‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 206 sur 431 · NERFS VASO-MOTEURS · texte numérisé non relu

NERFS VASO-MOTEURS

Découverte de l'aclion vaso-motrice du grand sympathique. — Durée et phases de l'action vaso-motrice du grand sympathique. — Démonstration manomélrique du resserrement vasculaire après l'excitation du grand sympathique. — Démonstration du resserrement vasculaire sur l'homme d'après le changement de volume des organes. — Constatation des changements de diamètre des vaisseaux par la double inscription des pressions artérielle et veineuse. — Tonus vasculaire. — Nerfs vasomoteurs. — Multiplicité des nerfs vaso-dilatateurs. — Origines centrales des nerfs vaso-moteurs. — Comparaison des deux ordres de nerfs vaso-moteurs.

On trouve dans l'ancienne médecine une sorte de prévision de l'action que le système nerveux exerce sur les vaisseaux sanguins; mais Sénac1, Haller et les autres auteurs qui croyaient à cette influence n'ont jamais constaté de visu le resserrement des vaisseaux.-L'histologie, en montrant que les parois vasculaires sont pourvues d'une couche de fibres contractiles semblables à celles des muscles de la vie organique, fit admettre par Henle8, à titre d'induction, que des nerfs animaient ces fibres et que le rôle de ces nerfs était analogue à celui des nerfs de l'intestin. Henle attribue le resserrement des vaisseaux à l'action des nerfs; il dit que, dans le cas de fatigue et d'épuisement du système nerveux, les vaisseaux se relâchent et qu'il en résulte les apparences de l'inflammation. Se fondant sur ce fait que le resserrement vasculaire ne se produit pas toujours dans la région qui a été excitée, ce savant suppose en outre que le resserrement des vaisseaux se fait d'une manière réflexe. Vers la même époque, Stilling5 formula les

1. Sénac, Traité de la structure du cœur, Paris 1777, t. II, p. 193 et 194.

2. Ilenle, Traité d'analomie générale, t. II, p. 22, 44, 67 (Encyclopédie anatomique,

trad. française, 1843).

3. Stilling, Recherches palh. et médico-pratiques sur V irritation spinale, Leipzig,

CHAPITRE XXIV. 389 mêmes idées et donna aux nerfs vasculaires un nom qui leur a été conservé, celui de vaso-moteurs.

Il manquait à ces conceptions une démonstration expérimen- ,5W^J) laie. Yalentin, il est vrai, avait annoncé que des vaisseaux lui avaientparu se resserrer sous l'influence de l'excitation des nerfs qui cheminaient avec eux; mais c'est à Cl. Bernard qu'il appartenait de démontrer que le calibre des vaisseaux est subordonné a l'action du système nerveux grand sympathique *.

Découverte de l'action vaso-motrice «lu grand sympathique.

g 258. — En coupant sur un cheval le nerf grand sympathique ^ à la région du cou, Cl. Bernard (1851) vit que la moitié correspon-

1. On a contesté à CI. Bernard l'honneur de celle découverte, et l'on a cité beaucoup d'auteurs qui, ayant avant lui coupé le grand sympathique, ont observé les changements de calibre que présentent alors les vaisseaux. Mais si l'on se reporte aux travaux de ces auteurs, on constate qu'en signalant la rougeur conjonctivale après la section du sympathique au cou, ils attribuaient celte rougeur à une inflammation consécutive à la lésion nerveuse. Pourfour-du-Petit1, Cruikshank2, Arnemann3, John Reid4, formulent celte opinion et ne voient pas, dans la dilatation vasculaire, la preuve d'une action physiologique du sympathique sur les vaisseaux. Dupuy (d'Alfort) 5 constate, il est vrai, Réchauffement de la base de l'oreille; Brachet6 va plus loin et admet qu'après la section du sympathique, les vaisseaux ont perdu leur tonicité. SchilF a revendiqué pour lui-même ladémonstration du rôledes vaso-moteurs. Ces travaux, bien qu'antérieurs auxexpériences de Bernard, n'avaient pas réussi à attirer l'attention des physiologistes et des médecins sur le rôle du grand sympathique comme agent de la conlractilité vasculaire. Ce n'est certainement pas à ces sources bibliographiques que Bernard a puisé l'idée de sa célèbre expérience sur les effets de la section du sympathique. Bien que très discutable, l'interprétation môme qu'il a donnée des changements que celte lésion amène dans la température animale montre que ce savant ne s'était inspiré des idées de personne. C'est lui qui a montré l'importance du rôle des nerfs ganglionnaires, qui a suscité sur ce sujet la controverse et qui, variant de mille façons les expériences sur la section du sympathique, a fourni les principaux éléments pour la théorie qui règne aujourd'hui. Cette gloire, du reste, est accordée à Bernard par l'historien le plus compétent sur la question, Vulpian. {Leçons sur l'appareil vaso-moteur, Paris, 1875.)

1. Pourfour-du-Pctit, Mémoire dans lequel il est démontré que les nerfs intercostaux fournissent des rameaux qui portent des esprits aux yeux. (Mém. de l'Acad. des se it>1 p 1 et suiv.) ~ '

2. VV. Cruikshank, Experiment on IheNerves, particulary on their Reproduction, and on the spinal Marrow of hvxng Animais. (PMI. Trans., t. XVII, 1775. p. 512 et suiv.)

3. Arnemann, Versuche ùber die Régénération der Nerven. Gottingen, 1797.

4. John Reid, An expérimental Investigation into the Fonctions of the eight Pair or Nerves on the Glossopharynycal, Pneumogastrie, and spinal Accessory. (The lid'inbwra médical and surgical Journal, t. XLIX, 1838, p. 132.)

5. Dupuy, Observations et expériences sur l'enlèvement des ganglions gutturaux des nerf* imsplanchniques sur des chevaux. (Journ. de Méd. de Leroux, 1816.)

6. Brachet, Recherches expérimentales sur les tannions du système nerveux ganglionnaire 2« edit. , 1837, p. 431 et suiv. J c>

7. Schiff, Devi moioria baseos encephali. Bockenhemii, 1845, et dans la thèse d'un destséle ves, b. de Meyer : Paralyseos nervi trigemini, Francfort-sur-le-Mein, 1847.

(lante de la tête s'échauffe, se couvre de sueur, et que les vaisseaux y deviennent plus larges. Frappé de réchauffement que présentait la région opérée, phénomène que nul n'avait signalé avant lui, CI. Bernard crut d'abord avoir découvert un nerf de calorification, mais bientôl Brown-Séquard et Waller émirent cette idée, que Réchauffement constaté par Cl. Bernard était dû au relâchement des vaisseaux qui, devenant plus larges, laissaient circuler dans Uudtt la région correspondante une plus grande quantité de sang1. Ce phénomène de réchauffement d'une région par la circulation plus rapide avait déjà été vu et compris par J. Hunier à propos de l'inflammation ; nous aurons à l'étudier spécialement dans le chapitre xxx, consacré aux influences de la circulation du sang sur la chaleur animale.

Brown-Séquard1 montra bientôt que la galvanisation du bout périphérique du sympathique coupé produit l'effet inverse de celui qui résulte de la section du cordon sympathique, c'est-àdire que l'électrisation amène la pâleur et le refroidissement de la région dont les vaisseaux sont animés par ce nerf. Cette démons- >, tration complétait l'analogie du grand sympathique avec les nerfs moteurs et prouvait que, si la section de ce nerf paralyse la tunique vasculaire et laisse les vaisseaux céder à la pression du sang, son excitation, semblable à celle d'un nerf moteur, fait contracter les muscles des vaisseaux et en diminue le calibre.

Ainsi, les nerfs émanés du grand sympathique et que l'on voit vo.t^o' ramper sur les parois des artères, ces nerfs que le scalpel de Rudolphi avait suivis jusque dans la tunique moyenne ou musculaire des vaisseaux, sont des nerfs moteurs qui président au resserrement vasculaire et règlent les circulations locales, ainsi que l'avaient prévu Henle et Stilling2.

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