, chapelain d'honneur de Sa Sainteté, a également présenté Toffrande de la ville de Parme, avec une belle adresse. Précédenunent, Sa Sainteté avait pareillement acU
tais en sa présence les employés pontificaux^ qui lui étaient présentés par les Éminents cardinaux Berardi et Randi, et lui offraient une statue de sainte Agnès en argent^ montée sur un piédestal de bronze enrichi de pierres précieuses.
Aujourd'hui le Pape a reçu tout d'abord le collège des cardinaux, presque au complet, qu'accompagnaient un grand nombre des évêques présents à Rome. C'est Son Ém. le cardinal di Pietro qui a lu l'adresse. En même temps il offrait, au nom de ses éminents collègues, trois médailles de grande dimension en or, argent et bronze, frappées pour célébrer le grand événement de demain, et qui portent d'un côté l'image du Pape, de l'autre une élégante inscription latine, œuvre du P. Tongiorgi.
En quelques mots paternels le Saint-Père a exprimé sa reconnaissance pour cette noble expression des sentiments de l'auguste collège; puis, sortant de la salle du Trône et entrant dans celle de la chapelle, il a reçu la députation des Napolitains présidée par Son Ém. le cardinal Rario Sforza. Le cardinal ayant donné lecture d'une fort belle adresse de circonstance, offrit au Saint-Père le présent de ses diocésains. C'est une superbe chape papale en étoffe d'argent, d'un travail iadmirable dans le style byzantin, d'après les anciens manuscrits lombards-veuitieus, avec ornementa-
tion d'or du meilleur goiit; le toat dessine par M. Morelli et exécuté par les élèves de l'Hôtel des Pauvres, comme on appelle le grand établissement que dirigent les sœurs de la charité.
En outre, l'association de la jeunesse dite de saint Alphonse, oirganisée dans les 23 diocèses de la province de Naples, a offert au Saint-Père, avec les offrandes des membres de cette association pour tous les diocèses, un magnifique album contenant l'adresse qu'ils ont souscrite. Avec des signes manifestes de contentement, le Saint-Père accueillit ces offrandes, et par quelques paroles explicites répondit aux sentiments exprimés par le cardinal, lui en témoignant sa joie et sa reconnaissance.
Enfin, passant dans la salle des Âvazzi, le Saint- Père y trouva le bataillon choisi de ses camériers secrets et d'honneur de cape et d'épée. Le doyen d'entre «ux, M. Egidio Catli, ayant lu au nom de tous une adresse de dévouement et de fidélité, le Saint-Père y répondit par quelques mots affec- ' tucux disant que les camériers étaient de la famille du Pape et que, comme tels, ils devaient plus particulièrement donner l'exemple de toutes les vertus. Puis il daigna témoigner son admiration du présent que lui offraitle corps des camériers et qui lui était présenté par le comte Ignace de Witten, doyen des camériers d'honneur. C'est une Paix de
métal précieux, au milieu de laquelle un médaillon supporte des têtes de séraphins en relief d'un très-beau travail qui soutiennent une croix de rubis entourés de perles. Au-dessus sont les armes pontificales et au-dessous ce texte des saints Uyres : Jwlitia et pàx osculatœ sunL» Des nœuds et des feuillages traversés de brillants et de lapis-lazzuli achèvent la décoration de ce riche objet dont le dessin est dû au comte Yespignani etTexécution au chevalier Gurti. Il est à noter que le revers de la Paix^ tout entier travaillé au ciseau, porte une très-belle inscription du P. Tongiorgî, relative à la circonstance.
n semble quêtant d'audiences devraient fati^er énormément le Pape puisqu'elles sufâraîent, surtout par ces chaleurs, à abattre tout autre personne d'un âge infiniment moins avancé. Chez Pie IX non-seulement elles n'épuisent pas les forces physiques, mais elles excitent, si Ton peut ainsi dire, les traits incessants de son aimable esprit. Je vous contais Tautre jour son mot à la duchesse de Parme à propos d^une lacune qu'il observait dans les dons que lui offrait le monde catholique. Un peu après il disait en souriant : Le bon Dieu me traite comme saint Paul, contre qui, pour qu'il ne s'enflât pas, il avait permis qu'un démon s'exerçât en le soufletaut, est qui
colaphiset me. Seulement^ ajoutait le Saint-Père,
mÊÊm
ce n'est pas sar les joues qae le diable me soufflette, c'est sur les jambes.
Autre trait qui est d'hier. La veille il avait reçu un présent fort original et curieux, c'étaient trois bouteilles de cognac que lui offrait le curé même de Cognac, et dont le contenu datait pour l'une de 1792, époque de la naissance du Pape, pour la seconde de 1819, époque de sa prêtrise et pour la dernière, de 1827, époque de sa consécration épîscopale. Sur quoi, l'évêque de Poitiers, dans une causerie charmante, cherchait à persuader le Saint- Père qu'il devait garder pour son usage ce présent qui, pour sa santé, ne serait peut-être pas sans efficacité. Le Pape écoutait en souriant cette homélie familière, mais on voyait qu'il n'en goûtait pas trop la conclusion. Le lendemain il vint à dire, en revoyant les trois bouteilles: Hier l'évêque de Poitiers me fit un long discours pour me prouver que je ferais bien d'user de cela. Mais il y a un plaisir plus grand, c'est celui de le donner. Et, à cette heure; je ne jurerais pas qu'une aumoîas des bouteilles n'ait déjà disparu, si ce n'est toutes les trois.
De pareils traits abondent. Ils forment ce qu'on pourrait nommer la chronique quotidienne du Vatican, si ce mot, par l'abus qu'on en a fait, n'avait comme un caractère d'irrévérence fort opposé à la nature de ces entretiens familiers que permet le Saint-Père, et où l'abandon plein de simplicité ne
Baurait jamais altérer le respect^ puisqa'il grandit la tendresse en multipliant ses plus intimes manifestations, n y a d*aatres faits encore dont s'oc* capent et s'édiûentjes pèlerins. Je vcas parlais liier des héroïques Polonais; vous connaissez déjà rhistoire contée dans l'Univers, il y a plus d'un mois, de cet intrépide pèlerin français, M. Pierre Pèche, qui^ malgré ses cinquante ans passés, a Toulu faire à pied la route de Paris à Kome et qui la fit en moins d'un mois.
L'autre Jour, on voyait à Saint- Pierre une femme qui se traînait plutôt qu'elle marchait et qui, ayant pu s'agenouiller devant la -statue de bronze du prince des apôtres, tomba évanouie. Quand elle revint à elle, on apprit que cette femme, émule de Benoît Labre, avait voulu faire le voyage de Yerceil (au pied des Alpes) à Rome. Elle a plus de cinquante ans et se nomme Elisabeth Lione. Son projet fat mis à exécution, et elle l'accomplit dans des conditions véritablement héroïques. Quand elle toucha enfin le seuil de Saint-Pierre, il y avait deux jours qu'elle n'avait pas mangé. Sans nul doute, la sagesse humaine signalera ce fait comme un trait de folie. Les chrétiens voient d'autre sorte: sans proposer à l'imitation de tous des exemples pareils, ils les recueillent avec une indicible émotion; ils se taisent et ils admirent. Ce qu'il faut admirer encore, avec le concours
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des pèlerins du inonde entier, c'est le zèle avec lequel rivalisent ici tous les rites pour célébrer la même fête, dans les mêmes sentiments d'amour et de la fidélité pour le Pape, dont les actes ont si merveilleusement raffermi l'unité sans rien ôter à la variété. Les Français ont pu tout spécialement le constater en assistant avant-hier, dans l'église de la Propagande, à la messe pontificale, célébrée par Mgr Daranni, archevêque maronite d'Âdanca* Le vénérable prélat est bien connu en France, où il voyagea longtemps comme missionnaire^ et où tous ceux qui furent les témoins de son zèle dans ces courses apostoliques, garde son souvenir avec vénération. Aussi, voyait-on nombre de pèlerins français dans les tribunes, mêlés à plusieurs prêtres étrangers, aux prélats orientaux, aux élèves du collège Urbain. Le vénérable prélat était assisté par les élèves de son séminaire de Home, et il avait à ses côtés Mgr Zouaïn, chorévêque de Béronth, qui remplissait les fonctions de maître des cérémonies. Nous n'avons pas compris les chants maronites, dont l'harmonie grave et monotone ressemble assez une plainte. M ais on était ému à Rome d'entendre une langue orientale glorifier ainsi le Pape, qui a montré tant de sollicitude pour l'Orient, et les Maronites, ces Français de l'Orient, appelant sur sa tête de nouvelles bénédictions gage ' d'espérances qui ne seront point déçues.
Quelques nouvelles encore. Les lecteurs de F t/nivers qui ont été tenus au courant du Voyage à Rome de Mgr W.-B. Scarîsbrick, 0. S. B.^ évoque de Port-Louis, île Maurice, seront heureux d'apprendre que Sa Grandeur vient d'être élevée par Pie IX à la dignité de prélat assistant au trône pontifical et de comte romain. Ils seront non moins heureux d'apprendre que, pour récompenser le zèle de M. Barre et de M. le comte de Ginestous, présidents des conférences de Saînt-Vincentde-Paul et du Comité catholique de Montpellier, le Saint-Père les a faits chevaliers de Saint-Sylvestre.
Rome, lundi malin, 4 juin,