XII INTRODUCTION
Et c'est ce qu'on appelle : la découverte de la vapeur, la machine substituée au bras humain, l'ère du machinisme.
On sait comment ce fait énorme a déjà soulevé autant d'enthousiasmes que d'imprécations ; comment l'économie politique exalte la machine, multiplicatrice de « produits », et comment certain socialisme maudit la machine, « mangeuse » d'hommes.
On ne sait auquel entendre. La vérité pourtant saute aux yeux. Cette révolution industrielle, comme l'autre, la révolution morale et politique, nous doit nécessairement procurer, à travers un mal passager, un bien éternel.
Un bien éternel... En effet, on l'a calculé, le nombre de chevaux-vapeur actuellement possédés par l'industrie équivaut à un milliard d'hommes. C'est dire que Y humanité a dès maintenant à son service un milliard d'esclaves de fer.
Ce simple trait n'est-il pas pour vous, lecteur, une illumination?
Qu'était-ce que la civilisation antique? Une poignée d'hommes libres portés sur un monde d'esclaves. L'immense et douloureuse caryatide a fléchi. Tout s'est écroulé.
Aujourd'hui, nous faisons mieux : c'est Y humanité tout entière qui sera la poignée d'hommes libres, et c'est la matière qui sera la multitude d'esclaves.
Grâce aux savants, grâce aux spécialistes de l'intelligence, grâce aux inventeurs enfin, la Foule va être rachetée, affranchie, affiliée à l'Élite, et remplacée, dans son douloureux rôle d'Atlas portant le ciel, par l'insensible et infatigable armée des forces naturelles.
Ce n'est plus de pauvre chair saignante, mais de métal brut, que seront construits désormais les soubassements de la cité humaine. Ce n'est plus l'humanité désormais qui va fournir les nécessaires/>or/e-/b/.r,, si tragiquement nommés hommes de peine. L'homme