PART. II, LIV. IV, CHAP. XXX
saient, ou de ce qu'elles la souffraient. De sorte que, se croyant redevable et inférieure à toutes, elle les comblait de bénédictions , et cherchait par toute sorte de moyens et d'industries à ne laisser jamais échapper aucune occasion de pratiquer en toutes choses ce qu'il y a de plus saint , de plus parfait et de plus sublime dans les vertus ; et c'était avec tant de ferveur, qu'elle faisait l'admiration des anges, et se rendait très-agréable au Seigneur.
Instruction que me donna la Reine du ciel.
710. Ma fille, jamais je ne me troublai, jamais je ne m'affligeai des dispositions que le Très-Haut a prises à mon égard , en me faisant voyager de pays en pays, de royaume en royaume ; car j'étais toujoui-s prête à accomplir en toute chose sa sainte volonté. Et quoique la Majesté divine me fit coimaître les très-hautes fins de ces dispositions, elle ne le fit pourtant pas toujours dans les commencements, afin que je souffrisse davantage, et pour montrer que la créature ne doit pas chercher d'autre motif à sa soumission , sinon que c'est le Créateur qui ordonne tout et qui dispose de tout. Les âmes qui n'ont point d'autre intention que de plaire au Seigneur se soumettent à ses ordres par cette seule réflexion, sans faire aucune distinction entre les événements favorables et les événements fâcheux, et sans écouter ce que peuvent leur suggérer leurs propres inclinations. Je veux, ma fille, que vous fassiez des progrès dans cette science, et que vous acceptiez les prospérités et les adversités de la vie mortelle avec un même visage et avec tranquillité des-
prit, à mon imitation, et en vue des grandes obligations que vous avez à mon très-saint Fils, sans que les unes vous remplissent d'une vaine joie, ni que les autres vous attristent, persuadée que le Très-Haut règle tout pour son bon plaisir.
711. La vie humaine n'est qu'un tissu de ces divers événements, les uns qui plaisent aux mortels, les autres qui les affligent; les uns que l'on craint, les autres que l'on désire. Mais comme le cœur de la créature est toujours faible et borné, il arrive qu'elle ne garde point un juste milieu entre ces extrémités, car elle accueille avec un enthousiasme excessif ce qu'elle aime , ce qu'elle désire; et, tout au contraire, elle se .décourage et se désole lorsqu'il lui survient quelque chose qu'elle abhorre et qu'elle voudrait pouvoir repousser. Ces changements et ces agitations mettent toutes les vertus dans le plus grand péril, parce que l'amour désordonné que l'on a pour une chose quelconque qu'on ne peut acquérir, fait qu'on en souhaite aussitôt une autre, cherchant dans de nouveaux désirs le soulagement de la peine que cause la privation de ceux dont on a été frustré ; tandis que si on l'obtient, on se laisse enivrer de la vaine satisfaction qu'on a de posséder ce qu'on souhaitait, de sorte que cette multitude de désirs jette la créature dans un désordre toujours plus grand de mouvements confus et de passions dincreiitcs. Or évitez, ma très-chère fille , ce danger, et coupez le mal dans sa racine, en conservant votre cœur dans une complète indépendance, uniquement attentif aux desseins de la divine Providence, sans le laisser pencher vers les objets qui l'attirent, sans le laisser se détourner de ceux qui lui inspirent de la répugnance. Réjouissez-vous seulement en la volonté de votre Seigneur; ne vous laissez ni emporter par vos désirs, ni