OBJECTION BANALE : LA JUSTICE, FREIN ARTIFICIEL
On peut essayer de dire : le « droit », la « justice », c'est-à-dire le respect d'autrui, ce ne sont là que des préjugés intellectuels et des prédispositions morales, inculquées aux individus par l'éducation et l'hérédité, des restrictions et des contraintes artificielles lentement forgées par l'habitude, et invétérées par l'atavisme.
Ou encore : la justice et le droit, ce ne sont là que des greffes précaires pratiquées sur le sauvageon humain.
Ou enfin : la moralité, ce n'est là qu'une déviation factice imposée à la nature humaine ou aux instincts naturels par l'effort combiné de l'éducation familiale et de la législation sociale. Cette déviation, aujourd'hui, nous paraît normale. Nous la croyons congénitale, bien qu'elle ne soit que tardivement et précairement acquise. La preuve en est que si l'action de la loi morale ou juridique venait à faiblir, et surtout à faillir, on verrait aussitôt l'instinct naturel, l'instinct véritable, maté et masqué par l'éducation, relever la tête, secouer joug et frein, et se déchaîner irrésistiblement.
Et à cet égard, l'humanité se divise en deux groupes : ceux qui, conscients ou non de la duperie et du despotisme dont ils sont victimes, se résignent au joug ; et ceux qui, ayant à la fois assez de sagacité pour pénétrer la mystification du moralisme, et assez d'énergie pour
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secouer la vieille tyrannie, s'affranchissent hardiment
des vains scrupules de l'él liique, rentrent dans les voies naturelles de l'antagonisme sans merci, et, soit hypocritement, soit cyniquement, déchaînent, à travers la dolente multitude des faibles et des niais, la dévastatrice frénésie de leur « moi » forcené.