‹ La cité mystique de DieuChapitre 8 sur 122 · PART. M, LIV. III, CHAP. XIX · texte numérisé non relu

PART. M, LIV. III, CHAP. XIX

« mes humbles désirs et que mes angoisses lui déplaisent. « Mais que dis-je? Où me laissé-je emporter par ma peine « et mon affection? Car, malgré tout, je veux que la voce lonté divine soit toujours accomplie, et lui rester en- « tièrement soumise. »

248. Tels ou semblables étaient les discours que la très-sainte Vierge adressait à ses anges, principalement au temps de sa grossesse. Et ces divins esprits lui répondaient avec le plus grand respect sur tous les sujets de ses peines; ils la forliliaient et la consolaient en lui rafraîchissant la mémoire des mystères qu'elle connaissait, et en lui alléguant les raisons et les convenances qui exigeaient que Notre -Seigneur Jésus -Christ mourût pom* la rédemption du genre humain , pour vaincre le démon et le dépouiller de sa tyrannie, pour la gloire du Père éternel et l'exaltation de son très-saint Fils (1). Les mystères qui se passèrent entre cette grande Reine et ses anges furent si sublimes et si nombreux, qu'il n'est pas possible qu'une langue humaine les raconte, et que notre entendement les comprenne en cette vie. Quand nous jouirons du Seigneur, nous verrons en lui ce que nos organes ne sauraient atteindre maintenant. Mais par le peu que j'en ai dit, notre piété pourra arriver à la considération des autres choses plus grandes.

249. Sainte ÉUsabeth était aussi fort éclairée et fort versée dans les divines Écritures, et elle le fut surtout après la Visitation; aussi notre Reine s'entretenait-elle avec la sainte matrone des mystères divins qu'elle connaissait, et dont la connaissance s'accrut en elle au moyen des enseignements de la très-pure Marie, par l'intercession de laquelle elle obtint de grands bienfaits et des

(1) Tit., II, 14; Joan., xii, 31; Joan., xiv, 13; Luc, xîiv, 26; Joan.,xii, 32.

dons singuliers du ciel. Elle se trouvait souvent dans l'admiration en voyant et entendant la profonde sagesse de la Mère de Dieu, et la bénissant de nouveau, elle lui disait : « Soyez bénie, ma Maîtresse et Mère de mon Sei- <t gneur, entre toutes les femmes (l)j que toutes les « nations exaltent et reconnaissent votre dignité. Vous « êtes bien heureuse par le Irès-riche trésor que vous « portez dans votre sein virginal : je vous félicite par « avance, avec de très -humbles affections, de la joie « que vous éprouverez quand vous tiendrez le Soleil de Cl justice entre vos bras, et que vous le nourrirez du « propre lait de vos mamelles virginales. Souvenez-vous « aloi-s, ma Maîtresse, de votre servante, et offrez-moi à « votre très-saint Fils et mon Dieu véritable en la chair « humaine, afin .qu'il accepte mon cœur en sacrifice. « Oh ! qui pourrait mériter de vous servir et de vous as- « sister? Mais si je ne suis pas digne d'obtenir ce bonheur, « accordez-moi au moins celui de prendre mon cœur « dans votre sein, puisque ce n'est pas sans sujet que je o crains qu'il ne se déchire quand il faudra me séparer « de vous. » Sainte Elisabeth exprimait en présence de l'auguste Marie d'autres délicieux sentiments de l'affection la plus tendre; et notre très-prudente Souveraine la consolait, la ranimait et la vivifiait par ses divines et persuasives réponses. La sainte Vierge mêlait à des actions si excellenles et si sublimes beaucoup d'autres actes d'humilité cl d'abnégation, en servant non-seulement sa cousine Élisabelh, mais môme les servantes de sa maison. Elle balayait toujours sa petite chambre, et bien souvent la maison de sa parente; elle lavait la vaisselle avec les servantes, et s'occupait h beaucoup d'autres choses humiliantes. Qu'on

(I) Luc, 1,42.

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ne soit pas surpris que j'entre dans des détails si insignifiants et si bas en apparence; car la grandeur de notre Reine les ennoblit et les rehausse pour notre instruction , afin que son exemple dissipe notre orgueil et rabatte notre sotie fierté. Quand sainte Elisabeth apprenait quels humbles offices remplissait la Mère de piété, elle en souffrait et tâchait de l'empêcher; c'est pourquoi, dans ces sortes d'occasions, la divine Marie cherchait à se dérober aux yeux de sa cousine.

250. 0 Reine du ciel et de la terre! notre refuge et notre avocate, quoique vous soyez la Maîtresse de toute sainteté et de toute perfection, j'ose vous demander, ma bonne Mère, dans l'admiration où me jette votre humilité, comment vous pouviez concilier la majesté de votre dignité, qui vous donnait l'empire sur toutes choses, et l'adorable présence du Verbe incarné que vous portiez dans votre sein virginal, avec des occupations si viles, telles que de balayer le sol et de faire d'autres choses semblables? Car il nous semble que vous pouviez vous en dispenser, à cause du respect qui était dû à votre très-saint Fils, sans par là manquer à votre humble désir? Le mien est, mon auguste Souveraine , que vous me fassiez la grâce de m'éclaircir cette difficulté.

Réponse et insti'uction de la très-sainte Vierge.

251 . Ma fille, pour répondre à votre doute, vous devez savoir (outre ce que vous avez écrit dans le chapitre précédent) qu'en matière de vertu il n'est point d'occupation ou d'acte extérieur, pour humble et vil qu'il soit, qui

puisse empêcher, si l'on s'en acquitte comme il faut, de rendre au Créateur de toutes choses l'hommage de son culte, de ses adorations et de ses louanges : car ces vertus ne sont point incompatibles; elles peuvent, au contraire, se rencontrer toutes dans une même créature, et elles se concilièrent surtout en moi, qui eus toujours présent le souverain bien, sans que je le perdisse de vue pour quoi que ce fût. Ainsi je l'adorais et je l'honorais dans toutes mes actions, les rapportant toujours à sa plus grande gloire; le Seigneur, qui a fait et ordonné toutes choses, n'en méprise aucune, et les actions les plus basses ne sauraient donc ni le rabaisser ni l'offenser. 11 n'en est donc point de viles que dédaigne l'àmc qui l'aime véritablement, fùtelle en sa divine présence, parce qu'elles tendent et aboutissent toutes à lui comme au principe et à la fin de toutes les créatures. Oi', comme la créature terrestre ne saurait échapper dans sa vie mortelle à ces actions basses et à beaucoup d'autres choses inséparables de la condition fragile et de la conservation de la nature, il est nécessaire de bien entendre cette doctrine pour les faire avec fruit : car si en accomplissant ces actes, en s'acquittant de ces occupations, on négligeait de les rapporter au Créateur, on ferait souvent de longues halles dans le chemin du bien et du mérite, on se retarderait dans la pratique des vertus intérieures; et c'est li\ un défaut aussi funeste que répréhensii)Ic, auquel les mortels attachent trop peu d'importance. 252. C'est d'après cette doctrine que vous devez régler vos actions ordinaires, pour petites qu'elles soient, afin de ne point perdre le temps, (|u'c»n ne peut jamais recouvrer : et soit que vous mangiez, ou que vous travailliez, ou que VOU.S reposiez, soit que vous dormiez, ou que vous veilliez, en quelque temps, en quelque lieu et en quelque occupation que ce soit, adorez, honorez et regardez en tout et

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