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LA BIOLOGIE A REVELE LA SOLIDARITE POSITIVE

Mais cet instinct lui-même, c'est sans doute aux sciences biologiques qu'il doit son énergie nouvelle. Les grandes découvertes scientifiques en effet s'infiltrent on ne sait comment dans la masse des esprits et, à son insu même, transforment profondément cette grande puissance d'ici-bas, cette reine du monde, l'opinion.

La biologie a découvert que Yanimal est constitué par des milliards oY animalcules, entre lesquels il y a « division du travail », par conséquent inter-dépendance étroite, intime solidarité.

Pénétrons-nous bien de cette solidarité positive.

Toute atteinte portée à un ou plusieurs de ces animalcules se répercute douloureusement dans Yanimal tout entier.

Par exemple, une blessure à la main ou au pied suffit

à donner la fièvre à tout l'organisme. Une mauvaise digestion cause un malaise général. Toute altération sourde d'une fonction quelconque de l'organisme se traduit par des maux de tête, etc., etc.

Réciproquement, si la « tête » gouverne mal, tout le corps pâtit. Si la « tête » décide dépasser des nuits sans sommeil ou de boire plus que de raison, le peuple immense des « cellules », brûlé d'insomnie ou d'alcool, se flétrit sous ce mal inconnu, sous ce vent de mort soufflant il ne sait d'où : Quiclquid délirant reges (« tête »), plectuntur Achivi (« cellules »).

Il est donc bien démontré qu'entre toutes les « unités » qui constituent « l'organisme physique », il y a une positive et profonde solidarité.

LE CORPS PHYSIQUE EST UNE MORALE EN ACTE ; ET LE CORPS POLITIQUE, UNE MORALE EN PUISSANCE.

Mais qui ne voit le retentissement prolongé que ne peuvent manquer d'avoir en sociologie ces révélations biologiques?

Qui ne voit que cette clarté soudaine faite sur l'économie profonde de Yorganisme phgsiqae ne peut man. quer d'éclairer l'économie de Yorganisme politique, et peut-être même d'illuminer par lointains reflets le mystère de Yorganisme cosmique ?

Qu'est-ce en effet que cette théorie cellulaire du corps animal, sinon une morale, une morale de la cité des cellules ?

La « tête » peut-elle vouloir blesser ou laisser bles^r le « pied », je suppose, alors qu'elle sait qu'une blessure au pied donnera la fièvre à tout le corps, le réduira à l'immobilité pour de longs jours, et l'ankyloscra dans la rigidité des appareils, sans parler des dangers de gangrène et des éventualités possibles d'amputation ?

REJET DE LA VIEILLE THÉORIE DES SANCTIONS SÉPARÉES. 43fl

De son coté le « pied » pourrait-il se réjouir d'un accident arrivé à la « tête »? Assurément non, puisque sans la direction de la « tête », le « pied » est un sourd cl un aveugle, allant au hasard, en inévitable danger de malheur ou de mort?

Ainsi la solidarité implacable entre les « unités » de la « cité des cellules », c'est bel et bien une morale, la morale du corps physique. C'est une morale sociale, ou plutôt la morale sociale. C'est la théorie, la condition sine qua non de toute association.

Cette condition unique de toute association n'est autre que la division du travail entraînant Yinler-dèpendance ou solidarité.

Un corps physique est une association constituée. C'est donc une morale en acte.

Qu'est-ce maintenant que le corps politique ? C'est une association en train de se constituer. C'est donc une morale en puissance, une morale encore simplement virtuelle.

Et en ce cas, le rapprochement ne s'impose-t-il pas entre la « cité des cellules », que la nature a déjà pu parfaire, et la « cité des anthropoïdes », que la nature n'a encore fait qu'ébaucher?

Platon déjà en faisait la remarque : on dit du corps physique tout entier qu'il a mal au doigt. Ne peut-on dire du corps politique tout entier qu il a mal aussi à tel ou tel de ses organes? Ne peut-on dire que la France a parfois mal... au pays minier, et toujours mal... à la terre d'Alsace?

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