‹ La cité moderneChapitre 306 sur 467 · IDENTITÉ DE LA MORALITÉ ET DE LA SOCIALITÊ. '.H · texte numérisé non relu

IDENTITÉ DE LA MORALITÉ ET DE LA SOCIALITÊ. '.H

•en plus énergique de la solidarité sociale, cette vision

de plus en plus nette et celle amour de plus en plus violente du « tout » par la « partie », c'est ce que j'appellerais volontiers le culte de la cité,

« Culte de la cité », ou encore, si l'on veut « religion sociale ».

Mais pas « culte de la patrie », ni « culte de l'humanité ».

C'est Michelet qui a dit : culte de la patrie. Et c'est Auguste Comte qui a dit : culte de l'humanité. Michelet était un grand cœur, et Comte un robuste cerveau. Et leurs opinions sont au plus haut point dignes d'attention et de respect. Leurs opinions contiennent une part considérable de vérité. Cependant leurs formules ne me satisfont point.

Certes, ilestexcellentque des historiens virils, comme M. Ernest Lavisse, ou des philosophes sociaux, comme M. Joseph Fabre, s'appliquent assidûment à entretenir parmi nous le culte de la patrie.

Mais si vous ne prononcez pas le mot « cité », si vous ne faites entendre aux hommes que le seul mot « patrie », j'aperçois deux dangers.

D'abord, vous n'énoncez pas le fait essentiel, à savoir Y association, c'est-à-dire la « division du travail », faite, de « spécialisation » et de « coordination »,d'où résulte F « inter-dépendance » ou « solidarité ».

La « cité » est essentiellement une «justice », et vous ne le dites pas. Or c'est cela, c'est cela surtout, qui est sacré. Certes la « terre des pères », la terre où sont ensevelis les aïeux, est chose chère et vénérée. Mais pourtant sur ce sol où la race a accumulé ses générations, il peut très bien se faire que l'iniquité sévisse. Or, où est la justice, là aussi, là surtout peut-être, est la vraie patrie.

En second lieu, si vous donnez au Français, par

exemple, pour unique religion, le culte de sa patrie, vous risquez de le pousser au « chauvinisme », j'entends à l'estime excessive de sa propre patrie, et au non respect des autres patries. Or rien de plus injuste, et j'ajoute, rien de plus dangereux. Quoi de plus dang reux en effet que le dédain d'autrui et l'infatuation de soi? C'est le plus sûr chemin des catastrophes.

Je vois donc à la formule de Michelet un double danger.

J'en dirai à peu près autant pour la formule de Comte : culte de l'humanité. Là non plus je ne vois pas l'idée essentielle, à savoir l'idée de juste association, de loyale et vaillante association, de solidarité, de justice. De plus, l'humanité, avec ses différences de pays et de races, d'époques et d'institutions, c'est quelque chose encore de bien énorme et de bien hétérogène, de bien amorphe et de bien disparate, qui déconcerte singulièrement nos esprits et nos cœurs avides d'accords précis et d'amours à bon escient.

Ne disons donc ni « culte de la patrie », ni « culte du genre humain », — mais « culte de la cité »

D'autant que nous échappons ainsi à une autre critique, spécieuse d'ailleurs, mais fort répandue. A-t-on assez raillé Y « humanité » s'adorant elle-même! Or, je lai dit : la cité, c'est essentiellement une justice. En adorant la cité, c'est donc à une vraie déesse que nous portons notre adoration, à la déesse universelle et éternelle.

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