INTRODUCTION. XXVII
Mais n'y a-t-il pas ce qu'on nomme des « sublimes » dans le monde ouvrier?
La vérité, c'est que le grand nombre est obtus et indolent, et que le inonde ne marche que par une poignée de clairvoyants et d'audacieux.
Demandez à un grand chef de commerce ou d'industrie qui occupe des milliers d'employés, combien il en compte qui soient avisés, rapides, précis et sûrs? Un pour cent peut-être. Soit environ cinq cent mille individus de choix, pour encadrer une nation de cinquante millions d'âmes.
Les hommes de direction et ^impulsion sont une minorité infime.
Sur le marché des valeurs, la denrée intelligence et énergie sera toujours la plus précieuse de toutes, et la plus rare. Cette denrée sera de plus en plus recherchée et cotée. Les vastes multitudes de l'avenir seront guidées par une Elite aiguë, par une poignée de silencieux, au cerveau d'acier. Le fait énorme de la civilisation n'est soutenu que par Y héroïsme d'une Elite qui va du chef d'équipe au chef d'Etat.
Les superficiels vont toujours répétant le vieil aphorisme : paucis vivit humanum gênas; c'est pour un petit nombre que vit le genre humain. Cet aphorisme, je l'accepterais assez volontiers, sous réserve dune légère modification : a paucis... c'est par un petit nombre.
Il n'y a de salut pour la Démocratie que dans et par YArislie.
La Foule, encore une fois, que pourrait-elle et que serait-elle sans l'Elite véritable, sans les génies et les héros, sans ces hommes d'invention et d'initiative, sans
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ces ingénieux esprits ou ces généreux cœurs, sans ces foyers de chaleur et de lumière où s'éclairent et se réchauffent nos ténèbres glacées?
Le génie et l'héroïsme sont à l'humanité ce que le soleil est à la nature, à savoir, la source de vie.
Le culte de l'Élite, ce n'est donc pas là pour moi un principe de dépression, d'oppression, de compression sociales, mais, tout au contraire, un principe de vivification et d'exaltation.
Malheureusement, le sens de tous ces mots, aristocratie, autorité, hiérarchie, classes dirigeantes, etc., a été si abominablement faussé et perverti qu'on hésite à s'en servir encore.
Pourtant, je vois que certains démocrates, plus braves que le gros du parti, osent réhabiliter le mot « aristocratie », en le redressant. C'est ainsi que M. Georges Renard, directeur de la Revue socialiste, dans son livre récent et si remarqué, « Critique de combat », n'hésite pas à écrire: « La démocratie tend... à rendre à l'aristocratie vraie, à l'aristocratie personnelle, sa place et son rôle usurpés par l'autre. . . » Et, hier encore, aux fêtes du centenaire de l'École normale supérieure, M. Raymond Poincaré, ministre de l'instruction publique, ne disait-il pas : « La démocratie ne saurait, sans se condamner à la décadence, jalouser les Élites qui se recrutent exclusivement par le mérite et le travail »?
A mon tour, je ferai remarquer que le mot « autorité », par exemple, vient de auctor, qui signifie celui qui augmente !
Ainsi l'autorité qui déprime est une fausse et exécrable autorité. L'autorité naturelle du chef clairvoyant et énergique qui inspire confiance et élan aux soldats, et triple leur force, et emporte la victoire, voilà la seule vraie autorité.