‹ La cité mystique de DieuChapitre 6 sur 122 · PART. II , MV, 1(1 , CHAP. XVIII · texte numérisé non relu

PART. II , MV, 1(1 , CHAP. XVIII

el nous pouvons dire qu'elle fut en toutes choses une femme forte , sage et sainte.

Instruction que me donna la Reine du ciel.

240. Ma fille , les bienfaits du Très- Haut et la connaissance de ses divins mystères font naître dans les âmes bien disposées un goût et une estime de l'humilité qui les portent aussi doucement qu'efficacement à se mettre à leur place légitime et naturelle , comme le teu tend à s'élever par sa légèreté , comme la pierre tend à descendre par son propre poids. Voilà ce que fait la véritable lumière : elle procure et donne à la créature la claire connaissance d'ellemême, el elle renvoie les œuvres de la grâce à leur origine, d'où vient tout don parfait (1). Elle établit ainsi chaque chose dans son centre; et c'est l'ordre parfait qu'indique la droite raison , mais qui trouble el violente, pour ainsi dire, la vaine présomption des mortels. C'est pourquoi l'orgueil et l'orgueilleux ne sauraient désirer le mépris, ni le supporter avec patience, ni soutl'rir un supérieur, ni même s'accorder avec des égaux ; ils font tous leurs eirorts pour dominer seuls sur tous les autres. Mais c'est au milieu des plus grands bienfaits que le cœur humble s'abaisse davantage ; ils ne font que produire en lui, malgré le calme dont il juuit, une sainte et ardente avidité des humiliations; il cherche toujours l.i dernière place, et il est comme à la torture lorsqu'il ne la trouve pas derrière tous les autres, lorsque les occasions de pratiquer l'humilité lui échappent.

(l)Jac.,i,n.

36 l.K CITK MT.^TIQLF,.

241. Vous connaîtrez en moi, ma très -chère fille, la véritable pratique de cette doctrine, puisque, parmi tant de bienfaits que j'obtins de la droite du Tout-Puissant, il n'y en eut aucun de petit; cependant, loin de s'élever et de s'enfler jamais de présomption (1), mon cœur ne sut désirer que les abaissements propres à me mettre audessous de toutes les créatures. Je liens singulièrement à ce que vous m'imitiez en cela , à ce que tout votre soin soit d'être la dernière de toutes , d'obéir toujours , d'être soumise à tous , d'être réputée la plus inutile ; enfin vons devez vous estimer moins que la poussière devant le Seigneur et devant les hommes. Vous ne pouvez pas nier que vous n'ayez été plus favorisée que des milliers de générations , et que vous ne soyez celle qui l'a le moins mérité ; or comment vous acquitterez-vous de cette grande obligation , si vous ne vous humiliez envers tous et plus que tous les enfants d'Adam, si vous ne concevez une très-haule estime pour l'humilité , et si vous n'aimez tendrement celte vertu? Il est juste que vous obéissiez à vos supérieurs, et c'est ce que vous devez toujours faire. Mais j'exige de vous que vous alliez plus loin , et qu'en tout ce qui ne sera point péché , vous obéissiez au plus petit comme vous obéiriez au plus grand; et c'est ma volonté que vous soyez fort exacte en cette pratique comme je l'étais.

212. Vous prendrez seulement garde à exercer celte soumission envers vos inférieures avec plus de retenue, de peur que, ne connaissant point le désir que vous avez d'obéir, elles ne veuillent que vous le fassiez quelquefois mal à propos. Mais vous pouvez acquérir de grands mérites sans qu'elles perdent rien de leur obéissance, en ne leur montrant l'iîxemple qu'avec ce juste tempérament qui

{1)PM. (IXX, t.

PAUT. 11, Liv. m, ciiAP. xviir. 37

sauvegarde les droits de la supérieure. Si l'on vous fait quelque tort, si l'on vous donne quelque sujet de déplaisir, souffrez -le, acceptez -le (pourvu qu'il vous soit personnel) avec une grande estime, sans ouvrir la bouche pour vous défendre ni pour vous en plaindre; et reprenez les fautes qu'on commettra contre le Seigneur sans y mêler vos intérêts avec ceux de sa divine Majesté : car si vous ne devez jamais croire utile de défendre votre propre cause , vous devez toujours croire important de défendre l'honneur de Dieuj mais gardez-vous bien de vous laisser aller, soit pour l'un , soit pour l'autre, à la colère ou à une agitation désordonnée. Je veux aussi que vous cachiez avec une grande prudence les faveurs du Seigneur, parce que l'on ne doit pas découvrir légèrement le secret du grand Roi (i) ; d'autant plus que les hommes charnels ne sont ni capables ni dignes de comprendre les mystères du Saint- Esprit (2). Imitez -moi, suivez -moi en toutes choses, puisque vous souhaitez d'être ma très-chère fille ; et sachez qu'en m'obéissant vous la deviendrez, et vous porterez le Tout -Puissant à vous affermir et à diriger vos pas de manière à vous faire atteindre le but auquel il veut vous conduire. Ne lui résistez pas, mais au contraire soyez prompte à obéir à sa lumière et à si grâce. Efft)rcez - vous de la faire fructifier (3), d'y correspondre avec fidélité et avec diligence, et de rendre par son secours toutes vos actions parfaites.

(t)Tob.,xn,7. — (2) !Cor.,ii, 14. — (3) il Cor., vi, 1.

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