‹ La cité moderneChapitre 145 sur 467 · LE CONTENU DE LA « RAISON », C'EST LA « CITE · texte numérisé non relu

LE CONTENU DE LA « RAISON », C'EST LA « CITE

Raison, c'est donc sens de coordination et de subordination.

La « raison », ce ne sont donc pas seulement des notions abstraites et abstruses. « Raison », c'est avant tout, accord, entente, association, interdépendance, conspiration, solidarité.

Tranchons le mot: le contenu de la « raison », cest la « cité » ; j'entends le contenu normal, concret, positif.

La raison construit la cité, et la cité construit la raison. C'est un « consensus ». Organe et fonction s'entrecréent.

La raison est à la fois, si j'ose dire, mère et fille de la cité.

Et c'est seulement quand la « civilisation » s'est constituée et développée, c'est alors seulement, comme

nous le verrons, que la pensée scientifique et philosophique, se déployant vigoureusement, enfante chez L'élite

ces hauts concepts de cause et de fin, d'immensité <*t d'éternité, d'idéal et de perfection, auxquels nous avons fail allusion plus haut.

Mais on l'entrevoit dès maintenant, ces « notions premières » ce sont les suprêmes fleurs de l'arbre cité. Or, il faut que l'arbre soit planté, avant qu'il puisse fleurir. Il faut que la raison fonde la cité avant que la civilisation puisse s'épanouir en sciences, lettres, et arts, en hauts concepts scientifiques, esthétiques, méta-physiques.

Ce n'est donc pas seulement à l'extrême cime qu'il faut mettre la « raison », mais aussi et surtout à la base, largement et profondément.

Le sens technique du mot « raison » est un sens étréci et affiné. Il importe de restaurer le sens pour ainsi dire populaire, le simple et large sens fondamental.

Répétons-le donc : en psychologie, le mot raison a pour contenu la « cité » ; — comme en morale, ainsi que nous le verrons, le mot devoir a pour contenu la « cité ».

La raison, c'est la « cité » conçue, plus ou moins nettement.

Et le devoir, c'est la « cité » voulue plus ou moins énergiquement.

Craignons de nous laisser glisser au vide formalisme, au creux verbalisme. Raison et devoir ont un contenu positif, solide, concret : à savoir Y affirmation de l organisation sociale.

DE LA DISCIPLINE : ÉDUCATION DU CARACTERE PAR LES « JEUX » ; UN EXEMPLE.

Dans toute entreprise, et notamment dans cette entreprise immense qu'on appelle l'Association humaine, la

discipline est le secret du succès et de la victoire.

Je ne veux pas disserter. Un ou deux exemples suffiront à nous édifier sur ce point.

Le correspondant parisien d'un des plus grands journaux de Londres me racontait naguère le fait suivant :

« J'ai fait mes études, disait-il, en France, au collège ou lycée de... sur les côtes du Pas-de-Calais. Nous étions là plusieurs jeunes Anglais. Nous avons essayé d'introduire dans ce collège de France quelques-uns de nos jeux d'Outre-Manche, tels que le cricket, le foot-ball, etc. Nous avons complètement échoué. Nos camarades français n'ont jamais pu venir à bout de jouer ces jeux.

Et pourquoi ? Était-ce faute de vigueur, d'agilité, d'adresse? Pas du tout. Le pourquoi, le voici. Ces jeux ont des règles assez nombreuses et très rigoureuses. Or jamais les Français, tant maîtres qu élèves, n'ont pu se plier à observer ces règles. Chacun d'eux, ou bien voulait jouer avant son tour, ou bien, quand son tour était venu, et que la fantaisie lui en prenait, voulait jouer deux fois de suite, ou bien, quand ce n'était pas encore ou que ce n'était plus son tour, s'impatientait et quittait momentanément la place... En un mot, avec les Français, pas de discipline possible... Or, la discipline est l'âme même de ces jeux. »

Cette anecdote, il me semble, nous fait bien entrevoir le secret de la force de l'Angleterre. Ce secret est dans l'éducation. Et cette éducation est dans le jeu, — dans le jeu, qui est là-bas la passion des jeunes gens.

Seulement, ce jeu, il faut bien en comprendre la nature et la portée, aujourd'hui surtout que la France semble enfin se reprendre d'amour pour les sports physiques.

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