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LA « LUTTE » DOIT DONC SÉVIR DANS L'HUMANITE COMME DANS L'ANIMALITÉ

L'humanité, donc, comme le reste de l'animalité, est serve de la faim.

Mais nous avons vu que l'animal, en proie aux affres de la faim, se rue aux conflits. Nous avons vu que ranimai, déchaîné par l'instinct vital, tue et broie, aveuglément, tout ce qui est obstacle à son assouvissement. Nous avons vu enfin que l'animal ne connaît et ne pratique qu'une maxime, la loi du plus fort, la loi de violence.

Eh bien, l'homme, à son tour, puisqu'il est animal,

rigoureusement animal, de structure et de fonctions, peut-il agir autrement que l'animal ? Ayant mêmes besoins, peut-il avoir d'autres mœurs?

Lui aussi, il veut vivre; lui aussi, il tend ardemment à « persévérer dans l'être. » Et lui aussi, il a de la peine à se procurer l'aliment. Lui aussi, il lui faut disputer sa nourriture à des concurrents également avides. Lui aussi donc, il luttera de vigueur et de ruse. Lui aussi, il se battra. Lui aussi, il écoutera aveuglément son égoïsme, son intérêt, sa passion. Lui aussi enfin, il pratiquera cyniquement ou sournoisement la loi du plus fort.

L'humanité fait partie de l'animalité. La loi animale sera donc aussi la loi humaine: la violence au service de l'intérêt, c'est l'universelle loi.

Le devoir, le droit, la justice : au fond de tous ces grands mots que l'on fait sonner si fort, il n'y a qu'hypocrisie, ou duperie...

CRITIQUE : LA MORALE MATÉRIALISTE SE RESOUT EN DEUX THÈSES DONT L'UNE VRAIE ET L'AUTRE FAUSSE.

La critique de la morale matérialiste est aisée.

Il y faut distinguer deux thèses :

1° L'intérêt et la violence régissent les rapports d'animal à animal.

2° L'intérêt et la violence doivent régir les rapports d'homme à homme.

La première thèse est vraie. La seconde est fausse.

Que la première thèse soit l'évidence même, il n'y a pour s'en convaincre qu'à jeter un coup d'œil sur la nature. Je le répète, Lucrèce et Darwin ont bien vu et bien consigné, dans leurs tragiques poèmes ou systèmes, l'exacte réalité des choses.

Dans l'animalité proprement dite, la prédation est le

régime normal. L'animal n'est pas capable deproduc* lion. Il ne peut que s'efforcer de s'emparer de [a proie que ni offre la nature.

Or cette proie est insuffisante. Il y a disproportion entre l'aliment offert et l'aliment demandé. L'aliment offert est rare, donc à haut prix. Il est l'enjeu sanglant d'un combat quotidien. La vie est le prix de la victoire. Et la victoire est le prix de la force. Tout cela est incontestable et incontesté.

Mais, en est-il de môme pour le genre humain? Voilà le point litigieux. La seconde thèse matérialiste, à savoir l'assimilation du rapport des hommes entre eux au rapport des animaux entre eux, est-elle valable? C'est ce que je nie radicalement.

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