‹ La cité mystique de DieuChapitre 69 sur 122 · PART. II, LIV. IV, CHAP. XVI · texte numérisé non relu

PART. II, LIV. IV, CHAP. XVI

l'inique dureté d'Hérode, pour h craindre et l'éviter; car chacun d'eux ne fit que recueillir le fruit de ses œuvres : les rois, celui des vertus et de la justice qu'ils pratiquaient, etHérode, celui de son aveugle ambition, de l'orgueil avec lequel il régnait injustement, et de plusieurs autres crimes dans lesquels le précipitèrent des passions effrénées et insatiables. Cela, joint aux autres avis salutaires que distribue la sainte Église, peut suffire à ceux qui vivent dans le monde. Mais pour vous, ma fille, vous devez vous pénétrer de tout ce que vous avez écrit, et vous approprier les leçons qui en ressortent, considérant que toute la perfection de la vie chrétienne doit être établie sur les fondements des vérités catholiques, et sur une ferme et constante adhésion à ces vérités , telles que la sainte foi de l'Église les enseigne. Or, afin de mieux les graver dans votre cœur, vous devez profiter de tout ce que vous lirez et entendrez des divines Écritures, et des autres livres pieux qui contiennent la doctrine des vertus. Il faut que cette foi soit suivie de la pratique de ces mêmes vertus, par l'abondance de toutes les bonnes œuvres, dans la perpétuelle attente de la visite et de la venue du Très- Haut (i).

363. Avec ces dispositions votre volonté sera prompte comme je veux qu'elle le soit, afin que celle du Tout-Puissant trouve en vous la souplesse et la soumission nécessaires, pour vous empêcher de résister à ce qu'il vous manifestera, et pour vous faire agir sans aucun respect humain, aussitôt qu'il vous aura parlé. Si vous êtes aussi docile à cet avis que vous devez l'être, je vous promets d'être votre étoile et de vous conduire par les voies du Seigneur, où vous marcherez avec célérité (2), jusqu'à ce

(l)Tif., 11.13. —(2) Prov., IV, 11; Ps. Lxxxm, 7.

que vous parveniez à jouir de la face de votre Dieu, et de votre souverain bien dans Sion. 11 se trouve une vérité très-essentielle pour le salut des âmes en cette doctrine, et en ce qui arriva aux dévots rois de l'Orient; mais elle est connue de très-peu de personnes, et il y en a encore moins qui y fassent réflexion. C'est que les inspirations que Dieu envoie aux créatures ont régulièrement lieu dans cet ordre : les premières excitent à pratiquer quelques vertus; et si l'àme répond à celles-là, le Très-Haut lui en envoie d'autres plus vives, afin qu'elle opère avec plus d'excellence : de sorte qu'en profitant des unes , elle se dispose aux autres, et se ménage de nouveaux et de plus grands secours. Ainsi les faveurs du Seigneur augmentent à proportion que la créature y correspond. Vous découvrirez deux choses en cette vérité : la première, combien il est préjudiciable aux hommes de négliger les actes de quelque vertu que ce soit, et de ne pas les pratiquer selon les mouvements des divines inspirations. La seconde, que bien souvent Dieu départirait de très- grandes grâces aux âmes, si elles commençaient par correspondre aux plus petites; car il est prêt, et il attend, pour ainsi dire, qu'on lui permette d'opérer selon l'équité de ses jugements et de sa justice (1). Mais parce qu'elles méprisent cet ordre et ce procédé des évolutions de leur vocation, il suspend les effusions de sa Divinité, et ne distribue point les grâces qu'il voudrait communiquer , et que ces mêmes âmes recevraient si elles n'y metlaient aucun obstacle; et c'est pour cela qu'elles tombent d'abîme en abîme (2).

564. Les mages et Hérode tinrent des chemins bien opposés; car ceux-là correspondirent par des bonnes œuvres aux premières grâces, ils se disposèrent par la pratique

(1) Apoc, VI , 10. — (2) P». XLi , 8.

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de toute sorte de vertus à être appelés et amenés par la révélation divine à la connaissance des mystères de l'incarnation , de la naissance du Verbe et de la rédemption du genre humain; et c'est ainsi qu'avec ce bonheur ils obtinrent celui de devenir saints et parfaits dans le chemin du ciel. Mais il advint tout le contraire à Hérode, que sa dureté et le mépris qu'il fit d'opérer le bien par le secours du Seigneur, portèrent à un fol orgueil et à une ambition démesurée. Et ces vices l'entraînèrent jusque dans le dernier précipice de la cruauté, puisqu'il fut le premier de tous les hommes qui forma le dessein de faire mourir le Rédempteur du monde, en se couvrant à cet efiet du masque d'une fausse piété et d'une dévotion hypocrite. De sorte que, donnant un libre cours à sa fureur, il fit périr tous les innocents enfants, pour l'envelopper dans le massacre général et assurer le succès de ses desseins pervers.

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